Barack Obama vainqueur grâce à Internet www.etudiantdubenin.com
La campagne de Barack Obama devient progressivement un sujet d'études ouvrant un espace particulier à l'examen de la place occupée par Internet dans sa victoire. Une élection Américaine est surtout une bataille de logistique pour aller débusquer les indécis, parvenir à les convaincre, mobiliser son camp et ce, quartier par quartier. C'est un volet peu spectaculaire souvent méconnu. Et pourtant, la différence peut se faire dans ce cadre. Le combat électoral pour la fonction de Gouverneur de Californie en 2006 a été l'illustration de l'impact de la logistique. En novembre 2005, le Gouverneur sortant, Arnold Schwarzenegger, était donné battu de 6 points par son concurrent démocrate, En février 2006, il passe à égalité avec son concurrent démocrate. En avril 2006, le Gouverneur sortant passe en tête : + 4 points. En mai 2006, l'avance portée à + 7 points. Fin septembre, l'avance ira jusqu'à 16 points et la réélection sera facilement acquise. Que cache ce retournement ? Certes, des modifications majeures quant au fond de la politique mise en oeuvre : mesures contre la crise énergétique, contre la crise climatique, financement de la recherche sur les cellules-souches, démarquage total et ostentatoire par rapport à la politique mise en oeuvre par le Président Bush. Mais il faut compter aussi avec la probable plus grosses base de données jamais mise en oeuvre pour une élection locale. Cette base de données à deux originalités : la quantité de données serait sans précédent dans l'histoire politique des Etats-Unis mais surtout, c'est une base de données commerciales donnant lieu à des traductions politiques. A partir des habitudes d'achats, l'équipe du Gouverneur Schwarzenegger a établi une grille de lecture politique. Par exemple, un conducteur de camionnette possédant un permis de chasse et abonné à un magazine "chasse-pêche" est un conservateur potentiel alors que celui qui est un abonné du "New Yorker" faisant ses courses dans un magasin de produits naturels est supposé voter démocrate. Cette logique est la première opération croisant deux données : une base brute de données privées à caractère commercial et le profilage politique en raison des caractéristiques de consommation. Cette approche est le fruit d'un long travail conduit par une équipe importante sous la direction de Steve Schmidt, directeur de campagne (qui a joué un rôle important dans la campagne 2008 de McCain) et Josh Ginsberg, directeur politique. Aux Etats-Unis, l'acquisition de ces données est parfaitement légale. Ces données sont d'autant plus nombreuses que presque chaque segment de marché fiche ses clients : commerces de détail, compagnies aériennes, sociétés de crédit, magazines… C'est la première fois qu'un maillage aussi étroit intervenait pour une campagne politique. Mais c'est aussi la première fois qu'une telle action individualisée pouvait intervenir. Chaque message s'adressait alors à la bonne cible pour lui parler de ses priorités quotidiennes. Avec de tels moyens, un micro-ciblage sans précédent a pu être opéré. Barack Obama a mis en place une logistique d'une efficacité redoutable. En pleine primaire démocrate, l'équipe Obama comptait plus de 700 salariés. Dans les dernières semaines, le quadrillage terrain a joué un rôle décisif face à Hillary Clinton au sein de la primaire démocrate. Il en fut de même pour les Etats sensibles fin octobre 2008. Chaque permanence électorale est organisée de la même façon. On y retrouve des tracts, des piles de discours. Mais surtout, des plans de quartiers avec des noms d'habitants : rue par rue, quartier par quartier. Sur ces fiches sont rassemblées le maximum de données. Obama avait mis en place une chaîne de relais qui annonce des chiffres impressionnants de mobilisation. Pour certaines primaires, dans un seul Etat, près de 20 000 personnes pouvaient aller sur le terrain au contact des électeurs. Il est vrai que cette technique de mobilisation a pu compter sur des progrès liés à de nouveaux moyens comme MySpace ou Facebook. Sur Facebook, Obama a revendiqué plus d'un million "d'amis" mobilisables. Les téléphones portables ont été des outils permanents de mobilisation et d'information. Les textos sont ainsi devenus un support privilégié de campagne. Dès l'été 2007, l'équipe d'Obama organisait des séminaires de deux à quatre jours à travers tout le pays pour préparer l'organisation ultérieure. C'est cette capacité à mobiliser des réseaux qui va occuper désormais les responsables politiques.
vendredi 31 juillet 2009
jeudi 30 juillet 2009
Obama et l'empereur Hadrien
Obama et l'empereur Hadrien - Opinions - Le Monde.fr
Obama et l'empereur Hadrienpar Léon-Marc Levy
29.07.09
Barack Obama a entrepris, avec détermination, il faut lui en savoir gré, de convaincre Israël de son propre intérêt à une série d'objectifs : geler (enfin !) la colonisation, viser une paix globale dans la région, aider à la construction d'une Palestine souveraine et alliée. Vaste et noble entreprise, et M. Obama ne peut que susciter le soutien des gens de progrès, voire l'enthousiasme de ceux qui pensent, et j'en suis personnellement, que Juifs et musulmans ont su, et sauront de nouveau un jour, vivre ensemble sur cette terre qui leur appartient à égale légitimité. Mais faire la leçon à des Juifs, quel programme !
Ma réserve vient de l'Histoire et de ce qu'elle nous apprend du peuple Juif et de ses rapports particuliers à ceux qui veulent exercer une autorité sur lui.
Marguerite Yourcenar, dans ses "Mémoires d'Hadrien", nous montre un empereur, animé par l'idéal de la "Pax Romana", effaré devant la détermination inouïe des chefs Juifs, Simon Bar Kochba et Rabbi Akiba. "Jamais nous n'empêcherons ces gens de dire non" !
Ca s'annonce bien pour Obama ! D'autant que, l'Histoire s'amuse souvent à de surprenants rapprochements, le même Hadrien avait dû, dès son accession au pouvoir, retirer ses troupes de Mésopotamie (actuelle Irak) dans laquelle elles étaient empêtrées !
Plus encore : tous les textes fondateurs du Judaïsme nous apprennent que la longue relation des Juifs avec Dieu lui-même a été une interminable suite de confrontations. A un journaliste qui lui demandait où il en était de ses rapports avec Dieu, Elie Wiesel a répondu : "On se dispute tous les jours" !
Moïse, Héros s'il en est du peuple Juif, passe le plus clair de son temps à douter de Dieu, à contester ses ordres, à lui reprocher ses décisions, à lui jeter à la face le résultat contestable de certaines de ses entreprises. A tel point que Yahvé, épuisé de ses "disputes" avec Moïse, finit par s'appuyer sur l'intermédiaire doux et sage du frère de Moïse, Aaron !
Au XVIIIème siècle, des Juifs polonais, épouvantés par les pogroms, ont même convoqué, un tribunal pour juger... Dieu ! Chef d'accusation : "non-assistance à peuple en danger" ! Et Dieu fut condamné, à l'unanimité ! (*)
Et M. Obama pense que M. Nétanyahou va l'écouter, lui obéir, se ranger à ses raisons, si fondées soient-elles ? Nous le souhaitons ardemment. Mais, vous savez maintenant pourquoi, j'ai un doute...
(*) Source : « Moïse » Charles Szlakmann (Folio)
Obama et l'empereur Hadrienpar Léon-Marc Levy
29.07.09
Barack Obama a entrepris, avec détermination, il faut lui en savoir gré, de convaincre Israël de son propre intérêt à une série d'objectifs : geler (enfin !) la colonisation, viser une paix globale dans la région, aider à la construction d'une Palestine souveraine et alliée. Vaste et noble entreprise, et M. Obama ne peut que susciter le soutien des gens de progrès, voire l'enthousiasme de ceux qui pensent, et j'en suis personnellement, que Juifs et musulmans ont su, et sauront de nouveau un jour, vivre ensemble sur cette terre qui leur appartient à égale légitimité. Mais faire la leçon à des Juifs, quel programme !
Ma réserve vient de l'Histoire et de ce qu'elle nous apprend du peuple Juif et de ses rapports particuliers à ceux qui veulent exercer une autorité sur lui.
Marguerite Yourcenar, dans ses "Mémoires d'Hadrien", nous montre un empereur, animé par l'idéal de la "Pax Romana", effaré devant la détermination inouïe des chefs Juifs, Simon Bar Kochba et Rabbi Akiba. "Jamais nous n'empêcherons ces gens de dire non" !
Ca s'annonce bien pour Obama ! D'autant que, l'Histoire s'amuse souvent à de surprenants rapprochements, le même Hadrien avait dû, dès son accession au pouvoir, retirer ses troupes de Mésopotamie (actuelle Irak) dans laquelle elles étaient empêtrées !
Plus encore : tous les textes fondateurs du Judaïsme nous apprennent que la longue relation des Juifs avec Dieu lui-même a été une interminable suite de confrontations. A un journaliste qui lui demandait où il en était de ses rapports avec Dieu, Elie Wiesel a répondu : "On se dispute tous les jours" !
Moïse, Héros s'il en est du peuple Juif, passe le plus clair de son temps à douter de Dieu, à contester ses ordres, à lui reprocher ses décisions, à lui jeter à la face le résultat contestable de certaines de ses entreprises. A tel point que Yahvé, épuisé de ses "disputes" avec Moïse, finit par s'appuyer sur l'intermédiaire doux et sage du frère de Moïse, Aaron !
Au XVIIIème siècle, des Juifs polonais, épouvantés par les pogroms, ont même convoqué, un tribunal pour juger... Dieu ! Chef d'accusation : "non-assistance à peuple en danger" ! Et Dieu fut condamné, à l'unanimité ! (*)
Et M. Obama pense que M. Nétanyahou va l'écouter, lui obéir, se ranger à ses raisons, si fondées soient-elles ? Nous le souhaitons ardemment. Mais, vous savez maintenant pourquoi, j'ai un doute...
(*) Source : « Moïse » Charles Szlakmann (Folio)
L’acte de naissance de Barack Obama publié par l’Etat d’Hawaï
L’acte de naissance de Barack Obama publié par l’Etat d’Hawaï
Les autorités de l’Etat d’Hawai où Barack Obama est né ont dû publier une copie de son acte de naissance pour faire taire la fausse rumeur selon laquelle le président américain serait né en Afrique.
Les autorités d’Hawai, Etat de naissance du président Barack Obama, sont montés au créneau pour convaincre les irréductibles que M. Obama est bien né sur le sol américain. Certains, au Etats-Unis, continuent de prétendre que le chef de l’exécutif n’est pas né en territoire américain et ne peut donc pas assumer la présidence.
Le docteur Chiyome Fukimo, directeur des services de santé de l’Etat d’Hawaï, a publie, lundi, un communique affirmant que l’acte de naissance de Barack Obama est authentique. L’acte en question spécifie qu’il est né le 4 août 1961, à Hawaï, d’un père d’origine kenyane et d’une mère américaine. C’est la seconde fois que le docteur Fukimo fait une telle déclaration. La première remonte à octobre dernier, quelques jours avant l’élection du 44eme président des Etats-Unis.
Dans une résolution adoptée lundi pour marquer le 50e anniversaire de l’accession d’Hawaï au statut d’Etat américain cette année, la Chambre des représentants du Congrès américain rappelle que le président Barack Obama y est né. Le document a été approuvé à l’unanimité, montrant le peu de crédibilité accordée accordée à ceux qu’on appelle aux Etats-Unis les « Birthers », les partisans de la thèse de la naissance étrangère du président Obama.
Mais ces derniers continuent d’affirmer que Barack Obama n’est pas un Américain de naissance et n’a pas donc le droit d’être président, la Constitution spécifiant que le chef de l’executif doit être né sur le sol américain.
Les « Birthers » fondent leurs allégations entre autres sur une prétendue interview de Sara Obama, la grand-mère kenyane du président, qui aurait affirme avoir assiste personnellement à la naissance du président au Kenya. Ils soutiennent aussi que l’acte de naissance de Barack Obama mentionné par les autorités d’Hawaï serait un faux, allégation rejetée catégoriquement par les officiels hawaïens.
Les autorités de l’Etat d’Hawai où Barack Obama est né ont dû publier une copie de son acte de naissance pour faire taire la fausse rumeur selon laquelle le président américain serait né en Afrique.
Les autorités d’Hawai, Etat de naissance du président Barack Obama, sont montés au créneau pour convaincre les irréductibles que M. Obama est bien né sur le sol américain. Certains, au Etats-Unis, continuent de prétendre que le chef de l’exécutif n’est pas né en territoire américain et ne peut donc pas assumer la présidence.Le docteur Chiyome Fukimo, directeur des services de santé de l’Etat d’Hawaï, a publie, lundi, un communique affirmant que l’acte de naissance de Barack Obama est authentique. L’acte en question spécifie qu’il est né le 4 août 1961, à Hawaï, d’un père d’origine kenyane et d’une mère américaine. C’est la seconde fois que le docteur Fukimo fait une telle déclaration. La première remonte à octobre dernier, quelques jours avant l’élection du 44eme président des Etats-Unis.
Dans une résolution adoptée lundi pour marquer le 50e anniversaire de l’accession d’Hawaï au statut d’Etat américain cette année, la Chambre des représentants du Congrès américain rappelle que le président Barack Obama y est né. Le document a été approuvé à l’unanimité, montrant le peu de crédibilité accordée accordée à ceux qu’on appelle aux Etats-Unis les « Birthers », les partisans de la thèse de la naissance étrangère du président Obama.
Mais ces derniers continuent d’affirmer que Barack Obama n’est pas un Américain de naissance et n’a pas donc le droit d’être président, la Constitution spécifiant que le chef de l’executif doit être né sur le sol américain.
Les « Birthers » fondent leurs allégations entre autres sur une prétendue interview de Sara Obama, la grand-mère kenyane du président, qui aurait affirme avoir assiste personnellement à la naissance du président au Kenya. Ils soutiennent aussi que l’acte de naissance de Barack Obama mentionné par les autorités d’Hawaï serait un faux, allégation rejetée catégoriquement par les officiels hawaïens.
La nationalité d'Obama, cible des théoriciens du complot - Libération
La nationalité d'Obama, cible des théoriciens du complot - Libération
ARTICLE+VIDEO
Entretenue par des cercles d'extrême-droite et certains élus républicains, la polémique sur la nationalité de Barack Obama continue aux Etats-Unis.
Barack Obama est-il vraiment né Américain? Aux Etats-Unis, un certain nombre de partisans d'extrême-droite ou d'adeptes de la théorie du complot en doutent. Leur position n'est pas nouvelle. Durant la campagne électorale d'Obama, ces activistes qui se font appeler «Birthers» (de l'anglais «birth», «naissance») affirmaient déjà que le candidat démocrate n'était pas né à Hawai, un Etat américain, mais au Kenya. Pour ces révisonnistes, l'enjeu est de taille: la Constitution stipule en effet que seul un citoyen né sur le sol américain peut occuper la Maison Blanche. Obama serait donc à leurs yeux un président «illégitime».
Depuis huit mois, la polémique s'entretient sur Internet, devenu le terrain d'expression favori de ces groupuscules. Le site WorldNetDaily.com, qui revendique quelque 400.000 visiteurs, décline quotidiennement les derniers épisodes d'un feuilleton à rebondissements. Un internaute a également tenté de mettre en vente sur Ebay un prétendu acte de naissance... émanant du Kenya, pays d'origine du père d'Obama.
Procès en patriotisme
A l'automne dernier, Obama avait bien tenté de mettre fin à la controverse en publiant son certificat de naissance: le 4 août 1961, à Honolulu. Las, les «birthers» n'en démordent pas, il est vrai bien aidés par les animateurs d'émissions très écoutées (Lou Dobbs sur CNN ou Rush Limbaugh sur les radios), qui relayent leurs thèses.
Certains élus républicains ne manquent pas non plus d'entretenir le doute, favorisant ainsi le procès en patriotisme d'Obama. Le Figaro relate l'initiative d'«une dizaine d'élus conservateurs [qui] ont choisi ce moment pour proposer une loi qui exigerait des candidats à la présidence qu'ils produisent leur certificat de naissance». Un journaliste du Huffington Post a aussi entrepris d'interroger des élus républicains à ce sujet, publiant une vidéo qui révèle l'embarras de certains.
Devant l'ampleur prise par l'affaire, la Maison Blanche a même dû effectuer une énième mise au point sur le sujet, comme le raconte Le Monde. En début de semaine, les autorités de l'Etat d'Hawaï ont également dû assurer que Barack Hussein Obama était bien né à la maternité de Kapiolani à Honolulu, le 4 août 1961 à 19h24 locales, alors que la Chambre des représentants a voté lundi un texte, sans valeur de loi, réaffirmant symboliquement, à l'occasion du 50e anniversaire de l'entrée d'Hawaï dans l'Union, que «le 44e président des Etats-Unis est né à Hawaï». Plusieurs fois interpellée sur le sujet, la Cour suprême refuse toujours de se saisir du dossier.
Tradition de la théorie du complot
Pour Mark Potok, du Southern Poverty Law Center, un organisme qui étudie les groupes extrémistes, la bataille autour du certificat de naissance d'Obama est le fait de personnes «fondamentalement soit racistes, soit d'extrême droite. Ils ne supportent pas de voir Barack Obama président, largement parce qu'il est noir mais aussi parce qu'il est progressiste».
«Dans notre pays, il y a une tradition de la théorie du complot, cela fait partie de la culture de la contestation. Ces gens ont peur que le gouvernement soit noyauté par une élite secrète qui, au cours de l'histoire, a été représentée par les francs-maçons, les catholiques ou les banquiers juifs», rappelle quant à lui Chip Berlet, politologue au Political Research Associates (PRA), un centre qui suit les mouvements d'extrême-droite.
ARTICLE+VIDEO
Entretenue par des cercles d'extrême-droite et certains élus républicains, la polémique sur la nationalité de Barack Obama continue aux Etats-Unis.
Barack Obama est-il vraiment né Américain? Aux Etats-Unis, un certain nombre de partisans d'extrême-droite ou d'adeptes de la théorie du complot en doutent. Leur position n'est pas nouvelle. Durant la campagne électorale d'Obama, ces activistes qui se font appeler «Birthers» (de l'anglais «birth», «naissance») affirmaient déjà que le candidat démocrate n'était pas né à Hawai, un Etat américain, mais au Kenya. Pour ces révisonnistes, l'enjeu est de taille: la Constitution stipule en effet que seul un citoyen né sur le sol américain peut occuper la Maison Blanche. Obama serait donc à leurs yeux un président «illégitime».
Depuis huit mois, la polémique s'entretient sur Internet, devenu le terrain d'expression favori de ces groupuscules. Le site WorldNetDaily.com, qui revendique quelque 400.000 visiteurs, décline quotidiennement les derniers épisodes d'un feuilleton à rebondissements. Un internaute a également tenté de mettre en vente sur Ebay un prétendu acte de naissance... émanant du Kenya, pays d'origine du père d'Obama.
Procès en patriotisme
A l'automne dernier, Obama avait bien tenté de mettre fin à la controverse en publiant son certificat de naissance: le 4 août 1961, à Honolulu. Las, les «birthers» n'en démordent pas, il est vrai bien aidés par les animateurs d'émissions très écoutées (Lou Dobbs sur CNN ou Rush Limbaugh sur les radios), qui relayent leurs thèses.
Certains élus républicains ne manquent pas non plus d'entretenir le doute, favorisant ainsi le procès en patriotisme d'Obama. Le Figaro relate l'initiative d'«une dizaine d'élus conservateurs [qui] ont choisi ce moment pour proposer une loi qui exigerait des candidats à la présidence qu'ils produisent leur certificat de naissance». Un journaliste du Huffington Post a aussi entrepris d'interroger des élus républicains à ce sujet, publiant une vidéo qui révèle l'embarras de certains.
Devant l'ampleur prise par l'affaire, la Maison Blanche a même dû effectuer une énième mise au point sur le sujet, comme le raconte Le Monde. En début de semaine, les autorités de l'Etat d'Hawaï ont également dû assurer que Barack Hussein Obama était bien né à la maternité de Kapiolani à Honolulu, le 4 août 1961 à 19h24 locales, alors que la Chambre des représentants a voté lundi un texte, sans valeur de loi, réaffirmant symboliquement, à l'occasion du 50e anniversaire de l'entrée d'Hawaï dans l'Union, que «le 44e président des Etats-Unis est né à Hawaï». Plusieurs fois interpellée sur le sujet, la Cour suprême refuse toujours de se saisir du dossier.
Tradition de la théorie du complot
Pour Mark Potok, du Southern Poverty Law Center, un organisme qui étudie les groupes extrémistes, la bataille autour du certificat de naissance d'Obama est le fait de personnes «fondamentalement soit racistes, soit d'extrême droite. Ils ne supportent pas de voir Barack Obama président, largement parce qu'il est noir mais aussi parce qu'il est progressiste».
«Dans notre pays, il y a une tradition de la théorie du complot, cela fait partie de la culture de la contestation. Ces gens ont peur que le gouvernement soit noyauté par une élite secrète qui, au cours de l'histoire, a été représentée par les francs-maçons, les catholiques ou les banquiers juifs», rappelle quant à lui Chip Berlet, politologue au Political Research Associates (PRA), un centre qui suit les mouvements d'extrême-droite.
Comment Obama est devenu super-héros du web, Vu sur le web - Information NouvelObs.com
Comment Obama est devenu super-héros du web, Vu sur le web - Information NouvelObs.com
NOUVELOBS.COM 30.07.2009 10:15
Le 4 novembre 2008, Barack Obama dégage, d’un coup de web 2.0, huit années apocalyptiques de George W. Bush. De mémoire d’Américain, l’événement est historique. De mémoire de geek aussi. Mais quel est le véritable rôle joué par internet dans son élection?
La net-campagne "off"…
5 mars 2007 : Big Bang dans la toile. Le sénateur de l’Illinois, qui s'est officiellement lancé à la conquête de la Maison Blanche le 11 février, vient à peine de donner le coup d’envoi de sa campagne lorsqu'un objet non identifié répand son nom comme une traînée de poudre. Bricolé par un partisan anonyme − qui se révèlera ensuite être Philippe de Vellis, un artisan de la campagne internet du sénateur −, le clip pro-Obama détournant la pub d’Apple diffusée lors du Super Bowl de 1984 est visionné plusieurs millions de fois sur You Tube. Certes, Barack Obama s’était déjà fait remarquer, le 27 juillet 2004, par son discours à la convention démocrate devant les supporters du candidat de l'époque, John Kerry. Mais c’est sans commune mesure avec le clip de 2007, qui marque le début de l'impitoyable duel avec Hillary Clinton pour l’investiture démocrate. Sous le titre "Vote different", la vidéo s’attaque directement à l’ancienne First Lady, en la comparant au Big Brother du roman "1984" de George Orwell. La réplique des fans d’Hillary Clinton ne se fait pas attendre. Dès le 18 mars, ils mettent sur You Tube un film symétrique, intitulé "Barack 1984". La guerre web 2.0 est lancée.
Un an plus tard, des internautes vont toutefois s'amuser à les réconcilier en les mettant dans le même lit dans le clip "Under Barack Obama", parodie du tube "Umbrella" de Rihanna, qui fera les joies de la toile.
Il y en a une autre qui mettrait bien Barack Obama dans son lit : les chansons d'amour de la sexy Amber Lee Ettinger, mannequin et actrice américaine plus connue sous le nom d'Obama Girl, font plusieurs fois le tour de la planète web. C’est sous l’égide des joyeux lurons du site de satire politique Barely Political, Ben Relles et Leah Kauffman, qu'elle déclare sa flamme pour la première fois en juin 2007, dans le clip "I got a crush on Obama". L'effet est redoutable : visionnée plus de 10 millions de fois, la vidéo va être suivie d’autres du même type, pour devenir une série ultra-populaire. Un joli coup de marketing au passage pour Barely Political, qui venait d’être créé.
Le troisième coup de maître est signé Will.i.am, le leader du groupe "Black eyed Peas". En février 2008, sa chanson "Yes we can", où se joignent plusieurs autres chanteurs, fait elle aussi un tabac sur You Tube. Elle reprend des extraits du discours de Barack Obama du 9 janvier 2008, prononcé lors de la primaire dans l'Etat du New Hampshire.
Parmi les célèbres soutiens de Barack Obama, figure aussi Shepard Fairey, le créateur de l'affiche "Hope". Dans une interview publiée sur le site Huffigton Post, l’artiste de rue raconte que, s’il en est bien l’instigateur en tant que citoyen dépourvu de toute affiliation à l’équipe du sénateur, il a attendu, contrairement à ses comparses, le feu-vert du QG d’Obama pour créer ce qui est devenu, en un temps record, l’un des symboles de la campagne.
…enfièvre la toileC’est bientôt toute la toile qui s’embrase pour le candidat démocrate, à coups d’initiatives isolées et pour la plupart anonymes. De ces multiples créations, c’est l’image d’Obama en super-héros qui fait de loin le plus recette. Une représentation qu’il doit à son charisme, sa jeunesse, sa couleur de peau, sa modernité, son côté vissé sur son blackberry. Mais aussi au ras-le-bol des jeunes Américains démocrates après les années Bush.
"Il a suscité une immense attente", constate Zachary Miller, ancien vice-président des Democrats Abroad in France, la branche française des démocrates américains. Tout en prenant ses distances : "Certains ont dépassé les bornes en voyant en lui une sorte de messie. C’est le fait des internautes, l’équipe officielle de la campagne n’a jamais cherché à le survendre à ce point". Pour Stanislas Magniant, co-fondateur du blog Netpolitique, il ne fait aucun doute que "l'élément pivot de la campagne d’Obama, c'est l'engagement inédit des jeunes. Ils ont représenté plus de 60% de la hausse de la participation le 4 novembre, et ils ont voté à 66% pour Obama." Or, c’est désormais sur internet que les jeunes font leurs 400 coups. Cela donne pêle-mêle, parmi les innombrables buzz, un Obama jedi, un Obama superman créé par les moustachus et fantasques JibJab, ou encore un Obama héros d’un jeu type Mario Bros. (Si la vidéo ne charge pas, vous pouvez jouez ici)Les vidéos des internautes donnent lieu à un tel festival que CNN décide de leur décerner un oscar. La palme revient à… devinez qui ?Dans le même temps, des sosies sortis des quatre coins de la planète s’en donnent à cœur joie. L’un des plus célèbres d’entre eux est l’acteur et danseur américain Iman Crosson, qui fait des siennes sur You Tube sous le pseudo Alphacat. Dans la panoplie des créations web, on trouve également un générateur du discours d’investiture de Barack Obama, pour ceux qui n’auraient pas eu la patience d’attendre l’original.Autre trouvaille qui fait fureur, une vidéo mise en ligne par le réseau progressiste Move On, proche des démocrates, imagine un scénario catastrophe : John McCain l’emporte d’une seule petite voix sur son rival démocrate. Cette voix qui peut changer le cours de l’élection, ce peut-être votre meilleur pote qui n’est pas très motivé pour se rendre aux urnes le jour J. Et oui, la vidéo peut être customisée pour culpabiliser un ami !
Même si, après l’élection, la fièvre est largement retombée à en croire la courbe de Google Trends (qui mesure la fréquence des recherches), des ovnis font néanmoins encore leur apparition ici ou là. Une vidéo datée du 16 juin, où l’on voit Obama s’interrompre, en pleine interview sur la chaîne américaine CNBC, pour écraser une mouche qui cherchait à lui voler la vedette, fair repartir le buzz de plus belle. La scène, bien réelle, a même donné lieu à une parodie version Ninja, signée... Barely Political !
La net-campagne officielle...Voilà, sans évidemment chercher l’exhaustivité, pour le festival "off". N’en déplaise aux sceptiques de tout poil qui ont vu derrière cet engagement citoyen un pilotage de l’équipe d’Obama, l'enthousiasme inédit pour le sénateur de l’Illinois est bel et bien spontané. Qu’il soit, d’ailleurs, le fait d’internautes anonymes, d’artistes célèbres, ou de professionnels du marketing internet. A ce titre, Philipp de Vellis, le créateur du clip 1984, s’en explique très clairement sur le site Huffigton Post. Il indique avoir agi de manière isolée, en tant que simple citoyen partisan d’Obama, et avoir ensuite lâché son poste à Blue State Digital, une société qui a largement contribué à la campagne internet d’Obama, dans la catégorie officielle.Car, bien sûr, Barack Obama met lui-même les mains dans le cambouis. Et pas à moitié. Il a su, estime Stanislas Magniant, "faciliter, catalyser et démultiplier par sa stratégie de communication cet engagement sincère et profond des internautes, qui a œuvré comme une lame de fond dans la campagne."
Pour alimenter le buzz, rien de tel, par exemple, que de poster sur You Tube son discours délivré le soir de l’élection aussitôt après qu'il l'ait prononcé. Deux jours après, la version officielle de la vidéo avait été vue 1,9 million de fois. Avec les quelque 500 autres versions qui circulaient, cela fait 6,8 millions, constate le blog Techcrunch, consacré aux technologies du web. Résultat, elle "est en passe de devenir l’une des vidéos qui s’est répandue le plus rapidement sur le web", assure le site, qui salue "un modèle de viralité".
...et sa boîte à outilsPour sa net-campagne, le sénateur s'entoure de stratèges de choix dont il fait ses lieutenants. Parmi les plus célèbres, Chris Hughes, génie de 23 ans, est le co-fondateur de Facebook. C’est lui qui gère notamment le site internet d’Obama créé par Blue State Digital, MyBarackObama. Il fait de cette plate-forme, connue aussi sous le sobriquet "MyBo", le centre nerveux d'un immense réseau virtuel, ouvert sur des milliers de blogs et de groupes de discussion. David Axelrod, le stratège de la campagne, est quant à lui un ancien journaliste, vieux routier de l’exercice. Troisième pilier, le directeur de la communication d'Obama Robert Gibbs avait été le porte-parole du sénateur John Kerry en 2004. A partir du site MyBarackObama, Obama exploite toute la panoplie des outils web 2.0 : les réseaux de socialisation Facebook, MySpace, Linkedin, les plate-formes communautaires Flickr et You Tube, les mini-messages de Twitter, etc. Derrière tous ces canaux, c’est toujours le même maître-mot : le participatif. L’objectif est de rendre les citoyens acteurs de la mobilisation militante : "Je vous demande de croire. Pas seulement en ma capacité à apporter un réel changement à Washington. Je vous demande de croire en vos propres capacités." Voilà, c’est dit, sur la page d’accueil de MyBarackObama. En chiffres, cela donne, à la mi-octobre 2008, plus de 1,9 million de partisans sur sa page Facebook, 650.000 sur MySpace, plus de 91.000 sympathisants inscrits pour recevoir des informations sur Barack Obama sur Twitter, ou encore 16,6 millions de vidéos visionnées sur sa chaîne YouTube. Au total, sa mailing list recense, le jour de son élection, 13 millions de partisans. C’est par ce biais également que le sénateur fait appel aux dons pour financer sa campagne. Au lieu de privilégier les grands donateurs, comme le fait Hillary Clinton, il multiplie les petits dons, à coups de 5 dollars par-ci par-là. Le succès est au-rendez-vous, témoin d’une part de sa popularité, et d’autre part que la stratégie, la première dans le genre, est la bonne. En France, les pro-Obama utilisent le même genre d’outils. Zachary Miller, crée, dès février 2007, un Meetup Group pour soutenir le sénateur. Le but est de s’appuyer sur l’enthousiasme des internautes, en créant des groupes de militants et en collectant des fonds. "Avec 500 membres à notre actif au plus fort de la campagne, nous avons été le plus grand Meetup pro-Obama en dehors des Etats-Unis", affirme-t-il. "Des internautes nous ont proposé d’eux-mêmes de s’impliquer activement, en faisant par exemple des vidéos qu’ils postaient sur You Tube". Petite précision de taille : "On n’a jamais rémunéré qui que ce soit pour ce travail".
Oui au web 2.0, non au wikicandidatObama n’est pas pour autant "un wikicandidat", souligne Stanislas Magniant. "Il n’a pas du tout fait du Ségolène Royal, de la co-création de programme, contrairement à ce qui a été popularisé. Il a surfé sur la vague des internautes mais avec une extrême vigilance, en maîtrisant l’image et le message."
En juillet 2008, le New Yorker publie une caricature du couple Obama pour dénoncer la "campagne de peur et de désinformation" menée contre le sénateur de l'Illinois. (AFP)Exemple : en soutenant le projet de loi FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act), portant notamment sur les écoutes téléphoniques, Obama, alors sénateur, frôle le divorce avec les internautes technophiles foncièrement opposés au texte. Pour calmer le jeu, son équipe va jusqu’à tolérer l’organisation d’un groupe anti-FISA sur la plate-forme MyBarackObama. Obama entre même en contact avec eux, en s'expliquant dans une note publiée sur la page du groupe. En gros, il leur dit : "J’écoute, mais in fine, c’est à moi de trancher, on peut être d’accord sans être d’accord", résume Stanislas Magniant. Et d’ajouter : "Ce moment clé a été très significatif du type de gouvernance qu’Obama pouvait mettre en place sur internet." Un autre exemple de ce contrôle "soft" sur la toile ? Il lance un site anti-rumeurs, baptisé "Fight the smears", pour contrecarrer, surtout, les bruits le faisant passer pour un musulman. Enfin, autre corde à son arc, l’achat d’espaces publicitaires. Pendant la campagne, Obama dépense des millions de dollars sur Google. Lorsqu’on fait une recherche "Obama musulman", on a droit aussitôt à une pub expliquant qu’il est chrétien. S'il manie admirablement bien l'épée sur le web, il se sert donc également de son bouclier.
"Sans internet, Barack Obama ne serait pas président"C’est l’enseignement que tire Arianna Huffington, la créatrice de l'influent blog politique Huffington Post, de ce gigantesque buzz suscité autour et par Barack Obama. Selon un sondage, publié en avril 2009 par un institut américain indépendant, plus de la moitié des Américains en âge de voter a utilisé internet lors de la campagne. Une première.
C’est certain, internet a joué, mais pas tout seul. Car l’équipe d’Obama a fait de la toile un outil pour mobiliser aussi sur le terrain. Un article détaillé de mars 2008 du magazine américain Rolling Stones, intitulé "The Machinery of Hope", décrit d’ailleurs très bien cette tactique. Si la formidable machine Obama a fonctionné, c'est parce qu’elle a réussi à tisser un vaste réseau de soutiens, grâce à une complémentarité entre campagne online et offline, en s'inspirant du modèle des "community organising" que Barack Obama avait utilisés lorsqu’il était "travailleur communautaire" à Chicago. Résultat, des internautes se sont transformés d’eux-mêmes en bénévoles en se donnant des rendez-vous via Facebook ou autres plate-formes, pour battre le pavé et sonner aux portes. Et c’est cela qui a surtout fait la différence. "Grâce à internet et à sa présence sur le terrain, il a réussi à organiser les militants et à obtenir la victoire dans certains petits Etats clefs", estime Stanislas Magniant. Un avis que partage la présidente des Démocrates en France, Meredith Gowan Le Goff : "C’est à ce moment là que le challenger a émergé". Et les victoires ont, à leur tour, nourri le buzz. Zachary Miller explique, de son côté, qu’outre le site Meet-up, la cellule française pro-Obama envoyait les militants se poster avec des flyers devant les lieux fréquentés par les Américains.
Le pionnier de la net-campagne... n'est pas Obama Obama n’a toutefois pas sorti cette stratégie de son chapeau. Zachary Miller rappelle qu’il tenait déjà un Meetup lors de la campagne d’Howard Dean de 2004 : "Avec Howard Dean, on s’est en quelque sorte entraîné pour ce qui allait venir".
Howard Dean (AFP)Zack Exley, célèbre web-activiste américain, ex-animateur de MoveOn, ancien conseiller internet pour la campagne de John Kerry et pour Tony Blair, avait publié, en 2005, une série de lettres ouvertes qui détaillaient déjà quasiment le plan de campagne d’Obama. "Les nouveaux atouts construits par le parti démocrate durant la campagne présidentielle de 2004 pouvaient être mis à profit, écrivait-il, pour construire une organisation de terrain plus rapidement qu'en opérant de manière traditionnelle. Le parti a la capacité de contacter par email des millions d'activistes qui se sont inscrits durant la campagne de 2004. S'ils construisent quelques outils web simples et qu'ils suivent une stratégie bien conçue, alors ils pourront bâtir une organisation puissante en un rien de temps.(…) Ce n'est pas de la magie par Internet. Il s'agit tout simplement du modèle traditionnel d'organisation rendu plus efficace par l'utilisation d'un nouvel outil de communication et de gestion des informations." "Avec Obama, c’est donc l’aboutissement de 10 ans de développement dans le net-politique. Un autre débat s’ouvre désormais : la net-gouvernance", conclut Stanislas Magniant.
Sarah Halifa-Legrand - nouvelobs.com
A lire aussi :- McCain et Palin, les antihéros du web- Cap sur la gouvernance 2.0
NOUVELOBS.COM 30.07.2009 10:15
Le 4 novembre 2008, Barack Obama dégage, d’un coup de web 2.0, huit années apocalyptiques de George W. Bush. De mémoire d’Américain, l’événement est historique. De mémoire de geek aussi. Mais quel est le véritable rôle joué par internet dans son élection?
La net-campagne "off"…
5 mars 2007 : Big Bang dans la toile. Le sénateur de l’Illinois, qui s'est officiellement lancé à la conquête de la Maison Blanche le 11 février, vient à peine de donner le coup d’envoi de sa campagne lorsqu'un objet non identifié répand son nom comme une traînée de poudre. Bricolé par un partisan anonyme − qui se révèlera ensuite être Philippe de Vellis, un artisan de la campagne internet du sénateur −, le clip pro-Obama détournant la pub d’Apple diffusée lors du Super Bowl de 1984 est visionné plusieurs millions de fois sur You Tube. Certes, Barack Obama s’était déjà fait remarquer, le 27 juillet 2004, par son discours à la convention démocrate devant les supporters du candidat de l'époque, John Kerry. Mais c’est sans commune mesure avec le clip de 2007, qui marque le début de l'impitoyable duel avec Hillary Clinton pour l’investiture démocrate. Sous le titre "Vote different", la vidéo s’attaque directement à l’ancienne First Lady, en la comparant au Big Brother du roman "1984" de George Orwell. La réplique des fans d’Hillary Clinton ne se fait pas attendre. Dès le 18 mars, ils mettent sur You Tube un film symétrique, intitulé "Barack 1984". La guerre web 2.0 est lancée.
Un an plus tard, des internautes vont toutefois s'amuser à les réconcilier en les mettant dans le même lit dans le clip "Under Barack Obama", parodie du tube "Umbrella" de Rihanna, qui fera les joies de la toile.
Il y en a une autre qui mettrait bien Barack Obama dans son lit : les chansons d'amour de la sexy Amber Lee Ettinger, mannequin et actrice américaine plus connue sous le nom d'Obama Girl, font plusieurs fois le tour de la planète web. C’est sous l’égide des joyeux lurons du site de satire politique Barely Political, Ben Relles et Leah Kauffman, qu'elle déclare sa flamme pour la première fois en juin 2007, dans le clip "I got a crush on Obama". L'effet est redoutable : visionnée plus de 10 millions de fois, la vidéo va être suivie d’autres du même type, pour devenir une série ultra-populaire. Un joli coup de marketing au passage pour Barely Political, qui venait d’être créé.
Le troisième coup de maître est signé Will.i.am, le leader du groupe "Black eyed Peas". En février 2008, sa chanson "Yes we can", où se joignent plusieurs autres chanteurs, fait elle aussi un tabac sur You Tube. Elle reprend des extraits du discours de Barack Obama du 9 janvier 2008, prononcé lors de la primaire dans l'Etat du New Hampshire.
Parmi les célèbres soutiens de Barack Obama, figure aussi Shepard Fairey, le créateur de l'affiche "Hope". Dans une interview publiée sur le site Huffigton Post, l’artiste de rue raconte que, s’il en est bien l’instigateur en tant que citoyen dépourvu de toute affiliation à l’équipe du sénateur, il a attendu, contrairement à ses comparses, le feu-vert du QG d’Obama pour créer ce qui est devenu, en un temps record, l’un des symboles de la campagne.
…enfièvre la toileC’est bientôt toute la toile qui s’embrase pour le candidat démocrate, à coups d’initiatives isolées et pour la plupart anonymes. De ces multiples créations, c’est l’image d’Obama en super-héros qui fait de loin le plus recette. Une représentation qu’il doit à son charisme, sa jeunesse, sa couleur de peau, sa modernité, son côté vissé sur son blackberry. Mais aussi au ras-le-bol des jeunes Américains démocrates après les années Bush.
"Il a suscité une immense attente", constate Zachary Miller, ancien vice-président des Democrats Abroad in France, la branche française des démocrates américains. Tout en prenant ses distances : "Certains ont dépassé les bornes en voyant en lui une sorte de messie. C’est le fait des internautes, l’équipe officielle de la campagne n’a jamais cherché à le survendre à ce point". Pour Stanislas Magniant, co-fondateur du blog Netpolitique, il ne fait aucun doute que "l'élément pivot de la campagne d’Obama, c'est l'engagement inédit des jeunes. Ils ont représenté plus de 60% de la hausse de la participation le 4 novembre, et ils ont voté à 66% pour Obama." Or, c’est désormais sur internet que les jeunes font leurs 400 coups. Cela donne pêle-mêle, parmi les innombrables buzz, un Obama jedi, un Obama superman créé par les moustachus et fantasques JibJab, ou encore un Obama héros d’un jeu type Mario Bros. (Si la vidéo ne charge pas, vous pouvez jouez ici)Les vidéos des internautes donnent lieu à un tel festival que CNN décide de leur décerner un oscar. La palme revient à… devinez qui ?Dans le même temps, des sosies sortis des quatre coins de la planète s’en donnent à cœur joie. L’un des plus célèbres d’entre eux est l’acteur et danseur américain Iman Crosson, qui fait des siennes sur You Tube sous le pseudo Alphacat. Dans la panoplie des créations web, on trouve également un générateur du discours d’investiture de Barack Obama, pour ceux qui n’auraient pas eu la patience d’attendre l’original.Autre trouvaille qui fait fureur, une vidéo mise en ligne par le réseau progressiste Move On, proche des démocrates, imagine un scénario catastrophe : John McCain l’emporte d’une seule petite voix sur son rival démocrate. Cette voix qui peut changer le cours de l’élection, ce peut-être votre meilleur pote qui n’est pas très motivé pour se rendre aux urnes le jour J. Et oui, la vidéo peut être customisée pour culpabiliser un ami !
Même si, après l’élection, la fièvre est largement retombée à en croire la courbe de Google Trends (qui mesure la fréquence des recherches), des ovnis font néanmoins encore leur apparition ici ou là. Une vidéo datée du 16 juin, où l’on voit Obama s’interrompre, en pleine interview sur la chaîne américaine CNBC, pour écraser une mouche qui cherchait à lui voler la vedette, fair repartir le buzz de plus belle. La scène, bien réelle, a même donné lieu à une parodie version Ninja, signée... Barely Political !
La net-campagne officielle...Voilà, sans évidemment chercher l’exhaustivité, pour le festival "off". N’en déplaise aux sceptiques de tout poil qui ont vu derrière cet engagement citoyen un pilotage de l’équipe d’Obama, l'enthousiasme inédit pour le sénateur de l’Illinois est bel et bien spontané. Qu’il soit, d’ailleurs, le fait d’internautes anonymes, d’artistes célèbres, ou de professionnels du marketing internet. A ce titre, Philipp de Vellis, le créateur du clip 1984, s’en explique très clairement sur le site Huffigton Post. Il indique avoir agi de manière isolée, en tant que simple citoyen partisan d’Obama, et avoir ensuite lâché son poste à Blue State Digital, une société qui a largement contribué à la campagne internet d’Obama, dans la catégorie officielle.Car, bien sûr, Barack Obama met lui-même les mains dans le cambouis. Et pas à moitié. Il a su, estime Stanislas Magniant, "faciliter, catalyser et démultiplier par sa stratégie de communication cet engagement sincère et profond des internautes, qui a œuvré comme une lame de fond dans la campagne."
Pour alimenter le buzz, rien de tel, par exemple, que de poster sur You Tube son discours délivré le soir de l’élection aussitôt après qu'il l'ait prononcé. Deux jours après, la version officielle de la vidéo avait été vue 1,9 million de fois. Avec les quelque 500 autres versions qui circulaient, cela fait 6,8 millions, constate le blog Techcrunch, consacré aux technologies du web. Résultat, elle "est en passe de devenir l’une des vidéos qui s’est répandue le plus rapidement sur le web", assure le site, qui salue "un modèle de viralité".
...et sa boîte à outilsPour sa net-campagne, le sénateur s'entoure de stratèges de choix dont il fait ses lieutenants. Parmi les plus célèbres, Chris Hughes, génie de 23 ans, est le co-fondateur de Facebook. C’est lui qui gère notamment le site internet d’Obama créé par Blue State Digital, MyBarackObama. Il fait de cette plate-forme, connue aussi sous le sobriquet "MyBo", le centre nerveux d'un immense réseau virtuel, ouvert sur des milliers de blogs et de groupes de discussion. David Axelrod, le stratège de la campagne, est quant à lui un ancien journaliste, vieux routier de l’exercice. Troisième pilier, le directeur de la communication d'Obama Robert Gibbs avait été le porte-parole du sénateur John Kerry en 2004. A partir du site MyBarackObama, Obama exploite toute la panoplie des outils web 2.0 : les réseaux de socialisation Facebook, MySpace, Linkedin, les plate-formes communautaires Flickr et You Tube, les mini-messages de Twitter, etc. Derrière tous ces canaux, c’est toujours le même maître-mot : le participatif. L’objectif est de rendre les citoyens acteurs de la mobilisation militante : "Je vous demande de croire. Pas seulement en ma capacité à apporter un réel changement à Washington. Je vous demande de croire en vos propres capacités." Voilà, c’est dit, sur la page d’accueil de MyBarackObama. En chiffres, cela donne, à la mi-octobre 2008, plus de 1,9 million de partisans sur sa page Facebook, 650.000 sur MySpace, plus de 91.000 sympathisants inscrits pour recevoir des informations sur Barack Obama sur Twitter, ou encore 16,6 millions de vidéos visionnées sur sa chaîne YouTube. Au total, sa mailing list recense, le jour de son élection, 13 millions de partisans. C’est par ce biais également que le sénateur fait appel aux dons pour financer sa campagne. Au lieu de privilégier les grands donateurs, comme le fait Hillary Clinton, il multiplie les petits dons, à coups de 5 dollars par-ci par-là. Le succès est au-rendez-vous, témoin d’une part de sa popularité, et d’autre part que la stratégie, la première dans le genre, est la bonne. En France, les pro-Obama utilisent le même genre d’outils. Zachary Miller, crée, dès février 2007, un Meetup Group pour soutenir le sénateur. Le but est de s’appuyer sur l’enthousiasme des internautes, en créant des groupes de militants et en collectant des fonds. "Avec 500 membres à notre actif au plus fort de la campagne, nous avons été le plus grand Meetup pro-Obama en dehors des Etats-Unis", affirme-t-il. "Des internautes nous ont proposé d’eux-mêmes de s’impliquer activement, en faisant par exemple des vidéos qu’ils postaient sur You Tube". Petite précision de taille : "On n’a jamais rémunéré qui que ce soit pour ce travail".
Oui au web 2.0, non au wikicandidatObama n’est pas pour autant "un wikicandidat", souligne Stanislas Magniant. "Il n’a pas du tout fait du Ségolène Royal, de la co-création de programme, contrairement à ce qui a été popularisé. Il a surfé sur la vague des internautes mais avec une extrême vigilance, en maîtrisant l’image et le message."
En juillet 2008, le New Yorker publie une caricature du couple Obama pour dénoncer la "campagne de peur et de désinformation" menée contre le sénateur de l'Illinois. (AFP)Exemple : en soutenant le projet de loi FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act), portant notamment sur les écoutes téléphoniques, Obama, alors sénateur, frôle le divorce avec les internautes technophiles foncièrement opposés au texte. Pour calmer le jeu, son équipe va jusqu’à tolérer l’organisation d’un groupe anti-FISA sur la plate-forme MyBarackObama. Obama entre même en contact avec eux, en s'expliquant dans une note publiée sur la page du groupe. En gros, il leur dit : "J’écoute, mais in fine, c’est à moi de trancher, on peut être d’accord sans être d’accord", résume Stanislas Magniant. Et d’ajouter : "Ce moment clé a été très significatif du type de gouvernance qu’Obama pouvait mettre en place sur internet." Un autre exemple de ce contrôle "soft" sur la toile ? Il lance un site anti-rumeurs, baptisé "Fight the smears", pour contrecarrer, surtout, les bruits le faisant passer pour un musulman. Enfin, autre corde à son arc, l’achat d’espaces publicitaires. Pendant la campagne, Obama dépense des millions de dollars sur Google. Lorsqu’on fait une recherche "Obama musulman", on a droit aussitôt à une pub expliquant qu’il est chrétien. S'il manie admirablement bien l'épée sur le web, il se sert donc également de son bouclier.
"Sans internet, Barack Obama ne serait pas président"C’est l’enseignement que tire Arianna Huffington, la créatrice de l'influent blog politique Huffington Post, de ce gigantesque buzz suscité autour et par Barack Obama. Selon un sondage, publié en avril 2009 par un institut américain indépendant, plus de la moitié des Américains en âge de voter a utilisé internet lors de la campagne. Une première.
C’est certain, internet a joué, mais pas tout seul. Car l’équipe d’Obama a fait de la toile un outil pour mobiliser aussi sur le terrain. Un article détaillé de mars 2008 du magazine américain Rolling Stones, intitulé "The Machinery of Hope", décrit d’ailleurs très bien cette tactique. Si la formidable machine Obama a fonctionné, c'est parce qu’elle a réussi à tisser un vaste réseau de soutiens, grâce à une complémentarité entre campagne online et offline, en s'inspirant du modèle des "community organising" que Barack Obama avait utilisés lorsqu’il était "travailleur communautaire" à Chicago. Résultat, des internautes se sont transformés d’eux-mêmes en bénévoles en se donnant des rendez-vous via Facebook ou autres plate-formes, pour battre le pavé et sonner aux portes. Et c’est cela qui a surtout fait la différence. "Grâce à internet et à sa présence sur le terrain, il a réussi à organiser les militants et à obtenir la victoire dans certains petits Etats clefs", estime Stanislas Magniant. Un avis que partage la présidente des Démocrates en France, Meredith Gowan Le Goff : "C’est à ce moment là que le challenger a émergé". Et les victoires ont, à leur tour, nourri le buzz. Zachary Miller explique, de son côté, qu’outre le site Meet-up, la cellule française pro-Obama envoyait les militants se poster avec des flyers devant les lieux fréquentés par les Américains.
Le pionnier de la net-campagne... n'est pas Obama Obama n’a toutefois pas sorti cette stratégie de son chapeau. Zachary Miller rappelle qu’il tenait déjà un Meetup lors de la campagne d’Howard Dean de 2004 : "Avec Howard Dean, on s’est en quelque sorte entraîné pour ce qui allait venir".
Howard Dean (AFP)Zack Exley, célèbre web-activiste américain, ex-animateur de MoveOn, ancien conseiller internet pour la campagne de John Kerry et pour Tony Blair, avait publié, en 2005, une série de lettres ouvertes qui détaillaient déjà quasiment le plan de campagne d’Obama. "Les nouveaux atouts construits par le parti démocrate durant la campagne présidentielle de 2004 pouvaient être mis à profit, écrivait-il, pour construire une organisation de terrain plus rapidement qu'en opérant de manière traditionnelle. Le parti a la capacité de contacter par email des millions d'activistes qui se sont inscrits durant la campagne de 2004. S'ils construisent quelques outils web simples et qu'ils suivent une stratégie bien conçue, alors ils pourront bâtir une organisation puissante en un rien de temps.(…) Ce n'est pas de la magie par Internet. Il s'agit tout simplement du modèle traditionnel d'organisation rendu plus efficace par l'utilisation d'un nouvel outil de communication et de gestion des informations." "Avec Obama, c’est donc l’aboutissement de 10 ans de développement dans le net-politique. Un autre débat s’ouvre désormais : la net-gouvernance", conclut Stanislas Magniant.
Sarah Halifa-Legrand - nouvelobs.com
A lire aussi :- McCain et Palin, les antihéros du web- Cap sur la gouvernance 2.0
La vaine bataille du certificat de naissance de M. Obama - Amériques - Le Monde.fr
La vaine bataille du certificat de naissance de M. Obama - Amériques - Le Monde.fr
LE MONDE 29.07.09 12h04 • Mis à jour le 29.07.09 13h12
Washington, correspondante
C'est le mot de l'été : "birthers". Un vocable, forgé de bout en bout, faisant référence au lieu de naissance (birth place). Il a commencé à pénétrer le discours public, au point qu'il a fait son apparition, lundi 27 juillet, à la conférence de presse quotidienne du porte-parole de Barack Obama, Robert Gibbs.
"Robert, je m'en veux d'en parler, mais il faut bien que quelqu'un le fasse, a commencé un correspondant. Pouvez-vous dire quelque chose qui fasse disparaître les “birthers”?" "Non", a répondu le porte-parole. Dans un cadre aussi prestigieux que la Maison Blanche, il a dit qu'il s'en voulait d'en venir même à aborder le sujet : "L'absurde fiction montée de toutes pièces pour savoir si oui ou non le président est né dans ce pays." La théorie du faux certificat de naissance de Barack Obama circule depuis la campagne électorale. Ses adeptes affirment qu'il est né au Kenya et non à Hawaï, ce qui lui interdirait d'être président des Etats-Unis. "Il y a un an et demi, j'a fait mettre le certificat de naissance sur l'Internet, a rappelé M. Gibbs. Que peut-il encore y avoir à dire ?" Pour la énième fois, le porte-parole a redit ce qui figure à l'état civil : "J'ai une information pour ceux qui ne croient pas qu'il est né ici : le président est né à Honolulu, Hawaï. Il est un citoyen américain." Huit mois après l'élection de M. Obama, les négationnistes du certificat de naissance continuent à prospérer. Pourquoi ? "Parce que, pour 15 dollars, vous pouvez acheter une adresse Web et dire ce que vous voulez", dit M. Gibbs.Une fraction d'électeurs, qui se rassemblent principalement autour d'un site Web, n'ont jamais accepté la candidature de Barack Obama. Après avoir porté plainte, ils ont eu la satisfaction de voir leur dossier remonter jusqu'à la Cour suprême, mais les juges ont refusé de considérer l'accusation.
"PRÉSIDENT NON AMÉRICAIN"
Les "birthers" ont alors trouvé secours chez les républicains. Le représentant de Floride, Bill Posey, a introduit un amendement destiné à imposer aux candidats à présidence de pourvoir leur certificat de naissance. Le sénateur Richard Shelby, de l'Alabama, a pris l'air sceptique quand on lui a demandé son opinion : "Eh bien, son père était né au Kenya", a-t-il souligné. Liz Cheney, la fille de l'ancien vice-président, a refusé de les désavouer. Début juillet, une militante a perturbé un rassemblement dans le Delaware en montrant son propre certificat, terminant pratiquement en larmes : "Je veux récupérer mon pays." L'assistance l'a applaudie et tout le monde a récité l'hymne d'allégeance.Certains élus républicains se disent embarrassés par des supporteurs aussi peu présentables. D'autres préfèrent en rire, comme le comédien Jon Stewart. Obama n'est pas seulement le premier président noir des Etats-Unis, a-t-il dit. Il est aussi le premier "président non américain". Dans le New York Times, le professeur Stanley Fish estime que les "birthers" mettent moins en cause la légitimité du certificat que "celle d'un Noir vivant à la Maison Blanche". Il reste une minorité "qui a du mal à croire qu'un Africain-américain puisse être vraiment le président des Etats-Unis", écrit-il.
Corine Lesnes
Article paru dans l'édition du 30.07.09
LE MONDE 29.07.09 12h04 • Mis à jour le 29.07.09 13h12
Washington, correspondante
C'est le mot de l'été : "birthers". Un vocable, forgé de bout en bout, faisant référence au lieu de naissance (birth place). Il a commencé à pénétrer le discours public, au point qu'il a fait son apparition, lundi 27 juillet, à la conférence de presse quotidienne du porte-parole de Barack Obama, Robert Gibbs.
"Robert, je m'en veux d'en parler, mais il faut bien que quelqu'un le fasse, a commencé un correspondant. Pouvez-vous dire quelque chose qui fasse disparaître les “birthers”?" "Non", a répondu le porte-parole. Dans un cadre aussi prestigieux que la Maison Blanche, il a dit qu'il s'en voulait d'en venir même à aborder le sujet : "L'absurde fiction montée de toutes pièces pour savoir si oui ou non le président est né dans ce pays." La théorie du faux certificat de naissance de Barack Obama circule depuis la campagne électorale. Ses adeptes affirment qu'il est né au Kenya et non à Hawaï, ce qui lui interdirait d'être président des Etats-Unis. "Il y a un an et demi, j'a fait mettre le certificat de naissance sur l'Internet, a rappelé M. Gibbs. Que peut-il encore y avoir à dire ?" Pour la énième fois, le porte-parole a redit ce qui figure à l'état civil : "J'ai une information pour ceux qui ne croient pas qu'il est né ici : le président est né à Honolulu, Hawaï. Il est un citoyen américain." Huit mois après l'élection de M. Obama, les négationnistes du certificat de naissance continuent à prospérer. Pourquoi ? "Parce que, pour 15 dollars, vous pouvez acheter une adresse Web et dire ce que vous voulez", dit M. Gibbs.Une fraction d'électeurs, qui se rassemblent principalement autour d'un site Web, n'ont jamais accepté la candidature de Barack Obama. Après avoir porté plainte, ils ont eu la satisfaction de voir leur dossier remonter jusqu'à la Cour suprême, mais les juges ont refusé de considérer l'accusation.
"PRÉSIDENT NON AMÉRICAIN"
Les "birthers" ont alors trouvé secours chez les républicains. Le représentant de Floride, Bill Posey, a introduit un amendement destiné à imposer aux candidats à présidence de pourvoir leur certificat de naissance. Le sénateur Richard Shelby, de l'Alabama, a pris l'air sceptique quand on lui a demandé son opinion : "Eh bien, son père était né au Kenya", a-t-il souligné. Liz Cheney, la fille de l'ancien vice-président, a refusé de les désavouer. Début juillet, une militante a perturbé un rassemblement dans le Delaware en montrant son propre certificat, terminant pratiquement en larmes : "Je veux récupérer mon pays." L'assistance l'a applaudie et tout le monde a récité l'hymne d'allégeance.Certains élus républicains se disent embarrassés par des supporteurs aussi peu présentables. D'autres préfèrent en rire, comme le comédien Jon Stewart. Obama n'est pas seulement le premier président noir des Etats-Unis, a-t-il dit. Il est aussi le premier "président non américain". Dans le New York Times, le professeur Stanley Fish estime que les "birthers" mettent moins en cause la légitimité du certificat que "celle d'un Noir vivant à la Maison Blanche". Il reste une minorité "qui a du mal à croire qu'un Africain-américain puisse être vraiment le président des Etats-Unis", écrit-il.
Corine Lesnes
Article paru dans l'édition du 30.07.09
Racistes "dynamisés" par l'élection d'Obama | LeMatin.ch
Racistes "dynamisés" par l'élection d'Obama LeMatin.ch
By sebrep
Created 07/30/2009 - 08:08
Sur les blogs et même devant les tribunaux, les "Birthers", comme ils se nomment, s’appuient sur la Constitution qui stipule que seul un citoyen né sur le sol américain est éligible. Malgré les preuves et la publication de l’acte de naissance du président, les rumeurs ne désarment pas au sein de cette nébuleuse constituée de milices d’extrême-droite, de mouvements racistes ou négationnistes."Ces gens sont fondamentalement soit racistes, soit d’extrême-droite. Ils ne supportent pas de voir Barack Obama président, largement parce qu’il est noir mais aussi parce qu’il est progressiste", résume Mark Potok, du Southern Poverty Law Center, un organisme qui étudie les groupes extrémistes.Sur des sites comme WorldNetDaily.com, qui revendique quelque 400.000 visiteurs, les "Birthers" brandissent chaque jour de "nouveaux doutes sur l’histoire de la naissance d’Obama". L’un d’eux a même tenté en vain par trois fois de vendre sur e-bay un prétendu acte de naissance... émanant du Kenya, pays d’origine du père d’Obama.Devant les tribunaux, plusieurs plaintes arguant que M. Obama n’est pas né sur le sol américain ont été rejetées tandis que la Cour suprême a refusé de se saisir du dossier.En début de semaine, les autorités de l’Etat d’Hawaï ont dû assurer que Barack Hussein Obama était bien né à la maternité de Kapiolani à Honolulu, le 4 août 1961 à 19h24 locales.La Chambre des représentants a elle-même voté lundi un texte, sans valeur de loi, réaffirmant symboliquement, à l’occasion du 50e anniversaire de l’entrée d’Hawaï dans l’Union, que "le 44e président des Etats-Unis est né à Hawaï". "Dans notre pays, il y a une tradition de la théorie du complot, cela fait partie de la culture de la contestation. Ces gens ont peur que le gouvernement soit noyauté par une élite secrète qui, au cours de l’histoire, a été représentée par les francs-maçons, les catholiques ou les banquiers juifs", rappelle Chip Berlet, politologue au Political Research Associates (PRA), un centre qui suit les mouvements d’extrême-droite.Il souligne que Bill Clinton a aussi été l’objet de théories du complot selon lesquelles le président démocrate cherchait l’aide de l’ONU pour confisquer toutes les armes sur le sol américain.Limitées à un auditoire de quelques centaines de milliers de sympathisants, ces théories sont toutefois relayées par des animateurs d’émissions écoutées comme Lou Dobbs sur CNN ou Rush Limbaugh sur les radios."D’un côté, vous avez ces mouvements racistes blancs, de taille relativement modeste mais très vindicatifs, de l’autre ces vedettes des médias qui jettent de l’huile sur le feu à la télévision, ajoute Chip Berlet. C’est une dynamique très dangereuse." Selon le Southern Poverty Law Center, on comptait 926 groupes racistes en 2008 aux Etats-Unis contre 602 en 2000, soit une hausse de 54%. "Je pense que c’est très significatif et que ces chiffres continuent de grimper, le monde des racistes blancs ayant été dynamisé par l’élection d’un Noir à la Maison Blanche", selon M. Potok.
By sebrep
Created 07/30/2009 - 08:08
Sur les blogs et même devant les tribunaux, les "Birthers", comme ils se nomment, s’appuient sur la Constitution qui stipule que seul un citoyen né sur le sol américain est éligible. Malgré les preuves et la publication de l’acte de naissance du président, les rumeurs ne désarment pas au sein de cette nébuleuse constituée de milices d’extrême-droite, de mouvements racistes ou négationnistes."Ces gens sont fondamentalement soit racistes, soit d’extrême-droite. Ils ne supportent pas de voir Barack Obama président, largement parce qu’il est noir mais aussi parce qu’il est progressiste", résume Mark Potok, du Southern Poverty Law Center, un organisme qui étudie les groupes extrémistes.Sur des sites comme WorldNetDaily.com, qui revendique quelque 400.000 visiteurs, les "Birthers" brandissent chaque jour de "nouveaux doutes sur l’histoire de la naissance d’Obama". L’un d’eux a même tenté en vain par trois fois de vendre sur e-bay un prétendu acte de naissance... émanant du Kenya, pays d’origine du père d’Obama.Devant les tribunaux, plusieurs plaintes arguant que M. Obama n’est pas né sur le sol américain ont été rejetées tandis que la Cour suprême a refusé de se saisir du dossier.En début de semaine, les autorités de l’Etat d’Hawaï ont dû assurer que Barack Hussein Obama était bien né à la maternité de Kapiolani à Honolulu, le 4 août 1961 à 19h24 locales.La Chambre des représentants a elle-même voté lundi un texte, sans valeur de loi, réaffirmant symboliquement, à l’occasion du 50e anniversaire de l’entrée d’Hawaï dans l’Union, que "le 44e président des Etats-Unis est né à Hawaï". "Dans notre pays, il y a une tradition de la théorie du complot, cela fait partie de la culture de la contestation. Ces gens ont peur que le gouvernement soit noyauté par une élite secrète qui, au cours de l’histoire, a été représentée par les francs-maçons, les catholiques ou les banquiers juifs", rappelle Chip Berlet, politologue au Political Research Associates (PRA), un centre qui suit les mouvements d’extrême-droite.Il souligne que Bill Clinton a aussi été l’objet de théories du complot selon lesquelles le président démocrate cherchait l’aide de l’ONU pour confisquer toutes les armes sur le sol américain.Limitées à un auditoire de quelques centaines de milliers de sympathisants, ces théories sont toutefois relayées par des animateurs d’émissions écoutées comme Lou Dobbs sur CNN ou Rush Limbaugh sur les radios."D’un côté, vous avez ces mouvements racistes blancs, de taille relativement modeste mais très vindicatifs, de l’autre ces vedettes des médias qui jettent de l’huile sur le feu à la télévision, ajoute Chip Berlet. C’est une dynamique très dangereuse." Selon le Southern Poverty Law Center, on comptait 926 groupes racistes en 2008 aux Etats-Unis contre 602 en 2000, soit une hausse de 54%. "Je pense que c’est très significatif et que ces chiffres continuent de grimper, le monde des racistes blancs ayant été dynamisé par l’élection d’un Noir à la Maison Blanche", selon M. Potok.
"Cher Obama, voici ce que les jeux vidéo ont fait pour moi"
"Cher Obama, voici ce que les jeux vidéo ont fait pour moi"
Les gamers américains en ont assez. Ils ne veulent plus que leur président dénigre leur occupation préférée et lancent une pétition pour lui prouver que les mondes virtuels ont du bon.
Les mots de Barack Obama contre les jeux vidéo ont fini par agacer les gamers
Mobilisation chez les amateurs de jeux vidéo aux Etats-Unis. Agacés des propos de leur président à l'encontre de leurs loisirs numériques, ils nourrissent une pétition proposée par l'association de consommateurs spécialisée dans les jeux vidéo ECA (Entertainment consumers association). Un document destiné à expliquer à Barack Obama en quoi ces jeux peuvent rendre la vie meilleure.
Le dirigeant américain n'est en effet pas tendre à leur égard: il ne manque pas une occasion de rappeller aux parents qu'ils ne devraient pas laisser leurs enfants devant leur console favorite.
"Nous devons remplacer ce jeu vidéo par un livre"
"'Chers parents, nous ne pouvons pas demander à nos enfants d'exceller en classe et les laisser tomber lorsqu'ils rentrent à la maison. Vous ne pouvez pas démissionner de votre rôle de parents. Pour que nos enfants réussissent, nous devons les aider à étudier. Ce qui implique de laisser de côté la Xbox." (17 juillet, devant la NAACP, l'une des plus anciennes et plus prestigieuses associations de défense des droits des noirs.) Une attaque qui avait même provoqué une réponse polie de Microsoft pour défendre sa machine: "Nous sommes d'accord avec Barack Obama. [...] D'ailleurs, la Xbox360 est la seule console qui permet aux parents de limiter le temps de jeu de leurs enfants".
"Nous devons remplacer ce jeu vidéo par un livre, et s'assurer que les devoirs ont été faits..." (21 juin, pour la fête des pères, dans le magazine Parade)
"[Les enfants de Chine et d'Inde] regardent beaucoup moins la télévision que les nôtres, jouent beaucoup moins aux jeux vidéo et restent plus longtemps en classe. [....] Nous devons nous améliorer." (12 juin, discours sur la santé dans le Wisconsin)
"En tant que joueur et en tant qu'électeur, nous vous demandons d'envoyer un message au président Obama pour lui montrer comment les jeux vidéo vous ont aidé et éduqué", précisent les auteurs de la pétition. L'initiative est relayée par plusieurs sites spécialisés, sur les blogs et sur Facebook.
Pendant sa campagne, Barack Obama avait pourtant largement diffusé ses affiches sur les expaces virtuel. Même autour des pistes de course de voiture du jeu Burnout Paradise... sur Xbox 360.
Les gamers américains en ont assez. Ils ne veulent plus que leur président dénigre leur occupation préférée et lancent une pétition pour lui prouver que les mondes virtuels ont du bon.
Les mots de Barack Obama contre les jeux vidéo ont fini par agacer les gamers
Mobilisation chez les amateurs de jeux vidéo aux Etats-Unis. Agacés des propos de leur président à l'encontre de leurs loisirs numériques, ils nourrissent une pétition proposée par l'association de consommateurs spécialisée dans les jeux vidéo ECA (Entertainment consumers association). Un document destiné à expliquer à Barack Obama en quoi ces jeux peuvent rendre la vie meilleure.
Le dirigeant américain n'est en effet pas tendre à leur égard: il ne manque pas une occasion de rappeller aux parents qu'ils ne devraient pas laisser leurs enfants devant leur console favorite.
"Nous devons remplacer ce jeu vidéo par un livre"
"'Chers parents, nous ne pouvons pas demander à nos enfants d'exceller en classe et les laisser tomber lorsqu'ils rentrent à la maison. Vous ne pouvez pas démissionner de votre rôle de parents. Pour que nos enfants réussissent, nous devons les aider à étudier. Ce qui implique de laisser de côté la Xbox." (17 juillet, devant la NAACP, l'une des plus anciennes et plus prestigieuses associations de défense des droits des noirs.) Une attaque qui avait même provoqué une réponse polie de Microsoft pour défendre sa machine: "Nous sommes d'accord avec Barack Obama. [...] D'ailleurs, la Xbox360 est la seule console qui permet aux parents de limiter le temps de jeu de leurs enfants".
"Nous devons remplacer ce jeu vidéo par un livre, et s'assurer que les devoirs ont été faits..." (21 juin, pour la fête des pères, dans le magazine Parade)
"[Les enfants de Chine et d'Inde] regardent beaucoup moins la télévision que les nôtres, jouent beaucoup moins aux jeux vidéo et restent plus longtemps en classe. [....] Nous devons nous améliorer." (12 juin, discours sur la santé dans le Wisconsin)
"En tant que joueur et en tant qu'électeur, nous vous demandons d'envoyer un message au président Obama pour lui montrer comment les jeux vidéo vous ont aidé et éduqué", précisent les auteurs de la pétition. L'initiative est relayée par plusieurs sites spécialisés, sur les blogs et sur Facebook.
Pendant sa campagne, Barack Obama avait pourtant largement diffusé ses affiches sur les expaces virtuel. Même autour des pistes de course de voiture du jeu Burnout Paradise... sur Xbox 360.
mardi 28 juillet 2009
Le chant d'Obama
Les débats de l'Obs - Le chant d'Obama - Gilles Anquetil, François Armanet - Réflexions - nouvelobs.com
L'écrivain américaine, prix Nobel de littérature 1993, publie «Un don», roman sur l'origine du racisme aux Etats-Unis, et célèbre les cent jours d'Obama par Toni Morrison
Le Nouvel Observateur. - Qu'avez-vous éprouvé lors de l'élection d'Obama ?
Toni Morrison. - Moi qui réserve mes émotions pour mes livres, et qui suis généralement réfractaire aux cérémonies patriotiques, j'ai eu des frissons en entendant Obama déclarer, lors de son investiture : «Aujourd'hui, nous sommes vraiment les Etats-«Unis» d'Amérique.» Je me suis sentie appartenir à ce pays comme jamais auparavant. C'est enfin devenu mon pays.J'ai été bouleversée aussi en voyant Jesse Jackson pleurer à Chicago le soir de la victoire, d'autant plus que je comprenais fort bien ce qu'il devait ressentir, lui qui était aux côtés de Martin Luther King lors de son assassinat. Même pour moi qui ne pleure jamais, il est toujours émouvant de voir un homme pleurer. Et le plus beau, c'est que ces larmes étaient à la fois pudiques et assumées, comme celles d'Obama lorsqu'il a perdu sa grand-mère, à la veille de l'élection. Si je ne gardais qu'une seule image de tout son parcours vers la Maison-Blanche, ce serait celle-là. De même, lorsqu'il a prononcé son discours sur la race, j'ai été frappée par sa justesse et son intelligence. Les idées qu'il a exposées étaient pour moi une évidence, mais jamais je ne les avais entendues énoncées aussi clairement, aussi publiquement.
N. O. - L'avez-vous rencontré ?
T. Morrison. - Je lui ai parlé, mais je ne l'ai jamais rencontré. Il m'a appelée l'été dernier pour savoir ce que je pensais de sa campagne, et me demander si j'étais prête à lui apporter publiquement mon soutien. J'ai d'abord décliné, car je n'ai pas pour habitude de prendre ouvertement parti pour un candidat. Mais il avait commencé par me dire toute son admiration pour mon roman «le Chant de Salomon». En retour, j'ai été très impressionnée par son livre, «les Rêves de mon père». Non seulement très peu de politiciens, mais très peu de «non-écrivains» sont capables d'écrire aussi bien, de structurer leur récit en scènes, de mêler narration, dialogue et réflexions. J'ai ensuite participé à quatre galas destinés à lever des fonds pour sa campagne, qui ont rapporté de 80 000 dollars à plus de 1 million de dollars !
J'admire aussi son livre parce qu'il n'a pas peur d'y exposer sa vulnérabilité. Il parle de sa vie sans forfanterie, mais sans ressentir non plus le besoin de se justifier, contrairement à ce que font tant d'écrivains dans leur autobiographie, où ils tendent soit à battre leur coulpe soit à relativiser leurs torts. Il évoque très honnêtement ses défauts de jeunesse, sans dénigrer personne. Il n'y a ni colère ni amertume. C'est très rare chez un politicien, et chez un mémorialiste en général. On est toujours tenté d'en profiter pour régler ses comptes avec ses ennemis, et je sais que moi-même je n'y résisterais pas !
N. O. - Cela fait huit ans que les Etats-Unis n'avaient pas eu un président qui s'exprime correctement en anglais !
T. Morrison. - Cela me rendrait presque nostalgique de Bush, car on ne savait jamais ce qu'il allait encore inventer ! [Rires.] C'était le roi du néologisme, de l'expression in congrue. Il n'entretenait avec la langue anglaise que des rapports, disons... très distants. Mais il est plus facile d'en rire rétrospectivement. Obama est capable aussi bien de parler simplement que de s'exprimer comme un juriste. Au début, la presse avait même peur de se laisser séduire par lui, le trouvait trop beau parleur. Moi qui suis assez vieille pour avoir connu Roosevelt, je suis réconfortée de le savoir capable d'une pensée complexe. Et non seulement il a une faculté d'écoute, mais il comprend, lui, ce que vous dites !
N. O. - Obama peut-il être le symbole d'un nouveau monde, d'une Amérique où la question raciale n'aurait plus de sens ?
T. Morrison. - Obama est certes un symbole, mais il subsiste aux Etats-Unis des gens profondément racistes, et qui le clament haut et fort : ils possèdent leur propre presse, leurs stations de radio. Certes, ils ne représentent qu'une infime minorité, mais ils existent. Reste donc à savoir comment ils réagiront à l'élection d'Obama. Ils ne peuvent sans doute pas accéder au pouvoir mais ils peuvent saboter le processus en cours. Je ne suis pas convaincue, contrairement à certains, que nous soyons entrés dans une ère «postraciste». Nous vivons peut-être le début d'une période, mais il ne faut pas oublier que ce président est à moitié blanc, et qu'il a été élevé par sa mère blanche. Il n'est donc pas identifié à son ADN de la même façon que moi ! Il est sensible au racisme, car il a vécu comme un Noir aux Etats-Unis, mais il n'a pas été en butte à la même hostilité. Les premières personnes qui l'ont aimé n'étaient pas noires, et c'est cet amour qui l'a construit. Donc effectivement, à titre personnel, il incarne un président «post-racial». Mais la complexité et le progressisme d'Obama sur ces questions en tant qu'individu ne s'appliquent pas à l'ensemble du pays...
N. O. - Mais son élection marque un tournant historique. Le racisme aux Etats-Unis ne pourra plus jamais être le même...
T. Morrison. - Je n'en suis pas si sûre. Il y a une part de racisme dans le fait d'exiger autant de lui, comme si on l'attendait au tournant... Il n'est au pouvoir que depuis cent jours, et on lui reproche déjà de ne pas en avoir fait davantage. C'est un peu comme le personnage du forgeron dans mon dernier livre «Un don» : un Noir libre, autonome et compétent est forcément perçu comme une menace. Je dirais la même chose d'Obama ! On exige de lui la perfection.
N. O. - Il n'a pas ancré en lui la mémoire de l'esclavage, ce qui lui épargne aussi toute attitude revancharde... T. Morrison. - Non, il n'y a aucune colère en lui. Il n'a pas été persécuté ou emprisonné comme les leaders de la lutte pour les droits civils. Lui, il est allé à Harvard !
N. O. - Et Michelle Obama ?
T. Morrison. - Son cas est différent. Elle est descendante d'esclaves, et sa famille est originaire du Sud. Elle incarne les aspirations des classes populaires noires, qui souhaitent que leurs enfants réussissent grâce à l'éducation tout en préservant une conscience sociale et une foi religieuse, ainsi que des valeurs de solidarité familiale et communautaire. Evidemment, ces valeurs n'exercent pas la séduction clinquante de celles que véhicule le rap, avec son culte de la réussite facile ou sa glorification des gangsters. Michelle Obama vient d'un milieu où toute une ville pouvait boycotter les transports publics si un prédicateur l'y incitait. Sa trajectoire est profondément américaine. Voilà pourquoi c'est le couple présidentiel qui a valeur de symbole, même si elle ne s'implique pas directement dans la politique, sinon en oeuvrant en faveur des femmes, des épouses de militaires, des enfants ou des pauvres. Mais n'oublions pas pour autant qu'elle est juriste, diplômée de Harvard et de Princeton, ancienne administratrice d'hôpital. Ce n'est pas Laura Bush !
N. O. - Etes-vous satisfaite des cent premiers jours d'Obama au pouvoir ?
T. Morrison. - Obama est très actif, car confronté à une gigantesque tâche : il doit défaire tout le mal qu'a fait Bush pour pouvoir ensuite reconstruire et affronter cette crise économique imprévue. Je ne l'envie pas, mais je ne vois aucun politique mieux qualifié que lui. Je respecte profondément Hillary Clinton, que je trouve très intelligente, mais personne n'arrive à la hauteur d'Obama pour sa constance et son charisme. Il est calme sans être mou, il négocie sans capituler. Il ne confond pas coopération et compromission.Il n'a pas encore appliqué tout son programme, mais comment y serait-il parvenu ? Il a déjà apporté des changements considérables. Ne serait-ce qu'en affirmant que la science est plus importante que la religion ! Rien que pour cela, je m'estime totalement satisfaite. J'espère qu'il parviendra à imposer un système d'assurance maladie un tant soit peu abordable et digne de ce nom, malgré les pressions hostiles. Et il lui reste trois ans et demi pour vraiment tenir ses promesses. A condition de ne pas se reposer sur ses lauriers !
N. O. - Dans les années 1960, vous avez été l'éditrice d'Angela Davis, Mohammed Ali, Huey Newton des Black Panthers... Défendre la littérature noire, était-ce pour vous une façon de contribuer à la lutte pour les droits civiques ?
T. Morrison. - C'était la seule façon possible pour moi. Je n'ai pas la fibre militante. Mais il me semblait crucial de donner la parole à ces gens qui allaient en prison et risquaient leur vie pour cette cause : il fallait préserver ce qu'ils avaient à dire par eux-mêmes, plutôt que de se contenter de ce qu'on disait d'eux. Il n'y avait guère de Noirs dans l'édition, et les éditeurs blancs ne se sentaient pas concernés. Ils ne pensaient pas pouvoir atteindre le public afro-américain, sinon avec des noms célèbres comme Angela Davis ou Mohammed Ali. Mais pour diffuser des auteurs moins connus, je me suis dit qu'il fallait développer un lectorat en proposant aux gens des choses qu'ils aient envie de lire. Aujourd'hui, ce lectorat existe, et l'édition n'a plus besoin de quelqu'un comme moi. Ma plus grande satisfaction, c'est que mon exemple, en tant qu'écrivain, ait pu ouvrir des portes.
N. O. - Votre nouveau roman, «Un don», décrit la coexistence, à la fin du XVIIe siècle, d'esclaves noirs, blancs et indiens, qui n'ont pas vraiment conscience d'être esclaves, ni de leur différence de race. S agit-il là d un souvenir volontairement effacé du passé des Etats-Unis ?
T. Morrison. - L'histoire des origines de notre pays a été effacée, altérée ou modifiée, comme si elle ne commençait qu'avec la Déclaration d'indépendance des Etats-Unis, en 1776. La période antérieure est enjolivée ou idéalisée : on évoque de gentils émigrés fuyant les persécutions religieuses et se réfugiant dans le Nouveau Monde, où ils fraternisent et devisent gaiement avec les indigènes amérindiens. Mais la réalité n'avait rien à voir ! J'ai effectué des recherches très fouillées pendant deux ans, ne serait-ce que pour savoir à quoi ressemblait le territoire avant l'arrivée des colons, et qui étaient vraiment ces derniers : pourquoi tenaient-ils tant à quitter l'Europe ? Je ne parle pas des commerçants de la Compagnie des Indes, ni même des réfugiés cherchant à pratiquer librement leur religion, mais des colons ordinaires. J'ai donc épluché les livres de bord des navires, les registres recensant les domestiques. Il y avait beaucoup de délinquants condamnés, de prostituées, énormément d'enfants, d'orphelins, de sans-logis. Voilà ce qui m'a intéressée, ainsi que le fait que l'esclavage n'avait rien d'exceptionnel. Il était universellement répandu, dans toutes les cultures, d'Athènes à l'Egypte en passant par l'Europe orientale. Tout le monde avait des esclaves, même si on ne les désignait pas ainsi. C'était une réalité en Russie, par exemple; il paraît d'ailleurs que le mot anglais slave, qui signifie «esclave», viendrait du mot Slav Il suffit de lire Gogol. Au départ, ce n'était pas une question de race, mais de statut social. La singularité des Etats-Unis, c'est d'avoir introduit cette dimension raciale et raciste. La Virginie a adopté une loi stipulant que tout homme blanc, même asservi (et le servage était souvent prolongé, voire héréditaire), pouvait lui-même posséder des esclaves noirs. Les maîtres ne leur permettaient donc pas de s'élever dans l'échelle sociale, et espéraient les maintenir dans la pauvreté, mais ils leur conféraient un sentiment de supériorité fondé sur l'appartenance raciale. Ainsi, ils ne menaceraient pas le statu quo social et économique. Et cette mentalité s'est perpétuée aux Etats-Unis : ce sont avant tout les «Blancs pauvres» qui entretiennent le racisme. Car si on leur enlève leur identité raciale et le sentiment de supériorité qu'elle leur procure, il ne leur reste plus rien. Même l'éducation ne suffit pas à éradiquer ces préjugés. Cela dit, les jeunes générations semblent lasses de ces clivages artificiels, au moins dans certains domaines.
N. O. - Vous évoquez donc une préhistoire oubliée de l'Amérique, où l'esclavage n'était pas lié au racisme.
T. Morrison. - On a effectivement occulté cette réalité historique. Dans certaines plantations se côtoyaient esclaves et serfs blancs, noirs et indiens.La révolte en Virginie que je décris dans mon livre, historiquement avérée, visait les possédants, les propriétaires terriens; et dans ses rangs se mêlaient plusieurs races et même plusieurs classes sociales. J'ai vu dans un documentaire Martin Luther King, peu avant son assassinat, prêcher dans une petite église des Appalaches, face à un auditoire de «petits Blancs». Il évoquait la perspective d'une nouvelle marche, une marche des pauvres, sur le modèle de la campagne pour les droits civiques; et tous les hommes présents étaient en larmes, car ils comprenaient que son message s'adressait à eux, et pas seulement aux Noirs. Le racisme sert avant tout à diviser pour régner; les luttes fratricides entre pauvres font toujours le jeu du pouvoir.Le racisme n'est pas inné : les enfants identifient la couleur de peau et les caractéristiques physiques, mais ils ne leur associent aucune connotation, à moins qu'on ne les éduque en ce sens. Comment cela a-t-il donc commencé ? L'Amérique, en tant que Nouveau Monde, était à cet égard l'endroit idéal. Quant à moi, qui ai vécu la ségrégation et la lutte pour les droits civiques, je ne pouvais pas imaginer qu'un Afro-Américain puisse être élu président cinquante ans plus tard. Obama a bénéficié d'un soutien tellement massif, tellement divers ! On n'avait pas vu pareille mobilisation depuis Kennedy. Et cet intérêt nouveau pour la politique n'est pas retombé depuis l'élection.
N. O. - Même les Français ont fêté sa victoire. D'une certaine façon, il est aussi notre président...
T. Morrison. - Le jour où les Français éliront un président noir bien à eux, je viendrai moi-même prononcer un discours !
Toni Morrison
Né en 1931 dans l'Ohio, Toni Morrison a obtenu le prix Pulitzer avec «Beloved» en 1988 et le Nobel de littérature en 1993. Elle vient de publier chez Christian Bourgois un nouveau roman, «Un don».
Gilles Anquetil, François ArmanetLe Nouvel Observateur
L'écrivain américaine, prix Nobel de littérature 1993, publie «Un don», roman sur l'origine du racisme aux Etats-Unis, et célèbre les cent jours d'Obama par Toni Morrison
Le Nouvel Observateur. - Qu'avez-vous éprouvé lors de l'élection d'Obama ?
Toni Morrison. - Moi qui réserve mes émotions pour mes livres, et qui suis généralement réfractaire aux cérémonies patriotiques, j'ai eu des frissons en entendant Obama déclarer, lors de son investiture : «Aujourd'hui, nous sommes vraiment les Etats-«Unis» d'Amérique.» Je me suis sentie appartenir à ce pays comme jamais auparavant. C'est enfin devenu mon pays.J'ai été bouleversée aussi en voyant Jesse Jackson pleurer à Chicago le soir de la victoire, d'autant plus que je comprenais fort bien ce qu'il devait ressentir, lui qui était aux côtés de Martin Luther King lors de son assassinat. Même pour moi qui ne pleure jamais, il est toujours émouvant de voir un homme pleurer. Et le plus beau, c'est que ces larmes étaient à la fois pudiques et assumées, comme celles d'Obama lorsqu'il a perdu sa grand-mère, à la veille de l'élection. Si je ne gardais qu'une seule image de tout son parcours vers la Maison-Blanche, ce serait celle-là. De même, lorsqu'il a prononcé son discours sur la race, j'ai été frappée par sa justesse et son intelligence. Les idées qu'il a exposées étaient pour moi une évidence, mais jamais je ne les avais entendues énoncées aussi clairement, aussi publiquement.
N. O. - L'avez-vous rencontré ?
T. Morrison. - Je lui ai parlé, mais je ne l'ai jamais rencontré. Il m'a appelée l'été dernier pour savoir ce que je pensais de sa campagne, et me demander si j'étais prête à lui apporter publiquement mon soutien. J'ai d'abord décliné, car je n'ai pas pour habitude de prendre ouvertement parti pour un candidat. Mais il avait commencé par me dire toute son admiration pour mon roman «le Chant de Salomon». En retour, j'ai été très impressionnée par son livre, «les Rêves de mon père». Non seulement très peu de politiciens, mais très peu de «non-écrivains» sont capables d'écrire aussi bien, de structurer leur récit en scènes, de mêler narration, dialogue et réflexions. J'ai ensuite participé à quatre galas destinés à lever des fonds pour sa campagne, qui ont rapporté de 80 000 dollars à plus de 1 million de dollars !
J'admire aussi son livre parce qu'il n'a pas peur d'y exposer sa vulnérabilité. Il parle de sa vie sans forfanterie, mais sans ressentir non plus le besoin de se justifier, contrairement à ce que font tant d'écrivains dans leur autobiographie, où ils tendent soit à battre leur coulpe soit à relativiser leurs torts. Il évoque très honnêtement ses défauts de jeunesse, sans dénigrer personne. Il n'y a ni colère ni amertume. C'est très rare chez un politicien, et chez un mémorialiste en général. On est toujours tenté d'en profiter pour régler ses comptes avec ses ennemis, et je sais que moi-même je n'y résisterais pas !
N. O. - Cela fait huit ans que les Etats-Unis n'avaient pas eu un président qui s'exprime correctement en anglais !
T. Morrison. - Cela me rendrait presque nostalgique de Bush, car on ne savait jamais ce qu'il allait encore inventer ! [Rires.] C'était le roi du néologisme, de l'expression in congrue. Il n'entretenait avec la langue anglaise que des rapports, disons... très distants. Mais il est plus facile d'en rire rétrospectivement. Obama est capable aussi bien de parler simplement que de s'exprimer comme un juriste. Au début, la presse avait même peur de se laisser séduire par lui, le trouvait trop beau parleur. Moi qui suis assez vieille pour avoir connu Roosevelt, je suis réconfortée de le savoir capable d'une pensée complexe. Et non seulement il a une faculté d'écoute, mais il comprend, lui, ce que vous dites !
N. O. - Obama peut-il être le symbole d'un nouveau monde, d'une Amérique où la question raciale n'aurait plus de sens ?
T. Morrison. - Obama est certes un symbole, mais il subsiste aux Etats-Unis des gens profondément racistes, et qui le clament haut et fort : ils possèdent leur propre presse, leurs stations de radio. Certes, ils ne représentent qu'une infime minorité, mais ils existent. Reste donc à savoir comment ils réagiront à l'élection d'Obama. Ils ne peuvent sans doute pas accéder au pouvoir mais ils peuvent saboter le processus en cours. Je ne suis pas convaincue, contrairement à certains, que nous soyons entrés dans une ère «postraciste». Nous vivons peut-être le début d'une période, mais il ne faut pas oublier que ce président est à moitié blanc, et qu'il a été élevé par sa mère blanche. Il n'est donc pas identifié à son ADN de la même façon que moi ! Il est sensible au racisme, car il a vécu comme un Noir aux Etats-Unis, mais il n'a pas été en butte à la même hostilité. Les premières personnes qui l'ont aimé n'étaient pas noires, et c'est cet amour qui l'a construit. Donc effectivement, à titre personnel, il incarne un président «post-racial». Mais la complexité et le progressisme d'Obama sur ces questions en tant qu'individu ne s'appliquent pas à l'ensemble du pays...
N. O. - Mais son élection marque un tournant historique. Le racisme aux Etats-Unis ne pourra plus jamais être le même...
T. Morrison. - Je n'en suis pas si sûre. Il y a une part de racisme dans le fait d'exiger autant de lui, comme si on l'attendait au tournant... Il n'est au pouvoir que depuis cent jours, et on lui reproche déjà de ne pas en avoir fait davantage. C'est un peu comme le personnage du forgeron dans mon dernier livre «Un don» : un Noir libre, autonome et compétent est forcément perçu comme une menace. Je dirais la même chose d'Obama ! On exige de lui la perfection.
N. O. - Il n'a pas ancré en lui la mémoire de l'esclavage, ce qui lui épargne aussi toute attitude revancharde... T. Morrison. - Non, il n'y a aucune colère en lui. Il n'a pas été persécuté ou emprisonné comme les leaders de la lutte pour les droits civils. Lui, il est allé à Harvard !
N. O. - Et Michelle Obama ?
T. Morrison. - Son cas est différent. Elle est descendante d'esclaves, et sa famille est originaire du Sud. Elle incarne les aspirations des classes populaires noires, qui souhaitent que leurs enfants réussissent grâce à l'éducation tout en préservant une conscience sociale et une foi religieuse, ainsi que des valeurs de solidarité familiale et communautaire. Evidemment, ces valeurs n'exercent pas la séduction clinquante de celles que véhicule le rap, avec son culte de la réussite facile ou sa glorification des gangsters. Michelle Obama vient d'un milieu où toute une ville pouvait boycotter les transports publics si un prédicateur l'y incitait. Sa trajectoire est profondément américaine. Voilà pourquoi c'est le couple présidentiel qui a valeur de symbole, même si elle ne s'implique pas directement dans la politique, sinon en oeuvrant en faveur des femmes, des épouses de militaires, des enfants ou des pauvres. Mais n'oublions pas pour autant qu'elle est juriste, diplômée de Harvard et de Princeton, ancienne administratrice d'hôpital. Ce n'est pas Laura Bush !
N. O. - Etes-vous satisfaite des cent premiers jours d'Obama au pouvoir ?
T. Morrison. - Obama est très actif, car confronté à une gigantesque tâche : il doit défaire tout le mal qu'a fait Bush pour pouvoir ensuite reconstruire et affronter cette crise économique imprévue. Je ne l'envie pas, mais je ne vois aucun politique mieux qualifié que lui. Je respecte profondément Hillary Clinton, que je trouve très intelligente, mais personne n'arrive à la hauteur d'Obama pour sa constance et son charisme. Il est calme sans être mou, il négocie sans capituler. Il ne confond pas coopération et compromission.Il n'a pas encore appliqué tout son programme, mais comment y serait-il parvenu ? Il a déjà apporté des changements considérables. Ne serait-ce qu'en affirmant que la science est plus importante que la religion ! Rien que pour cela, je m'estime totalement satisfaite. J'espère qu'il parviendra à imposer un système d'assurance maladie un tant soit peu abordable et digne de ce nom, malgré les pressions hostiles. Et il lui reste trois ans et demi pour vraiment tenir ses promesses. A condition de ne pas se reposer sur ses lauriers !
N. O. - Dans les années 1960, vous avez été l'éditrice d'Angela Davis, Mohammed Ali, Huey Newton des Black Panthers... Défendre la littérature noire, était-ce pour vous une façon de contribuer à la lutte pour les droits civiques ?
T. Morrison. - C'était la seule façon possible pour moi. Je n'ai pas la fibre militante. Mais il me semblait crucial de donner la parole à ces gens qui allaient en prison et risquaient leur vie pour cette cause : il fallait préserver ce qu'ils avaient à dire par eux-mêmes, plutôt que de se contenter de ce qu'on disait d'eux. Il n'y avait guère de Noirs dans l'édition, et les éditeurs blancs ne se sentaient pas concernés. Ils ne pensaient pas pouvoir atteindre le public afro-américain, sinon avec des noms célèbres comme Angela Davis ou Mohammed Ali. Mais pour diffuser des auteurs moins connus, je me suis dit qu'il fallait développer un lectorat en proposant aux gens des choses qu'ils aient envie de lire. Aujourd'hui, ce lectorat existe, et l'édition n'a plus besoin de quelqu'un comme moi. Ma plus grande satisfaction, c'est que mon exemple, en tant qu'écrivain, ait pu ouvrir des portes.
N. O. - Votre nouveau roman, «Un don», décrit la coexistence, à la fin du XVIIe siècle, d'esclaves noirs, blancs et indiens, qui n'ont pas vraiment conscience d'être esclaves, ni de leur différence de race. S agit-il là d un souvenir volontairement effacé du passé des Etats-Unis ?
T. Morrison. - L'histoire des origines de notre pays a été effacée, altérée ou modifiée, comme si elle ne commençait qu'avec la Déclaration d'indépendance des Etats-Unis, en 1776. La période antérieure est enjolivée ou idéalisée : on évoque de gentils émigrés fuyant les persécutions religieuses et se réfugiant dans le Nouveau Monde, où ils fraternisent et devisent gaiement avec les indigènes amérindiens. Mais la réalité n'avait rien à voir ! J'ai effectué des recherches très fouillées pendant deux ans, ne serait-ce que pour savoir à quoi ressemblait le territoire avant l'arrivée des colons, et qui étaient vraiment ces derniers : pourquoi tenaient-ils tant à quitter l'Europe ? Je ne parle pas des commerçants de la Compagnie des Indes, ni même des réfugiés cherchant à pratiquer librement leur religion, mais des colons ordinaires. J'ai donc épluché les livres de bord des navires, les registres recensant les domestiques. Il y avait beaucoup de délinquants condamnés, de prostituées, énormément d'enfants, d'orphelins, de sans-logis. Voilà ce qui m'a intéressée, ainsi que le fait que l'esclavage n'avait rien d'exceptionnel. Il était universellement répandu, dans toutes les cultures, d'Athènes à l'Egypte en passant par l'Europe orientale. Tout le monde avait des esclaves, même si on ne les désignait pas ainsi. C'était une réalité en Russie, par exemple; il paraît d'ailleurs que le mot anglais slave, qui signifie «esclave», viendrait du mot Slav Il suffit de lire Gogol. Au départ, ce n'était pas une question de race, mais de statut social. La singularité des Etats-Unis, c'est d'avoir introduit cette dimension raciale et raciste. La Virginie a adopté une loi stipulant que tout homme blanc, même asservi (et le servage était souvent prolongé, voire héréditaire), pouvait lui-même posséder des esclaves noirs. Les maîtres ne leur permettaient donc pas de s'élever dans l'échelle sociale, et espéraient les maintenir dans la pauvreté, mais ils leur conféraient un sentiment de supériorité fondé sur l'appartenance raciale. Ainsi, ils ne menaceraient pas le statu quo social et économique. Et cette mentalité s'est perpétuée aux Etats-Unis : ce sont avant tout les «Blancs pauvres» qui entretiennent le racisme. Car si on leur enlève leur identité raciale et le sentiment de supériorité qu'elle leur procure, il ne leur reste plus rien. Même l'éducation ne suffit pas à éradiquer ces préjugés. Cela dit, les jeunes générations semblent lasses de ces clivages artificiels, au moins dans certains domaines.
N. O. - Vous évoquez donc une préhistoire oubliée de l'Amérique, où l'esclavage n'était pas lié au racisme.
T. Morrison. - On a effectivement occulté cette réalité historique. Dans certaines plantations se côtoyaient esclaves et serfs blancs, noirs et indiens.La révolte en Virginie que je décris dans mon livre, historiquement avérée, visait les possédants, les propriétaires terriens; et dans ses rangs se mêlaient plusieurs races et même plusieurs classes sociales. J'ai vu dans un documentaire Martin Luther King, peu avant son assassinat, prêcher dans une petite église des Appalaches, face à un auditoire de «petits Blancs». Il évoquait la perspective d'une nouvelle marche, une marche des pauvres, sur le modèle de la campagne pour les droits civiques; et tous les hommes présents étaient en larmes, car ils comprenaient que son message s'adressait à eux, et pas seulement aux Noirs. Le racisme sert avant tout à diviser pour régner; les luttes fratricides entre pauvres font toujours le jeu du pouvoir.Le racisme n'est pas inné : les enfants identifient la couleur de peau et les caractéristiques physiques, mais ils ne leur associent aucune connotation, à moins qu'on ne les éduque en ce sens. Comment cela a-t-il donc commencé ? L'Amérique, en tant que Nouveau Monde, était à cet égard l'endroit idéal. Quant à moi, qui ai vécu la ségrégation et la lutte pour les droits civiques, je ne pouvais pas imaginer qu'un Afro-Américain puisse être élu président cinquante ans plus tard. Obama a bénéficié d'un soutien tellement massif, tellement divers ! On n'avait pas vu pareille mobilisation depuis Kennedy. Et cet intérêt nouveau pour la politique n'est pas retombé depuis l'élection.
N. O. - Même les Français ont fêté sa victoire. D'une certaine façon, il est aussi notre président...
T. Morrison. - Le jour où les Français éliront un président noir bien à eux, je viendrai moi-même prononcer un discours !
Toni Morrison
Né en 1931 dans l'Ohio, Toni Morrison a obtenu le prix Pulitzer avec «Beloved» en 1988 et le Nobel de littérature en 1993. Elle vient de publier chez Christian Bourgois un nouveau roman, «Un don».
Gilles Anquetil, François ArmanetLe Nouvel Observateur
Obama invite le professeur noir et le policier blanc qui l'a interpellé
Obama invite le professeur noir et le policier blanc qui l'a interpellé, - Information NouvelObs.com
NOUVELOBS.COM 28.07.2009 16:48
Barack Obama, l'enseignant Henry Gates et le policier James Crowley se retrouveront jeudi autour d'"une bière à la Maison Blanche". Ils tentent d'apaiser la polémique raciale suscitée par l'arrestation du professeur noir devant son domicile.
Henry Gates lors de son arrestation (sipa) Le professeur, le policier et le président partageront une bière, jeudi 30 juillet à la Maison Blanche, pour tenter d'apaiser les esprits. Cette rencontre intervient une semaine après la polémique suscitée par l'interpellation de Henry Louis Gates, un enseignant noir de Harvard, par James Crowley, un policier blanc, et les déclarations de Barack Obama sur des forces de l'ordre jugées "stupides".Selon un responsable de l'administration Obama, l'idée de cette "bière de la paix" revient au sergent Crowley. Le président américain a téléphoné à Henry Gates et à James Crowley, pour les inviter à prendre "une bière ici à la Maison Blanche".
Obama "surpris par cette controverse survenue"Le 16 juillet dernier, le policier blanc James Crowley s'est rendu au domicile de Henry Louis Gates à Cambridge, près de l'université, après l'appel d'une voisine soupçonnant un cambriolage dans la résidence. Elle affirmait avoir vu "deux Noirs avec des sacs à dos" qui tentaient d'entrer par effraction. Il s'agissait en réalité du professeur, de retour d'un voyage à l'étranger avec un ami, et qui tentait de forcer sa porte d'entrée coincée.Le professeur de Harvard Henry Gates a été rapidement interpellé et placé en garde à vue. Celui-ci dénonce la persistance de stéréotypes et des jugements au faciès, alors qu'il attestait être devant son domicile. Les policiers avancent qu'il a été peu coopératif et aurait refusé de décliner son identité. Le président Barack Obama a jugé que la police de Cambridge a "agi de façon stupide" lors de l'interpellation, avant de se rétracter et revenir sur ses "propos malheureux". Il avoue avoir été "surpris par cette controverse survenue". En effet, de nombreux américains se sont élevés, en particulier sur Internet, contre les propos d'Obama s'estimant "déçus" de l'"accusation outrageuse envers la police", note un internaute le site du Boston Globe
NOUVELOBS.COM 28.07.2009 16:48
Barack Obama, l'enseignant Henry Gates et le policier James Crowley se retrouveront jeudi autour d'"une bière à la Maison Blanche". Ils tentent d'apaiser la polémique raciale suscitée par l'arrestation du professeur noir devant son domicile.
Henry Gates lors de son arrestation (sipa) Le professeur, le policier et le président partageront une bière, jeudi 30 juillet à la Maison Blanche, pour tenter d'apaiser les esprits. Cette rencontre intervient une semaine après la polémique suscitée par l'interpellation de Henry Louis Gates, un enseignant noir de Harvard, par James Crowley, un policier blanc, et les déclarations de Barack Obama sur des forces de l'ordre jugées "stupides".Selon un responsable de l'administration Obama, l'idée de cette "bière de la paix" revient au sergent Crowley. Le président américain a téléphoné à Henry Gates et à James Crowley, pour les inviter à prendre "une bière ici à la Maison Blanche".
Obama "surpris par cette controverse survenue"Le 16 juillet dernier, le policier blanc James Crowley s'est rendu au domicile de Henry Louis Gates à Cambridge, près de l'université, après l'appel d'une voisine soupçonnant un cambriolage dans la résidence. Elle affirmait avoir vu "deux Noirs avec des sacs à dos" qui tentaient d'entrer par effraction. Il s'agissait en réalité du professeur, de retour d'un voyage à l'étranger avec un ami, et qui tentait de forcer sa porte d'entrée coincée.Le professeur de Harvard Henry Gates a été rapidement interpellé et placé en garde à vue. Celui-ci dénonce la persistance de stéréotypes et des jugements au faciès, alors qu'il attestait être devant son domicile. Les policiers avancent qu'il a été peu coopératif et aurait refusé de décliner son identité. Le président Barack Obama a jugé que la police de Cambridge a "agi de façon stupide" lors de l'interpellation, avant de se rétracter et revenir sur ses "propos malheureux". Il avoue avoir été "surpris par cette controverse survenue". En effet, de nombreux américains se sont élevés, en particulier sur Internet, contre les propos d'Obama s'estimant "déçus" de l'"accusation outrageuse envers la police", note un internaute le site du Boston Globe
Les intérêts communs de Washington et Pékin
Les intérêts communs de Washington et Pékin - Amériques - Le Monde.fr
LE MONDE 28.07.09 13h41 • Mis à jour le 28.07.09 13h58
WASHINGTON CORRESPONDANTE
e remodelage de la diplomatie américaine continue. Cette fois, c'est la Chine qui a les honneurs. "Les relations entre les Etats-Unis et la Chine façonneront le XXIe siècle", a dit le président américain, Barack Obama, en ouvrant, lundi 27 juillet à Washington, un sommet destiné à convaincre Pékin que la coopération est la meilleure réponse aux défis communs : de la crise économique au changement climatique en passant par la prolifération nucléaire.
Plus de 150 hauts responsables chinois, dont 24 membres du gouvernement, participent à ce "dialogue stratégique et économique" de deux jours. Le groupe devait être reçu mardi à la Maison Blanche, les chefs de délégation, le vice-premier ministre, Wang Qishan, et le vice-ministre des affaires étrangères, Dai Bingguo, ayant droit à un entretien séparé avec le président Obama et le vice-président, Joe Biden, dans le bureau Ovale.
Barack Obama a tenu à son habitude un discours visant à dépasser les nationalismes. Il a cité le joueur de basket de Houston Yao Ming (2,29 m) aussi bien que le philosophe Mencius (un disciple de Confucius), avant de rendre hommage à la contribution des Américains d'origine chinoise, dont deux représentants figurent dans son cabinet. Il a appelé à surmonter la "méfiance" mutuelle entre les deux pays et les "inévitables divergences du moment" pour faire du XXIe siècle celui de "la coopération, non pas de la confrontation".
Sur les droits de l'homme, M. Obama s'en est tenu à l'attitude qu'il a observée en Russie ou dans le monde arabe. Pas de reproches mais une explication détaillée des pratiques américaines. "La défense des droits de l'homme et de la dignité humaine est enracinée en Amérique, a-t-il dit. Ce ne sont pas des choses que nous cherchons à imposer. C'est notre identité." Et les Etats-Unis n'ont réussi à maintenir leur unité qu'"en étendant les droits fondamentaux à tous les habitants : liberté de parole, de religion et de choisir ses dirigeants".
La critique la plus directe a porté sur le traitement des minorités. "Tout comme nous respectons la culture ancienne et remarquable de la Chine, nous croyons aussi fermement que la religion et la culture des autres peuples doivent être respectées et protégées et que tous les peuples devraient être libres de donner leur avis. Et cela inclut les minorités ethniques et religieuses en Chine, tout aussi sûrement que les minorités aux Etats-Unis." En face d'eux, les responsables chinois ont trouvé l'ensemble des ténors de l'administration Obama : Hillary Clinton, la secrétaire d'Etat, Tim Geithner, du département du Trésor, aussi bien que Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale (Fed), Larry Summers, l'économiste en chef de la Maison Blanche, Peter Orzsag, le responsable du budget, ou encore Steven Chu, le secrétaire à l'énergie.
L'administration Bush avait déjà tenu un "dialogue" similaire mais sous l'égide du seul département du Trésor. Henry Paulson, son responsable d'alors, estimait qu'en dehors de Taïwan et du Tibet, la Chine voyait principalement ses intérêts stratégiques au travers du prisme économique et qu'il n'y avait pas lieu d'introduire d'autres dimensions.
Dès son arrivée, Mme Clinton a convaincu le président d'inclure le changement climatique et les questions de sécurité. Au risque de se trouver confrontée à une hydre bureaucratique. "Quand on mène deux dialogues en même temps, le risque est de finir par dire des choses différentes, souligne Taiya Smith, l'une des organisatrices du dialogue sous l'administration Bush, aujourd'hui chercheuse au Carnegie Endowment for International Peace. Clinton et Geithner ont intérêt à devenir bons amis."
Pour l'instant, l'administration fait grand cas d'avoir obtenu le soutien de la Chine pour une résolution renforçant la condamnation de la Corée du Nord en matière d'essai nucléaire. A cet égard, les spécialistes font remarquer qu'à la veille du sommet de Washington, Pyongyang a subitement proposé "une forme de dialogue spécifique" avec les Etats-Unis ; offre qui a été immédiatement rejetée, les Etats-Unis veulent bien discuter avec les Nord-Coréens mais seulement dans le cadre des pourparlers à six.
Sur le plan économique, la partie américaine s'est félicitée des politiques mises en place. "Face à la crise, la Chine et les Etats-Unis ont agi d'une manière plus similaire qu'avec la plupart des autres pays industrialisés", souligne David Loevinger, le coordonnateur Chine du département du Trésor. L'administration a répété à ses hôtes que la structure de l'économie américaine avait changé "probablement fondamentalement".
Les divergences sur la politique monétaire ont été discutées. "Nous avons parlé des taux de change chinois. Ils ont parlé de leur désir de réformer le système monétaire international", a dit le fonctionnaire du Trésor. M. Bernanke a dû répondre aux responsables chinois, inquiets de la possible dépréciation de leurs réserves en dollars. Peter Orszag a tenté de les rassurer en indiquant que le plan de relance courait jusqu'en 2011 mais que M. Obama s'était engagé à ramener les déficits à un niveau "supportable" avant la fin de son mandat.
Corine Lesnes
La question monétaire
Octobre 2008. Barack Obama, en campagne électorale, dénonce les manipulations de Pékin sur sa monnaie.
22 janvier. La Chine menace les Etats-Unis de sanctions commerciales si Washington opte pour une politique protectionniste.
29 janvier. Pékin stigmatise la suprématie du dollar.
Avril. Le G20 réuni à Londres accepte que la question monétaire ne soit pas évoquée. Washington retire le terme "manipulation", mais maintient que le yuan est "sous-évalué".
Juin. Le niveau des bons du Trésor américain détenus par la Chine atteint plus de 800 milliards de dollars.
Article paru dans l'édition du 29.07.09
LE MONDE 28.07.09 13h41 • Mis à jour le 28.07.09 13h58
WASHINGTON CORRESPONDANTE
e remodelage de la diplomatie américaine continue. Cette fois, c'est la Chine qui a les honneurs. "Les relations entre les Etats-Unis et la Chine façonneront le XXIe siècle", a dit le président américain, Barack Obama, en ouvrant, lundi 27 juillet à Washington, un sommet destiné à convaincre Pékin que la coopération est la meilleure réponse aux défis communs : de la crise économique au changement climatique en passant par la prolifération nucléaire.
Plus de 150 hauts responsables chinois, dont 24 membres du gouvernement, participent à ce "dialogue stratégique et économique" de deux jours. Le groupe devait être reçu mardi à la Maison Blanche, les chefs de délégation, le vice-premier ministre, Wang Qishan, et le vice-ministre des affaires étrangères, Dai Bingguo, ayant droit à un entretien séparé avec le président Obama et le vice-président, Joe Biden, dans le bureau Ovale.
Barack Obama a tenu à son habitude un discours visant à dépasser les nationalismes. Il a cité le joueur de basket de Houston Yao Ming (2,29 m) aussi bien que le philosophe Mencius (un disciple de Confucius), avant de rendre hommage à la contribution des Américains d'origine chinoise, dont deux représentants figurent dans son cabinet. Il a appelé à surmonter la "méfiance" mutuelle entre les deux pays et les "inévitables divergences du moment" pour faire du XXIe siècle celui de "la coopération, non pas de la confrontation".
Sur les droits de l'homme, M. Obama s'en est tenu à l'attitude qu'il a observée en Russie ou dans le monde arabe. Pas de reproches mais une explication détaillée des pratiques américaines. "La défense des droits de l'homme et de la dignité humaine est enracinée en Amérique, a-t-il dit. Ce ne sont pas des choses que nous cherchons à imposer. C'est notre identité." Et les Etats-Unis n'ont réussi à maintenir leur unité qu'"en étendant les droits fondamentaux à tous les habitants : liberté de parole, de religion et de choisir ses dirigeants".
La critique la plus directe a porté sur le traitement des minorités. "Tout comme nous respectons la culture ancienne et remarquable de la Chine, nous croyons aussi fermement que la religion et la culture des autres peuples doivent être respectées et protégées et que tous les peuples devraient être libres de donner leur avis. Et cela inclut les minorités ethniques et religieuses en Chine, tout aussi sûrement que les minorités aux Etats-Unis." En face d'eux, les responsables chinois ont trouvé l'ensemble des ténors de l'administration Obama : Hillary Clinton, la secrétaire d'Etat, Tim Geithner, du département du Trésor, aussi bien que Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale (Fed), Larry Summers, l'économiste en chef de la Maison Blanche, Peter Orzsag, le responsable du budget, ou encore Steven Chu, le secrétaire à l'énergie.
L'administration Bush avait déjà tenu un "dialogue" similaire mais sous l'égide du seul département du Trésor. Henry Paulson, son responsable d'alors, estimait qu'en dehors de Taïwan et du Tibet, la Chine voyait principalement ses intérêts stratégiques au travers du prisme économique et qu'il n'y avait pas lieu d'introduire d'autres dimensions.
Dès son arrivée, Mme Clinton a convaincu le président d'inclure le changement climatique et les questions de sécurité. Au risque de se trouver confrontée à une hydre bureaucratique. "Quand on mène deux dialogues en même temps, le risque est de finir par dire des choses différentes, souligne Taiya Smith, l'une des organisatrices du dialogue sous l'administration Bush, aujourd'hui chercheuse au Carnegie Endowment for International Peace. Clinton et Geithner ont intérêt à devenir bons amis."
Pour l'instant, l'administration fait grand cas d'avoir obtenu le soutien de la Chine pour une résolution renforçant la condamnation de la Corée du Nord en matière d'essai nucléaire. A cet égard, les spécialistes font remarquer qu'à la veille du sommet de Washington, Pyongyang a subitement proposé "une forme de dialogue spécifique" avec les Etats-Unis ; offre qui a été immédiatement rejetée, les Etats-Unis veulent bien discuter avec les Nord-Coréens mais seulement dans le cadre des pourparlers à six.
Sur le plan économique, la partie américaine s'est félicitée des politiques mises en place. "Face à la crise, la Chine et les Etats-Unis ont agi d'une manière plus similaire qu'avec la plupart des autres pays industrialisés", souligne David Loevinger, le coordonnateur Chine du département du Trésor. L'administration a répété à ses hôtes que la structure de l'économie américaine avait changé "probablement fondamentalement".
Les divergences sur la politique monétaire ont été discutées. "Nous avons parlé des taux de change chinois. Ils ont parlé de leur désir de réformer le système monétaire international", a dit le fonctionnaire du Trésor. M. Bernanke a dû répondre aux responsables chinois, inquiets de la possible dépréciation de leurs réserves en dollars. Peter Orszag a tenté de les rassurer en indiquant que le plan de relance courait jusqu'en 2011 mais que M. Obama s'était engagé à ramener les déficits à un niveau "supportable" avant la fin de son mandat.
Corine Lesnes
La question monétaire
Octobre 2008. Barack Obama, en campagne électorale, dénonce les manipulations de Pékin sur sa monnaie.
22 janvier. La Chine menace les Etats-Unis de sanctions commerciales si Washington opte pour une politique protectionniste.
29 janvier. Pékin stigmatise la suprématie du dollar.
Avril. Le G20 réuni à Londres accepte que la question monétaire ne soit pas évoquée. Washington retire le terme "manipulation", mais maintient que le yuan est "sous-évalué".
Juin. Le niveau des bons du Trésor américain détenus par la Chine atteint plus de 800 milliards de dollars.
Article paru dans l'édition du 29.07.09
USA CHINE: L'émergence d'un G2
L'émergence d'un G2 - Géopolitique
EDITO
La rencontre sino-américaine qui se tient pendant deux jours à Washington est d'une importance qu'il ne faut pas sous-estimer. C'est ce qui se rapproche le plus de ce G2 informel dont on parle beaucoup, instance où l'Amérique, la superpuissance d'aujourd'hui, et la Chine, celle de demain, se mettraient d'accord pour planifier l'avenir de la planète.
Il y a dans cette description une part de fantasme, car tout ne se décide pas (encore) entre Washington et Pékin, la Chine et les États-Unis étant loin d'être d'accord sur tout. Mais, au moment où la crise mondiale bouleverse les équilibres stratégiques et quand se multiplient les instances collectives comme les G8, G14, G20..., l'idée fait son chemin d'un G2, où, pendant que les autres bavardent, les États-Unis et la Chine traiteraient, en petit comité, des choses sérieuses.
En ouvrant, hier, le premier « Dialogue stratégique et économique » entre les deux pays, Barack Obama a confirmé cette ambition : « La relation entre les États-Unis et la Chine va façonner le XXIe siècle, ce qui la rend aussi importante que toute relation bilatérale dans le monde. »
Économie, environnement, sécurité internationale, l'ordre du jour est chargé. Il concerne l'ensemble de la planète. En ces temps de crise mondiale, la relation fondamentale est d'abord d'ordre financier. Le grand flambeur (l'Amérique) et le grand épargnant (la Chine) se tiennent, l'un l'autre, par la barbichette.
Sans les placements chinois en bons du Trésor américain, comment les États-Unis financeraient-ils leurs déficits croissants ? Sans le marché américain, comment les usines chinoises écouleraient-elles leur production ?
Avec les plans de relance massifs en Amérique, cette interdépendance est plus forte que jamais, de plus en plus déséquilibrée et donc dangereuse. Les risques monétaires, les tentations protectionnistes, la fragilité des marchés financiers exigent, de part et d'autre, une coopération renforcée.
Les États-Unis sont demandeurs. Ce n'est pas un hasard si la rencontre a lieu à Washington et si Barack Obama a choisi d'y prononcer un discours. L'Amérique en crise a besoin du financement chinois tandis que Pékin veille à la rémunération de ses placements et songe à mobiliser ses ressources pour son développement intérieur.
Avec George W. Bush, la Chine n'avait pas eu à se plaindre. Barack Obama lui offre un vrai partenariat qui transcende l'économie pour couvrir la lutte contre le changement climatique et la diplomatie internationale, où une attitude responsable est attendue de Pékin sur l'Iran, la Corée du Nord, le Pakistan, etc.
C'est sans précédent. Et, pour l'Europe, c'est une étape de plus dans une marginalisation inéluctable, tant que notre continent sera incapable de se doter d'institutions efficaces.
EDITO
La rencontre sino-américaine qui se tient pendant deux jours à Washington est d'une importance qu'il ne faut pas sous-estimer. C'est ce qui se rapproche le plus de ce G2 informel dont on parle beaucoup, instance où l'Amérique, la superpuissance d'aujourd'hui, et la Chine, celle de demain, se mettraient d'accord pour planifier l'avenir de la planète.
Il y a dans cette description une part de fantasme, car tout ne se décide pas (encore) entre Washington et Pékin, la Chine et les États-Unis étant loin d'être d'accord sur tout. Mais, au moment où la crise mondiale bouleverse les équilibres stratégiques et quand se multiplient les instances collectives comme les G8, G14, G20..., l'idée fait son chemin d'un G2, où, pendant que les autres bavardent, les États-Unis et la Chine traiteraient, en petit comité, des choses sérieuses.
En ouvrant, hier, le premier « Dialogue stratégique et économique » entre les deux pays, Barack Obama a confirmé cette ambition : « La relation entre les États-Unis et la Chine va façonner le XXIe siècle, ce qui la rend aussi importante que toute relation bilatérale dans le monde. »
Économie, environnement, sécurité internationale, l'ordre du jour est chargé. Il concerne l'ensemble de la planète. En ces temps de crise mondiale, la relation fondamentale est d'abord d'ordre financier. Le grand flambeur (l'Amérique) et le grand épargnant (la Chine) se tiennent, l'un l'autre, par la barbichette.
Sans les placements chinois en bons du Trésor américain, comment les États-Unis financeraient-ils leurs déficits croissants ? Sans le marché américain, comment les usines chinoises écouleraient-elles leur production ?
Avec les plans de relance massifs en Amérique, cette interdépendance est plus forte que jamais, de plus en plus déséquilibrée et donc dangereuse. Les risques monétaires, les tentations protectionnistes, la fragilité des marchés financiers exigent, de part et d'autre, une coopération renforcée.
Les États-Unis sont demandeurs. Ce n'est pas un hasard si la rencontre a lieu à Washington et si Barack Obama a choisi d'y prononcer un discours. L'Amérique en crise a besoin du financement chinois tandis que Pékin veille à la rémunération de ses placements et songe à mobiliser ses ressources pour son développement intérieur.
Avec George W. Bush, la Chine n'avait pas eu à se plaindre. Barack Obama lui offre un vrai partenariat qui transcende l'économie pour couvrir la lutte contre le changement climatique et la diplomatie internationale, où une attitude responsable est attendue de Pékin sur l'Iran, la Corée du Nord, le Pakistan, etc.
C'est sans précédent. Et, pour l'Europe, c'est une étape de plus dans une marginalisation inéluctable, tant que notre continent sera incapable de se doter d'institutions efficaces.
Réflexions sur le discours d'Obama à l'Afrique : les colonisateurs ne sont jamais partis
Réflexions sur le discours d'Obama à l'Afrique : les colonisateurs ne sont jamais partis - Afrik.com : l'actualité de l'Afrique noire et du Maghreb - Le quotidien panafricain
Le 11 juillet 2009 fut un jour historique pour les États-Unis et pour le continent africain alors que le premier Président africain-américain Barack Hussein Obama s’est rendu à Accra, au Ghana où il s’est adressé au Parlement Ghanéen. La simple présence du président Obama en tant que fils d’un éleveur de chèvre kényan et leader du monde libre était la preuve d’un puissant changement symbolique dans la politique globale.
Lundi 27 juillet 2009,
Par Aisha Brown Traduit de l’Anglais par Guy Everard Mbarga
Lors de son premier message présidentiel adressé au continent africain, le Président Obama a promis le soutien des États-Unis pour les dirigeants démocratiques africains et pour son développement socio-économique.
Il a déclaré que "l’histoire est en marche" et que "l’avenir de l’Afrique est entre les mains des Africains." Le président a aussi tendu la main de l’Amérique comme partenaire de l’Afrique en déclarant que "... au 21e siècle, nous sommes appelés à agir selon notre conscience et notre intérêt commun" pour ce faire.
Le discours du président Obama en Afrique, bien qu’empreint d’espoir, reflétait tout de même la même arrogance, le déplacement du blâme et le paternalisme que les dirigeants Occidentaux montrent depuis que les nations indépendantes du continent ont commencé à émerger.
Les puissances Coloniales restent fermement impliquées dans l’avenir des Africains parce qu’elles ne sont jamais parties. Après la mort du colonialisme traditionnel, le néo-colonialisme lui a succédé dans son règne sur le continent.
Les monarques et les chefs d’État européens ont vite été remplacés par les directeurs généraux, les sociétés multinationales et les investisseurs privés. En ébranlant davantage l’autonomie africaine, le Fonds Monétaire international (le FMI) et la Banque Mondiale sont intervenus pour noyer les espoirs de développement intérieur de l’Afrique avec les milliards de dollars de prêts à taux élevés et des Programmes d’Ajustement Structurels (PAS), qui coupent des programmes sociaux essentiels centrés sur l’éducation et la santé maternelle et de l’enfant, pour promouvoir la privatisation et le commerce avec ses anciens colonisateurs.
Les Africains ne peuvent pas contrôler leur avenir parce qu’il a été acheté par les sociétés multinationales appartenant aux Occidentaux et par des institutions financières globales depuis des décennies. En outre, les allégations d’abus commis contre les Africains par les sociétés néocoloniales sont nombreuses.
Le 8 juin 2009 la compagnie pétrolière Shell (Royal Dutch Shell) a payé 15,5 millions$ aux populations d’Ogoni au Nigeria après avoir été reconnue complice de violation de leurs droits humains, incluant l’exécution en 1995 de l’activiste et auteur Ken Saro-Wiwa et de huit autres personnes.
Pendant ce temps en Afrique du Sud, des compagnies européennes spécialistes de l’exploitation minière de diamants et d’or continuent de compromettre la sécurité et la santé de leurs employés ; beaucoup ne fournissant pas les soins de santé adéquats ou des environnements de travail sécuritaires à leur personnel.
Et au Congo, la quête de la France pour l’acquisition des ressources minérales et les minéraux comme le coltan, utilisé pour alimenter les téléphones cellulaires, les iPods et les ordinateurs portables a alimenté des décennies de guerre civile dans le pays.
Tout comme les colonisateurs dessinèrent la carte coloniale il y a une génération, les néo-colonialistes sont en train de partager les ressources du continent de manière à approfondir les conflits ethniques et les conflits liés aux frontières nationales créés il y a 50 ans. Le président Obama a déclaré dans son discours à l’Afrique que "la Liberté est votre héritage. Maintenant, c’est votre responsabilité de construire sur la fondation de la liberté."
Mais l’Occident n’a pas libéré l’Afrique. Les chaines d’il y a un siècle restent visibles. Le paternalisme doit mourir pour que les Africains puissent réclamer cette liberté. Ce sont chacun des dollars de dette internationale et chaque de ces sociétés étrangères qui contrôle ses ressources. Si la liberté est l’héritage de l’Afrique, alors, le vieux modèle Occidental de néo-colonialisme et de paternalisme doit mourir pour que les Africains puissent la mériter.
Aisha Brown - Fondatrice du Projet Global Awareness et Associée du Programme Racial Wealth Divide de Institute for Policy Studies
Le 11 juillet 2009 fut un jour historique pour les États-Unis et pour le continent africain alors que le premier Président africain-américain Barack Hussein Obama s’est rendu à Accra, au Ghana où il s’est adressé au Parlement Ghanéen. La simple présence du président Obama en tant que fils d’un éleveur de chèvre kényan et leader du monde libre était la preuve d’un puissant changement symbolique dans la politique globale.
Lundi 27 juillet 2009,
Par Aisha Brown Traduit de l’Anglais par Guy Everard Mbarga
Lors de son premier message présidentiel adressé au continent africain, le Président Obama a promis le soutien des États-Unis pour les dirigeants démocratiques africains et pour son développement socio-économique.
Il a déclaré que "l’histoire est en marche" et que "l’avenir de l’Afrique est entre les mains des Africains." Le président a aussi tendu la main de l’Amérique comme partenaire de l’Afrique en déclarant que "... au 21e siècle, nous sommes appelés à agir selon notre conscience et notre intérêt commun" pour ce faire.
Le discours du président Obama en Afrique, bien qu’empreint d’espoir, reflétait tout de même la même arrogance, le déplacement du blâme et le paternalisme que les dirigeants Occidentaux montrent depuis que les nations indépendantes du continent ont commencé à émerger.
Les puissances Coloniales restent fermement impliquées dans l’avenir des Africains parce qu’elles ne sont jamais parties. Après la mort du colonialisme traditionnel, le néo-colonialisme lui a succédé dans son règne sur le continent.
Les monarques et les chefs d’État européens ont vite été remplacés par les directeurs généraux, les sociétés multinationales et les investisseurs privés. En ébranlant davantage l’autonomie africaine, le Fonds Monétaire international (le FMI) et la Banque Mondiale sont intervenus pour noyer les espoirs de développement intérieur de l’Afrique avec les milliards de dollars de prêts à taux élevés et des Programmes d’Ajustement Structurels (PAS), qui coupent des programmes sociaux essentiels centrés sur l’éducation et la santé maternelle et de l’enfant, pour promouvoir la privatisation et le commerce avec ses anciens colonisateurs.
Les Africains ne peuvent pas contrôler leur avenir parce qu’il a été acheté par les sociétés multinationales appartenant aux Occidentaux et par des institutions financières globales depuis des décennies. En outre, les allégations d’abus commis contre les Africains par les sociétés néocoloniales sont nombreuses.
Le 8 juin 2009 la compagnie pétrolière Shell (Royal Dutch Shell) a payé 15,5 millions$ aux populations d’Ogoni au Nigeria après avoir été reconnue complice de violation de leurs droits humains, incluant l’exécution en 1995 de l’activiste et auteur Ken Saro-Wiwa et de huit autres personnes.
Pendant ce temps en Afrique du Sud, des compagnies européennes spécialistes de l’exploitation minière de diamants et d’or continuent de compromettre la sécurité et la santé de leurs employés ; beaucoup ne fournissant pas les soins de santé adéquats ou des environnements de travail sécuritaires à leur personnel.
Et au Congo, la quête de la France pour l’acquisition des ressources minérales et les minéraux comme le coltan, utilisé pour alimenter les téléphones cellulaires, les iPods et les ordinateurs portables a alimenté des décennies de guerre civile dans le pays.
Tout comme les colonisateurs dessinèrent la carte coloniale il y a une génération, les néo-colonialistes sont en train de partager les ressources du continent de manière à approfondir les conflits ethniques et les conflits liés aux frontières nationales créés il y a 50 ans. Le président Obama a déclaré dans son discours à l’Afrique que "la Liberté est votre héritage. Maintenant, c’est votre responsabilité de construire sur la fondation de la liberté."
Mais l’Occident n’a pas libéré l’Afrique. Les chaines d’il y a un siècle restent visibles. Le paternalisme doit mourir pour que les Africains puissent réclamer cette liberté. Ce sont chacun des dollars de dette internationale et chaque de ces sociétés étrangères qui contrôle ses ressources. Si la liberté est l’héritage de l’Afrique, alors, le vieux modèle Occidental de néo-colonialisme et de paternalisme doit mourir pour que les Africains puissent la mériter.
Aisha Brown - Fondatrice du Projet Global Awareness et Associée du Programme Racial Wealth Divide de Institute for Policy Studies
"Vous êtes mal gouvernés..." - Ce que je crois, par Béchir Ben Yahmed - Jeune Afrique
"Vous êtes mal gouvernés..." - Ce que je crois, par Béchir Ben Yahmed - Jeune Afrique
Ce nouveau séjour de Barack Obama sur le sol africain a été, une fois de plus, très court, les 10 et 11 juillet : une escale d’une vingtaine d’heures, à la fin d’un périple qui l’avait mené en Russie, puis en Italie.Mais, accompagné de son épouse et de ses deux filles, il a donné à ses hôtes l’impression qu’il était chez lui.Il y a cinq semaines, il avait fait un séjour tout aussi rapide en Égypte pour s’adresser au monde musulman : ce fut son discours mémorable prononcé le 4 juin à l’université du Caire.La visite de Barack Obama au Ghana est en réalité son premier vrai voyage en tant que président des États-Unis sur le « continent de son père », et son discours d’Accra est son premier message aux Africains.Pourquoi lui et ses conseillers ont-ils choisi le Ghana ? Anglophone, situé au centre de l’Afrique de l’Ouest, en face des États-Unis, c’est le premier pays de l’Afrique subsaharienne à avoir reconquis son indépendance (en mars 1957).Après un brillant départ, il a connu une longue période d’errements politiques et économiques. Mais il a pris depuis vingt ans le chemin de la démocratie et du développement.Cerise sur le gâteau : il fait son entrée cette année dans le club des pays exportateurs de pétrole (dont il sera, dès 2010, un membre modeste) !Un mot d’abord du symbole : il est… hollywoodien et je comprends que le destin unique de ce fils d’Africain fasse rêver les jeunes de tous les continents, plus particulièrement ceux d’Afrique.Noirs ou Blancs, âgés d’environ 20 ans, ils sont chaque année des milliers d’Africains à quitter leur pays pour s’en aller au-delà des mers faire des études supérieures, soit aux États-Unis, soit en Europe.Il y a cinquante ans, l’un d’eux est parti du Kenya pour terminer ses études aux États-Unis.Ce jeune Africain noir s’arrête à Hawaii, y fait la connaissance d’une Américaine blanche, étudiante elle aussi. Ils se marient et ont un garçon qu’ils prénomment Barack Hussein.Quarante-sept ans plus tard, ce garçon métissé est élu président du pays où il est né en pleine ségrégation raciale, du plus improbable des mariages.Le messager est donc un homme d’exception ; son message du 11 juillet aux Africains, comme celui qu’il a adressé le 4 juin aux musulmans (voir J.A. n° 2526), est à la fois clair et d’une grande qualité.Avant lui, que nous disaient les Européens, les Américains et les Chinois ?Américains et Européens tenaient, à l’endroit des Africains, le même langage de compassion plus ou moins sincère : « Nous sommes désolés de vous voir dans la difficulté, croyez-le bien. Mais nous avons nos problèmes et ne pouvons vous aider que marginalement. Nous achetons celles de vos productions dont nous avons besoin, à notre prix et, toujours à notre prix, vous vendons nos produits…Nous n’oublions pas, nous Européens, que nous avons naguère occupé vos pays et déversé sur vous, comme sur le reste du monde, notre surplus de population. Mais les temps ont changé et, bien que nous puissions les accueillir, nous ne voulons pas que vos pauvres et vos inéduqués viennent nous encombrer chez nous. »Aux Africains, les Chinois tiennent, eux, de façon tout aussi implicite, un langage différent : « Ce que vous êtes et ce que font vos gouvernements ne nous intéresse guère, mais nous avons le plus grand besoin des richesses de votre sous-sol. Nous venons donc les prendre et vous donnons en échange, sans barguigner, ce que nous possédons en abondance : des dollars et de la main-d’œuvre.Cette dernière construira pour vous, et à votre place, les infrastructures qui vous manquent. »Barack Obama, lui, vient à nous avec un autre discours, où il n’y a ni fausse compassion ni semblant de repentance.C’est le discours de quelqu’un qui a cherché à nous connaître et nous dit, avec amitié, ce qu’à son avis nous devrions faire pour nous en sortir. Aux musulmans, il rappelle ce qu’ils auraient dû savoir et ne jamais oublier : « Dieu ne changera pas votre condition, n’améliorera pas votre sort tant que vous ne vous serez pas changés vous-mêmes, améliorés et redressés. »S’adressant aux Africains depuis le Parlement du Ghana, ce fils de l’Afrique devenu président des États-Unis n’a fait, le 11 juillet, que décliner cette « vérité d’évangile ».Rien que les Africains ne sachent ! Des évidences que nous répétons dans ce journal semaine après semaine, un corps de doctrine qui est la profession de foi des démocrates africains et de leurs homologues du reste du monde.Mais venant de ce président des États-Unis d’Amérique, qui n’a pas oublié « le sang africain qui coule dans ses veines », l’appel à se transformer pour réussir trouve une extraordinaire résonance.Ici, comme lorsqu’il était en Europe, Barack Obama s’adresse aux peuples et à leur jeunesse par-dessus la tête des dirigeants. Il dit à ces derniers leurs vérités, mais sans dépasser les limites de la bienséance.Je résume son discours :« Le tribalisme, le népotisme, la corruption sont les ennemis du progrès : il vous faut les réduire.Le colonialisme a été maléfique, sans aucun doute. Pas seulement parce qu’il a imposé au continent des frontières artificielles et des termes de l’échange inéquitables, mais aussi pour ce qu’il vous a infligé dans votre vie quotidienne.Cessez, néanmoins, de penser que le colonialisme d’hier et l’Occident d’aujourd’hui sont les responsables de vos maux actuels, des obstacles que vous rencontrez.Vous avez besoin d’institutions solides et stables, d’une bonne gouvernance : organiser des élections de temps à autre ne suffit pas, il faut des pouvoirs qui gouvernent par le consentement et non par la coercition.Des élections çà et là ne font pas disparaître la tyrannie : on peut en tenir tout en continuant à réprimer et à appauvrir son peuple, à bafouer la loi et à s’enrichir.Ceux qui font des coups d’État ou modifient les Constitutions pour rester au pouvoir vont à l’encontre du progrès. L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais de fortes institutions.Les Africains qui viennent s’installer aux États-Unis réussissent très bien. Pourquoi ne trouvent-ils pas chez eux les conditions de la réussite ?Le continent africain est riche en ressources naturelles. Mais les pays qui dépendent trop de leur sous-sol ou, pis, d’un seul produit d’exportation, risquent de voir ces ou ce produit n’enrichir qu’une minorité.Au Ghana même, il ne faut pas que le pétrole que vous allez produire et exporter vous fasse négliger votre richesse traditionnelle : le cacao.Regardez les pays qui sont partis d’aussi bas que vous, il y a cinquante ans, et qui ont réussi de façon spectaculaire, tels Singapour et la Corée du Sud : ils se sont donné de bonnes infrastructures et ont investi dans l’éducation et dans la santé pour transformer la société. »L’essentiel du discours d’Accra vous est donné plus loin (pp. 25-28 du n° 2532) et François Soudan l’analyse en pages 23-24. Mais j’ai eu plaisir à rappeler les recettes du Dr Obama, à énumérer ses recommandations à la jeunesse africaine. Il lui dit qu’elle constitue plus de 50 % de la population de chacun des pays du continent et que le XXIe siècle de l’Afrique sera ce qu’elle en fera.À nous tous, Africains et musulmans, il a assuré, le 4 juin et le 11 juillet, que si nous ne sommes pas encore dans la caravane (mondiale) du progrès, c’est d’abord parce que nous sommes, en général, mal gouvernés.Il nous faut changer cette situation pour espérer voir notre condition se transformer.
Ce nouveau séjour de Barack Obama sur le sol africain a été, une fois de plus, très court, les 10 et 11 juillet : une escale d’une vingtaine d’heures, à la fin d’un périple qui l’avait mené en Russie, puis en Italie.Mais, accompagné de son épouse et de ses deux filles, il a donné à ses hôtes l’impression qu’il était chez lui.Il y a cinq semaines, il avait fait un séjour tout aussi rapide en Égypte pour s’adresser au monde musulman : ce fut son discours mémorable prononcé le 4 juin à l’université du Caire.La visite de Barack Obama au Ghana est en réalité son premier vrai voyage en tant que président des États-Unis sur le « continent de son père », et son discours d’Accra est son premier message aux Africains.Pourquoi lui et ses conseillers ont-ils choisi le Ghana ? Anglophone, situé au centre de l’Afrique de l’Ouest, en face des États-Unis, c’est le premier pays de l’Afrique subsaharienne à avoir reconquis son indépendance (en mars 1957).Après un brillant départ, il a connu une longue période d’errements politiques et économiques. Mais il a pris depuis vingt ans le chemin de la démocratie et du développement.Cerise sur le gâteau : il fait son entrée cette année dans le club des pays exportateurs de pétrole (dont il sera, dès 2010, un membre modeste) !Un mot d’abord du symbole : il est… hollywoodien et je comprends que le destin unique de ce fils d’Africain fasse rêver les jeunes de tous les continents, plus particulièrement ceux d’Afrique.Noirs ou Blancs, âgés d’environ 20 ans, ils sont chaque année des milliers d’Africains à quitter leur pays pour s’en aller au-delà des mers faire des études supérieures, soit aux États-Unis, soit en Europe.Il y a cinquante ans, l’un d’eux est parti du Kenya pour terminer ses études aux États-Unis.Ce jeune Africain noir s’arrête à Hawaii, y fait la connaissance d’une Américaine blanche, étudiante elle aussi. Ils se marient et ont un garçon qu’ils prénomment Barack Hussein.Quarante-sept ans plus tard, ce garçon métissé est élu président du pays où il est né en pleine ségrégation raciale, du plus improbable des mariages.Le messager est donc un homme d’exception ; son message du 11 juillet aux Africains, comme celui qu’il a adressé le 4 juin aux musulmans (voir J.A. n° 2526), est à la fois clair et d’une grande qualité.Avant lui, que nous disaient les Européens, les Américains et les Chinois ?Américains et Européens tenaient, à l’endroit des Africains, le même langage de compassion plus ou moins sincère : « Nous sommes désolés de vous voir dans la difficulté, croyez-le bien. Mais nous avons nos problèmes et ne pouvons vous aider que marginalement. Nous achetons celles de vos productions dont nous avons besoin, à notre prix et, toujours à notre prix, vous vendons nos produits…Nous n’oublions pas, nous Européens, que nous avons naguère occupé vos pays et déversé sur vous, comme sur le reste du monde, notre surplus de population. Mais les temps ont changé et, bien que nous puissions les accueillir, nous ne voulons pas que vos pauvres et vos inéduqués viennent nous encombrer chez nous. »Aux Africains, les Chinois tiennent, eux, de façon tout aussi implicite, un langage différent : « Ce que vous êtes et ce que font vos gouvernements ne nous intéresse guère, mais nous avons le plus grand besoin des richesses de votre sous-sol. Nous venons donc les prendre et vous donnons en échange, sans barguigner, ce que nous possédons en abondance : des dollars et de la main-d’œuvre.Cette dernière construira pour vous, et à votre place, les infrastructures qui vous manquent. »Barack Obama, lui, vient à nous avec un autre discours, où il n’y a ni fausse compassion ni semblant de repentance.C’est le discours de quelqu’un qui a cherché à nous connaître et nous dit, avec amitié, ce qu’à son avis nous devrions faire pour nous en sortir. Aux musulmans, il rappelle ce qu’ils auraient dû savoir et ne jamais oublier : « Dieu ne changera pas votre condition, n’améliorera pas votre sort tant que vous ne vous serez pas changés vous-mêmes, améliorés et redressés. »S’adressant aux Africains depuis le Parlement du Ghana, ce fils de l’Afrique devenu président des États-Unis n’a fait, le 11 juillet, que décliner cette « vérité d’évangile ».Rien que les Africains ne sachent ! Des évidences que nous répétons dans ce journal semaine après semaine, un corps de doctrine qui est la profession de foi des démocrates africains et de leurs homologues du reste du monde.Mais venant de ce président des États-Unis d’Amérique, qui n’a pas oublié « le sang africain qui coule dans ses veines », l’appel à se transformer pour réussir trouve une extraordinaire résonance.Ici, comme lorsqu’il était en Europe, Barack Obama s’adresse aux peuples et à leur jeunesse par-dessus la tête des dirigeants. Il dit à ces derniers leurs vérités, mais sans dépasser les limites de la bienséance.Je résume son discours :« Le tribalisme, le népotisme, la corruption sont les ennemis du progrès : il vous faut les réduire.Le colonialisme a été maléfique, sans aucun doute. Pas seulement parce qu’il a imposé au continent des frontières artificielles et des termes de l’échange inéquitables, mais aussi pour ce qu’il vous a infligé dans votre vie quotidienne.Cessez, néanmoins, de penser que le colonialisme d’hier et l’Occident d’aujourd’hui sont les responsables de vos maux actuels, des obstacles que vous rencontrez.Vous avez besoin d’institutions solides et stables, d’une bonne gouvernance : organiser des élections de temps à autre ne suffit pas, il faut des pouvoirs qui gouvernent par le consentement et non par la coercition.Des élections çà et là ne font pas disparaître la tyrannie : on peut en tenir tout en continuant à réprimer et à appauvrir son peuple, à bafouer la loi et à s’enrichir.Ceux qui font des coups d’État ou modifient les Constitutions pour rester au pouvoir vont à l’encontre du progrès. L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais de fortes institutions.Les Africains qui viennent s’installer aux États-Unis réussissent très bien. Pourquoi ne trouvent-ils pas chez eux les conditions de la réussite ?Le continent africain est riche en ressources naturelles. Mais les pays qui dépendent trop de leur sous-sol ou, pis, d’un seul produit d’exportation, risquent de voir ces ou ce produit n’enrichir qu’une minorité.Au Ghana même, il ne faut pas que le pétrole que vous allez produire et exporter vous fasse négliger votre richesse traditionnelle : le cacao.Regardez les pays qui sont partis d’aussi bas que vous, il y a cinquante ans, et qui ont réussi de façon spectaculaire, tels Singapour et la Corée du Sud : ils se sont donné de bonnes infrastructures et ont investi dans l’éducation et dans la santé pour transformer la société. »L’essentiel du discours d’Accra vous est donné plus loin (pp. 25-28 du n° 2532) et François Soudan l’analyse en pages 23-24. Mais j’ai eu plaisir à rappeler les recettes du Dr Obama, à énumérer ses recommandations à la jeunesse africaine. Il lui dit qu’elle constitue plus de 50 % de la population de chacun des pays du continent et que le XXIe siècle de l’Afrique sera ce qu’elle en fera.À nous tous, Africains et musulmans, il a assuré, le 4 juin et le 11 juillet, que si nous ne sommes pas encore dans la caravane (mondiale) du progrès, c’est d’abord parce que nous sommes, en général, mal gouvernés.Il nous faut changer cette situation pour espérer voir notre condition se transformer.
Barack l’Africain
BARBEROUSSE: Barack l’Africain
Fils du contient noir, Obama a une réelle vision pour l’Afrique qu’il articule en quatre points :D’abord une bonne gouvernance. Admettant que chaque pays doit trouver le système (démocratique) qui le sied le mieux, Obama insiste sur la nécessité d’une séparation des pouvoirs, de la liberté d’expression et d’entreprise comme pré requis du développement. Ce ne sont pas les élections théâtralisés qui comptent, c’est plutôt ce qui se passe entre ces élections.Ensuite, reconnaissant le talent des élites africaines, il les invite à le mettre au service de leurs pays, tout en admettant que cela n’est possible qu’à condition que le premier point soit réalisé. Tel Bourguiba, Obama insiste sur le fait que la lutte pour le développement est au moins aussi importante que celle pour l’indépendance et la libération qu’a mené la génération antérieure.Mais que serait ce développement si les maladies continuent à ravager le contient. La lutte contre le sida et autres épidémie doit être vigoureuse, et là les Etats Unis promettent un support sans faille.Enfin, Obama estime que le fait que le conflit armé fasse partie de la vie quotidienne des africain est inadmissible. La diversité du contient doit être une source de force et non pas de faiblisse et les conflits ethniques ou religieux n’ont plus lieu d’être au 21eme siècle.Même si ces quatre points n’apportent rien de nouveau, ce discours a le mérite d’être clair et sincère, et puis, donner une telle lisibilité dans ce monde complexe est un trait de leadership aussi rare que nécessaire.
Posted by Barberousse at 18:06
Labels: Démocratie, USA
Fils du contient noir, Obama a une réelle vision pour l’Afrique qu’il articule en quatre points :D’abord une bonne gouvernance. Admettant que chaque pays doit trouver le système (démocratique) qui le sied le mieux, Obama insiste sur la nécessité d’une séparation des pouvoirs, de la liberté d’expression et d’entreprise comme pré requis du développement. Ce ne sont pas les élections théâtralisés qui comptent, c’est plutôt ce qui se passe entre ces élections.Ensuite, reconnaissant le talent des élites africaines, il les invite à le mettre au service de leurs pays, tout en admettant que cela n’est possible qu’à condition que le premier point soit réalisé. Tel Bourguiba, Obama insiste sur le fait que la lutte pour le développement est au moins aussi importante que celle pour l’indépendance et la libération qu’a mené la génération antérieure.Mais que serait ce développement si les maladies continuent à ravager le contient. La lutte contre le sida et autres épidémie doit être vigoureuse, et là les Etats Unis promettent un support sans faille.Enfin, Obama estime que le fait que le conflit armé fasse partie de la vie quotidienne des africain est inadmissible. La diversité du contient doit être une source de force et non pas de faiblisse et les conflits ethniques ou religieux n’ont plus lieu d’être au 21eme siècle.Même si ces quatre points n’apportent rien de nouveau, ce discours a le mérite d’être clair et sincère, et puis, donner une telle lisibilité dans ce monde complexe est un trait de leadership aussi rare que nécessaire.
Posted by Barberousse at 18:06
Labels: Démocratie, USA
lundi 27 juillet 2009
Les relations entre Washington et Pékin façonneront l'histoire du XXIe siècle, selon Obama
The Canadian Press: Les relations entre Washington et Pékin façonneront l'histoire du XXIe siècle, selon Obama
Les relations entre les Etats-Unis et la Chine façonneront l'histoire du XXIe siècle, a estimé lundi le président américain Barack Obama, en ouverture de la nouvelle session du "dialogue économique et stratégique" entre Washington et Pékin.
Les discussions se sont ouvertes lundi pour deux jours à Washington. Elles sont menées, côté américain, par le secrétaire au Trésor Timothy Geithner et la ministre des Affaires étrangères Hillary Clinton. Leurs interlocuteurs chinois sont le vice-Premier ministre Wang Qishan et un autre représentant de Pékin, Dai Bingguo.
La sortie de récession, les relations économiques entre les deux pays et les questions de sécurité doivent notamment être au coeur des entretiens. Washington et Pékin ne seront sans doute pas "d'accord sur tout" mais progressent en vue d'une plus grande coopération, a noté M. Obama. Les Etats-Unis et la Chine posent "brique par brique les fondations d'une meilleure relation", a de son côté déclaré Hillary Clinton.
Les Etats-Unis figurent parmi les principaux partenaires économiques de la Chine, et réciproquement. Mais la relation est déséquilibrée, le commerce américain étant très largement déficitaire par rapport à la Chine. Selon l'Institut de politique économique, un think tank américain, la Chine compte pour 83% du déficit commercial des Etats-Unis (hors produits pétroliers), contre 26% en 2000.
La Chine, par ailleurs, est le premier créancier des Etats-Unis. Elle est la principale détentrice mondiale de bons du Trésor américain, obligations d'Etat sur lesquels les Etats-Unis s'appuient pour financer leur dette faramineuse: elle pourrait friser les 12.000 milliards de dollars (8.444 milliards d'euros) en 2009.
Pékin pourrait dès lors déclencher une véritable catastrophe en vendant soudainement ces obligations ou en cessant d'en acheter. C'est toutefois très improbable, soulignent la plupart des économistes, la Chine ayant besoin de partenaires commerciaux pour alimenter sa propre expansion.
Les relations entre les Etats-Unis et la Chine façonneront l'histoire du XXIe siècle, a estimé lundi le président américain Barack Obama, en ouverture de la nouvelle session du "dialogue économique et stratégique" entre Washington et Pékin.
Les discussions se sont ouvertes lundi pour deux jours à Washington. Elles sont menées, côté américain, par le secrétaire au Trésor Timothy Geithner et la ministre des Affaires étrangères Hillary Clinton. Leurs interlocuteurs chinois sont le vice-Premier ministre Wang Qishan et un autre représentant de Pékin, Dai Bingguo.
La sortie de récession, les relations économiques entre les deux pays et les questions de sécurité doivent notamment être au coeur des entretiens. Washington et Pékin ne seront sans doute pas "d'accord sur tout" mais progressent en vue d'une plus grande coopération, a noté M. Obama. Les Etats-Unis et la Chine posent "brique par brique les fondations d'une meilleure relation", a de son côté déclaré Hillary Clinton.
Les Etats-Unis figurent parmi les principaux partenaires économiques de la Chine, et réciproquement. Mais la relation est déséquilibrée, le commerce américain étant très largement déficitaire par rapport à la Chine. Selon l'Institut de politique économique, un think tank américain, la Chine compte pour 83% du déficit commercial des Etats-Unis (hors produits pétroliers), contre 26% en 2000.
La Chine, par ailleurs, est le premier créancier des Etats-Unis. Elle est la principale détentrice mondiale de bons du Trésor américain, obligations d'Etat sur lesquels les Etats-Unis s'appuient pour financer leur dette faramineuse: elle pourrait friser les 12.000 milliards de dollars (8.444 milliards d'euros) en 2009.
Pékin pourrait dès lors déclencher une véritable catastrophe en vendant soudainement ces obligations ou en cessant d'en acheter. C'est toutefois très improbable, soulignent la plupart des économistes, la Chine ayant besoin de partenaires commerciaux pour alimenter sa propre expansion.
La stratégie asiatique d'Obama
La stratégie asiatique d'Obama - l'Humanite
Le renforcement de l’influence des États-Unis dans la région se joue sur deux fronts, monétaire et militaire. Discussions sino-américaines à partir d’aujourd’hui à Washington.
« Les États-Unis sont de retour en Asie », affirmait Hillary Clinton en signant mercredi dernier, en Thaïlande, un traité de non-agression avec l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), à la veille du forum régional de l’Association sur la sécurité (ARF). Le pacte, initié en 1976 par les membres fondateurs de l’ASEAN, engage ses signataires à régler pacifiquement leurs conflits, à renoncer à l’usage de la force, ainsi qu’à toute ingérence dans les affaires intérieures de leurs partenaires. Une quinzaine de nations l’ont déjà signé, dont la Chine, le Japon, la France et, l’an dernier encore, la Corée du Nord. L’administration Bush s’était refusée à le ratifier. Obama a saisi l’occasion pour faire de son geste tout un symbole au service de sa stratégie asiatique. Celle-ci ne vise pas un « retour », comme le prétend Clinton, mais bel et bien un renforcement de l’influence américaine dans une région qui lui est stratégiquement essentielle et, pour Washington, sa présence en Asie se joue sur deux fronts : monétaire pour l’Extrême-Orient, militaire pour le sous-continent indien et l’Afghanistan.
Attaques contre le dollar
Dans le premier cas, sur fond de crise financière internationale, la Chine, avec son poids grandissant dans la zone convoitée, est en ligne de mire de la Maison-Blanche. Les attaques de Pékin contre le dollar qui se sont accompagnées d’accords permettant de libeller les transactions commerciales avec certains partenaires non pas en dollars, mais en yuans, ou dans la monnaie de leur pays, sont mal vécues à Washington. Malaise qu’exprimera sans doute Barack Obama, aujourd’hui, dans son discours d’ouverture d’une session du dialogue stratégique et économique sino-américain à Washington. En prévision de la rencontre, le gouvernement chinois a fait savoir, mercredi, qu’il allait demander une nouvelle fois aux États-Unis de veiller à la stabilité de leur monnaie et à la sécurité des actifs achetés par Pékin en dollars. Obama s’est, lui, ménagé un atout de taille à la veille de cette session avec Pékin : il a accéléré le rapprochement avec l’Inde.
La visite que vient d’y effectuer Hillary Clinton avant de se rendre en Thaïlande est sur ce point significative. L’Inde et les États-Unis ont trouvé un accord de défense pour doper les ventes d’armements américains à New Delhi et sont convenus de deux sites pour implanter des centrales nucléaires civiles américaines. Cet accord ouvre la porte à la livraison d’équipements militaires américains, y compris pour les 126 avions de chasse que le gouvernement Singh souhaite acquérir pour moderniser sa flotte. Le partenariat avec Delhi tend aussi à privilégier de nouvelles relations commerciales profitables aux produits américains qui se verraient désormais admis dans des secteurs clés du marché indien.
Tant pour contrebalancer la puissance chinoise que pour jouer un rôle plus actif pour sortir du bourbier afghan, l’Inde est devenue incontournable dans la diplomatie américaine, du sous-continent indien à l’Asie centrale, par son rôle croissant sur ce théâtre de guerre. L’impasse militaire y est de plus en plus évidente en dépit de l’envoi de 17 000 soldats supplémentaires décidé par Obama. À moins d’un mois de l’élection présidentielle à Kaboul, le pessimisme est de mise.
éviter un enlisement
« L’Afghanistan, c’est le Vietnam d’Obama », titrait en février le magazine Newsweek. Six mois plus tard, le quotidien Los Angeles Times publiait, dimanche, un entretien avec le secrétaire à la Défense. Robert Gates y soulignait l’importance de remporter des succès tangibles d’ici un an, si Washington veut éviter un enlisement comparable à celui vécu en Irak. « Après ce que nous avons y connu, personne n’est prêt à supporter une longue corvée dans laquelle nous n’aurions pas d’avancées visibles », rapporte l’ancien ministre de Bush. Quant au nombre des pertes civiles, il a augmenté de 24 %, par rapport au bilan 2 008 pour la même période, selon un rapport publié en juin par Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies. Quoi qu’il en soit, le « long terme » envisagé par Gates pour arracher une « victoire » s’apparente, au fil des années, à une réelle occupation.
Dominique Bari
Le renforcement de l’influence des États-Unis dans la région se joue sur deux fronts, monétaire et militaire. Discussions sino-américaines à partir d’aujourd’hui à Washington.
« Les États-Unis sont de retour en Asie », affirmait Hillary Clinton en signant mercredi dernier, en Thaïlande, un traité de non-agression avec l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), à la veille du forum régional de l’Association sur la sécurité (ARF). Le pacte, initié en 1976 par les membres fondateurs de l’ASEAN, engage ses signataires à régler pacifiquement leurs conflits, à renoncer à l’usage de la force, ainsi qu’à toute ingérence dans les affaires intérieures de leurs partenaires. Une quinzaine de nations l’ont déjà signé, dont la Chine, le Japon, la France et, l’an dernier encore, la Corée du Nord. L’administration Bush s’était refusée à le ratifier. Obama a saisi l’occasion pour faire de son geste tout un symbole au service de sa stratégie asiatique. Celle-ci ne vise pas un « retour », comme le prétend Clinton, mais bel et bien un renforcement de l’influence américaine dans une région qui lui est stratégiquement essentielle et, pour Washington, sa présence en Asie se joue sur deux fronts : monétaire pour l’Extrême-Orient, militaire pour le sous-continent indien et l’Afghanistan.
Attaques contre le dollar
Dans le premier cas, sur fond de crise financière internationale, la Chine, avec son poids grandissant dans la zone convoitée, est en ligne de mire de la Maison-Blanche. Les attaques de Pékin contre le dollar qui se sont accompagnées d’accords permettant de libeller les transactions commerciales avec certains partenaires non pas en dollars, mais en yuans, ou dans la monnaie de leur pays, sont mal vécues à Washington. Malaise qu’exprimera sans doute Barack Obama, aujourd’hui, dans son discours d’ouverture d’une session du dialogue stratégique et économique sino-américain à Washington. En prévision de la rencontre, le gouvernement chinois a fait savoir, mercredi, qu’il allait demander une nouvelle fois aux États-Unis de veiller à la stabilité de leur monnaie et à la sécurité des actifs achetés par Pékin en dollars. Obama s’est, lui, ménagé un atout de taille à la veille de cette session avec Pékin : il a accéléré le rapprochement avec l’Inde.
La visite que vient d’y effectuer Hillary Clinton avant de se rendre en Thaïlande est sur ce point significative. L’Inde et les États-Unis ont trouvé un accord de défense pour doper les ventes d’armements américains à New Delhi et sont convenus de deux sites pour implanter des centrales nucléaires civiles américaines. Cet accord ouvre la porte à la livraison d’équipements militaires américains, y compris pour les 126 avions de chasse que le gouvernement Singh souhaite acquérir pour moderniser sa flotte. Le partenariat avec Delhi tend aussi à privilégier de nouvelles relations commerciales profitables aux produits américains qui se verraient désormais admis dans des secteurs clés du marché indien.
Tant pour contrebalancer la puissance chinoise que pour jouer un rôle plus actif pour sortir du bourbier afghan, l’Inde est devenue incontournable dans la diplomatie américaine, du sous-continent indien à l’Asie centrale, par son rôle croissant sur ce théâtre de guerre. L’impasse militaire y est de plus en plus évidente en dépit de l’envoi de 17 000 soldats supplémentaires décidé par Obama. À moins d’un mois de l’élection présidentielle à Kaboul, le pessimisme est de mise.
éviter un enlisement
« L’Afghanistan, c’est le Vietnam d’Obama », titrait en février le magazine Newsweek. Six mois plus tard, le quotidien Los Angeles Times publiait, dimanche, un entretien avec le secrétaire à la Défense. Robert Gates y soulignait l’importance de remporter des succès tangibles d’ici un an, si Washington veut éviter un enlisement comparable à celui vécu en Irak. « Après ce que nous avons y connu, personne n’est prêt à supporter une longue corvée dans laquelle nous n’aurions pas d’avancées visibles », rapporte l’ancien ministre de Bush. Quant au nombre des pertes civiles, il a augmenté de 24 %, par rapport au bilan 2 008 pour la même période, selon un rapport publié en juin par Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies. Quoi qu’il en soit, le « long terme » envisagé par Gates pour arracher une « victoire » s’apparente, au fil des années, à une réelle occupation.
Dominique Bari
Obama charme la Chine mais lui donne des leçons, Amériques - Information NouvelObs.com
Obama charme la Chine mais lui donne des leçons, Amériques - Information NouvelObs.com
Le président américain a jugé que les relations diplomatiques entre la Chine et les Etats-Unis étaient "déterminantes pour le 21ème siècle". Il a toutefois tenu a donner son point de vue à la Chine sur un certain nombre de sujets sensibles.
(AFP) Le président Barack Obama a déclaré lundi 27 juillet que les relations bilatérales avec la Chine étaient parmi les plus importantes au monde pour les Etats-Unis et seraient déterminantes au cours du 21e siècle."Les relations entre les Etats-Unis et la Chine façonneront le 21e siècle, ce qui les place parmi les plus importantes relations bilatérales au monde", a dit le président américain dans un discours à l'ouverture d'un nouveau dialogue stratégique et économique entre les Etats-Unis et la Chine à Washington.
Il faut "respecter la culture et la religion de tous les peuples"Il a par ailleurs appelé Pékin à respecter les libertés individuelles et religieuses et les libertés des minorités. "En même temps que nous respectons la culture ancienne de la Chine et ses remarquables prouesses, nous croyons fermement qu'on doit respecter la religion et la culture de tous les peuples, que chacun doit pouvoir s'exprimer librement", a indiqué le président américain. "Cela inclut les minorités religieuses et ethniques de Chine, aussi sûrement que cela inclut les minorités des Etats-Unis", a-t-il dit.
Une réponse au réchauffement climatiqueAu cours de son discours, Barack Obama a également appelé la Chine à coopérer à une réponse mondiale au réchauffement climatique, en vue de la conférence de Copenhague et au-delà. Sur la question nucléaire, il a demandé à la Chine toute sa collaboration pour la dénucléariser de la Corée du Nord et pour empêcher que l'Iran ne se dote de la bombe atomique. "Ni l'Amérique ni la Chine n'ont intérêt à ce qu'un terroriste entre en possession de la bombe, ou à ce qu'on déclenche une course aux armes nucléaires en Asie orientale", a-t-il déclaré. "C'est pourquoi nous devons poursuivre notre collaboration pour obtenir la dénucléarisation de la péninsule coréenne", a-t-il dit, ajoutant que "c'est aussi la raison pour laquelle nous devons nous montrer unis pour empêcher que l'Iran ne se dote de l'arme nucléaire et pour presser la République islamique d'honorer ses obligations internationales", a-t-il dit.(nouvelobs.com)
Le président américain a jugé que les relations diplomatiques entre la Chine et les Etats-Unis étaient "déterminantes pour le 21ème siècle". Il a toutefois tenu a donner son point de vue à la Chine sur un certain nombre de sujets sensibles.
(AFP) Le président Barack Obama a déclaré lundi 27 juillet que les relations bilatérales avec la Chine étaient parmi les plus importantes au monde pour les Etats-Unis et seraient déterminantes au cours du 21e siècle."Les relations entre les Etats-Unis et la Chine façonneront le 21e siècle, ce qui les place parmi les plus importantes relations bilatérales au monde", a dit le président américain dans un discours à l'ouverture d'un nouveau dialogue stratégique et économique entre les Etats-Unis et la Chine à Washington.
Il faut "respecter la culture et la religion de tous les peuples"Il a par ailleurs appelé Pékin à respecter les libertés individuelles et religieuses et les libertés des minorités. "En même temps que nous respectons la culture ancienne de la Chine et ses remarquables prouesses, nous croyons fermement qu'on doit respecter la religion et la culture de tous les peuples, que chacun doit pouvoir s'exprimer librement", a indiqué le président américain. "Cela inclut les minorités religieuses et ethniques de Chine, aussi sûrement que cela inclut les minorités des Etats-Unis", a-t-il dit.
Une réponse au réchauffement climatiqueAu cours de son discours, Barack Obama a également appelé la Chine à coopérer à une réponse mondiale au réchauffement climatique, en vue de la conférence de Copenhague et au-delà. Sur la question nucléaire, il a demandé à la Chine toute sa collaboration pour la dénucléariser de la Corée du Nord et pour empêcher que l'Iran ne se dote de la bombe atomique. "Ni l'Amérique ni la Chine n'ont intérêt à ce qu'un terroriste entre en possession de la bombe, ou à ce qu'on déclenche une course aux armes nucléaires en Asie orientale", a-t-il déclaré. "C'est pourquoi nous devons poursuivre notre collaboration pour obtenir la dénucléarisation de la péninsule coréenne", a-t-il dit, ajoutant que "c'est aussi la raison pour laquelle nous devons nous montrer unis pour empêcher que l'Iran ne se dote de l'arme nucléaire et pour presser la République islamique d'honorer ses obligations internationales", a-t-il dit.(nouvelobs.com)
Barack Obama souhaite une coopération Pékin-Washington renforcée
Barack Obama souhaite une coopération Pékin-Washington renforcée
Le président américain a ouvert le Dialogue stratégique et économique sino-américain, qui réunit durant deux jours à Washington une centaine de hauts responsables des deux pays.
L'administration Obama entend ainsi donner un relief nouveau à ses relations avec la Chine, partenaire incontournable sur de nombreux dossiers tels que la crise économique et financière, le changement climatique ou le programme nucléaire nord-coréen.
"La relation entre les Etats-Unis et la Chine va façonner le XXIe siècle, ce qui la rend aussi importante que toute relation bilatérale dans le monde", a déclaré Barack Obama.
En ouverture de cette session de discussions, le président américain et son secrétaire au Trésor Timothy Geithner ont pris soin de ne pas évoquer l'épineuse question des devises qui divise les deux pays.
Washington entend aborder avec prudence certains des dossiers qui ont tendu les rapports entre les deux géants par le passé, notamment l'accusation américaine de manipulation des cours du yuan ou la répression des minorités ethniques.
Barack Obama a assuré que la Chine et les Etats-Unis croyaient l'une comme l'autre en la nécessité de respecter la culture et la religion de tous les peuples.
"Cela concerne les minorités ethniques et religieuses en Chine, aussi sûrement que cela concerne les minorités aux Etats-Unis", a-t-il ajouté.
OBAMA CIBLE LE MARCHÉ CHINOIS
S'il a abordé de nombreux sujets, l'essentiel de son discours a porté sur la crise financière, la relation économique entre les deux puissances et les moyens d'oeuvrer de concert à la relance de la croissance mondiale.
"La crise actuelle a fait apparaître que les choix faits à l'intérieur de nos frontières ont un impact sur toute l'économie mondiale, et c'est vrai non seulement pour New York et Seattle, mais aussi pour Shanghai et Shenzen", a-t-il déclaré.
"C'est pourquoi nous devons restés attachés à une forte coordination bilatérale et multilatérale."
Les Etats-Unis et la Chine peuvent favoriser la stabilité financière grâce à davantage de transparence, en réformant les systèmes de régulation, en restant attachés au commerce libre et équitable et en militant à l'OMC pour "un cycle de Doha ambitieux et équilibré", a-t-il poursuivi.
"Comme les Américains épargnent plus et les Chinois peuvent dépenser plus, nous pouvons donner à la croissance des fondations plus durables parce que, si la Chine profite d'investissements importants et d'exportations lucratives, la Chine peut aussi être un marché énorme pour les produits américains", a-t-il encore souligné.
Il a par ailleurs promis de coopérer avec la Chine pour parvenir à une dénucléarisation de la péninsule coréenne et convaincre Pyongyang qu'en respectant ses obligations, il obtiendrait "sécurité et respect".
Le président américain a ouvert le Dialogue stratégique et économique sino-américain, qui réunit durant deux jours à Washington une centaine de hauts responsables des deux pays.
L'administration Obama entend ainsi donner un relief nouveau à ses relations avec la Chine, partenaire incontournable sur de nombreux dossiers tels que la crise économique et financière, le changement climatique ou le programme nucléaire nord-coréen.
"La relation entre les Etats-Unis et la Chine va façonner le XXIe siècle, ce qui la rend aussi importante que toute relation bilatérale dans le monde", a déclaré Barack Obama.
En ouverture de cette session de discussions, le président américain et son secrétaire au Trésor Timothy Geithner ont pris soin de ne pas évoquer l'épineuse question des devises qui divise les deux pays.
Washington entend aborder avec prudence certains des dossiers qui ont tendu les rapports entre les deux géants par le passé, notamment l'accusation américaine de manipulation des cours du yuan ou la répression des minorités ethniques.
Barack Obama a assuré que la Chine et les Etats-Unis croyaient l'une comme l'autre en la nécessité de respecter la culture et la religion de tous les peuples.
"Cela concerne les minorités ethniques et religieuses en Chine, aussi sûrement que cela concerne les minorités aux Etats-Unis", a-t-il ajouté.
OBAMA CIBLE LE MARCHÉ CHINOIS
S'il a abordé de nombreux sujets, l'essentiel de son discours a porté sur la crise financière, la relation économique entre les deux puissances et les moyens d'oeuvrer de concert à la relance de la croissance mondiale.
"La crise actuelle a fait apparaître que les choix faits à l'intérieur de nos frontières ont un impact sur toute l'économie mondiale, et c'est vrai non seulement pour New York et Seattle, mais aussi pour Shanghai et Shenzen", a-t-il déclaré.
"C'est pourquoi nous devons restés attachés à une forte coordination bilatérale et multilatérale."
Les Etats-Unis et la Chine peuvent favoriser la stabilité financière grâce à davantage de transparence, en réformant les systèmes de régulation, en restant attachés au commerce libre et équitable et en militant à l'OMC pour "un cycle de Doha ambitieux et équilibré", a-t-il poursuivi.
"Comme les Américains épargnent plus et les Chinois peuvent dépenser plus, nous pouvons donner à la croissance des fondations plus durables parce que, si la Chine profite d'investissements importants et d'exportations lucratives, la Chine peut aussi être un marché énorme pour les produits américains", a-t-il encore souligné.
Il a par ailleurs promis de coopérer avec la Chine pour parvenir à une dénucléarisation de la péninsule coréenne et convaincre Pyongyang qu'en respectant ses obligations, il obtiendrait "sécurité et respect".
Obama met les Etats en compétition pour améliorer l'école et les professeurs
Obama met les Etats en compétition pour améliorer l'école et les professeurs
Le président Barack Obama a lancé vendredi une compétition mettant en jeu 4,35 milliards de dollars à partager entre les Etats américains qui appliqueront les méthodes d'enseignement les plus efficaces et lieront le salaire de leurs professeurs aux résultats des élèves.
M. Obama a lancé officiellement la "course vers les sommets" et vers ce fonds de 4,35 milliards de dollars pour pousser les Etats américains et les autorités locales, largement responsables du système scolaire, à changer leurs pratiques éducatives.
"Il s'agit d'un des investissements les plus importants de l'histoire américaine dans une réforme de l'éducation. Et plutôt que de le diviser et de verser l'argent, nous mettons en concurrence les Etats et les arrondissements scolaires. C'est comme cela que nous inciterons à l'excellence et à la réforme et que nous lancerons une course vers les sommets dans les écoles américaines", a-t-il dit.
"Les Etats-Unis, un pays qui a toujours mené la course à l'innovation, sont aujourd'hui dépassés dans l'enseignement des mathématiques et des sciences", a-t-il dit en insistant sur les conséquences économiques du problème.
"Notre système éducatif est en train de faillir à sa tâche", a-t-il dit.
La Maison Blanche décrit l'initiative comme centrale dans l'effort de M. Obama pour réformer l'école américaine et la ramener au premier rang dans le monde. Cette réforme fait partie des grands projets énoncés par le président lors de son entrée en fonctions. Les autres réformes sont celle visant à créer un nouveau modèle économique basé sur les énergies propres et celle du système de santé.
Avec l'appât des 4,35 milliards de dollars, M. Obama veut voir les Etats lier la rémunération des enseignants à la performance de leurs élèves. Il se livre là à un exercice délicat, prenant le risque de braquer le corps enseignant, largement acquis au président et à ses amis démocrates.
M. Obama veut aussi voir les Etats promouvoir les "charter schools", ces écoles s'engageant à produire certains résultats en échange d'un financement public. Et il veut voir les Etats mettre en place des critères plus élevés et plus homogènes pour juger du niveau des élèves.
Il a assuré que l'argent ne serait pas attribué en fonction de critères politiques ou idéologiques.
Le président Barack Obama a lancé vendredi une compétition mettant en jeu 4,35 milliards de dollars à partager entre les Etats américains qui appliqueront les méthodes d'enseignement les plus efficaces et lieront le salaire de leurs professeurs aux résultats des élèves.
M. Obama a lancé officiellement la "course vers les sommets" et vers ce fonds de 4,35 milliards de dollars pour pousser les Etats américains et les autorités locales, largement responsables du système scolaire, à changer leurs pratiques éducatives.
"Il s'agit d'un des investissements les plus importants de l'histoire américaine dans une réforme de l'éducation. Et plutôt que de le diviser et de verser l'argent, nous mettons en concurrence les Etats et les arrondissements scolaires. C'est comme cela que nous inciterons à l'excellence et à la réforme et que nous lancerons une course vers les sommets dans les écoles américaines", a-t-il dit.
"Les Etats-Unis, un pays qui a toujours mené la course à l'innovation, sont aujourd'hui dépassés dans l'enseignement des mathématiques et des sciences", a-t-il dit en insistant sur les conséquences économiques du problème.
"Notre système éducatif est en train de faillir à sa tâche", a-t-il dit.
La Maison Blanche décrit l'initiative comme centrale dans l'effort de M. Obama pour réformer l'école américaine et la ramener au premier rang dans le monde. Cette réforme fait partie des grands projets énoncés par le président lors de son entrée en fonctions. Les autres réformes sont celle visant à créer un nouveau modèle économique basé sur les énergies propres et celle du système de santé.
Avec l'appât des 4,35 milliards de dollars, M. Obama veut voir les Etats lier la rémunération des enseignants à la performance de leurs élèves. Il se livre là à un exercice délicat, prenant le risque de braquer le corps enseignant, largement acquis au président et à ses amis démocrates.
M. Obama veut aussi voir les Etats promouvoir les "charter schools", ces écoles s'engageant à produire certains résultats en échange d'un financement public. Et il veut voir les Etats mettre en place des critères plus élevés et plus homogènes pour juger du niveau des élèves.
Il a assuré que l'argent ne serait pas attribué en fonction de critères politiques ou idéologiques.
vendredi 24 juillet 2009
Huit mois après l‘élection d’Obama, que reste-t-il de l’“Obamania” ?
Huit mois après l‘élection d’Obama, que reste-t-il de l’“Obamania” ? - Politique : infos, monde euronews
Selon une étude réalisée par l’institut de sondage américain Pew Research Center, tout dépend de quel point de vue l’on se place. Dans son propre pays, le président des Etats-Unis est en chute libre dans les sondages d’opinion. En cause, la très impolulaire réforme de la santé que Barack Obama souhaite faire adopter.
Une réforme que les Américains ne comprennent pas. Pour eux, la priorité est de garder le chômage sous la barre des 10% et de lutter contre la récession. Mais dans le reste du monde occidental, c’est un tout autre son de cloche.
“La popularité des Etats-Unis a augmenté en Europe de l’Ouest, dans la majeure partie de l’Asie et en Amérique latine. En Allemagne, par exemple, ils sont 30% de plus que l’année dernière à en avoir une opinion favorable, soit 64% cette année”, explique Andrew Khout, du Pew Research Center.
Dans le monde musulman, les avis sont partagés. Egyptiens, Jordaniens et Libanais se montrent relativement confiants envers les Etats-Unis, ce qui est loin d‘être le cas des Palestiniens ou encore des Pakistanais.
“Nous voyons moins de changements positifs en ce qui concerne l’image des Etats-Unis dans le monde musulman. Le public musulman reste modérément à très négatif en ce qui concerne les Etats-Unis”, ajoute Andrew Khout.
Israël semble être le seul pays où la confiance envers les Etats-Unis s’effondre. Mais quelle que soit la côte d’impopularité de Barack Obama, elle pourra difficilement égaler celle son prédécesseur, George W. Bush.
Selon une étude réalisée par l’institut de sondage américain Pew Research Center, tout dépend de quel point de vue l’on se place. Dans son propre pays, le président des Etats-Unis est en chute libre dans les sondages d’opinion. En cause, la très impolulaire réforme de la santé que Barack Obama souhaite faire adopter.
Une réforme que les Américains ne comprennent pas. Pour eux, la priorité est de garder le chômage sous la barre des 10% et de lutter contre la récession. Mais dans le reste du monde occidental, c’est un tout autre son de cloche.
“La popularité des Etats-Unis a augmenté en Europe de l’Ouest, dans la majeure partie de l’Asie et en Amérique latine. En Allemagne, par exemple, ils sont 30% de plus que l’année dernière à en avoir une opinion favorable, soit 64% cette année”, explique Andrew Khout, du Pew Research Center.
Dans le monde musulman, les avis sont partagés. Egyptiens, Jordaniens et Libanais se montrent relativement confiants envers les Etats-Unis, ce qui est loin d‘être le cas des Palestiniens ou encore des Pakistanais.
“Nous voyons moins de changements positifs en ce qui concerne l’image des Etats-Unis dans le monde musulman. Le public musulman reste modérément à très négatif en ce qui concerne les Etats-Unis”, ajoute Andrew Khout.
Israël semble être le seul pays où la confiance envers les Etats-Unis s’effondre. Mais quelle que soit la côte d’impopularité de Barack Obama, elle pourra difficilement égaler celle son prédécesseur, George W. Bush.
The Canadian Press: L'image des Etats-Unis s'améliore grâce à Barack Obama, selon une enquête
L'image des Etats-Unis s'améliore grâce à Barack Obama, selon une enquête
La popularité de Barack Obama a redoré l'image des Etats-Unis dans le monde, même si une profonde méfiance à l'égard de l'Amérique persiste dans les pays musulmans, montre une enquête du Centre de recherche Pew publiée jeudi.
L'étude menée au printemps dans 25 pays montre que les Etats-Unis sont perçus plus favorablement dans de nombreuses régions du monde depuis l'élection de Barack Obama le 4 novembre dernier. Les opinions positives sur l'Amérique retrouvent ainsi des niveaux que l'on n'avait plus observés depuis l'arrivée de George W. Bush à la Maison Blanche en janvier 2001.
Dans 21 pays étudiés, 71% des personnes interrogées en moyenne ont déclaré avoir au moins un peu confiance dans la manière dont le président américain conduit les affaires du monde. En 2008, alors que George W. Bush était président, ce chiffre n'était que de 17%.
Le Centre Pew relève que les changements les plus profonds sont intervenus en Europe occidentale, notamment en France et en Allemagne, où la cote de confiance de Barack Obama est supérieure à celle du président français Nicolas Sarkozy et de la chancelière allemande Angela Merkel.
Les opinions favorables à l'égard des Etats-Unis sont passées de 42% en 2008 à 75% en France, de 31% à 64% en Allemagne, de 53% à 69% en Grande-Bretagne, et de 33% à 58% en Espagne. Elles enregistrent également une forte poussée dans d'autres pays, notamment en Inde (66% à 76%), Indonésie (37% à 63%), Japon (50% à 59%), Brésil (47% à 61%), Mexique (47% à 69%), et Nigeria (64% à 79%).
L'enquête relève toutefois la persistance d'une méfiance profonde chez les musulmans envers l'influence et les motivations des Etats-Unis. C'est notamment le cas en Turquie, où les opinions favorables à l'égard des Etats-Unis sont passées de 12% en 2008 à 14%; au Pakistan, où ce taux baisse de 19% à 16%; et dans les territoires palestiniens, où il s'établit à 15% contre 13% en 2007.
Dans ces zones, note le rapport, "l'animosité envers (les Etats-Unis) reste profonde". Les opinions favorables ont en revanche progressé modérément en Jordanie (19% à 25%) et en Egypte (22% à 27%), deux alliés de Washington.
Avec 63% d'opinions favorables, l'Indonésie, où Barack Obama a passé une partie de son enfance, fait figure de cas atypique dans le monde musulman, dont il est le pays le plus peuplé. Plus de 70% des sondés expriment également leur confiance dans le président américain, alors que ce chiffre n'était que de 23% pour George W. Bush en 2008. Les opinions favorables à l'égard des Etats-Unis sont également élevées au Kenya (90%), pays dont était originaire le père de M. Obama.
L'image des Etats-Unis, qui s'était fortement dégradée sous la présidence de George W. Bush, notamment après l'invasion de l'Irak en 2003, "s'est améliorée de façon notable dans la plupart des régions du monde, reflétant une confiance mondiale en Barack Obama", souligne le Centre dans son Rapport Pew sur les mentalités mondiales.
En revanche, en Israël, les opinions favorables envers les Etats-Unis ont baissé depuis que George W. Bush a quitté la Maison Blanche, s'établissant à 71%, contre 78% en 2007, selon l'étude.
Près de 27.000 personnes ont été interrogées pour cette enquête menée du 19 mai au 14 juin. La marge d'erreur est de trois à quatre points de pourcentage, sauf pour la Chine et l'Inde où elle est de deux points.
La popularité de Barack Obama a redoré l'image des Etats-Unis dans le monde, même si une profonde méfiance à l'égard de l'Amérique persiste dans les pays musulmans, montre une enquête du Centre de recherche Pew publiée jeudi.
L'étude menée au printemps dans 25 pays montre que les Etats-Unis sont perçus plus favorablement dans de nombreuses régions du monde depuis l'élection de Barack Obama le 4 novembre dernier. Les opinions positives sur l'Amérique retrouvent ainsi des niveaux que l'on n'avait plus observés depuis l'arrivée de George W. Bush à la Maison Blanche en janvier 2001.
Dans 21 pays étudiés, 71% des personnes interrogées en moyenne ont déclaré avoir au moins un peu confiance dans la manière dont le président américain conduit les affaires du monde. En 2008, alors que George W. Bush était président, ce chiffre n'était que de 17%.
Le Centre Pew relève que les changements les plus profonds sont intervenus en Europe occidentale, notamment en France et en Allemagne, où la cote de confiance de Barack Obama est supérieure à celle du président français Nicolas Sarkozy et de la chancelière allemande Angela Merkel.
Les opinions favorables à l'égard des Etats-Unis sont passées de 42% en 2008 à 75% en France, de 31% à 64% en Allemagne, de 53% à 69% en Grande-Bretagne, et de 33% à 58% en Espagne. Elles enregistrent également une forte poussée dans d'autres pays, notamment en Inde (66% à 76%), Indonésie (37% à 63%), Japon (50% à 59%), Brésil (47% à 61%), Mexique (47% à 69%), et Nigeria (64% à 79%).
L'enquête relève toutefois la persistance d'une méfiance profonde chez les musulmans envers l'influence et les motivations des Etats-Unis. C'est notamment le cas en Turquie, où les opinions favorables à l'égard des Etats-Unis sont passées de 12% en 2008 à 14%; au Pakistan, où ce taux baisse de 19% à 16%; et dans les territoires palestiniens, où il s'établit à 15% contre 13% en 2007.
Dans ces zones, note le rapport, "l'animosité envers (les Etats-Unis) reste profonde". Les opinions favorables ont en revanche progressé modérément en Jordanie (19% à 25%) et en Egypte (22% à 27%), deux alliés de Washington.
Avec 63% d'opinions favorables, l'Indonésie, où Barack Obama a passé une partie de son enfance, fait figure de cas atypique dans le monde musulman, dont il est le pays le plus peuplé. Plus de 70% des sondés expriment également leur confiance dans le président américain, alors que ce chiffre n'était que de 23% pour George W. Bush en 2008. Les opinions favorables à l'égard des Etats-Unis sont également élevées au Kenya (90%), pays dont était originaire le père de M. Obama.
L'image des Etats-Unis, qui s'était fortement dégradée sous la présidence de George W. Bush, notamment après l'invasion de l'Irak en 2003, "s'est améliorée de façon notable dans la plupart des régions du monde, reflétant une confiance mondiale en Barack Obama", souligne le Centre dans son Rapport Pew sur les mentalités mondiales.
En revanche, en Israël, les opinions favorables envers les Etats-Unis ont baissé depuis que George W. Bush a quitté la Maison Blanche, s'établissant à 71%, contre 78% en 2007, selon l'étude.
Près de 27.000 personnes ont été interrogées pour cette enquête menée du 19 mai au 14 juin. La marge d'erreur est de trois à quatre points de pourcentage, sauf pour la Chine et l'Inde où elle est de deux points.
jeudi 23 juillet 2009
mercredi 22 juillet 2009
Barack Obama confronté aux premières critiques - Amériques - Le Monde.fr
Barack Obama confronté aux premières critiques - Amériques - Le Monde.fr
LE MONDE 22.07.09 13h32 • Mis à jour le 22.07.09 17h56
Washington Correspondante
Barack Obama reste populaire, mais le soutien à sa politique a diminué et les résultats se font attendre. Six mois après l'entrée en fonctions du président, les sondages montrent que l'euphorie des cent premiers jours a fait place aux critiques. Certains disent que Barack Obama va "trop vite" ou qu'il s'est attaqué à "trop de réformes" en même temps. Que ce soit sur la scène intérieure ou internationale, le président américain n'a pas réussi pour l'instant à dépasser les résistances et imposer son agenda.
Selon un sondage Washington Post - ABC News, 59 % des Américains continuent d'approuver la manière dont le président conduit son action. Un chiffre que beaucoup d'autres trouveraient confortable, mais qui est en baisse de 6 points en un mois. Plus d'un Américain sur deux (56 %) continue à avoir confiance dans le programme économique de M. Obama. Mais la baisse est notable : ils étaient 72 % en janvier.
L'automne sera déterminant, prédit James Carville, l'ancien conseiller de Bill Clinton. "On est dans la deuxième mi-temps, il a un point de retard mais il a gardé son meilleur joueur en réserve", résume-t-il.
Les Américains sont déçus par les résultats du plan de relance de 787 milliards de dollars (554,2 milliards d'euros) adopté dans l'urgence en février, mais qui n'a pas permis jusqu'à présent d'enrayer la hausse du chômage (10,1 % à la fin de l'année selon les prévisions de la Maison Blanche). Ils s'inquiètent de l'ampleur des dépenses publiques. Seuls 43 % approuvent la manière dont M. Obama gère le déficit budgétaire (moins 5 points en un mois) tandis que 61 % désapprouvent l'idée d'un nouveau plan de relance. C'est surtout le soutien des indépendants qui s'est dérobé. L'électorat américain a porté les démocrates au pouvoir mais il reste traditionnellement hostile à l'intervention de l'Etat.
L'évolution de l'opinion a forcé le président à programmer une demi-douzaine d'interviews et déplacements, ainsi qu'une conférence de presse en prime time, mercredi 22 juillet, pour rappeler, selon son directeur de cabinet, Rahm Emanuel, "tout ce qu'il a accompli en six mois".
La réforme du système d'assurance médicale. Barack Obama a mis en demeure chacune des chambres du Congrès d'adopter un plan avant les vacances parlementaires du 7 août. Les républicains cherchent, eux, à rééditer leur performance de 1992, lorsqu'ils avaient fait échouer la réforme du président Bill Clinton. L'enjeu dépasse le seul projet de loi. "Si nous arrivons à arrêter Obama là-dessus, cela sera son Waterloo. Il sera cassé", a déclaré le sénateur de Caroline du Sud Jim DeMint à une coalition antiréforme. Pour M. Obama, il en va de son "aptitude à gouverner", comme le disait il y a quelques semaines son conseiller David Axelrod. L'industrie pharmaceutique, les hôpitaux privés et les compagnies d'assurances, opposés à une couverture généralisée, ont déversé des millions de dollars aux lobbyistes pour bloquer le projet.
Le réchauffement climatique. Barack Obama a remporté une victoire non négligeable en faisant voter fin juin le projet de loi à la Chambre. Mais les sénateurs ne veulent pas entendre parler de limitation des émissions tant que les pays en développement ne s'engagent pas aussi. L'administration tente de convaincre ces pays. Steven Chu, le ministre de l'énergie, était en Chine. Hillary Clinton se trouve en Inde. Malgré ses efforts, la secrétaire d'Etat a essuyé une rebuffade. "L'Inde n'est pas en position de prendre des engagements contraignants", a expliqué le ministre de l'environnement.
Le Proche-Orient. Alors que le négociateur George Mitchell repart en tournée, la diplomatie Obama bute sur le refus de Benyamin Nétanyahou de geler les colonies. Le 27 juillet, c'est Robert Gates, le secrétaire à la défense, qui est envoyé en mission à Tel Aviv. Les spécialistes se demandent pourquoi Obama s'est focalisé sur ce gel, un sujet difficile pour tout gouvernement israélien. Le président américain n'a pas non plus obtenu de geste de l'Arabie saoudite lors de sa visite à Riyad début juin. Les Saoudiens considèrent qu'il devrait vite présenter un plan de paix, plutôt que de réclamer des gestes de chaque côté. Les pays arabes, présentés comme susceptibles d'offrir des concessions simultanées à Israël, ne bougent pas.
L'Iran. Téhéran n'a pas répondu à la main tendue de M. Obama, alors que la Maison Blanche n'a pas fermé la porte malgré la crise ouverte par la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad. Les "diplomates" iraniens détenus en Irak depuis janvier 2007 ont été libérés. La visite de M. Obama en Russie le 6 juillet n'a pas donné lieu à des engagements précis de Moscou sur des sanctions, affirme la presse, mais les Russes auraient donné leur accord sur la démarche : si les Iraniens n'ont pas fait de geste, les pays du G8 étudieront, lors du prochain grand rendez-vous diplomatique, le 24 septembre à Pittsburgh, le renvoi du dossier aux Nations unies pour un renforcement des sanctions.
M. Obama peut néanmoins se prévaloir d'avoir réussi à imposer sa volonté au Sénat, mardi 21 juillet, avec l'annulation de crédits pour l'achat d'avions de combat F22, un avion peu adapté auxconflits actuels. Le président avait menacé d'y opposer son veto, mais les élus des régions de production jugeaient plus important de sauvegarder l'emploi que de faire des économies. "C'est une grande victoire pour le contribuable", a réagi le républicain John McCain. Et une victoire précieuse pour le président Obama.
Corine Lesnes
LE MONDE 22.07.09 13h32 • Mis à jour le 22.07.09 17h56
Washington Correspondante
Barack Obama reste populaire, mais le soutien à sa politique a diminué et les résultats se font attendre. Six mois après l'entrée en fonctions du président, les sondages montrent que l'euphorie des cent premiers jours a fait place aux critiques. Certains disent que Barack Obama va "trop vite" ou qu'il s'est attaqué à "trop de réformes" en même temps. Que ce soit sur la scène intérieure ou internationale, le président américain n'a pas réussi pour l'instant à dépasser les résistances et imposer son agenda.
Selon un sondage Washington Post - ABC News, 59 % des Américains continuent d'approuver la manière dont le président conduit son action. Un chiffre que beaucoup d'autres trouveraient confortable, mais qui est en baisse de 6 points en un mois. Plus d'un Américain sur deux (56 %) continue à avoir confiance dans le programme économique de M. Obama. Mais la baisse est notable : ils étaient 72 % en janvier.
L'automne sera déterminant, prédit James Carville, l'ancien conseiller de Bill Clinton. "On est dans la deuxième mi-temps, il a un point de retard mais il a gardé son meilleur joueur en réserve", résume-t-il.
Les Américains sont déçus par les résultats du plan de relance de 787 milliards de dollars (554,2 milliards d'euros) adopté dans l'urgence en février, mais qui n'a pas permis jusqu'à présent d'enrayer la hausse du chômage (10,1 % à la fin de l'année selon les prévisions de la Maison Blanche). Ils s'inquiètent de l'ampleur des dépenses publiques. Seuls 43 % approuvent la manière dont M. Obama gère le déficit budgétaire (moins 5 points en un mois) tandis que 61 % désapprouvent l'idée d'un nouveau plan de relance. C'est surtout le soutien des indépendants qui s'est dérobé. L'électorat américain a porté les démocrates au pouvoir mais il reste traditionnellement hostile à l'intervention de l'Etat.
L'évolution de l'opinion a forcé le président à programmer une demi-douzaine d'interviews et déplacements, ainsi qu'une conférence de presse en prime time, mercredi 22 juillet, pour rappeler, selon son directeur de cabinet, Rahm Emanuel, "tout ce qu'il a accompli en six mois".
La réforme du système d'assurance médicale. Barack Obama a mis en demeure chacune des chambres du Congrès d'adopter un plan avant les vacances parlementaires du 7 août. Les républicains cherchent, eux, à rééditer leur performance de 1992, lorsqu'ils avaient fait échouer la réforme du président Bill Clinton. L'enjeu dépasse le seul projet de loi. "Si nous arrivons à arrêter Obama là-dessus, cela sera son Waterloo. Il sera cassé", a déclaré le sénateur de Caroline du Sud Jim DeMint à une coalition antiréforme. Pour M. Obama, il en va de son "aptitude à gouverner", comme le disait il y a quelques semaines son conseiller David Axelrod. L'industrie pharmaceutique, les hôpitaux privés et les compagnies d'assurances, opposés à une couverture généralisée, ont déversé des millions de dollars aux lobbyistes pour bloquer le projet.
Le réchauffement climatique. Barack Obama a remporté une victoire non négligeable en faisant voter fin juin le projet de loi à la Chambre. Mais les sénateurs ne veulent pas entendre parler de limitation des émissions tant que les pays en développement ne s'engagent pas aussi. L'administration tente de convaincre ces pays. Steven Chu, le ministre de l'énergie, était en Chine. Hillary Clinton se trouve en Inde. Malgré ses efforts, la secrétaire d'Etat a essuyé une rebuffade. "L'Inde n'est pas en position de prendre des engagements contraignants", a expliqué le ministre de l'environnement.
Le Proche-Orient. Alors que le négociateur George Mitchell repart en tournée, la diplomatie Obama bute sur le refus de Benyamin Nétanyahou de geler les colonies. Le 27 juillet, c'est Robert Gates, le secrétaire à la défense, qui est envoyé en mission à Tel Aviv. Les spécialistes se demandent pourquoi Obama s'est focalisé sur ce gel, un sujet difficile pour tout gouvernement israélien. Le président américain n'a pas non plus obtenu de geste de l'Arabie saoudite lors de sa visite à Riyad début juin. Les Saoudiens considèrent qu'il devrait vite présenter un plan de paix, plutôt que de réclamer des gestes de chaque côté. Les pays arabes, présentés comme susceptibles d'offrir des concessions simultanées à Israël, ne bougent pas.
L'Iran. Téhéran n'a pas répondu à la main tendue de M. Obama, alors que la Maison Blanche n'a pas fermé la porte malgré la crise ouverte par la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad. Les "diplomates" iraniens détenus en Irak depuis janvier 2007 ont été libérés. La visite de M. Obama en Russie le 6 juillet n'a pas donné lieu à des engagements précis de Moscou sur des sanctions, affirme la presse, mais les Russes auraient donné leur accord sur la démarche : si les Iraniens n'ont pas fait de geste, les pays du G8 étudieront, lors du prochain grand rendez-vous diplomatique, le 24 septembre à Pittsburgh, le renvoi du dossier aux Nations unies pour un renforcement des sanctions.
M. Obama peut néanmoins se prévaloir d'avoir réussi à imposer sa volonté au Sénat, mardi 21 juillet, avec l'annulation de crédits pour l'achat d'avions de combat F22, un avion peu adapté auxconflits actuels. Le président avait menacé d'y opposer son veto, mais les élus des régions de production jugeaient plus important de sauvegarder l'emploi que de faire des économies. "C'est une grande victoire pour le contribuable", a réagi le républicain John McCain. Et une victoire précieuse pour le président Obama.
Corine Lesnes
Obama confirme ses origines françaises auprès des Mormons
The Canadian Press: Obama confirme ses origines françaises auprès des Mormons
Le président Barack Obama a reçu le leader de l'église mormone lundi à la Maison Blanche, une occasion de confirmer ses origines européennes.
Thomas Monson a apporté avec lui un registre indiquant notamment que Barack Obama et l'ancien vice-président Dick Cheney avait des ancêtres communs. Ils sont cousins au huitième degré.
Barack Obama descend d'un Mareen Duvall. Ce fils de huguenot français avait épousé la petite fille d'un Richard Cheney, arrivé d'Angleterre au Maryland en 1650.
Les Mormons ont constitué une base généalogique mondiale.
Le président Barack Obama a reçu le leader de l'église mormone lundi à la Maison Blanche, une occasion de confirmer ses origines européennes.
Thomas Monson a apporté avec lui un registre indiquant notamment que Barack Obama et l'ancien vice-président Dick Cheney avait des ancêtres communs. Ils sont cousins au huitième degré.
Barack Obama descend d'un Mareen Duvall. Ce fils de huguenot français avait épousé la petite fille d'un Richard Cheney, arrivé d'Angleterre au Maryland en 1650.
Les Mormons ont constitué une base généalogique mondiale.
mardi 21 juillet 2009
Obama : «les Afro-Américains doivent se prendre en main»
Le Figaro - International : Obama : «les Afro-Américains doivent se prendre en main»
Nul autre que Barack Obama n'aurait pu adresser un message aussi direct à la communauté noire : «Pas d'excuses !» Jeudi soir, à l'occasion du centième anniversaire de la principale organisation pour l'égalité raciale, la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), le président américain a retrouvé le ton de ses meetings de campagne pour évoquer le combat contre la discrimination et appeler à «une nouvelle mentalité».
«Je comprends que certains soient tentés de penser que la discrimination n'est plus un problème en 2009, a déclaré le président américain, et je crois qu'il n'y a jamais eu aussi peu de discriminations en Amérique que maintenant. Mais ne vous y trompez pas : la douleur de la discrimination est encore ressentie aujourd'hui.» Le premier Noir à occuper la Maison-Blanche n'ignore pas les défis auxquels est confrontée la communauté afro-américaine. Mais il appelle chacun à «prendre en main sa destinée».
«Nous avons besoin d'une nouvelle mentalité, de nouvelles attitudes, dit-il, parce que le legs le plus durable de la discrimination est la façon dont nous avons intériorisé un sens des limites et le fait que tant d'individus, au sein de notre communauté, attendent si peu du monde et d'eux-mêmes.»
Le gouvernement peut agir pour créer plus d'égalité, mais Barack Obama, mêlant à l'occasion l'anecdote autobiographique sur son éducation, retrouve le ton du prêcheur pour dire : «Nous devons aussi nous saisir de notre propre destin.»
Priorité à l'éducation
D'emblée, il élargit le propos, notant que les discriminations touchent les Noirs, mais aussi les Latinos, les musulmans, les gays, un état de fait inacceptable à ses yeux. Il inventorie l'action de son gouvernement pour démanteler les barrières des «inégalités structurelles» héritées du passé, une tâche rendue plus difficile par la situation actuelle d'une économie «construite non sur un roc, mais sur du sable». Dans l'action engagée depuis son arrivée à la Maison-Blanche, il dégage quelques points forts : les programmes pour sauvegarder l'emploi à court terme, les réformes engagées de l'assurance-maladie et de la politique énergétique. Mais surtout, il parle d'éducation.
«Même si on fait tout ce qu'il faut, la communauté afro-américaine sera à la traîne de la société, et les États-Unis à la traîne dans le monde, si nous n'éduquons pas nos fils et nos filles bien mieux que nous ne le faisons actuellement», affirme le président. Il rappelle que des combats historiques pour les droits civiques ont justement porté sur l'éducation : la cause de Linda Brown, qui a donné son nom à l'arrêt de la Cour suprême ayant mis fin à la ségrégation dans les écoles en 1954 ; celle des «Little Rock Nine», les neuf élèves de Little Rock, en Arkansas, qui ont défié un gouverneur et une foule hostiles pour bénéficier de cette égalité en 1957.
Or, plus d'un demi-siècle plus tard, l'éducation reste très inégalitaire. Ce n'est pas un «problème afro-américain, c'est un problème américain», dit Barack Obama. Il détaille l'action gouvernementale, relativement modeste, vu l'organisation du système éducatif qui fait la part belle aux pouvoirs locaux : ceux-ci seront incités à être compétitifs en matière de résultats scolaires, subsides à l'appui. Et il évoque la visite récente d'un curieux trio venu plaider la cause de l'éducation à la Maison-Blanche : Al Sharpton, flamboyant militant des droits civiques, Mike Bloomberg, le maire de New York, qui a imposé une obligation de résultats aux établissements scolaires de sa ville, et Newt Gingrich, l'ancien président républicain de la Chambre des représentants, héraut de la révolution conservatrice de 1994. Si ces trois hommes aux opinions si diverses sont d'accord pour dire qu'il y a urgence, Barack Obama pense que tout le monde peut en convenir.
» DOSSIER SPECIAL - L'Amérique d'Obama
Nul autre que Barack Obama n'aurait pu adresser un message aussi direct à la communauté noire : «Pas d'excuses !» Jeudi soir, à l'occasion du centième anniversaire de la principale organisation pour l'égalité raciale, la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), le président américain a retrouvé le ton de ses meetings de campagne pour évoquer le combat contre la discrimination et appeler à «une nouvelle mentalité».
«Je comprends que certains soient tentés de penser que la discrimination n'est plus un problème en 2009, a déclaré le président américain, et je crois qu'il n'y a jamais eu aussi peu de discriminations en Amérique que maintenant. Mais ne vous y trompez pas : la douleur de la discrimination est encore ressentie aujourd'hui.» Le premier Noir à occuper la Maison-Blanche n'ignore pas les défis auxquels est confrontée la communauté afro-américaine. Mais il appelle chacun à «prendre en main sa destinée».
«Nous avons besoin d'une nouvelle mentalité, de nouvelles attitudes, dit-il, parce que le legs le plus durable de la discrimination est la façon dont nous avons intériorisé un sens des limites et le fait que tant d'individus, au sein de notre communauté, attendent si peu du monde et d'eux-mêmes.»
Le gouvernement peut agir pour créer plus d'égalité, mais Barack Obama, mêlant à l'occasion l'anecdote autobiographique sur son éducation, retrouve le ton du prêcheur pour dire : «Nous devons aussi nous saisir de notre propre destin.»
Priorité à l'éducation
D'emblée, il élargit le propos, notant que les discriminations touchent les Noirs, mais aussi les Latinos, les musulmans, les gays, un état de fait inacceptable à ses yeux. Il inventorie l'action de son gouvernement pour démanteler les barrières des «inégalités structurelles» héritées du passé, une tâche rendue plus difficile par la situation actuelle d'une économie «construite non sur un roc, mais sur du sable». Dans l'action engagée depuis son arrivée à la Maison-Blanche, il dégage quelques points forts : les programmes pour sauvegarder l'emploi à court terme, les réformes engagées de l'assurance-maladie et de la politique énergétique. Mais surtout, il parle d'éducation.
«Même si on fait tout ce qu'il faut, la communauté afro-américaine sera à la traîne de la société, et les États-Unis à la traîne dans le monde, si nous n'éduquons pas nos fils et nos filles bien mieux que nous ne le faisons actuellement», affirme le président. Il rappelle que des combats historiques pour les droits civiques ont justement porté sur l'éducation : la cause de Linda Brown, qui a donné son nom à l'arrêt de la Cour suprême ayant mis fin à la ségrégation dans les écoles en 1954 ; celle des «Little Rock Nine», les neuf élèves de Little Rock, en Arkansas, qui ont défié un gouverneur et une foule hostiles pour bénéficier de cette égalité en 1957.
Or, plus d'un demi-siècle plus tard, l'éducation reste très inégalitaire. Ce n'est pas un «problème afro-américain, c'est un problème américain», dit Barack Obama. Il détaille l'action gouvernementale, relativement modeste, vu l'organisation du système éducatif qui fait la part belle aux pouvoirs locaux : ceux-ci seront incités à être compétitifs en matière de résultats scolaires, subsides à l'appui. Et il évoque la visite récente d'un curieux trio venu plaider la cause de l'éducation à la Maison-Blanche : Al Sharpton, flamboyant militant des droits civiques, Mike Bloomberg, le maire de New York, qui a imposé une obligation de résultats aux établissements scolaires de sa ville, et Newt Gingrich, l'ancien président républicain de la Chambre des représentants, héraut de la révolution conservatrice de 1994. Si ces trois hommes aux opinions si diverses sont d'accord pour dire qu'il y a urgence, Barack Obama pense que tout le monde peut en convenir.
» DOSSIER SPECIAL - L'Amérique d'Obama
lundi 20 juillet 2009
Obama aux Noirs: «Pas d’excuses!»
Obama aux Noirs: «Pas d’excuses!»
Obama aux Noirs: «Pas d’excuses!» par Richard Hétu
Barack Obama a prononcé un véritable sermon hier soir devant les membres de la NAACP, la célèbre organisation de défense des droits civiques qui célèbre cette semaine à New York son centennaire. Empruntant parfois le ton passionné d’un preacher, il a exhorté l’Amérique noire à adopter une «nouvelle mentalité». Je cite deux extraits :
«Nous avons besoin d’une nouvelle mentalité, de nouvelles attitudes car l’un des héritages les plus destructeurs et les plus durables de la discrimination est la manière dont nous avons intériorisé le sens des limites, la manière dont tant d’entre nous en sont venus à attendre si peu d’eux-mêmes.»
«Votre destinée est en entre vos propres mains, et ne l’oubliez jamais. C’est ce que nous devons apprendre à nos enfants! Pas d’excuses! Pas d’excuses!»
On trouve ici une analyse du discours du président signée par un chroniqueur noir du Daily News et ci-dessous un clip de l’allocution qui a duré près de 45 minutes :
Barack Obama a prononcé un véritable sermon hier soir devant les membres de la NAACP, la célèbre organisation de défense des droits civiques qui célèbre cette semaine à New York son centennaire. Empruntant parfois le ton passionné d’un preacher, il a exhorté l’Amérique noire à adopter une «nouvelle mentalité». Je cite deux extraits :
«Nous avons besoin d’une nouvelle mentalité, de nouvelles attitudes car l’un des héritages les plus destructeurs et les plus durables de la discrimination est la manière dont nous avons intériorisé le sens des limites, la manière dont tant d’entre nous en sont venus à attendre si peu d’eux-mêmes.»
«Votre destinée est en entre vos propres mains, et ne l’oubliez jamais. C’est ce que nous devons apprendre à nos enfants! Pas d’excuses! Pas d’excuses!»
On trouve ici une analyse du discours du président signée par un chroniqueur noir du Daily News et ci-dessous un clip de l’allocution qui a duré près de 45 minutes :
Décès de Cronkite: les Etats-Unis ont "perdu une icône" (Obama) - Le Monde.fr
Décès de Cronkite: les Etats-Unis ont "perdu une icône" (Obama) - Le Monde.fr
Les Etats-Unis ont "perdu une icône", a déclaré vendredi le président américain Barack Obama, saluant la mémoire du journaliste américain de légende Walter Cronkite.
Walter Cronkite, pionnier américain de la télévision, est décédé vendredi à l'âge de 92 ans, a rapporté la chaîne CBS, où il avait passé l'essentiel de sa carrière."Pendant des décennies, Walter Cronkite a été la voix qui inpirait le plus confiance en Amérique", a déclaré le président américain dans un communiqué diffusé par la Maison Blanche.
"Sa chaude voix de baryton entrait dans des millions de salons chaque soir, et dans une industrie des icônes, Walter a défini les standards à l'aune desquels tous les autres sont jugés", a-t-il estimé.
Présentateur du journal du soir sur CBS de 1962 à 1981, Walter Cronkite avait été associé aux plus grandes pages d'Histoire de la deuxième moitié du XXe siècle aux Etats-Unis, de la guerre du Vietnam à l'assassinat du président Kennedy, aux premiers pas sur la Lune ou encore au scandale du Watergate.
Walter Cronkite "était là pendant les guerres et les émeutes, les marches et les moments importants, nous racontant calmement ce que nous devions savoir", a poursuivi le président.
"Ce pays a perdu une icône et un ami cher, il nous manquera vraiment", a-t-il conclu.
Les Etats-Unis ont "perdu une icône", a déclaré vendredi le président américain Barack Obama, saluant la mémoire du journaliste américain de légende Walter Cronkite.
Walter Cronkite, pionnier américain de la télévision, est décédé vendredi à l'âge de 92 ans, a rapporté la chaîne CBS, où il avait passé l'essentiel de sa carrière."Pendant des décennies, Walter Cronkite a été la voix qui inpirait le plus confiance en Amérique", a déclaré le président américain dans un communiqué diffusé par la Maison Blanche.
"Sa chaude voix de baryton entrait dans des millions de salons chaque soir, et dans une industrie des icônes, Walter a défini les standards à l'aune desquels tous les autres sont jugés", a-t-il estimé.
Présentateur du journal du soir sur CBS de 1962 à 1981, Walter Cronkite avait été associé aux plus grandes pages d'Histoire de la deuxième moitié du XXe siècle aux Etats-Unis, de la guerre du Vietnam à l'assassinat du président Kennedy, aux premiers pas sur la Lune ou encore au scandale du Watergate.
Walter Cronkite "était là pendant les guerres et les émeutes, les marches et les moments importants, nous racontant calmement ce que nous devions savoir", a poursuivi le président.
"Ce pays a perdu une icône et un ami cher, il nous manquera vraiment", a-t-il conclu.
vendredi 17 juillet 2009
Obama : «les Afro-Américains doivent se prendre en main»
Le Figaro - International : Obama : «les Afro-Américains doivent se prendre en main»
Le président veut responsabiliser la communauté noire, tout en continuant à lutter contre les discriminations.
Nul autre que Barack Obama n'aurait pu adresser un message aussi direct à la communauté noire : «Pas d'excuses !» Jeudi soir, à l'occasion du centième anniversaire de la principale organisation pour l'égalité raciale, la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), le président américain a retrouvé le ton de ses meetings de campagne pour évoquer le combat contre la discrimination et appeler à «une nouvelle mentalité».
«Je comprends que certains soient tentés de penser que la discrimination n'est plus un problème en 2009, a déclaré le président américain, et je crois qu'il n'y a jamais eu aussi peu de discriminations en Amérique que maintenant. Mais ne vous y trompez pas : la douleur de la discrimination est encore ressentie aujourd'hui.» Le premier Noir à occuper la Maison-Blanche n'ignore pas les défis auxquels est confrontée la communauté afro-américaine. Mais il appelle chacun à «prendre en main sa destinée».
«Nous avons besoin d'une nouvelle mentalité, de nouvelles attitudes, dit-il, parce que le legs le plus durable de la discrimination est la façon dont nous avons intériorisé un sens des limites et le fait que tant d'individus, au sein de notre communauté, attendent si peu du monde et d'eux-mêmes.»
Le gouvernement peut agir pour créer plus d'égalité, mais Barack Obama, mêlant à l'occasion l'anecdote autobiographique sur son éducation, retrouve le ton du prêcheur pour dire : «Nous devons aussi nous saisir de notre propre destin.»
Priorité à l'éducation
D'emblée, il élargit le propos, notant que les discriminations touchent les Noirs, mais aussi les Latinos, les musulmans, les gays, un état de fait inacceptable à ses yeux. Il inventorie l'action de son gouvernement pour démanteler les barrières des «inégalités structurelles» héritées du passé, une tâche rendue plus difficile par la situation actuelle d'une économie «construite non sur un roc, mais sur du sable». Dans l'action engagée depuis son arrivée à la Maison-Blanche, il dégage quelques points forts : les programmes pour sauvegarder l'emploi à court terme, les réformes engagées de l'assurance-maladie et de la politique énergétique. Mais surtout, il parle d'éducation.
«Même si on fait tout ce qu'il faut, la communauté afro-américaine sera à la traîne de la société, et les États-Unis à la traîne dans le monde, si nous n'éduquons pas nos fils et nos filles bien mieux que nous ne le faisons actuellement», affirme le président. Il rappelle que des combats historiques pour les droits civiques ont justement porté sur l'éducation : la cause de Linda Brown, qui a donné son nom à l'arrêt de la Cour suprême ayant mis fin à la ségrégation dans les écoles en 1954 ; celle des «Little Rock Nine», les neuf élèves de Little Rock, en Arkansas, qui ont défié un gouverneur et une foule hostiles pour bénéficier de cette égalité en 1957.
Or, plus d'un demi-siècle plus tard, l'éducation reste très inégalitaire. Ce n'est pas un «problème afro-américain, c'est un problème américain», dit Barack Obama. Il détaille l'action gouvernementale, relativement modeste, vu l'organisation du système éducatif qui fait la part belle aux pouvoirs locaux : ceux-ci seront incités à être compétitifs en matière de résultats scolaires, subsides à l'appui. Et il évoque la visite récente d'un curieux trio venu plaider la cause de l'éducation à la Maison-Blanche : Al Sharpton, flamboyant militant des droits civiques, Mike Bloomberg, le maire de New York, qui a imposé une obligation de résultats aux établissements scolaires de sa ville, et Newt Gingrich, l'ancien président républicain de la Chambre des représentants, héraut de la révolution conservatrice de 1994. Si ces trois hommes aux opinions si diverses sont d'accord pour dire qu'il y a urgence, Barack Obama pense que tout le monde peut en convenir.
» DOSSIER SPECIAL - L'Amérique d'Obama
Le président veut responsabiliser la communauté noire, tout en continuant à lutter contre les discriminations.
Nul autre que Barack Obama n'aurait pu adresser un message aussi direct à la communauté noire : «Pas d'excuses !» Jeudi soir, à l'occasion du centième anniversaire de la principale organisation pour l'égalité raciale, la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), le président américain a retrouvé le ton de ses meetings de campagne pour évoquer le combat contre la discrimination et appeler à «une nouvelle mentalité».«Je comprends que certains soient tentés de penser que la discrimination n'est plus un problème en 2009, a déclaré le président américain, et je crois qu'il n'y a jamais eu aussi peu de discriminations en Amérique que maintenant. Mais ne vous y trompez pas : la douleur de la discrimination est encore ressentie aujourd'hui.» Le premier Noir à occuper la Maison-Blanche n'ignore pas les défis auxquels est confrontée la communauté afro-américaine. Mais il appelle chacun à «prendre en main sa destinée».
«Nous avons besoin d'une nouvelle mentalité, de nouvelles attitudes, dit-il, parce que le legs le plus durable de la discrimination est la façon dont nous avons intériorisé un sens des limites et le fait que tant d'individus, au sein de notre communauté, attendent si peu du monde et d'eux-mêmes.»
Le gouvernement peut agir pour créer plus d'égalité, mais Barack Obama, mêlant à l'occasion l'anecdote autobiographique sur son éducation, retrouve le ton du prêcheur pour dire : «Nous devons aussi nous saisir de notre propre destin.»
Priorité à l'éducation
D'emblée, il élargit le propos, notant que les discriminations touchent les Noirs, mais aussi les Latinos, les musulmans, les gays, un état de fait inacceptable à ses yeux. Il inventorie l'action de son gouvernement pour démanteler les barrières des «inégalités structurelles» héritées du passé, une tâche rendue plus difficile par la situation actuelle d'une économie «construite non sur un roc, mais sur du sable». Dans l'action engagée depuis son arrivée à la Maison-Blanche, il dégage quelques points forts : les programmes pour sauvegarder l'emploi à court terme, les réformes engagées de l'assurance-maladie et de la politique énergétique. Mais surtout, il parle d'éducation.
«Même si on fait tout ce qu'il faut, la communauté afro-américaine sera à la traîne de la société, et les États-Unis à la traîne dans le monde, si nous n'éduquons pas nos fils et nos filles bien mieux que nous ne le faisons actuellement», affirme le président. Il rappelle que des combats historiques pour les droits civiques ont justement porté sur l'éducation : la cause de Linda Brown, qui a donné son nom à l'arrêt de la Cour suprême ayant mis fin à la ségrégation dans les écoles en 1954 ; celle des «Little Rock Nine», les neuf élèves de Little Rock, en Arkansas, qui ont défié un gouverneur et une foule hostiles pour bénéficier de cette égalité en 1957.
Or, plus d'un demi-siècle plus tard, l'éducation reste très inégalitaire. Ce n'est pas un «problème afro-américain, c'est un problème américain», dit Barack Obama. Il détaille l'action gouvernementale, relativement modeste, vu l'organisation du système éducatif qui fait la part belle aux pouvoirs locaux : ceux-ci seront incités à être compétitifs en matière de résultats scolaires, subsides à l'appui. Et il évoque la visite récente d'un curieux trio venu plaider la cause de l'éducation à la Maison-Blanche : Al Sharpton, flamboyant militant des droits civiques, Mike Bloomberg, le maire de New York, qui a imposé une obligation de résultats aux établissements scolaires de sa ville, et Newt Gingrich, l'ancien président républicain de la Chambre des représentants, héraut de la révolution conservatrice de 1994. Si ces trois hommes aux opinions si diverses sont d'accord pour dire qu'il y a urgence, Barack Obama pense que tout le monde peut en convenir.
» DOSSIER SPECIAL - L'Amérique d'Obama
Le "Yes We Can" d'Obama pour les Afroaméricains
Le "Yes We Can" d'Obama pour les Afroaméricains : Jeuneafrique.com
L'association américaine qui lutte pour l'avancement des gens de couleurs (NAACP) vient de fêter ses 100 ans de lutte. Et il reste tant à faire. Pour l'occasion, Barack Obama a prononcé un discours dans lequel il a prêché pour un changement des mentalités, appelant les Noirs américains à prendre en mains leur destin. A son image.
A l'occasion du 100ème anniversaire de la NAACP (l'Association Nationale pour l'Avancement des Gens de Couleurs) cette semaine, le président américain a prononcé un discours plein d'espoir et d'encouragements.
Résolument optimiste, le premier président noir des Etats-Unis a exhorté tous les Afroaméricains à utter par eux-mêmes contre la ségrégation et les inégalités raciales, en misant sur l'éducation.
"Et pourtant, alors que nous célébrons les merveilleuses réussites de ces 100 dernières années (...) nous savons que trop de barrières sont toujours là" a-t-il dit souligné à l'intention des pionniers de la lutte pour les droits civiques.
Les jeunes Noirs ont "cinq fois plus de risques que les enfants blancs de voir l'intérieur d'une prison" tandis que le virus du sida "fait des ravages dans la communauté afro-américaine avec une force disproportionnée", a-t-il encore ajouté.
Responsabilité
Insistant sur la notion de responsabilité, que chacun devait prendre pour améliorer son avenir, le président américain a réclamé l'avènement d'une nouvelle mentalité.
Prenant son exemple et celui de son épouse Michelle, il a appelé chacun à faire des sacrifices pour avoir accès au savoir et pour donner les meilleures chances aux générations futures. "Je veux qu'ils aient envie de devenir médecins ou enseignants, pas seulement rappeurs ou basketteurs" a ainsi lancé l'hôte de la Maison Blanche. Et d'ajouter: "Je veux que tous les Barack Obama et que toutes les Michelle Obama de ce pays aient les mêmes possibilités, celles que ma mère m'a données, celles que mon éducation m'a données, celles que les Etats-Unis m'ont données".
Un "Yes We Can" remis au goût du jour, et dédié cette fois, à l'immense communauté de "gens de couleurs" qui vivent en Amérique.
L'association américaine qui lutte pour l'avancement des gens de couleurs (NAACP) vient de fêter ses 100 ans de lutte. Et il reste tant à faire. Pour l'occasion, Barack Obama a prononcé un discours dans lequel il a prêché pour un changement des mentalités, appelant les Noirs américains à prendre en mains leur destin. A son image.
A l'occasion du 100ème anniversaire de la NAACP (l'Association Nationale pour l'Avancement des Gens de Couleurs) cette semaine, le président américain a prononcé un discours plein d'espoir et d'encouragements.
Résolument optimiste, le premier président noir des Etats-Unis a exhorté tous les Afroaméricains à utter par eux-mêmes contre la ségrégation et les inégalités raciales, en misant sur l'éducation.
"Et pourtant, alors que nous célébrons les merveilleuses réussites de ces 100 dernières années (...) nous savons que trop de barrières sont toujours là" a-t-il dit souligné à l'intention des pionniers de la lutte pour les droits civiques.
Les jeunes Noirs ont "cinq fois plus de risques que les enfants blancs de voir l'intérieur d'une prison" tandis que le virus du sida "fait des ravages dans la communauté afro-américaine avec une force disproportionnée", a-t-il encore ajouté.
Responsabilité
Insistant sur la notion de responsabilité, que chacun devait prendre pour améliorer son avenir, le président américain a réclamé l'avènement d'une nouvelle mentalité.
Prenant son exemple et celui de son épouse Michelle, il a appelé chacun à faire des sacrifices pour avoir accès au savoir et pour donner les meilleures chances aux générations futures. "Je veux qu'ils aient envie de devenir médecins ou enseignants, pas seulement rappeurs ou basketteurs" a ainsi lancé l'hôte de la Maison Blanche. Et d'ajouter: "Je veux que tous les Barack Obama et que toutes les Michelle Obama de ce pays aient les mêmes possibilités, celles que ma mère m'a données, celles que mon éducation m'a données, celles que les Etats-Unis m'ont données".
Un "Yes We Can" remis au goût du jour, et dédié cette fois, à l'immense communauté de "gens de couleurs" qui vivent en Amérique.
"Orgueil et préjugés"
Dans Newsweek : "Orgueil et préjugés"- Information NouvelObs.com
Les latinos célèbrent un événement que les critiques du Juge Sonia Sotomayor ont du mal à comprendre.
Un jour, il n’y aura plus de barrières à abattre, plus de "grandes premières" à célébrer pour les anciens outsiders de la société. Mais ce jour n’est pas encore arrivé. En conséquence, alors que Sonia Sotomayor ambitionne de devenir la première juge d’origine latino à la Cour Suprème, bien souvent le visage de ses partisans affiche un mélange de gratitude et d’incrédulité. Des personnalités d’ordinaire plutôt coriaces, comme le représentant de New York Jose Serrano, ont été vues en larme. Quand je l’ai rencontré, à l’occasion des auditions de confirmation de Sotomayor, Serrano m’a expliqué que la mère de Sotomayor lui rappelait ses propres parents, leurs sacrifices et leur détermination à le voir faire quelque chose de sa vie.D’autres ont également été touchés. "Avec Barack Obama comme président et Sonia Sotomayor comme candidat à la Cour Suprème, j’assiste à quelque chose que je n’aurais jamais crû voir… Je ne sais pas ce que cela signifie exactement, mais j’aime à penser que c’est flatteur pour l’Amérique", a déclaré Margarita Rosa, directrice exécutive de l’organisation caritative new-yorkaise Grand Street Settlement et qui est entré à Princeton deux ans avant SotomayorJuanita Hernandez, avocat pour la SEC (Securities and Exchange Commission), qui sort d’Harvard, a indiqué qu’elle "priait pour une Latina". Sotomayor est "un rêve devenu réalité pour tout immigrant", ajoute Hernandez, dont les parents sont nés au Mexique. "Nous n’avons jamais eu de Latina comme celle-ci" s’exclamait Jenny Rivera, professeur à la faculté de droit de CUNY.Les sénateurs se sont montrés bien plus modérés. De fait, certains ont semblé hésiter entre congratuler, ou condamner Sotomayor. Les membres de la minorité Républicaine ont plusieurs fois cité ce qui est devenu le discours le plus connu jamais prononcé par une Latina. Que veut-elle dire, se demandent-ils, quand elle déclare qu’une "femme latina de bon sens" est à même de prendre de meilleures décisions que des hommes blancs ?Sotomayor a fait acte de contrition. Ses mots, a-t-elle dit, étaient destinés à inspirer les jeunes femmes latinas. Elle voulait les aider à voir la façon dont "leurs vies et leurs expériences pouvaient enrichir le système judiciaire". Elle voulait les aider à croire "qu’elles pouvaient devenir ce qu’elles voulaient devenir". Et d’expliquer encore et encore qu’elle ne pense pas qu’un groupe ethnique ou un sexe détient le monopole de la sagesse.C’est insuffisant pour le sénateur Lindsay Graham de Caroline du Sud : "Si j’avais déclaré quoi que ce soit de ce genre, et que je me sois justifié en déclarant vouloir inspirer les gens, ma tête serait au bout d’un piquet", proteste-t-il. Et, s’il avait osé suggérer qu’il ferait un meilleur sénateur "du fait de mon expérience d’homme blanc… On en aurait parlé – et très justement — partout dans la presse", a-t-il ajouté.Graham a raison. Mais ce qu’il a choisi de passer sous silence, c’est qu’il n’y a pas si longtemps, l’Amérique croyait exactement ce qu’il admet aujourd’hui comme étant ridicule : que seuls les hommes blancs (et, à l’occasion, une femme blanche, de préférence la veuve d’un sénateur mort durant son mandat) pouvaient être sénateurs. Sotomayor et Graham sont tous deux nés dans ce monde. Et aussi curieux que cela puisse paraître, ils sont également nés dans un pays qui n’a jamais vu que des hommes blancs siéger à la Cour Suprème.Pour quelqu’un comme Graham, la frénésie qui entoure le succès de Sotomayor peut être difficile à comprendre — comme elle l’est pour d’autres, qui n’ont jamais été contraints de se sentir citoyens de deuxième classe, ou qui n’ont jamais douté que l’Amérique leur ouvrirait ses bras, à eux ou leurs enfants.Comme l’a souligné Sotomayor dans son discours de 2003 aujourd’hui fameux, elle est née en 1954, l’année où Brown v. Board of Education, célèbre arrêt de la cour suprême qui mit officiellement fin à la ségrégation dans les écoles publiques américaines, fut rendu. La Caroline du Sud, l’état de Graham, fut à l’origine de l’affaire Briggs v. Elliott, premier d’une série groupée sous l’étiquette Brown. Briggs fut provoqué par la ségrégation à Clarendon, une région dont les écoles fonctionnent encore aujourd’hui de facto sous le régime de la ségrégation.Ce ne fut qu’en 1967, quelque 13 ans après la naissance de Sotomayor, que le président Lyndon Johnson a nommé Thurgood Marshall, qui est devenu le premier homme de couleur à la Cour Suprème. Il a fallu attendre 1981 pour voir entrer à la cour Sandra Day O’Connor, la première femme à y siéger.Le discours aujourd’hui fameux de Sotomayor peut être approché de plusieurs façons. C’était en partie une leçon d’histoire, en partie un rappel de l’importance de l’expérience, et une affirmation du fait qu’en Amérique, les expériences des femmes et des gens de couleur sont, d’une certaine façon, très différentes de celles des hommes blancs. Son crime aura été de suggérer que ces expériences pouvaient avoir quelque chose à voir avec le rendu de la justice.Mais cette remarque (quelle que soit l’inélégance avec laquelle Sotomayor a pu l’exprimer) n’a rien d’extraordinaire. Il est impossible d’imaginer, par exemple, qu’une cour qui aurait admis des noirs dans ses rangs ne décide que la ségrégation raciale était appropriée, comme l’a jugé la Cour Suprème dans Plessy v. Ferguson (de la décision de 1896 confirmant la doctrine "séparé mais égaux" qui ne fut annulée que plus d’un demi-siècle plus tard par Brown v. Board). Pas plus qu’il n’est possible d’imaginer une cour avec des juges Japonais-Américains autorisant le gouvernement à interner plus de 100 000 personnes d’origine japonaises (comme le fit la Cour Suprème avec Korematsu v. the United States en 1944 — un fait pour lequel le Congrès aura attendu 1988 pour présenter ses excuses). Les hommes blancs (certains d’entre eux, du moins) ont tendance, avance Sotomayor, à juger que l’objectivité est égale à la somme de leurs partis pris. Nous devons d’abord prendre conscience de ces partis pris avant d’être en mesure de les dépasser.Dieu merci, nous ne vivons plus dans un pays ou les préjugés et les partis pris gouvernent le corps judiciaire. Et nous pouvons avec raison le célébrer. Notre transformation constitue effectivement un portrait flatteur de l’Amérique d’aujourd’hui, et de la puissance au bout du compte transcendante des idéaux qui l’ont fondée. Mais les larmes des partisans de Sotomayor, et ses paroles (aujourd’hui ravalées) nous rappellent que nous vivons encore le processus de dépassement de ce passé douloureux. Nous n’avons pas encore atteint le moment où l’on pourra estimer en toute simplicité, comme c’est apparemment le cas pour Graham, que le sexe, la classe et l’origine ethnique peuvent être totalement dissociés de la façon dont nous vivons et nous interprétons notre existence.Une juge devrait avoir suffisamment de sagesse pour le comprendre.
Par Ellis Cose
Traduction française de David Korn
> Lire la version américaine de l'article
Les latinos célèbrent un événement que les critiques du Juge Sonia Sotomayor ont du mal à comprendre.
Un jour, il n’y aura plus de barrières à abattre, plus de "grandes premières" à célébrer pour les anciens outsiders de la société. Mais ce jour n’est pas encore arrivé. En conséquence, alors que Sonia Sotomayor ambitionne de devenir la première juge d’origine latino à la Cour Suprème, bien souvent le visage de ses partisans affiche un mélange de gratitude et d’incrédulité. Des personnalités d’ordinaire plutôt coriaces, comme le représentant de New York Jose Serrano, ont été vues en larme. Quand je l’ai rencontré, à l’occasion des auditions de confirmation de Sotomayor, Serrano m’a expliqué que la mère de Sotomayor lui rappelait ses propres parents, leurs sacrifices et leur détermination à le voir faire quelque chose de sa vie.D’autres ont également été touchés. "Avec Barack Obama comme président et Sonia Sotomayor comme candidat à la Cour Suprème, j’assiste à quelque chose que je n’aurais jamais crû voir… Je ne sais pas ce que cela signifie exactement, mais j’aime à penser que c’est flatteur pour l’Amérique", a déclaré Margarita Rosa, directrice exécutive de l’organisation caritative new-yorkaise Grand Street Settlement et qui est entré à Princeton deux ans avant SotomayorJuanita Hernandez, avocat pour la SEC (Securities and Exchange Commission), qui sort d’Harvard, a indiqué qu’elle "priait pour une Latina". Sotomayor est "un rêve devenu réalité pour tout immigrant", ajoute Hernandez, dont les parents sont nés au Mexique. "Nous n’avons jamais eu de Latina comme celle-ci" s’exclamait Jenny Rivera, professeur à la faculté de droit de CUNY.Les sénateurs se sont montrés bien plus modérés. De fait, certains ont semblé hésiter entre congratuler, ou condamner Sotomayor. Les membres de la minorité Républicaine ont plusieurs fois cité ce qui est devenu le discours le plus connu jamais prononcé par une Latina. Que veut-elle dire, se demandent-ils, quand elle déclare qu’une "femme latina de bon sens" est à même de prendre de meilleures décisions que des hommes blancs ?Sotomayor a fait acte de contrition. Ses mots, a-t-elle dit, étaient destinés à inspirer les jeunes femmes latinas. Elle voulait les aider à voir la façon dont "leurs vies et leurs expériences pouvaient enrichir le système judiciaire". Elle voulait les aider à croire "qu’elles pouvaient devenir ce qu’elles voulaient devenir". Et d’expliquer encore et encore qu’elle ne pense pas qu’un groupe ethnique ou un sexe détient le monopole de la sagesse.C’est insuffisant pour le sénateur Lindsay Graham de Caroline du Sud : "Si j’avais déclaré quoi que ce soit de ce genre, et que je me sois justifié en déclarant vouloir inspirer les gens, ma tête serait au bout d’un piquet", proteste-t-il. Et, s’il avait osé suggérer qu’il ferait un meilleur sénateur "du fait de mon expérience d’homme blanc… On en aurait parlé – et très justement — partout dans la presse", a-t-il ajouté.Graham a raison. Mais ce qu’il a choisi de passer sous silence, c’est qu’il n’y a pas si longtemps, l’Amérique croyait exactement ce qu’il admet aujourd’hui comme étant ridicule : que seuls les hommes blancs (et, à l’occasion, une femme blanche, de préférence la veuve d’un sénateur mort durant son mandat) pouvaient être sénateurs. Sotomayor et Graham sont tous deux nés dans ce monde. Et aussi curieux que cela puisse paraître, ils sont également nés dans un pays qui n’a jamais vu que des hommes blancs siéger à la Cour Suprème.Pour quelqu’un comme Graham, la frénésie qui entoure le succès de Sotomayor peut être difficile à comprendre — comme elle l’est pour d’autres, qui n’ont jamais été contraints de se sentir citoyens de deuxième classe, ou qui n’ont jamais douté que l’Amérique leur ouvrirait ses bras, à eux ou leurs enfants.Comme l’a souligné Sotomayor dans son discours de 2003 aujourd’hui fameux, elle est née en 1954, l’année où Brown v. Board of Education, célèbre arrêt de la cour suprême qui mit officiellement fin à la ségrégation dans les écoles publiques américaines, fut rendu. La Caroline du Sud, l’état de Graham, fut à l’origine de l’affaire Briggs v. Elliott, premier d’une série groupée sous l’étiquette Brown. Briggs fut provoqué par la ségrégation à Clarendon, une région dont les écoles fonctionnent encore aujourd’hui de facto sous le régime de la ségrégation.Ce ne fut qu’en 1967, quelque 13 ans après la naissance de Sotomayor, que le président Lyndon Johnson a nommé Thurgood Marshall, qui est devenu le premier homme de couleur à la Cour Suprème. Il a fallu attendre 1981 pour voir entrer à la cour Sandra Day O’Connor, la première femme à y siéger.Le discours aujourd’hui fameux de Sotomayor peut être approché de plusieurs façons. C’était en partie une leçon d’histoire, en partie un rappel de l’importance de l’expérience, et une affirmation du fait qu’en Amérique, les expériences des femmes et des gens de couleur sont, d’une certaine façon, très différentes de celles des hommes blancs. Son crime aura été de suggérer que ces expériences pouvaient avoir quelque chose à voir avec le rendu de la justice.Mais cette remarque (quelle que soit l’inélégance avec laquelle Sotomayor a pu l’exprimer) n’a rien d’extraordinaire. Il est impossible d’imaginer, par exemple, qu’une cour qui aurait admis des noirs dans ses rangs ne décide que la ségrégation raciale était appropriée, comme l’a jugé la Cour Suprème dans Plessy v. Ferguson (de la décision de 1896 confirmant la doctrine "séparé mais égaux" qui ne fut annulée que plus d’un demi-siècle plus tard par Brown v. Board). Pas plus qu’il n’est possible d’imaginer une cour avec des juges Japonais-Américains autorisant le gouvernement à interner plus de 100 000 personnes d’origine japonaises (comme le fit la Cour Suprème avec Korematsu v. the United States en 1944 — un fait pour lequel le Congrès aura attendu 1988 pour présenter ses excuses). Les hommes blancs (certains d’entre eux, du moins) ont tendance, avance Sotomayor, à juger que l’objectivité est égale à la somme de leurs partis pris. Nous devons d’abord prendre conscience de ces partis pris avant d’être en mesure de les dépasser.Dieu merci, nous ne vivons plus dans un pays ou les préjugés et les partis pris gouvernent le corps judiciaire. Et nous pouvons avec raison le célébrer. Notre transformation constitue effectivement un portrait flatteur de l’Amérique d’aujourd’hui, et de la puissance au bout du compte transcendante des idéaux qui l’ont fondée. Mais les larmes des partisans de Sotomayor, et ses paroles (aujourd’hui ravalées) nous rappellent que nous vivons encore le processus de dépassement de ce passé douloureux. Nous n’avons pas encore atteint le moment où l’on pourra estimer en toute simplicité, comme c’est apparemment le cas pour Graham, que le sexe, la classe et l’origine ethnique peuvent être totalement dissociés de la façon dont nous vivons et nous interprétons notre existence.Une juge devrait avoir suffisamment de sagesse pour le comprendre.
Par Ellis Cose
Traduction française de David Korn
> Lire la version américaine de l'article
Obama invite les afro-américains à privilégier l'éducation
Obama invite les afro-américains à privilégier l'éducation
Barack Obama s'est adressé jeudi à la communauté afro-américaine pour l'inviter à stimuler l'ambition de ses enfants. "Je veux qu'ils aient envie de devenir scientifiques ou ingénieurs, médecins ou enseignants, pas seulement basketteurs ou rappeurs", a souligné le premier président noir des Etats-Unis. "Il nous faut un nouvel état d'esprit, de nouvelles dispositions, parce que la façon dont nous avons intériorisé le sens des limites est l'un des héritages les plus durables et les plus dommageables de la discrimination.
"Comment autant de gens au sein de notre communauté peuvent-ils attendre si peu d'eux-mêmes?", s'est-il interrogé dans un discours prononcé à New York à l'occasion du centenaire de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People, l'Association nationale pour l'avancement des personnes de couleur).
"Nous avons besoin du même engagement, du même sens de l'urgence, du même sens du sacrifice pour surmonter les obstacles d'aujourd'hui", a poursuivi le président, évoquant les militants de la doyenne des organisations de défense des droits civiques qui se sont attaqués il y a cinquante ans à la ségrégation.
"PAS SEULEMENT BASKETTEURS OU RAPPEURS"
L'éducation est la clé d'un avenir meilleur, a assuré Barack Obama, selon qui les parents se doivent de forcer leurs enfants à renoncer à leurs consoles de jeux, à se coucher à des heures raisonnables et à rêver d'autre chose que des stars du basket et du rap.
"Nos enfants ne peuvent pas tous vouloir devenir le prochain LeBron (James) ou Lyl Wayne. Je veux qu'ils aient envie de devenir scientifiques ou ingénieurs, médecins ou enseignants, pas seulement basketteurs ou rappeurs. Je veux qu'ils aient envie de siéger à la Cour suprême. Je veux qu'ils aient envie de devenir président des Etats-Unis."
Sa propre vie, a-t-il expliqué, aurait pu prendre une tout autre tournure si sa mère ne l'avait pas stimulé.
"Cette mère m'a donné l'amour. Elle m'a poussé et a pris mon éducation à coeur. Elle m'a appris à distinguer le bien du mal. Grâce à elle, j'ai pu tirer le meilleur de mes capacités. J'ai pu profiter de mes opportunités. J'ai pu profiter au mieux de la vie", a ajouté Obama.
Barack Obama s'est adressé jeudi à la communauté afro-américaine pour l'inviter à stimuler l'ambition de ses enfants. "Je veux qu'ils aient envie de devenir scientifiques ou ingénieurs, médecins ou enseignants, pas seulement basketteurs ou rappeurs", a souligné le premier président noir des Etats-Unis. "Il nous faut un nouvel état d'esprit, de nouvelles dispositions, parce que la façon dont nous avons intériorisé le sens des limites est l'un des héritages les plus durables et les plus dommageables de la discrimination.
"Comment autant de gens au sein de notre communauté peuvent-ils attendre si peu d'eux-mêmes?", s'est-il interrogé dans un discours prononcé à New York à l'occasion du centenaire de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People, l'Association nationale pour l'avancement des personnes de couleur).
"Nous avons besoin du même engagement, du même sens de l'urgence, du même sens du sacrifice pour surmonter les obstacles d'aujourd'hui", a poursuivi le président, évoquant les militants de la doyenne des organisations de défense des droits civiques qui se sont attaqués il y a cinquante ans à la ségrégation.
"PAS SEULEMENT BASKETTEURS OU RAPPEURS"
L'éducation est la clé d'un avenir meilleur, a assuré Barack Obama, selon qui les parents se doivent de forcer leurs enfants à renoncer à leurs consoles de jeux, à se coucher à des heures raisonnables et à rêver d'autre chose que des stars du basket et du rap.
"Nos enfants ne peuvent pas tous vouloir devenir le prochain LeBron (James) ou Lyl Wayne. Je veux qu'ils aient envie de devenir scientifiques ou ingénieurs, médecins ou enseignants, pas seulement basketteurs ou rappeurs. Je veux qu'ils aient envie de siéger à la Cour suprême. Je veux qu'ils aient envie de devenir président des Etats-Unis."
Sa propre vie, a-t-il expliqué, aurait pu prendre une tout autre tournure si sa mère ne l'avait pas stimulé.
"Cette mère m'a donné l'amour. Elle m'a poussé et a pris mon éducation à coeur. Elle m'a appris à distinguer le bien du mal. Grâce à elle, j'ai pu tirer le meilleur de mes capacités. J'ai pu profiter de mes opportunités. J'ai pu profiter au mieux de la vie", a ajouté Obama.
Barack Obama prône une "nouvelle mentalité" en sermonnant les Afro-Américains
Barack Obama prône une "nouvelle mentalité" en sermonnant les Afro-Américains - Amériques - Le Monde.fr
Jeudi était journée black à la Maison Blanche. Avant d'aller faire un discours à New York devant le congrès de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), l'association historique de défense des droits civiques, Barack Obama a nommé une Afro-Américaine à la tête de la commission contre la discrimination dans l'emploi. Et il a emmené 7 journalistes noirs dans l'avion présidentiel. Il a évoqué avec eux un incident qui a été mis sur le compte du racisme, à Philadelphie. "Si les gens pensent qu'il n'y a plus de racisme parce j'ai été élu, ils se trompent", a-t-il estimé.
L'objectif de la Maison Blanche est de dissiper le léger malentendu qui s'est installé entre une partie de la communauté noire et le premier président black des Etats-Unis. Les associations lui reprochent de ne pas vouloir reconnaître la spécificité des problèmes des Afro-Américains (selon le Center for American Progress, le taux de chômage est de 20 %, soit le double du reste de la population). M. Obama répond qu'en tentant de sauver l'économie, il travaille pour tous les Américains, et en particulier pour les plus déshérités.
"La meilleure chose que je puisse faire pour la communauté africaine-américaine ou latino ou asiatique, ou toute communauté que ce soit, c'est de relancer l'économie", disait-il il y a quelques semaines.
Devant la NAACP, qui fêtait, jeudi 16 juillet, son centenaire, le président a évoqué l'emploi, la prison, la santé. Il y a moins de discrimination aujourd'hui aux Etats-Unis qu'il n'y en a jamais eu, a-t-il dit. Mais "ne vous y trompez pas, a-t-il nuancé, la douleur de la discrimination est encore ressentie en Amérique". Les jeunes Noirs ont "cinq fois plus de risques que les enfants blancs de voir l'intérieur d'une prison". Et le sida frappe la communauté africaine-américaine avec "une force disproportionnée".
D'AUTRES MODÈLES
Mais M. Obama a aussi tenu le langage de la responsabilité individuelle. Dans ce que le New York Times a appelé un "sermon", le président a appelé les parents à mettre de côté les Nintendo et autres Xbox, à mettre les enfants au lit "à une heure raisonnable" et à leur inculquer que grandir dans la pauvreté n'est "pas une excuse" à de mauvais résultats scolaires. Autre recommandation : leur donner d'autres modèles que les champions de basket ou de rap.
"Nous avons besoin d'une nouvelle mentalité, de nouvelles attitudes, a-t-il plaidé. L'un des héritages les plus destructeurs et les plus durables de la discrimination est la manière dont nous avons intériorisé le sens des limites, la manière dont tant d'entre nous en sont venus à attendre si peu."
Corine Lesnes (Washington, correspondante)
Jeudi était journée black à la Maison Blanche. Avant d'aller faire un discours à New York devant le congrès de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), l'association historique de défense des droits civiques, Barack Obama a nommé une Afro-Américaine à la tête de la commission contre la discrimination dans l'emploi. Et il a emmené 7 journalistes noirs dans l'avion présidentiel. Il a évoqué avec eux un incident qui a été mis sur le compte du racisme, à Philadelphie. "Si les gens pensent qu'il n'y a plus de racisme parce j'ai été élu, ils se trompent", a-t-il estimé.
L'objectif de la Maison Blanche est de dissiper le léger malentendu qui s'est installé entre une partie de la communauté noire et le premier président black des Etats-Unis. Les associations lui reprochent de ne pas vouloir reconnaître la spécificité des problèmes des Afro-Américains (selon le Center for American Progress, le taux de chômage est de 20 %, soit le double du reste de la population). M. Obama répond qu'en tentant de sauver l'économie, il travaille pour tous les Américains, et en particulier pour les plus déshérités.
"La meilleure chose que je puisse faire pour la communauté africaine-américaine ou latino ou asiatique, ou toute communauté que ce soit, c'est de relancer l'économie", disait-il il y a quelques semaines.
Devant la NAACP, qui fêtait, jeudi 16 juillet, son centenaire, le président a évoqué l'emploi, la prison, la santé. Il y a moins de discrimination aujourd'hui aux Etats-Unis qu'il n'y en a jamais eu, a-t-il dit. Mais "ne vous y trompez pas, a-t-il nuancé, la douleur de la discrimination est encore ressentie en Amérique". Les jeunes Noirs ont "cinq fois plus de risques que les enfants blancs de voir l'intérieur d'une prison". Et le sida frappe la communauté africaine-américaine avec "une force disproportionnée".
D'AUTRES MODÈLES
Mais M. Obama a aussi tenu le langage de la responsabilité individuelle. Dans ce que le New York Times a appelé un "sermon", le président a appelé les parents à mettre de côté les Nintendo et autres Xbox, à mettre les enfants au lit "à une heure raisonnable" et à leur inculquer que grandir dans la pauvreté n'est "pas une excuse" à de mauvais résultats scolaires. Autre recommandation : leur donner d'autres modèles que les champions de basket ou de rap.
"Nous avons besoin d'une nouvelle mentalité, de nouvelles attitudes, a-t-il plaidé. L'un des héritages les plus destructeurs et les plus durables de la discrimination est la manière dont nous avons intériorisé le sens des limites, la manière dont tant d'entre nous en sont venus à attendre si peu."
Corine Lesnes (Washington, correspondante)
jeudi 16 juillet 2009
L’Appel d’Accra, un espoir pour l’Afrique des gagneurs
Abidjan.net L’œil de la capitainerie : L’Appel d’Accra, un espoir pour l’Afrique des gagneurs
Barack Obama Hussein Junior, président des Etats Unis a foulé pour la première fois le continent noir en tant que dirigeant de la première puissance mondiale. Il était au Ghana, à Accra à environ 800 Km d’Abidjan. En temps normal, une escale en terre ivoirienne était possible. Mais la réalité est là, implacable. La Côte d’Ivoire se complaît dans le désordre et l’illégalité. Son Aéroport pourtant ultramoderne n’est toujours pas certifié selon les normes américaines. Venir investir ici est un gros risque tant les lendemains sont incertains. Obama le chouchou de la Presse africaine a été totalement ignoré des médias ivoiriens. Seul TV2 a tenté de sauver les meubles. L’Obamania a pris du plomb dans l’aile en Eburnie. Peut-être parce que le chef de l’exécutif américain n’a pas sa langue dans la poche. Depuis le pays de John Atta Mills, il a lancé l’appel d’Accra. Un message qui sonne le glas des républiques bananières où les gouvernants confondent les caisses de l’Etat avec leurs deniers personnels. Au Ghana modèle de démocratie, Obama tend la perche à l’Afrique des gagneurs. Une Afrique aux antipodes des conceptions autarciques mais plutôt résolument tournée vers le modernisme. Le sous développement de l’Afrique est d’abord intellectuel. Sinon comment comprendre que nous ayons les Bâtiments et Travaux Publics (LBTP) en Côte d’Ivoire nantis de moyens matériels performants, d’intelligences reconnues dans la sous région et que nous nous tournions vers l’extérieur. Arab contractor, une société égyptienne va construire pour 17 milliards le pont de Jacqueville. A-t-on d’abord pris attache avec des ingénieurs ivoiriens ? Prenons en main nous-mêmes notre propre destin avec le concours de l’extérieur. Evitons de verser dans un patriotisme de mauvais aloi et toujours voir les Occidentaux comme la source de nos malheurs. Le disque à ce niveau est vraiment rayé.A la prochaine traversée!Par N’da Jean Yves
Barack Obama Hussein Junior, président des Etats Unis a foulé pour la première fois le continent noir en tant que dirigeant de la première puissance mondiale. Il était au Ghana, à Accra à environ 800 Km d’Abidjan. En temps normal, une escale en terre ivoirienne était possible. Mais la réalité est là, implacable. La Côte d’Ivoire se complaît dans le désordre et l’illégalité. Son Aéroport pourtant ultramoderne n’est toujours pas certifié selon les normes américaines. Venir investir ici est un gros risque tant les lendemains sont incertains. Obama le chouchou de la Presse africaine a été totalement ignoré des médias ivoiriens. Seul TV2 a tenté de sauver les meubles. L’Obamania a pris du plomb dans l’aile en Eburnie. Peut-être parce que le chef de l’exécutif américain n’a pas sa langue dans la poche. Depuis le pays de John Atta Mills, il a lancé l’appel d’Accra. Un message qui sonne le glas des républiques bananières où les gouvernants confondent les caisses de l’Etat avec leurs deniers personnels. Au Ghana modèle de démocratie, Obama tend la perche à l’Afrique des gagneurs. Une Afrique aux antipodes des conceptions autarciques mais plutôt résolument tournée vers le modernisme. Le sous développement de l’Afrique est d’abord intellectuel. Sinon comment comprendre que nous ayons les Bâtiments et Travaux Publics (LBTP) en Côte d’Ivoire nantis de moyens matériels performants, d’intelligences reconnues dans la sous région et que nous nous tournions vers l’extérieur. Arab contractor, une société égyptienne va construire pour 17 milliards le pont de Jacqueville. A-t-on d’abord pris attache avec des ingénieurs ivoiriens ? Prenons en main nous-mêmes notre propre destin avec le concours de l’extérieur. Evitons de verser dans un patriotisme de mauvais aloi et toujours voir les Occidentaux comme la source de nos malheurs. Le disque à ce niveau est vraiment rayé.A la prochaine traversée!Par N’da Jean Yves
Pour le Monde, comparaison est souvent raison
Pour le Monde, comparaison est souvent raison
Philippe Cohen Mercredi 15 Juillet 2009
Dans un article sur la visite d'Obama au Ghana, le quotidien du soir oppose l'ouverture des États-Unis à l'immigration africaine au comportement français supposé plus frileux. Ça ne résiste guère à l'examen.
Henri Guaino, l’auteur du discours de Dakar, aurait-il un lointain cousin d’Amérique ? En tout cas, selon Philippe Bernard, journaliste du Monde, le discours de Barack Obama au Ghana rejoint sur beaucoup de points celui, fameux, de Dakar de Nicolas Sarkozy, et notamment sur l’idée que le colonialisme ne doit pas servir d’alibi aux Africains pour éviter la voie du développement et du progrès.Certes, Obama a évité la phrase qui a coûté cher à Nicolas Sarkozy et à son conseiller : « L'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire ». C’est parce qu’il est noir et perçu comme un descendant des Africains, affirme le journaliste du Monde, que Barack Obama a pu parler un langage de vérité. Jusque-là, pas grand-chose à dire. Mais, sans doute emporté par son enthousiasme obamaniaque, Bernard ajoute que « si le discours américain apparaît autrement plus crédible aux Africains que celui de la France, c'est d'abord parce que les États-Unis restent largement ouverts à l'immigration africaine ».Ah, la fine analyse ! Nos amis américains seraient donc plus « ouverts » et « accueillants » que nous en matière d’immigration. Une idée fausse, au moins à double titre. Au plan factuel d’abord. Si l’Amérique s’est en effet, depuis les années 1990, davantage ouverte à l’immigration africaine, 50 000 Africains seulement s’installent chaque année dans le pays, essentiellement des diplômés, ce qui pose d'ailleurs des problèmes de développement au continent noir : comme ne l'ignore pas Philippe Bernard, une immigration n'est pas bonne en soi, elle peut aussi, quand elle draine des cerveaux, des ingénieurs indiens par exemple, s'avérer dommageable au pays d'émigration. Mais admettons qu'il soit vertueux et généreux d'accueillir des Africains. En termes statistiques, il suffirait à la France, pays cinq fois moins peuplé que les États-Unis de recevoir dix mille Africains chaque année pour mériter le titre de pays plus « accueillant ». Or la France accueille chaque année environ 100 000 immigrés de toute l’Afrique (y compris le Maghreb), sans compter, bien entendu les immigrés clandestins en nombre assez important.Philippe Bernard est spécialisé dans les questions d’immigration depuis des années. Que ne s’est-il également spécialisé en géographie et en histoire ! La France, plus proche de l’Afrique, et dont les liens historiques avec ce continent sont par ailleurs puissants, accueille en toute logique un plus grand nombre d’Africains. Et en toute logique également, elle cherche à maîtriser ce flux pour qu’il n’aboutisse pas à la multiplication de ghettos dont le nombre ne cesse de s’accroître en milieu urbain.En revanche, l’Amérique est plus ouverte aux Africains qu’elle accueille surtout dans ses universités, en sachant que l'éloignement de l'Afrique limite forcément les candidats à l'émigration en Amérique. Le voyage et les filières d’immigration n’ont aucun rapport, ainsi que l’installation, les Etats-unis n’ayant pas coutume d’octroyer un équivalent du RMI ou du RSA aux immigrants. Mais si l’Amérique encourage l’immigration d’Africains diplômés, elle cherche en permanence à freiner le flux de Mexicains qui cherchent à venir travailler sur son sol. Et les 3000 km de frontière entre le Mexique et les États-Unis font l’objet d’une surveillance de tous les instants.Qu'importe. Ce qui compte aux yeux de Philippe Bernard, c'est que la France continue de payer pour ses crimes coloniaux, qu'elle chasse de son esprit tout esprit « frontiériste ». Il est vrai que dans un monde de bisounours comme celui dans lequel nous évoluons, cela ne posera aucun problème...
Philippe Cohen Mercredi 15 Juillet 2009
Dans un article sur la visite d'Obama au Ghana, le quotidien du soir oppose l'ouverture des États-Unis à l'immigration africaine au comportement français supposé plus frileux. Ça ne résiste guère à l'examen.
Henri Guaino, l’auteur du discours de Dakar, aurait-il un lointain cousin d’Amérique ? En tout cas, selon Philippe Bernard, journaliste du Monde, le discours de Barack Obama au Ghana rejoint sur beaucoup de points celui, fameux, de Dakar de Nicolas Sarkozy, et notamment sur l’idée que le colonialisme ne doit pas servir d’alibi aux Africains pour éviter la voie du développement et du progrès.Certes, Obama a évité la phrase qui a coûté cher à Nicolas Sarkozy et à son conseiller : « L'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire ». C’est parce qu’il est noir et perçu comme un descendant des Africains, affirme le journaliste du Monde, que Barack Obama a pu parler un langage de vérité. Jusque-là, pas grand-chose à dire. Mais, sans doute emporté par son enthousiasme obamaniaque, Bernard ajoute que « si le discours américain apparaît autrement plus crédible aux Africains que celui de la France, c'est d'abord parce que les États-Unis restent largement ouverts à l'immigration africaine ».Ah, la fine analyse ! Nos amis américains seraient donc plus « ouverts » et « accueillants » que nous en matière d’immigration. Une idée fausse, au moins à double titre. Au plan factuel d’abord. Si l’Amérique s’est en effet, depuis les années 1990, davantage ouverte à l’immigration africaine, 50 000 Africains seulement s’installent chaque année dans le pays, essentiellement des diplômés, ce qui pose d'ailleurs des problèmes de développement au continent noir : comme ne l'ignore pas Philippe Bernard, une immigration n'est pas bonne en soi, elle peut aussi, quand elle draine des cerveaux, des ingénieurs indiens par exemple, s'avérer dommageable au pays d'émigration. Mais admettons qu'il soit vertueux et généreux d'accueillir des Africains. En termes statistiques, il suffirait à la France, pays cinq fois moins peuplé que les États-Unis de recevoir dix mille Africains chaque année pour mériter le titre de pays plus « accueillant ». Or la France accueille chaque année environ 100 000 immigrés de toute l’Afrique (y compris le Maghreb), sans compter, bien entendu les immigrés clandestins en nombre assez important.Philippe Bernard est spécialisé dans les questions d’immigration depuis des années. Que ne s’est-il également spécialisé en géographie et en histoire ! La France, plus proche de l’Afrique, et dont les liens historiques avec ce continent sont par ailleurs puissants, accueille en toute logique un plus grand nombre d’Africains. Et en toute logique également, elle cherche à maîtriser ce flux pour qu’il n’aboutisse pas à la multiplication de ghettos dont le nombre ne cesse de s’accroître en milieu urbain.En revanche, l’Amérique est plus ouverte aux Africains qu’elle accueille surtout dans ses universités, en sachant que l'éloignement de l'Afrique limite forcément les candidats à l'émigration en Amérique. Le voyage et les filières d’immigration n’ont aucun rapport, ainsi que l’installation, les Etats-unis n’ayant pas coutume d’octroyer un équivalent du RMI ou du RSA aux immigrants. Mais si l’Amérique encourage l’immigration d’Africains diplômés, elle cherche en permanence à freiner le flux de Mexicains qui cherchent à venir travailler sur son sol. Et les 3000 km de frontière entre le Mexique et les États-Unis font l’objet d’une surveillance de tous les instants.Qu'importe. Ce qui compte aux yeux de Philippe Bernard, c'est que la France continue de payer pour ses crimes coloniaux, qu'elle chasse de son esprit tout esprit « frontiériste ». Il est vrai que dans un monde de bisounours comme celui dans lequel nous évoluons, cela ne posera aucun problème...
Politiquement incorrect Sarkozy, Obama et nous
Politiquement incorrect Sarkozy, Obama et nous AbidjanTV.net ::: La Première Télévision en ligne sur la Côte d'Ivoire, l'Afrique et le Monde
« Je ne suis pas venu, jeunes d’Afrique, pour pleurer avec vous sur les malheurs de l’Afrique. » « Je ne suis pas venu, jeunes d’Afrique, pour m’apitoyer sur votre sort parce que votre sort est d’abord entre vos mains. » « La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique » « L’Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur. » C’est ce que Sarkozy nous avait dit à Dakar. Il a eu droit à nos injures. C’est à peu près ce qu’Obama nous a dit à Accra. Nous le portons aux nues. Cherchez l’erreur. Eh bien, la différence est que le pays de Sarkozy nous a colonisés et donne aujourd’hui gîte et couvert à nos intellectuels, alors que celui d’Obama n’a fait que vider notre continent de ses bras valides et peu de nos intellectuels y vivent. Et puis, Obama est le fils de l’un des nôtres et il a réussi dans ce grand pays qu’est les Etats-Unis. Nous sommes convaincus que c’est nous qui l’avons élu président et quand il nous parle, c’est comme si c’est notre président qui nous parle. Quand Sarkozy nous parle, nous y voyons forcément de la condescendance. Un ancien colon est toujours condescendant. Il est temps que les Français le sachent une bonne fois pour toutes, afin d’éviter tout futur malentendu inutilement fâcheux : lorsque l’on prend sur soi d’aller coloniser des gens qui ne vous ont rien demandé, des gens qui étaient tranquillement couchés sous leurs cocotiers, à regarder le soleil se lever et se coucher en attendant que la noix de coco tombe toute seule, il faut s’attendre à devoir désormais cueillir pour eux cette noix de coco. Et en s’excusant s’il vous plaît. C’est comme ça chez nous. Et nous ne passerons pas par pertes et profits tous les coups de pieds au cul reçus par nos parents, leur sang versé dans un pays où ils se les gelaient pour une cause à laquelle ils ne comprenaient rien, les cacahuètes qu’on leur a donné comme pension. Non, nous n’oublierons pas. Et tant que Sarkozy ne se sera pas excusé ou ne nous aura pas donné de cadeaux, nous le bouderons toujours et continuerons de dire que la colonisation est la source de tous nos malheurs, des constitutions que nous modifions, de nos guerres pour le pouvoir, de nos budgets de souveraineté faramineux, des escadrons de la mort, des fils pas forcément compétents ou plus démocrates qui remplacent les pères au pouvoir, de notre corruption endémique. Ségolène Royal, qui n’est pas née au Sénégal pour rien, sait que chez nous les excuses et les petits cadeaux font les grandes amitiés. Elle nous a donc apporté un camion frigorifique et nous a présenté ses excuses. Pour ce que ses ancêtres nous ont fait, et même pour ce que Sarkozy a dit. Et en échange nous lui avons offert un joli boubou brodé. Honte à tous ceux qui se sont moqué de Ségolène qui est désormais notre parente. Nous sommes toujours prêts à offrir des boubous, des tam-tams, des cornes de gazelle, tous nos minerais, nos bois, nos ports, notre électricité, nos sociétés d’Etat, nos femmes, à qui peut, tout en nous présentant ses excuses pour l’esclavage et la colonisation, nous donner en échange un camion frigorifique, une broyeuse de manioc, des paires de lunettes, une Mercedes (climatisée avec GPS s’il vous plaît !), une grosse maison, meublée avec du « chinetoc » ( les trucs brillants que les Chinois nous vendent et qui ne sont ni beaux ni solides,) et un peu de fric pour que nos maîtresses aillent faire leurs courses de fin d’année à Paris, et pourquoi pas, un ou deux hôtels particuliers dans le 16ème à Paris (pour un terminal à conteneurs par exemple.) C’est comme cela, nos relations avec la France. Tant qu’elle nous donnera des cadeaux sous forme de coopération (pour nous les deux mots sont synonymes) d’appuis budgétaires, de prêts, nous dira les mots que nous aimons entendre, à savoir, « vous êtes beaux », « vous avez le rythme dans la peau et vous dansez vachement bien », « nous avons vraiment été salauds avec vous, mais nous sommes désormais des frères », « nous verrons comment alléger votre dette et accroître notre aide », nous serons totalement en phase avec elle. C’est pour cela que nous n’avions pas beaucoup aimé Jospin qui ne nous donnait aucun cadeau et avait dit en gros qu’il allait nous laisser nous débrouiller comme des grands. Qui lui avait dit que nous étions devenus grands ? Obama, lui, nous dit qu’il nous aidera, mais à condition que nous nous comportions comme des gens sérieux. Ça va être dur, avec nos dirigeants actuels, mais on peut toujours rêver. On peut rêver que Mamadou Tandja renonce à vouloir se maintenir au pouvoir au Niger, que notre président bien-aimé ne soutienne plus les assassins de la FESCI qui ont détruit notre système éducatif, qu’il arrête de rigoler et se penche enfin sur les problèmes qui sont en train de tuer son pays, qu’Abdoulaye Wade renonce à imposer son fils aux Sénégalais, que Blaise Compaoré n’enquiquine plus ses voisins en soutenant leurs rebellions, que Dadis Camara se retire du pouvoir pour le laisser à plus compétent que lui, ce qui n’est pas difficile à trouver vu son niveau à lui, que Biya se retire enfin du pouvoir au Cameroun qu’il ne dirige même pas... on peut rêver. Mais je crois que le rêve le plus réaliste serait que nous, peuples africains, prenions nos responsabilités pour nous débarrasser des dirigeants actuels qui nous conduisent droit dans le mur. Notre destin est entre nos mains, a dit notre président Obama. Assumons-le. Nous avons dans tous nos pays des jeunes générations d’hommes brillants, intelligents et compétents qui veulent réellement faire avancer notre continent. Il y en a en Côte d’Ivoire. C’est à nous de les mettre au pouvoir. Mais si nous nous obstinons à vouloir confier encore notre pays à l’un des trois qui l’ont conduit au chaos, nous ne pourrons que nous en prendre à nous-mêmes. Et Obama et Sarkozy auront raison de nous dire que l’Occident n’a rien à voir avec la destruction de notre économie ni dans les guerres où des enfants sont enrôlés. Et ce ne sera pas en insultant Sarkozy ou n’importe quel président français que nous y changerions quelque chose.par Venance Konan, écrivain, journaliste Source : l'inter
« Je ne suis pas venu, jeunes d’Afrique, pour pleurer avec vous sur les malheurs de l’Afrique. » « Je ne suis pas venu, jeunes d’Afrique, pour m’apitoyer sur votre sort parce que votre sort est d’abord entre vos mains. » « La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique » « L’Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur. » C’est ce que Sarkozy nous avait dit à Dakar. Il a eu droit à nos injures. C’est à peu près ce qu’Obama nous a dit à Accra. Nous le portons aux nues. Cherchez l’erreur. Eh bien, la différence est que le pays de Sarkozy nous a colonisés et donne aujourd’hui gîte et couvert à nos intellectuels, alors que celui d’Obama n’a fait que vider notre continent de ses bras valides et peu de nos intellectuels y vivent. Et puis, Obama est le fils de l’un des nôtres et il a réussi dans ce grand pays qu’est les Etats-Unis. Nous sommes convaincus que c’est nous qui l’avons élu président et quand il nous parle, c’est comme si c’est notre président qui nous parle. Quand Sarkozy nous parle, nous y voyons forcément de la condescendance. Un ancien colon est toujours condescendant. Il est temps que les Français le sachent une bonne fois pour toutes, afin d’éviter tout futur malentendu inutilement fâcheux : lorsque l’on prend sur soi d’aller coloniser des gens qui ne vous ont rien demandé, des gens qui étaient tranquillement couchés sous leurs cocotiers, à regarder le soleil se lever et se coucher en attendant que la noix de coco tombe toute seule, il faut s’attendre à devoir désormais cueillir pour eux cette noix de coco. Et en s’excusant s’il vous plaît. C’est comme ça chez nous. Et nous ne passerons pas par pertes et profits tous les coups de pieds au cul reçus par nos parents, leur sang versé dans un pays où ils se les gelaient pour une cause à laquelle ils ne comprenaient rien, les cacahuètes qu’on leur a donné comme pension. Non, nous n’oublierons pas. Et tant que Sarkozy ne se sera pas excusé ou ne nous aura pas donné de cadeaux, nous le bouderons toujours et continuerons de dire que la colonisation est la source de tous nos malheurs, des constitutions que nous modifions, de nos guerres pour le pouvoir, de nos budgets de souveraineté faramineux, des escadrons de la mort, des fils pas forcément compétents ou plus démocrates qui remplacent les pères au pouvoir, de notre corruption endémique. Ségolène Royal, qui n’est pas née au Sénégal pour rien, sait que chez nous les excuses et les petits cadeaux font les grandes amitiés. Elle nous a donc apporté un camion frigorifique et nous a présenté ses excuses. Pour ce que ses ancêtres nous ont fait, et même pour ce que Sarkozy a dit. Et en échange nous lui avons offert un joli boubou brodé. Honte à tous ceux qui se sont moqué de Ségolène qui est désormais notre parente. Nous sommes toujours prêts à offrir des boubous, des tam-tams, des cornes de gazelle, tous nos minerais, nos bois, nos ports, notre électricité, nos sociétés d’Etat, nos femmes, à qui peut, tout en nous présentant ses excuses pour l’esclavage et la colonisation, nous donner en échange un camion frigorifique, une broyeuse de manioc, des paires de lunettes, une Mercedes (climatisée avec GPS s’il vous plaît !), une grosse maison, meublée avec du « chinetoc » ( les trucs brillants que les Chinois nous vendent et qui ne sont ni beaux ni solides,) et un peu de fric pour que nos maîtresses aillent faire leurs courses de fin d’année à Paris, et pourquoi pas, un ou deux hôtels particuliers dans le 16ème à Paris (pour un terminal à conteneurs par exemple.) C’est comme cela, nos relations avec la France. Tant qu’elle nous donnera des cadeaux sous forme de coopération (pour nous les deux mots sont synonymes) d’appuis budgétaires, de prêts, nous dira les mots que nous aimons entendre, à savoir, « vous êtes beaux », « vous avez le rythme dans la peau et vous dansez vachement bien », « nous avons vraiment été salauds avec vous, mais nous sommes désormais des frères », « nous verrons comment alléger votre dette et accroître notre aide », nous serons totalement en phase avec elle. C’est pour cela que nous n’avions pas beaucoup aimé Jospin qui ne nous donnait aucun cadeau et avait dit en gros qu’il allait nous laisser nous débrouiller comme des grands. Qui lui avait dit que nous étions devenus grands ? Obama, lui, nous dit qu’il nous aidera, mais à condition que nous nous comportions comme des gens sérieux. Ça va être dur, avec nos dirigeants actuels, mais on peut toujours rêver. On peut rêver que Mamadou Tandja renonce à vouloir se maintenir au pouvoir au Niger, que notre président bien-aimé ne soutienne plus les assassins de la FESCI qui ont détruit notre système éducatif, qu’il arrête de rigoler et se penche enfin sur les problèmes qui sont en train de tuer son pays, qu’Abdoulaye Wade renonce à imposer son fils aux Sénégalais, que Blaise Compaoré n’enquiquine plus ses voisins en soutenant leurs rebellions, que Dadis Camara se retire du pouvoir pour le laisser à plus compétent que lui, ce qui n’est pas difficile à trouver vu son niveau à lui, que Biya se retire enfin du pouvoir au Cameroun qu’il ne dirige même pas... on peut rêver. Mais je crois que le rêve le plus réaliste serait que nous, peuples africains, prenions nos responsabilités pour nous débarrasser des dirigeants actuels qui nous conduisent droit dans le mur. Notre destin est entre nos mains, a dit notre président Obama. Assumons-le. Nous avons dans tous nos pays des jeunes générations d’hommes brillants, intelligents et compétents qui veulent réellement faire avancer notre continent. Il y en a en Côte d’Ivoire. C’est à nous de les mettre au pouvoir. Mais si nous nous obstinons à vouloir confier encore notre pays à l’un des trois qui l’ont conduit au chaos, nous ne pourrons que nous en prendre à nous-mêmes. Et Obama et Sarkozy auront raison de nous dire que l’Occident n’a rien à voir avec la destruction de notre économie ni dans les guerres où des enfants sont enrôlés. Et ce ne sera pas en insultant Sarkozy ou n’importe quel président français que nous y changerions quelque chose.par Venance Konan, écrivain, journaliste Source : l'inter
Petites différences entre Sarko et « OBAMA »
Madagascar-Tribune.com Petites différences entre Sarko et « O »
mercredi 15 juillet 2009, par Patrick A.
On pourrait imaginer que Nicolas Sarkozy ne s’est pas intéressé aux échos de l’allocution de Barack Obama de Samedi dernier, tout occupé qu’il était en ce week-end à s’occuper de préparer les festivités du 14 juillet. Mais on ne croit pas à un tel scénario plus de quelques secondes, tellement le Président français semble hyperactif et préoccupé de son image comparée à celle des autres grands de ce monde.
Et l’ego de « Sarko » a dû souffrir. Car qu’a dit Obama ? Que l’Afrique devait cesser de chercher des boucs émissaires, qu’elle ne pouvait se contenter d’attribuer ses problèmes à la colonisation, car elle y avait une importante part de responsabilité, notamment sur les sujets de la corruption, du népotisme et du tribalisme. Que le sort de l’Afrique était essentiellement entre ses mains, et notamment celles de sa jeunesse. Et que les USA la soutiendront, si et seulement si cela conforte son engagement sur la bonne voie.
Message « direct et franc » comme on dit en langage diplomatique pour faire comprendre que les interlocuteurs ont exhibé leurs biceps. Et pourtant, message très largement acclamé sur le continent, alors qu’il y a deux ans, un message pourtant similaire délivré par Nicolas Sarkozy avait engendré une levée de boucliers.
Il faut dire que ce discours a été d’abord remarqué à cause d’une énormité qu’il contenait : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. »
« Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. »
« Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance. »
Autrement dit, en caricaturant à peine, « votre nature profonde est celle de doux rêveurs qui ne voulez rien changer ». Et comme ce morceau de bravoure intervenait après tout un passage sur la colonisation, certains n’ont pu s’empêcher de lire dans la pensée de Sarkozy et de son conseiller Henri Guaino : « heureusement qu’on est venu pour vous sortir de votre immobilité ».
Passé colonial mal assumé
Indubitablement, la France souffre encore en Afrique d’être une ancienne puissance coloniale. Obama a pu parler essentiellement d’avenir. Sarkozy, tout en se défendant de parler du passé, a quand même été obligé d’y consacrer une bonne partie de son discours.
Mais surtout, la France souffre de ne pas arriver, même au XXIe siècle, à complètement assumer son passé colonial. Si les USA ont la chance de n’avoir jamais prétendu avoir une mission salvatrice et civilisatrice en Afrique, ils n’ont pas non plus été tentés d’écrire, il y a à peine quelques années, une loi introduisant dans les programmes scolaires une sensibilisation aux cotés positifs de la colonisation. L’Amérique paraît aux yeux des Africains bien plus décomplexée que les puissances européennes : pendant que Nicolas Sarkozy n’a eu de cesse d’adjurer la France de sortir d’une attitude de repentance dans laquelle l’avait engagée Jacques Chirac, le Sénat des États-Unis a présenté le mois dernier, « au nom du peuple américain », des excuses pour l’esclavage et la ségrégation raciale envers les Noirs américains.
Le fait que Barack Obama ne soit pas perçu comme un insupportable donneur de leçon ne s’explique donc pas uniquement par le fait qu’il a les apparences d’un fils de l’Afrique et que les membres du Peace Corps sont prompts à apprendre la langue malgache, plutôt que de se contenter d’imaginer que tous leurs interlocuteurs baragouineront suffisamment l’anglais. Il tient surtout à toute une masse de non-dits entre l’Europe et l’Afrique qui restent à évacuer.
Et le Malgache de se dire, alors que le futur ambassadeur de France vante les vertus de la vérité et de la réconciliation, que sur certains chapitres de l’Histoire récente, celles-ci doivent encore passer.
Immigration subie
La France et l’Europe paient également au prix fort de ne plus être perçues comme des pays ouverts. Alors que les USA sont fiers de leur tradition de melting-pot et voient toujours en l’immigration une richesse [1], l’Europe devient une forteresse. Certes, les États-Unis régulent l’immigration sud-américaine, mais les guichets de l’immigration, perçue comme moyen d’introduire dans la société diversité et innovation, y restent largement ouverts.
Alors que Nicolas Sarkozy est l’instigateur d’un Ministère de l’immigration et de l’identité nationale et semble avoir choisi d’être le Président des centres de rétention et des charters vers le Mali [2], Barack Obama arrive, aux yeux d’une Afrique qui a le sentiment d’être le cousin pauvre qu’on hésite à inviter aux mariages, à être bien plus crédible pour dire : « je ne considère pas les pays et les peuples d’Afrique comme un monde à part ; je considère l’Afrique comme une partie fondamentale de notre monde interconnecté, comme un partenaire des États-Unis en faveur de l’avenir que nous souhaitons pour tous nos enfants. »
Notes
[1] Ce sont principalement les noirs américains qui ont relevé que Barack Obama était un fils d’émigré, et non pas un Africain Américain « de souche ». À noter qu’avec la Constitution malgache actuelle, une personne dans sa situation n’aurait même pas pu imaginer se présenter à nos élections présidentielles... Quant à obtenir des voix...
[2] Nicolas Sarkozy qui est resté dans l’âme ministre de l’intérieur, mais doit aussi rendre compte de la balance commerciale française, sait-il combien il est plus simple et plus agréable pour un malgache ou un malien de demander un visa pour New Delhi, Beijing, Bangkok que pour Paris ?
mercredi 15 juillet 2009, par Patrick A.
On pourrait imaginer que Nicolas Sarkozy ne s’est pas intéressé aux échos de l’allocution de Barack Obama de Samedi dernier, tout occupé qu’il était en ce week-end à s’occuper de préparer les festivités du 14 juillet. Mais on ne croit pas à un tel scénario plus de quelques secondes, tellement le Président français semble hyperactif et préoccupé de son image comparée à celle des autres grands de ce monde.
Et l’ego de « Sarko » a dû souffrir. Car qu’a dit Obama ? Que l’Afrique devait cesser de chercher des boucs émissaires, qu’elle ne pouvait se contenter d’attribuer ses problèmes à la colonisation, car elle y avait une importante part de responsabilité, notamment sur les sujets de la corruption, du népotisme et du tribalisme. Que le sort de l’Afrique était essentiellement entre ses mains, et notamment celles de sa jeunesse. Et que les USA la soutiendront, si et seulement si cela conforte son engagement sur la bonne voie.
Message « direct et franc » comme on dit en langage diplomatique pour faire comprendre que les interlocuteurs ont exhibé leurs biceps. Et pourtant, message très largement acclamé sur le continent, alors qu’il y a deux ans, un message pourtant similaire délivré par Nicolas Sarkozy avait engendré une levée de boucliers.
Il faut dire que ce discours a été d’abord remarqué à cause d’une énormité qu’il contenait : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. »
« Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. »
« Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance. »
Autrement dit, en caricaturant à peine, « votre nature profonde est celle de doux rêveurs qui ne voulez rien changer ». Et comme ce morceau de bravoure intervenait après tout un passage sur la colonisation, certains n’ont pu s’empêcher de lire dans la pensée de Sarkozy et de son conseiller Henri Guaino : « heureusement qu’on est venu pour vous sortir de votre immobilité ».
Passé colonial mal assumé
Indubitablement, la France souffre encore en Afrique d’être une ancienne puissance coloniale. Obama a pu parler essentiellement d’avenir. Sarkozy, tout en se défendant de parler du passé, a quand même été obligé d’y consacrer une bonne partie de son discours.
Mais surtout, la France souffre de ne pas arriver, même au XXIe siècle, à complètement assumer son passé colonial. Si les USA ont la chance de n’avoir jamais prétendu avoir une mission salvatrice et civilisatrice en Afrique, ils n’ont pas non plus été tentés d’écrire, il y a à peine quelques années, une loi introduisant dans les programmes scolaires une sensibilisation aux cotés positifs de la colonisation. L’Amérique paraît aux yeux des Africains bien plus décomplexée que les puissances européennes : pendant que Nicolas Sarkozy n’a eu de cesse d’adjurer la France de sortir d’une attitude de repentance dans laquelle l’avait engagée Jacques Chirac, le Sénat des États-Unis a présenté le mois dernier, « au nom du peuple américain », des excuses pour l’esclavage et la ségrégation raciale envers les Noirs américains.
Le fait que Barack Obama ne soit pas perçu comme un insupportable donneur de leçon ne s’explique donc pas uniquement par le fait qu’il a les apparences d’un fils de l’Afrique et que les membres du Peace Corps sont prompts à apprendre la langue malgache, plutôt que de se contenter d’imaginer que tous leurs interlocuteurs baragouineront suffisamment l’anglais. Il tient surtout à toute une masse de non-dits entre l’Europe et l’Afrique qui restent à évacuer.
Et le Malgache de se dire, alors que le futur ambassadeur de France vante les vertus de la vérité et de la réconciliation, que sur certains chapitres de l’Histoire récente, celles-ci doivent encore passer.
Immigration subie
La France et l’Europe paient également au prix fort de ne plus être perçues comme des pays ouverts. Alors que les USA sont fiers de leur tradition de melting-pot et voient toujours en l’immigration une richesse [1], l’Europe devient une forteresse. Certes, les États-Unis régulent l’immigration sud-américaine, mais les guichets de l’immigration, perçue comme moyen d’introduire dans la société diversité et innovation, y restent largement ouverts.
Alors que Nicolas Sarkozy est l’instigateur d’un Ministère de l’immigration et de l’identité nationale et semble avoir choisi d’être le Président des centres de rétention et des charters vers le Mali [2], Barack Obama arrive, aux yeux d’une Afrique qui a le sentiment d’être le cousin pauvre qu’on hésite à inviter aux mariages, à être bien plus crédible pour dire : « je ne considère pas les pays et les peuples d’Afrique comme un monde à part ; je considère l’Afrique comme une partie fondamentale de notre monde interconnecté, comme un partenaire des États-Unis en faveur de l’avenir que nous souhaitons pour tous nos enfants. »
Notes
[1] Ce sont principalement les noirs américains qui ont relevé que Barack Obama était un fils d’émigré, et non pas un Africain Américain « de souche ». À noter qu’avec la Constitution malgache actuelle, une personne dans sa situation n’aurait même pas pu imaginer se présenter à nos élections présidentielles... Quant à obtenir des voix...
[2] Nicolas Sarkozy qui est resté dans l’âme ministre de l’intérieur, mais doit aussi rendre compte de la balance commerciale française, sait-il combien il est plus simple et plus agréable pour un malgache ou un malien de demander un visa pour New Delhi, Beijing, Bangkok que pour Paris ?
La NAACP fête ses 100 ans avec Obama : Le blog de la diversité
La NAACP fête ses 100 ans avec Obama : Le blog de la diversité
La plus ancienne association américaine de droits civiques, la National Association for the Advancement of Coloured People(NAACP*) à 100 ans et accueille aujourd’hui à New York, deux invités prestigieux : Eric Holder (en photo) Ministre de la justice et premier noir-américain à ce poste ainsi que Barack Obama lui-même.Le président américain doit prononcer à cette occasion, un discours très attendu.Les liens que le CRAN entretient avec la NAACP sont étroits et j’ai déjà eu l’honneur d’accueillir 2 fois à Paris, le président de la NAACP.On pourrait se demander à quoi peut servir aujourd’hui une organisation née en 1909 et dont la mission est entre autres de « promouvoir l'égalité des droits et éradiquer les préjugés raciaux ou les préjugés de classe parmi les citoyens des Etats-Unis » alors qu’un Noir occupe la présidence et que le Ministre de la justice est noir.La réponse ? Elle est simple : Il y a à peine 5 jours, une piscine privée de la banlieue de Philadelphie a demandé à des enfants noirs et hispaniques de ne plus revenir. Des enfants disent avoir entendu des gens demander "ce que faisaient des gamins noirs dans la même piscine" que leurs enfants.Accepté à la Maison-Blanche, mais refusé dans une piscine ! Le rôle de vigie de la NAACP est donc plus que nécessaire 100 ans après sa création.On soupçonne de temps en temps au CRAN de vouloir américaniser la société française. Ce n’est pas vrai. L'objectif du CRAN n’est pas de durer 100 ans. Oui, nous regardons vers les Etats-Unis, mais c'est pour mieux appeler la France à être à la hauteur de ses valeurs. Ce que nous voulons ce n'est pas plus ou moins de République...c'est mieux de RépubliqueLe CRAN est une organisation qui souhaite sa propre disparition. Le jour où la discrimination à cause de la couleur de peau diminuera significativement en France, le CRAN n’aura plus de raison d’être.En attendant, bon centième anniversaire à la NAACP !
*Association pour l’avancement des personnes de couleur.
La présentation en Français de la NAACP sur Wikipedia est ici :http://fr.wikipedia.org/wiki/National_Association_for_the...
La plus ancienne association américaine de droits civiques, la National Association for the Advancement of Coloured People(NAACP*) à 100 ans et accueille aujourd’hui à New York, deux invités prestigieux : Eric Holder (en photo) Ministre de la justice et premier noir-américain à ce poste ainsi que Barack Obama lui-même.Le président américain doit prononcer à cette occasion, un discours très attendu.Les liens que le CRAN entretient avec la NAACP sont étroits et j’ai déjà eu l’honneur d’accueillir 2 fois à Paris, le président de la NAACP.On pourrait se demander à quoi peut servir aujourd’hui une organisation née en 1909 et dont la mission est entre autres de « promouvoir l'égalité des droits et éradiquer les préjugés raciaux ou les préjugés de classe parmi les citoyens des Etats-Unis » alors qu’un Noir occupe la présidence et que le Ministre de la justice est noir.La réponse ? Elle est simple : Il y a à peine 5 jours, une piscine privée de la banlieue de Philadelphie a demandé à des enfants noirs et hispaniques de ne plus revenir. Des enfants disent avoir entendu des gens demander "ce que faisaient des gamins noirs dans la même piscine" que leurs enfants.Accepté à la Maison-Blanche, mais refusé dans une piscine ! Le rôle de vigie de la NAACP est donc plus que nécessaire 100 ans après sa création.On soupçonne de temps en temps au CRAN de vouloir américaniser la société française. Ce n’est pas vrai. L'objectif du CRAN n’est pas de durer 100 ans. Oui, nous regardons vers les Etats-Unis, mais c'est pour mieux appeler la France à être à la hauteur de ses valeurs. Ce que nous voulons ce n'est pas plus ou moins de République...c'est mieux de RépubliqueLe CRAN est une organisation qui souhaite sa propre disparition. Le jour où la discrimination à cause de la couleur de peau diminuera significativement en France, le CRAN n’aura plus de raison d’être.En attendant, bon centième anniversaire à la NAACP !
*Association pour l’avancement des personnes de couleur.
La présentation en Français de la NAACP sur Wikipedia est ici :http://fr.wikipedia.org/wiki/National_Association_for_the...
OBAMA, SARKOZY ET L’AFRIQUE
OBAMA, SARKOZY ET L’AFRIQUE - Un constat et deux approches différentes
16 Juillet 2009
«Le développement de l’Afrique dépend d’une bonne gouvernance...L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais d’institutions solides.»Barack Hussein Obama, le 11 juillet 2009 à Accra
Deux ans presque jour pour jour, deux présidents se sont adressés à l’Afrique avec des approches diamétralement opposées sur la forme mais non sur le fond. L’une se référant à la doxa occidentale depuis près de deux siècles et qui a commencé avec Hegel en 1830 (l’année de l’envahissement de l’Algérie) et s’est poursuivie avec pourrait-on dire les idéologues, du calibre de Renan, Cecil Rhodes voire de Victor Hugo dont les écrits font froid dans le dos. L’autre le président Obama qui, d’une façon ou d’une autre a un patrimoine génétique affectif avec la patrie de ses ancêtres, a su trouver les mots qui admonestent sans blesser.La position la plus radicale à cet égard est celle qui consiste à dire que l’Histoire de l’Afrique (Noire) n’existe pas. Dans son Cours sur la philosophie de l’histoire en 1830, Hegel déclarait: «L’Afrique n’est pas une partie historique du monde. Elle n’a pas de mouvements, de développements à montrer. De mouvements historiques en elle. C’est-à-dire que sa partie septentrionale appartient au monde européen ou asiatique; ce que nous entendons précisément par l’Afrique est l’esprit ahistorique, l’esprit non développé, encore enveloppé dans des conditions de naturel et qui doit être présenté ici seulement comme au seuil de l’Histoire du monde.» Coupland, dans son manuel sur l’Histoire de l’Afrique orientale, écrivait (en 1928, il est vrai): «Jusqu’à D. Livingstone, on peut dire que l’Afrique proprement dite n’avait pas eu d’histoire. La majorité de ses habitants étaient restés, durant des temps immémoriaux, plongés dans la barbarie. Tel avait été, semble-t-il, le décret de la nature. Ils demeuraient stagnants, sans avancer ni reculer.»La Francafrique«Donc, deux races humaines habitant l’Afrique ont seules joué un rôle efficient dans l’histoire universelle: en premier lieu et d’une façon considérable, les Egyptiens, puis les peuples du Nord de l’Afrique». En 1957, c’est P. Gaxotte qui écrit sans broncher dans la Revue de Paris: «Ces peuples (vous voyez de qui il s’agit..) n’ont rien donné à l’humanité; et il faut bien que quelque chose en eux les en ait empêchés. Ils n’ont rien produit, ni Euclide, ni Aristote, ni Galilée, ni Lavoisier, ni Pasteur. Leurs épopées n’ont été chantées par aucun Homère.»(...)Un grand historien comme Charles-André Julien, va jusqu’à intituler un paragraphe de son ouvrage sur l’Histoire de l’Afrique «L’Afrique, pays sans Histoire», dans lequel il écrit: «L’Afrique Noire, la véritable Afrique, se dérobe à l’Histoire.»(2)Voilà pour les fondements du discours prononcé le 22 juillet 2007, à l’université de Dakar par le président français Nicolas Sarkozy. Morceaux choisis: «Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. (...) Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin.» Pendant qu’à Accra, Obama exhortait les parlementaires ghanéens a persévérer sur le chemin des réformes démocratiques, de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance, à Brazzaville, au Congo, une élection contestée d’avance par l’opposition la plus représentative était sur le point d’accoucher d’un mal élu. Sarkozy se murait dans un silence coupable sur une telle parodie de la présidentielle que M.Sassou Nguesso s’apprêtait à organiser et remporter au Congo. Pourtant, les populations du Congo auraient voulu avoir le soutien du président français qui avait lui-même promis pendant la campagne électorale française une rupture de la politique française en Afrique.Pour Emmanuel Semanou, responsable de Survie 13, la Francafrique est toujours présente malgré les promesses du candidat Sarkozy d’y mettre fin. Ecoutons-le répondre à la question de savoir si la Francafrique est un mythe dépassé, il répond: «Pas du tout. C’est encore une réalité aujourd’hui dans toute l’Afrique de l’Ouest. J’en veux pour preuve la très importante présence militaire française dans de nombreux pays d’Afrique. Mais au-delà, songez que la monnaie de 15 pays d’Afrique s’appelle le ´´franc CFA´´, qui voulait dire ´´franc des Colonies françaises d’Afrique´´. Il faut savoir que c’est la Banque de France qui détermine la parité de ces monnaies avec l’euro. Toutes les banques privées de l’Afrique francophone sont des filiales des banques françaises, les banques nationales sont étroitement liées à la Banque de France, qui prélève une part importante, entre 50% et 65% des revenus générés par les placements d’État. (...) Il y a toute une génération de dirigeants africains liés à Paris, qui ont fait du mal à leurs peuples et qui ont empêché la création d’une vraie Unité africaine, contraire aux intérêts de la France.(...) Je dirai que les entreprises chinoises prennent ce que la France a accepté de leur laisser, notamment dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. La France s’est concentrée sur ses intérêts stratégiques, le pétrole, l’uranium...Au Niger, Areva n’a laissé que des miettes aux Chinois qui exploitent l’uranium.»(3)Un plaidoyer lumineux de Achille Mbembe permet de comprendre la mécanique coloniale et l’assujetissement des élites françaises de tout bord à la nostalgie de l’empire. Ecoutons-le:«Dans sa ´´franchise´´ et sa ´´sincérité´´, Nicolas Sarkozy révèle au grand jour ce qui, jusqu’à présent, relevait du non-dit..(...) Ainsi, pour s’adresser à ´´l’élite de la jeunesse africaine´´, Henri Guaino se contente de reprendre, presque mot à mot, des passages du chapitre consacré par Hegel à l’Afrique dans son ouvrage La Raison dans l’histoire - et dont j’ai fait, récemment encore et après bien d’autres, une longue critique dans mon livre De la postcolonie (pp. 221-230). Selon Hegel, en effet, l’Afrique est le pays de la substance immobile et du désordre éblouissant, joyeux et tragique de la création. Les nègres, tels nous les voyons aujourd’hui, tels ils ont toujours été. Dans l’immense énergie de l’arbitraire naturel qui les domine, ni le moment moral, ni les idées de liberté, de justice et de progrès n’ont aucune place ni statut particulier.»(4)«À côté de Hegel existe un deuxième fonds que recyclent sans complexe les ´´nouvelles élites françaises´´. Cet amas de préjugés, Lévy Brühl tenta d’en faire un système dans ses considérations sur ´´la mentalité primitive´´ ou encore ´´prélogique´´. Dans un ensemble d’essais concernant les ´´sociétés inférieures´´ (Les Fonctions mentales en 1910; puis La Mentalité primitive en 1921), il s’acharnera à donner une caution pseudo-scientifique à la distinction entre ´´l’homme occidental´´ doué de raison et les peuples et races non-occidentaux enfermés dans le cycle de la répétition et du temps mythico-cyclique. (...)Il y a aussi le legs des expositions coloniales, la tradition des zoos humains analysée par Pascal Blanchard et ses collègues, et celle des récits de voyage les uns toujours plus fantastiques que les autres. C’est tout cela qui nourrit à son tour un habitus raciste, souvent inconscient, qui est ensuite repris par la culture de masse à travers les films, la publicité, les bandes dessinées, la peinture, la photographie, et, conséquence logique, la politique ´´Y’a bon banania´´ et ´´Mon z’ami toi quoi y’en a´´.»(4)(...) Comment peut-on se présenter à l’université Cheikh Anta-Diop de Dakar au début du XXIe siècle et s’adresser à l’élite intellectuelle comme si l’Afrique n’avait pas de tradition critique propre et comme si Senghor et Camara Laye, chantres respectifs de l’émotion nègre et du royaume de l’enfance, n’avaient pas fait l’objet de vigoureuses réfutations internes?(...) Quant à l’antienne sur la colonisation et le refus de la ´´repentance´´, voilà qui sort tout droit des spéculations de Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut et autres Daniel Lefeuvre. Mais à qui fera-t-on croire qu’il n’existe pas de responsabilité morale pour des actes perpétrés par un État au long de son histoire? À qui fera-t-on croire que pour créer un monde humain, il faut évacuer la morale et l’éthique par la fenêtre puisque dans ce monde, il n’existe ni justice des plaintes, ni justice des causes? Afin de dédouaner un système inique, la tentation est aujourd’hui de réécrire l’histoire de la France et de son empire en en faisant une histoire de la ´´pacification´´, de ´´la mise en valeur de territoires vacants et sans maîtres´´, de la ´´diffusion de l’enseignement´´, de la ´´fondation d’une médecine moderne´´, de la mise en place d’infrastructures routières et ferroviaires. (..) Si donc la France veut jouer un rôle positif dans l’avènement de ce monde commun, il faut qu’elle renonce à ses préjugés. Il faut que ses nouvelles élites opèrent le difficile travail intellectuel sans lequel les proclamations politiciennes d’amitié n’auront aucun sens. On ne peut pas, comme à Dakar, parler à l’ami sans s’adresser à lui. Etre capable d’amitié, c’est, comme le soulignait Jacques Derrida, savoir honorer en son ami l’ennemi qu’il peut être Pour l’heure, et s’agissant de l’Afrique, il manque tout simplement à la France le crédit moral qui lui permettrait de parler avec certitude et autorité.(4)Dans son discours d’Accra, Obama fustige les dictateurs africains qui modifient notamment leurs Constitutions, pour se maintenir au pouvoir. Pendant ce temps, le président français, lui, les reçoit en grande pompe ou, leur rend visite sans vergogne. Obama a appelé l’Afrique à prendre en main son propre destin en combattant les pratiques antidémocratiques, les conflits et la maladie et en l’assurant du soutien américain dans cette vaste entreprise. Barack Obama a ravivé le slogan de sa campagne électorale: ´´Yes, you can´´. M.Obama a expliqué qu’il y a cinquante ans, quand son père a quitté Nairobi pour étudier aux Etats-Unis, le Kenya avait un PNB par habitant supérieur à celui de la Corée du Sud. ´´On a parlé d’héritage du colonialisme et d’autres politiques mises en place par les pays riches. Sans vouloir minimiser ce facteur, mon propos est de dire que la Corée du Sud, en travaillant avec le secteur privé et la société civile, a réussi à mettre en place des institutions qui ont garanti la transparence et la responsabilité.´´ Alors que dans beaucoup de pays d’Afrique, ´´si vous voulez avoir un job ou créer une entreprise, vous devez payer des pots-de-vin´´. ´´Une partie de ce qui a empêché l’Afrique d’avancer est que, pendant des années, on a dit que c’était la conséquence du néocolonialisme, ou de l’oppression occidentale, ou du racisme... Je ne crois pas beaucoup aux excuses, a-t-il dit dans son entretien à Allafrica.com. Les cartes coloniales qui ont été tracées ont favorisé les conflits, mais nous sommes en 2009. L’Occident et les Etats-Unis ne sont pas responsables de la situation de l’économie du Zimbabwe depuis quinze ou vingt ans.´´Le soutien américainTheophile Kouamou s’interroge si les deux interventions sont-elles radicalement opposées? Non, pas vraiment, dit-il. Les thématiques se rejoignent à plusieurs reprises. Sarkozy affirme: «L’Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur.» Obama dit: «Dans de nombreux endroits, l’espoir de la génération de mon père a cédé le pas au cynisme, souvent au désespoir. Il est facile de pointer du doigt les autres et de les blâmer pour ces problèmes.» Barack et Sarko s’adressent tous les deux à la jeunesse africaine, à qui il revient de relever les défis de demain. Et pourtant, ses propos ont été perçus de manière très positive sur le continent, alors que ceux du président français ont suscité une polémique. (...) Obama, président d’une Amérique qui sait faire rêver comme aucune grande puissance, est «un enfant du pays». Son histoire et l’histoire de sa famille font qu’il est difficile de faire peser sur lui le passé impérialiste que partagent la France et les Etats-Unis...«Obama est, lui aussi, dépositaire des souffrances de l’Afrique, ce qui n’est pas le cas d’un Nicolas Sarkozy, qui a longtemps été vu comme l’ex-ministre préposé à l’expulsion des étrangers.»«De plus, alors que Sarkozy à Dakar n’a pas su rompre avec la rhétorique du clivage et de l’affrontement, qu’il affectionne tant, et s’est posé en grand professeur qui sait tout -disant à plusieurs reprises "le problème de l’Afrique, c’est que..."-, Obama a su utiliser l’art de la nuance, dénonçant l’Afrique de la honte pour mieux mettre en valeur, à travers de nombreux exemples, l’autre Afrique. Chez Sarkozy, il s’agit du "paysan africain, qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature", et qui ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.» Obama, lui, évoque les «braves Africains» qui sont du bon côté de l’histoire: le pouvoir et l’opposition ghanéens qui cohabitent harmonieusement, des policiers incorruptibles, des membres de la société civile engagés dans la fin des violences électorales au Kenya, etc. En bon «storyteller», Obama raconte, dans une sorte de roman d’anticipation, l’histoire d’une renaissance dont les Africains sont les héros.(5)En définitive, seul le ton est différent, l’Afrique attend les sauveurs qui lui permettront de tordre le coup à une doxa qui dure pratiquement le temps du Code Noir...Ce que nous avons pointé du doigt dans notre ouvrage: L’Occident à la conquête du monde.(6)
(*) Ecole nationale polytechnique
1.Hegel Leçons sur la philosophie de l’histoire, 1830
2.Joseph Ki-Zerbo http://www.refer.sn/ethiopiques/article.php3
?id_article=507 &artsuite=13.Emmanuel Semanou, Le néocolonialisme mène au rejet de la France 5 juillet: Mlle babords
4.Achille Mbembe http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=6784
5.Théophile Kouamou: De Sarkozy ou Obama, à l’Afrique? Rue 89 13/07/2009
6.Chems Eddine Chitour: L’Occident à la conquête du monde.Editions. Enag 2009
Pr Chems Eddine CHITOUR (*)
16 Juillet 2009
«Le développement de l’Afrique dépend d’une bonne gouvernance...L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais d’institutions solides.»Barack Hussein Obama, le 11 juillet 2009 à Accra
Deux ans presque jour pour jour, deux présidents se sont adressés à l’Afrique avec des approches diamétralement opposées sur la forme mais non sur le fond. L’une se référant à la doxa occidentale depuis près de deux siècles et qui a commencé avec Hegel en 1830 (l’année de l’envahissement de l’Algérie) et s’est poursuivie avec pourrait-on dire les idéologues, du calibre de Renan, Cecil Rhodes voire de Victor Hugo dont les écrits font froid dans le dos. L’autre le président Obama qui, d’une façon ou d’une autre a un patrimoine génétique affectif avec la patrie de ses ancêtres, a su trouver les mots qui admonestent sans blesser.La position la plus radicale à cet égard est celle qui consiste à dire que l’Histoire de l’Afrique (Noire) n’existe pas. Dans son Cours sur la philosophie de l’histoire en 1830, Hegel déclarait: «L’Afrique n’est pas une partie historique du monde. Elle n’a pas de mouvements, de développements à montrer. De mouvements historiques en elle. C’est-à-dire que sa partie septentrionale appartient au monde européen ou asiatique; ce que nous entendons précisément par l’Afrique est l’esprit ahistorique, l’esprit non développé, encore enveloppé dans des conditions de naturel et qui doit être présenté ici seulement comme au seuil de l’Histoire du monde.» Coupland, dans son manuel sur l’Histoire de l’Afrique orientale, écrivait (en 1928, il est vrai): «Jusqu’à D. Livingstone, on peut dire que l’Afrique proprement dite n’avait pas eu d’histoire. La majorité de ses habitants étaient restés, durant des temps immémoriaux, plongés dans la barbarie. Tel avait été, semble-t-il, le décret de la nature. Ils demeuraient stagnants, sans avancer ni reculer.»La Francafrique«Donc, deux races humaines habitant l’Afrique ont seules joué un rôle efficient dans l’histoire universelle: en premier lieu et d’une façon considérable, les Egyptiens, puis les peuples du Nord de l’Afrique». En 1957, c’est P. Gaxotte qui écrit sans broncher dans la Revue de Paris: «Ces peuples (vous voyez de qui il s’agit..) n’ont rien donné à l’humanité; et il faut bien que quelque chose en eux les en ait empêchés. Ils n’ont rien produit, ni Euclide, ni Aristote, ni Galilée, ni Lavoisier, ni Pasteur. Leurs épopées n’ont été chantées par aucun Homère.»(...)Un grand historien comme Charles-André Julien, va jusqu’à intituler un paragraphe de son ouvrage sur l’Histoire de l’Afrique «L’Afrique, pays sans Histoire», dans lequel il écrit: «L’Afrique Noire, la véritable Afrique, se dérobe à l’Histoire.»(2)Voilà pour les fondements du discours prononcé le 22 juillet 2007, à l’université de Dakar par le président français Nicolas Sarkozy. Morceaux choisis: «Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. (...) Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin.» Pendant qu’à Accra, Obama exhortait les parlementaires ghanéens a persévérer sur le chemin des réformes démocratiques, de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance, à Brazzaville, au Congo, une élection contestée d’avance par l’opposition la plus représentative était sur le point d’accoucher d’un mal élu. Sarkozy se murait dans un silence coupable sur une telle parodie de la présidentielle que M.Sassou Nguesso s’apprêtait à organiser et remporter au Congo. Pourtant, les populations du Congo auraient voulu avoir le soutien du président français qui avait lui-même promis pendant la campagne électorale française une rupture de la politique française en Afrique.Pour Emmanuel Semanou, responsable de Survie 13, la Francafrique est toujours présente malgré les promesses du candidat Sarkozy d’y mettre fin. Ecoutons-le répondre à la question de savoir si la Francafrique est un mythe dépassé, il répond: «Pas du tout. C’est encore une réalité aujourd’hui dans toute l’Afrique de l’Ouest. J’en veux pour preuve la très importante présence militaire française dans de nombreux pays d’Afrique. Mais au-delà, songez que la monnaie de 15 pays d’Afrique s’appelle le ´´franc CFA´´, qui voulait dire ´´franc des Colonies françaises d’Afrique´´. Il faut savoir que c’est la Banque de France qui détermine la parité de ces monnaies avec l’euro. Toutes les banques privées de l’Afrique francophone sont des filiales des banques françaises, les banques nationales sont étroitement liées à la Banque de France, qui prélève une part importante, entre 50% et 65% des revenus générés par les placements d’État. (...) Il y a toute une génération de dirigeants africains liés à Paris, qui ont fait du mal à leurs peuples et qui ont empêché la création d’une vraie Unité africaine, contraire aux intérêts de la France.(...) Je dirai que les entreprises chinoises prennent ce que la France a accepté de leur laisser, notamment dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. La France s’est concentrée sur ses intérêts stratégiques, le pétrole, l’uranium...Au Niger, Areva n’a laissé que des miettes aux Chinois qui exploitent l’uranium.»(3)Un plaidoyer lumineux de Achille Mbembe permet de comprendre la mécanique coloniale et l’assujetissement des élites françaises de tout bord à la nostalgie de l’empire. Ecoutons-le:«Dans sa ´´franchise´´ et sa ´´sincérité´´, Nicolas Sarkozy révèle au grand jour ce qui, jusqu’à présent, relevait du non-dit..(...) Ainsi, pour s’adresser à ´´l’élite de la jeunesse africaine´´, Henri Guaino se contente de reprendre, presque mot à mot, des passages du chapitre consacré par Hegel à l’Afrique dans son ouvrage La Raison dans l’histoire - et dont j’ai fait, récemment encore et après bien d’autres, une longue critique dans mon livre De la postcolonie (pp. 221-230). Selon Hegel, en effet, l’Afrique est le pays de la substance immobile et du désordre éblouissant, joyeux et tragique de la création. Les nègres, tels nous les voyons aujourd’hui, tels ils ont toujours été. Dans l’immense énergie de l’arbitraire naturel qui les domine, ni le moment moral, ni les idées de liberté, de justice et de progrès n’ont aucune place ni statut particulier.»(4)«À côté de Hegel existe un deuxième fonds que recyclent sans complexe les ´´nouvelles élites françaises´´. Cet amas de préjugés, Lévy Brühl tenta d’en faire un système dans ses considérations sur ´´la mentalité primitive´´ ou encore ´´prélogique´´. Dans un ensemble d’essais concernant les ´´sociétés inférieures´´ (Les Fonctions mentales en 1910; puis La Mentalité primitive en 1921), il s’acharnera à donner une caution pseudo-scientifique à la distinction entre ´´l’homme occidental´´ doué de raison et les peuples et races non-occidentaux enfermés dans le cycle de la répétition et du temps mythico-cyclique. (...)Il y a aussi le legs des expositions coloniales, la tradition des zoos humains analysée par Pascal Blanchard et ses collègues, et celle des récits de voyage les uns toujours plus fantastiques que les autres. C’est tout cela qui nourrit à son tour un habitus raciste, souvent inconscient, qui est ensuite repris par la culture de masse à travers les films, la publicité, les bandes dessinées, la peinture, la photographie, et, conséquence logique, la politique ´´Y’a bon banania´´ et ´´Mon z’ami toi quoi y’en a´´.»(4)(...) Comment peut-on se présenter à l’université Cheikh Anta-Diop de Dakar au début du XXIe siècle et s’adresser à l’élite intellectuelle comme si l’Afrique n’avait pas de tradition critique propre et comme si Senghor et Camara Laye, chantres respectifs de l’émotion nègre et du royaume de l’enfance, n’avaient pas fait l’objet de vigoureuses réfutations internes?(...) Quant à l’antienne sur la colonisation et le refus de la ´´repentance´´, voilà qui sort tout droit des spéculations de Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut et autres Daniel Lefeuvre. Mais à qui fera-t-on croire qu’il n’existe pas de responsabilité morale pour des actes perpétrés par un État au long de son histoire? À qui fera-t-on croire que pour créer un monde humain, il faut évacuer la morale et l’éthique par la fenêtre puisque dans ce monde, il n’existe ni justice des plaintes, ni justice des causes? Afin de dédouaner un système inique, la tentation est aujourd’hui de réécrire l’histoire de la France et de son empire en en faisant une histoire de la ´´pacification´´, de ´´la mise en valeur de territoires vacants et sans maîtres´´, de la ´´diffusion de l’enseignement´´, de la ´´fondation d’une médecine moderne´´, de la mise en place d’infrastructures routières et ferroviaires. (..) Si donc la France veut jouer un rôle positif dans l’avènement de ce monde commun, il faut qu’elle renonce à ses préjugés. Il faut que ses nouvelles élites opèrent le difficile travail intellectuel sans lequel les proclamations politiciennes d’amitié n’auront aucun sens. On ne peut pas, comme à Dakar, parler à l’ami sans s’adresser à lui. Etre capable d’amitié, c’est, comme le soulignait Jacques Derrida, savoir honorer en son ami l’ennemi qu’il peut être Pour l’heure, et s’agissant de l’Afrique, il manque tout simplement à la France le crédit moral qui lui permettrait de parler avec certitude et autorité.(4)Dans son discours d’Accra, Obama fustige les dictateurs africains qui modifient notamment leurs Constitutions, pour se maintenir au pouvoir. Pendant ce temps, le président français, lui, les reçoit en grande pompe ou, leur rend visite sans vergogne. Obama a appelé l’Afrique à prendre en main son propre destin en combattant les pratiques antidémocratiques, les conflits et la maladie et en l’assurant du soutien américain dans cette vaste entreprise. Barack Obama a ravivé le slogan de sa campagne électorale: ´´Yes, you can´´. M.Obama a expliqué qu’il y a cinquante ans, quand son père a quitté Nairobi pour étudier aux Etats-Unis, le Kenya avait un PNB par habitant supérieur à celui de la Corée du Sud. ´´On a parlé d’héritage du colonialisme et d’autres politiques mises en place par les pays riches. Sans vouloir minimiser ce facteur, mon propos est de dire que la Corée du Sud, en travaillant avec le secteur privé et la société civile, a réussi à mettre en place des institutions qui ont garanti la transparence et la responsabilité.´´ Alors que dans beaucoup de pays d’Afrique, ´´si vous voulez avoir un job ou créer une entreprise, vous devez payer des pots-de-vin´´. ´´Une partie de ce qui a empêché l’Afrique d’avancer est que, pendant des années, on a dit que c’était la conséquence du néocolonialisme, ou de l’oppression occidentale, ou du racisme... Je ne crois pas beaucoup aux excuses, a-t-il dit dans son entretien à Allafrica.com. Les cartes coloniales qui ont été tracées ont favorisé les conflits, mais nous sommes en 2009. L’Occident et les Etats-Unis ne sont pas responsables de la situation de l’économie du Zimbabwe depuis quinze ou vingt ans.´´Le soutien américainTheophile Kouamou s’interroge si les deux interventions sont-elles radicalement opposées? Non, pas vraiment, dit-il. Les thématiques se rejoignent à plusieurs reprises. Sarkozy affirme: «L’Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur.» Obama dit: «Dans de nombreux endroits, l’espoir de la génération de mon père a cédé le pas au cynisme, souvent au désespoir. Il est facile de pointer du doigt les autres et de les blâmer pour ces problèmes.» Barack et Sarko s’adressent tous les deux à la jeunesse africaine, à qui il revient de relever les défis de demain. Et pourtant, ses propos ont été perçus de manière très positive sur le continent, alors que ceux du président français ont suscité une polémique. (...) Obama, président d’une Amérique qui sait faire rêver comme aucune grande puissance, est «un enfant du pays». Son histoire et l’histoire de sa famille font qu’il est difficile de faire peser sur lui le passé impérialiste que partagent la France et les Etats-Unis...«Obama est, lui aussi, dépositaire des souffrances de l’Afrique, ce qui n’est pas le cas d’un Nicolas Sarkozy, qui a longtemps été vu comme l’ex-ministre préposé à l’expulsion des étrangers.»«De plus, alors que Sarkozy à Dakar n’a pas su rompre avec la rhétorique du clivage et de l’affrontement, qu’il affectionne tant, et s’est posé en grand professeur qui sait tout -disant à plusieurs reprises "le problème de l’Afrique, c’est que..."-, Obama a su utiliser l’art de la nuance, dénonçant l’Afrique de la honte pour mieux mettre en valeur, à travers de nombreux exemples, l’autre Afrique. Chez Sarkozy, il s’agit du "paysan africain, qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature", et qui ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.» Obama, lui, évoque les «braves Africains» qui sont du bon côté de l’histoire: le pouvoir et l’opposition ghanéens qui cohabitent harmonieusement, des policiers incorruptibles, des membres de la société civile engagés dans la fin des violences électorales au Kenya, etc. En bon «storyteller», Obama raconte, dans une sorte de roman d’anticipation, l’histoire d’une renaissance dont les Africains sont les héros.(5)En définitive, seul le ton est différent, l’Afrique attend les sauveurs qui lui permettront de tordre le coup à une doxa qui dure pratiquement le temps du Code Noir...Ce que nous avons pointé du doigt dans notre ouvrage: L’Occident à la conquête du monde.(6)
(*) Ecole nationale polytechnique
1.Hegel Leçons sur la philosophie de l’histoire, 1830
2.Joseph Ki-Zerbo http://www.refer.sn/ethiopiques/article.php3
?id_article=507 &artsuite=13.Emmanuel Semanou, Le néocolonialisme mène au rejet de la France 5 juillet: Mlle babords
4.Achille Mbembe http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=6784
5.Théophile Kouamou: De Sarkozy ou Obama, à l’Afrique? Rue 89 13/07/2009
6.Chems Eddine Chitour: L’Occident à la conquête du monde.Editions. Enag 2009
Pr Chems Eddine CHITOUR (*)
YES WE FAIL
YES WE FAIL La Nouvelle Tribune (Bn) AFRICATIME - Le rendez-vous de l'Afrique sur Internet
OBAMA face à ses frères/YES WE FAIL: en fait c'est l'Afrique qui doit prendre ses responsabilités(La Nouvelle Tribune (Bn) 16/07/2009)
Barack Obama, l'une des plus grandes fiertés de l'une des races les plus banalisées de l'humanité, était attendu par des milliers d'admirateurs à l'aéroport d'Accra, ce 10 juillet 2009. Ce n'est pas tant le fait qu'il adresse, par là, un message de reconnaissance de la réussite ghanéenne sur le plan de la vision économique et de la gouvernance qui lui vaut cette trop grande admiration, mais plutôt sa réussite personnelle, saluée dans sur toute la planète, qui offre des raisons de croire, à tout pestiféré de ce monde qui sait travailler honnêtement et se mettre en valeur.Qui ne rêve pas de l'accueillir sur son sol, cet OBAMA, ce phénomène de notre temps, qui nous aura fait croire jusqu'au bout et nous aura fait admettre que, là où il a de la volonté il y a toujours la possibilité de croire à la réussite.Croire, la gueule ouverte, ne suffira pas. Mais que dit il au GHANA, aujourd'hui, que l'Afrique n'avait encore jamais entendu ?C'est quoi la démocratie comptée aux africains ? C'est pourquoi le chemin de cette rédemption à laquelle il convie tout un continent sera une terrible épreuve pour les peuples.Le Ghana qui a réussi à faire sa mue vers des objectifs très louables de développement, en plaçant l'homme au centre de sa politique, mérite que cet homme, qui dit être probablementaussi bien informé sur l'histoire et les problèmes actuels de l'Afrique que tous sesprédécesseur à la maison blanche, se permette d'alerter les chefs d'Etat africains, du haut d'une telle tribune.Sur le plan économique, bien que ce pays de la côte ouest du continent accuse encore un retard, étant donné qu'au moment où il accédait à l'indépendance en 1957, il était au même niveau de sous-développement que tous ces pays qui le dépassent, de très loin, aujourd'hui, comme la Corée du Sud, Hong Kong, Singapour et Taïwan etc... il faut tout de même admettre qu'aujourd'hui il est déjà globalement sur la bonne voie,. Deuxième producteur mondial de cacao, le pays est devenu l'un des plus importants producteurs d'or sur le continent. Mais davantage que ses ressources minières et énergétiques, ce pays de 21 millions d'habitants recèle un important gisement pétrolier. Le pays disposerait d'un fort potentiel dans ce domaine et les perspectives d'autres découvertes font rêverMalgré une inflation galopante et un fort déficit budgétaire, le GHANA est riche de ce que le politologue américain Joseph Nye appelle les ressources intangibles du pouvoir, à savoir la culture démocratique et la stabilité des institutions, sans lesquelles toute gestion rationnelle des ressources matérielles risque d'être obérée. C'est ce que le Président OBAMA suggère à travers son message d'accra, aux mauvais élèves de la classe, à savoir « Ceux qui veulent prendre le pouvoir par la corruption et la répression de la dissidence, qui seraient, d'après lui, du mauvais côté de l'Histoire »BAMA qui arrive du G8 où il a pu plaider pour que le fonds de lutte contre la faim dans le monde, principalement destiné à l'Afrique, passe de 15 à 20 milliards de dollars sur trois ans, n'a pas eu l'intention de venir servir aux africains un discours pour rien, comme on en a toujours connu dans le passé.Car c'est désormais une évidence, pour cet ancien avocat très avisé, que ce ne sont pas les prouesses en termes de doublement des enveloppes financières qui contribueraient à changer le visage de l'Afrique, du jour au lendemain, ni même, d'ailleurs, la politique américaine sur le continent qui, pour efficace et exemplaire qu'elle avait toujours voulu être, peine à atteindre les niveaux d'efficacité souhaités.- MAMANDOU TANDJA se complait et persiste aujourd'hui dans un jeu très dangereux, qui cache une fraude à la conscience de ses concitoyens qui, pour l'heure, ne sont pas vraiment dupes, mais pourraient être les premiers perdants, sur de nombreuses années, puisqu'il aura donné l'impression que tout se change, toute chose qui porte en germes les ingrédients des reculs démocratiques et des conflits qu'on déplore sur le continent. - Près de nous, les récents tiraillements béninois avec le MCA, qui ne s'expliquent pas, du reste, sont encore là pour nous rappeler que la surdité manoeuvrière des autorités, lorsqu'elle les pousse à s'intéresser, sous de faux arguments de souveraineté, à des intérêts vitaux de notre développement, portés par des institutions étrangères, finissent par porter de sérieux coups à la confiance des donateurs et aux voies du progrès - 300.000 morts estimés au DARFOUR par l'ONU et, si l'on n'est pas chef d'Etat, avec la conscience qu'on imagine, qui pourrait s'opposer à ce que EL-BECHIR réponde de ses chefs d'accusation devant un tribunal, quel qu'il soit ?L'Egypte qui oeuvre à la préservation des intérêts stratégiques pour la paix, dans cette affaire, n'a pas le passé et les arguments de probité politique nécessaires pour donner une lisibilité à sa démarche.Le GHANA, il est vrai, a franchi des pas importants dans la lutte contre la corruption, le pays est classé dans le peloton de tête des pays les moins corrompus sur le continent par Transparency International et ne figure pas dans le box des pays dont les dirigeants se manifestent par un comportement pervers mais que fait-il, par ailleurs, pour sauvegarder cette image dans les grandes messes continentales ?C'est plutôt de cette manière que l'Afrique cherche à exister. Il arrive souvent à ses chefs de prendre ses responsabilités mais souvent dans le sens de ces connivences qui entretiennent une grande confusion dans leurs manières d'être respectives. C'est dire si le chemin sera long et ardu ! Il paraît que IDRISS DEBY serait favorable à ce que le président du SOUDAN soit jugé par la CPI et propose de collaborer avec la cour. C'est à notre avis, un non évènement si ce n'est pas Omar El-BECHIR, lui-même, qui serait tenté de le lui signifier et lui rappeler ses propres forfaitures à la tête de l'Etat Tchadien.C'est dans ce sens que OBAMA est allé prévenir les autorités africaines, leur demandant de prendre leur responsabilité et d'être redevable vis avis de la performance de leur gouvernement.Il pense, comme chacun peut l'imaginer, qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire. Les Africains, selon lui, ont à adopter des règles de bonne gouvernance, parce que "l'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts, elle a besoin d'institutions fortes". Il a signifié que le soutien américain au développement dépendrait de cette adhésion aux règles démocratiques.Le drame de l'Afrique continuera de se jouer si les peuples n'ont pas suffisamment de garde fous pour combattre les comportements antidémocratiques et les cas de détournements des ressources qui leurs appartiennent. Il sera toujours temps. Si ce ne sont pas le sempiternelles exhortations auxquelles les nôtres sont déjà très habitués, elles lui ressemblent bien. Nous prendrons le temps de constaterDésiré Houssou
© Copyright La Nouvelle Tribune (Bn)
OBAMA face à ses frères/YES WE FAIL: en fait c'est l'Afrique qui doit prendre ses responsabilités(La Nouvelle Tribune (Bn) 16/07/2009)
Barack Obama, l'une des plus grandes fiertés de l'une des races les plus banalisées de l'humanité, était attendu par des milliers d'admirateurs à l'aéroport d'Accra, ce 10 juillet 2009. Ce n'est pas tant le fait qu'il adresse, par là, un message de reconnaissance de la réussite ghanéenne sur le plan de la vision économique et de la gouvernance qui lui vaut cette trop grande admiration, mais plutôt sa réussite personnelle, saluée dans sur toute la planète, qui offre des raisons de croire, à tout pestiféré de ce monde qui sait travailler honnêtement et se mettre en valeur.Qui ne rêve pas de l'accueillir sur son sol, cet OBAMA, ce phénomène de notre temps, qui nous aura fait croire jusqu'au bout et nous aura fait admettre que, là où il a de la volonté il y a toujours la possibilité de croire à la réussite.Croire, la gueule ouverte, ne suffira pas. Mais que dit il au GHANA, aujourd'hui, que l'Afrique n'avait encore jamais entendu ?C'est quoi la démocratie comptée aux africains ? C'est pourquoi le chemin de cette rédemption à laquelle il convie tout un continent sera une terrible épreuve pour les peuples.Le Ghana qui a réussi à faire sa mue vers des objectifs très louables de développement, en plaçant l'homme au centre de sa politique, mérite que cet homme, qui dit être probablementaussi bien informé sur l'histoire et les problèmes actuels de l'Afrique que tous sesprédécesseur à la maison blanche, se permette d'alerter les chefs d'Etat africains, du haut d'une telle tribune.Sur le plan économique, bien que ce pays de la côte ouest du continent accuse encore un retard, étant donné qu'au moment où il accédait à l'indépendance en 1957, il était au même niveau de sous-développement que tous ces pays qui le dépassent, de très loin, aujourd'hui, comme la Corée du Sud, Hong Kong, Singapour et Taïwan etc... il faut tout de même admettre qu'aujourd'hui il est déjà globalement sur la bonne voie,. Deuxième producteur mondial de cacao, le pays est devenu l'un des plus importants producteurs d'or sur le continent. Mais davantage que ses ressources minières et énergétiques, ce pays de 21 millions d'habitants recèle un important gisement pétrolier. Le pays disposerait d'un fort potentiel dans ce domaine et les perspectives d'autres découvertes font rêverMalgré une inflation galopante et un fort déficit budgétaire, le GHANA est riche de ce que le politologue américain Joseph Nye appelle les ressources intangibles du pouvoir, à savoir la culture démocratique et la stabilité des institutions, sans lesquelles toute gestion rationnelle des ressources matérielles risque d'être obérée. C'est ce que le Président OBAMA suggère à travers son message d'accra, aux mauvais élèves de la classe, à savoir « Ceux qui veulent prendre le pouvoir par la corruption et la répression de la dissidence, qui seraient, d'après lui, du mauvais côté de l'Histoire »BAMA qui arrive du G8 où il a pu plaider pour que le fonds de lutte contre la faim dans le monde, principalement destiné à l'Afrique, passe de 15 à 20 milliards de dollars sur trois ans, n'a pas eu l'intention de venir servir aux africains un discours pour rien, comme on en a toujours connu dans le passé.Car c'est désormais une évidence, pour cet ancien avocat très avisé, que ce ne sont pas les prouesses en termes de doublement des enveloppes financières qui contribueraient à changer le visage de l'Afrique, du jour au lendemain, ni même, d'ailleurs, la politique américaine sur le continent qui, pour efficace et exemplaire qu'elle avait toujours voulu être, peine à atteindre les niveaux d'efficacité souhaités.- MAMANDOU TANDJA se complait et persiste aujourd'hui dans un jeu très dangereux, qui cache une fraude à la conscience de ses concitoyens qui, pour l'heure, ne sont pas vraiment dupes, mais pourraient être les premiers perdants, sur de nombreuses années, puisqu'il aura donné l'impression que tout se change, toute chose qui porte en germes les ingrédients des reculs démocratiques et des conflits qu'on déplore sur le continent. - Près de nous, les récents tiraillements béninois avec le MCA, qui ne s'expliquent pas, du reste, sont encore là pour nous rappeler que la surdité manoeuvrière des autorités, lorsqu'elle les pousse à s'intéresser, sous de faux arguments de souveraineté, à des intérêts vitaux de notre développement, portés par des institutions étrangères, finissent par porter de sérieux coups à la confiance des donateurs et aux voies du progrès - 300.000 morts estimés au DARFOUR par l'ONU et, si l'on n'est pas chef d'Etat, avec la conscience qu'on imagine, qui pourrait s'opposer à ce que EL-BECHIR réponde de ses chefs d'accusation devant un tribunal, quel qu'il soit ?L'Egypte qui oeuvre à la préservation des intérêts stratégiques pour la paix, dans cette affaire, n'a pas le passé et les arguments de probité politique nécessaires pour donner une lisibilité à sa démarche.Le GHANA, il est vrai, a franchi des pas importants dans la lutte contre la corruption, le pays est classé dans le peloton de tête des pays les moins corrompus sur le continent par Transparency International et ne figure pas dans le box des pays dont les dirigeants se manifestent par un comportement pervers mais que fait-il, par ailleurs, pour sauvegarder cette image dans les grandes messes continentales ?C'est plutôt de cette manière que l'Afrique cherche à exister. Il arrive souvent à ses chefs de prendre ses responsabilités mais souvent dans le sens de ces connivences qui entretiennent une grande confusion dans leurs manières d'être respectives. C'est dire si le chemin sera long et ardu ! Il paraît que IDRISS DEBY serait favorable à ce que le président du SOUDAN soit jugé par la CPI et propose de collaborer avec la cour. C'est à notre avis, un non évènement si ce n'est pas Omar El-BECHIR, lui-même, qui serait tenté de le lui signifier et lui rappeler ses propres forfaitures à la tête de l'Etat Tchadien.C'est dans ce sens que OBAMA est allé prévenir les autorités africaines, leur demandant de prendre leur responsabilité et d'être redevable vis avis de la performance de leur gouvernement.Il pense, comme chacun peut l'imaginer, qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire. Les Africains, selon lui, ont à adopter des règles de bonne gouvernance, parce que "l'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts, elle a besoin d'institutions fortes". Il a signifié que le soutien américain au développement dépendrait de cette adhésion aux règles démocratiques.Le drame de l'Afrique continuera de se jouer si les peuples n'ont pas suffisamment de garde fous pour combattre les comportements antidémocratiques et les cas de détournements des ressources qui leurs appartiennent. Il sera toujours temps. Si ce ne sont pas le sempiternelles exhortations auxquelles les nôtres sont déjà très habitués, elles lui ressemblent bien. Nous prendrons le temps de constaterDésiré Houssou
© Copyright La Nouvelle Tribune (Bn)
mercredi 15 juillet 2009
BARAK OBAMA EN AFRIQUE -
BARAK OBAMA EN AFRIQUE -
Le plus grand continent du monde après l’Asie tant en surface qu’en population, l’Afrique (20 % des terres émergées sur la surface terrestre) recèle des matières premières récemment évaluées à près de 46.200 milliards de dollars (cf. Les Afriques, 78, 2009). Ces matières premières constituent une part seulement du trésor qui gît sous nos pieds ; par ailleurs, il n’est pas tenu compte de ses autres richesses comme les terres agricoles, les fleuves, les forêts, etc. ou – ce qu’on ne pourra jamais chiffrer et qui est inépuisable – la vitalité de sa population, sa créativité artistique, etc. Faut-il y intégrer ce que valent les Africains à travers l’immigration choisie ? Si l’on aligne les seuls dons de la nature, rien, a priori ne peut expliquer que ce continent potentiellement si riche reste encore sous-développée. Vraiment rien ? Ce n’est pas ce que raconte le droit d’inventaire…
Homme de ruptures, B. Obama, en venant en Afrique dès le premier semestre de son mandat, remet notre continent sur l’agenda international alors que celui-ci était relégué jusqu’ici aux dernières semaines du deuxième mandat des présidents américains. Au lieu d’une tournée sur plusieurs pays, qu’il promet de faire plus tard, il choisit, retour des pays de l’Est de l’Europe et du G8, d’aller dans un seul pays africain, le Ghana. Du même coup, il donne l’impression de renouer avec le fil coupé dès l’origine des indépendances africaines dont on fêtera bientôt le cinquantenaire. C’est sur ce bout de terre atlantique que repose, selon son souhait et pour l’éternité, un des plus grands pionniers de la renaissance afro-américaine et africaine : William Edward Burghartdt Du Bois (1868 – 1963), diplômé de Harvard et premier Noir titulaire d’un doctorat en 1895, théoricien du panafricanisme et concepteur du projet de l’Encyclopedia Africana ; à ses côtés, un autre Africain-Américain, George Padmore, conseiller politique de Nkrumah, auteur de « Panafricanisme ou Communisme ? ». Premier pays indépendant d’Afrique en Mars 1957, le Ghana – qui prit le nom d’un ancien Empire non situé sur son territoire – porte, plus qu’aucun autre pays africain, une grande partie de la conscience combattante et constructive d’une Afrique qui se voulait libre et souveraine. C’est donc une visite à toute l’Afrique.
Certes, il dit lui-même que son choix s’est porté sur ce pays en raison de sa stabilité politique et son exemplarité démocratique. On ne peut que le croire ; on aimerait tant que, dans l’entreprise de pacification des esprits qu’il imprime depuis qu’il est juché sur l’observatoire le pus élevé du monde au sein des relations entre les nations (déterminées, comme tout le monde le sait, par le conflit d’intérêts, la croyance ou la domination), qu’il réussisse son pari et puisse remettre sur ses pieds un monde qui, manifestement, marche par la tête. Il a fait un pèlerinage au fort de Cape Coast, un véritable lieu de mémoire marqué par l’esclavage et la longue infériorisation des Noirs.
Homme de discours, il s’est adressé enfin aux parlementaires ghanéens et, à travers eux, à l’ensemble de la classe politique africaine. Ce que pourtant cette visite ne semble pas dire, mais qui se donne à voir autant dans les perceptions que dans la courte durée ou même les mots intériosés, c’est l’hommage à la mémoire d’un des plus dignes fils de l’Afrique : Nkwame Nkrumah (1909 – 1972).
Premier président du Ghana indépendant, il fut le théoricien et l’un des plus ardents partisans de l’Unité de l’Afrique (ne vous y fiez pas : tous ceux qui faisaient ces derniers jours la danse du ventre à Syrte ne l’ont pas lu et certains d’entre eux pensent qu’il était gardien de nuit dans un garage du New Jersey ou de Kumasi !…) ; en outre, bien que les Etats-Unis et l’Afrique eurent des échanges marqués par la violence de l’esclavage (c’est en 1619 que les colonies nord-américaines reçurent leur premier contingent d’esclaves) et par celle de la guerre froide (lors du voyage de B. Clinton en Afrique en 1998, ainsi que l’ont relevé les chroniqueurs contemporains, celui-ci exprimera les regrets des Etats-Unis concernant leur rôle dans le commerce de l’esclavage, le soutien à des régimes répressifs et corrompus durant la guerre froide et la lenteur à reconnaître l’existence d’un génocide au Rwanda), on peut considérer K. Nkrumah comme l’inventeur, après les indépendances, de la politique africaine des Etats-Unis. « Dès qu’il s’agit de valoriser un projet touchant la Gold Coast, le modèle « Nkrumah » est tout de suite convoqué. Si le département d’Etat bénéficie d’un meilleur traitement en Gold Coast, c’est grâce à Nkrumah. Si Nkrumak est jugé amical, sincère et avisé par un officier américain, c’est grâce à l’Amérique », écrit l’historienne C. Laronce dans le remarquable ouvrage qu’elle a consacré aux rapports fascinants et compliqués entre Nkrumah, le panafricanisme et les Etats-Unis.
Parti comme étudiant aux Etats-Unis en Octobre 1935 dans le sillage de Nnamdi Azikiwe (qui deviendra plus tard Président de la Fédération du Nigeria), celui qui allait devenir le leader du panafricanisme ouvrit véritablement les portes des Africains voyageant volontairement aux Etats-Unis et contribua, dans le même mouvement, à jeter les bases de la politique américaine en Afrique. Son charisme incontestable, sa vaste culture et sa simplicité, étonnante pour un dirigeant politique « …ce ne sont pas les hauteurs auxquelles on accède qui comptent, mais bien les profondeurs d’où l’on vient », se donne-t-il comme credo), ébranlèrent bien des certitudes parmi les dirigeants américains de l’époque, à commencer par le premier d’entre eux, J. F. Kennedy, qui, avec sa femme Jackie, aimait recevoir à la Maison Blanche cet Africain secret et visionnaire.
Ce chrétien séduit par les idées issues des Lumières et du… marxisme, accroché au principe de liberté, semblait venir d’une planète inconnue et démontrait, bien avant la lettre, qu’un autre monde était possible. Il jeta des passerelles durables entre les Africains et les Africains-Américains. Il comprit, avant les autorités américaines, qu’une Afrique indépendante avec ses représentants, drapés sous leurs boubous bariolés dans les couloirs de la Maison Blanche et traînant savate le long de Pennsylvania Avenue, pouvaient poser de sérieuses difficultés à un pays encore soumis à la ségrégation raciale. Les Américains ouvrirent les portes de leurs Universités aux Africains, accordèrent des bourses en masse à des étudiants, et parmi ceux qui, par la suite, en bénéficièrent, un jeune berger kenyan, rêvassant (déjà, d’un monde meilleur ?) au milieu de son troupeau : le père de l’actuel Président des Etats-Unis.
Le rêve de K. Nkrumah, c’est aussi le rêve du père de B. Obama. Dans l’almanach 1939 de l’Université Lincoln où K. Nkrumah fit ses études avant d’y enseigner, il est noté : « l’Afrique est le plus cher de ses rêves » ; « Nkrumah était un homme habité par un rêve. Pour réaliser ce rêve, il savait qu’il avait besoin des pouvoirs qu’un savoir éclectique confère. Pour Nkrumah, étudier était toujours une expérience préméditée », écrit le président de la même université. Il faisait plus que de rêver de l’Afrique, il mettait l’Afrique au cœur de son éblouissement onirique, il était habité par l’Afrique. Devenu Président, il poursuivra infatigablement son rêve sans vraiment se rendre compte qu’il le posait sur les réalités nues et plombées de la guerre froide.
A l’exemple de la plupart des nationalistes africains, il sera lui aussi victime du refus têtu de comprendre la distinction radicale que l’Occident opère depuis toujours entre le discours éthique et la pratique politique, comme si lumières et obscurités n’étaient pas les sœurs jumelles au fondement des cultures et des civilisations humaines. Au lendemain de l’assassinat de Patrice Lumumba en février 1961 jusqu’au coup d’état militaire qui fit voler en éclats son régime en février 1966 alors qu’il était en voyage hors du Ghana, sa tête sera quasiment mise à prix (il aura échappé à pas moins de trois attentats !). La chute de K. Nkrumah fut vécu par les Africains soucieux de liberté comme un traumatisme. J. Ziegler racontera plus tard, dans un de ses livres, que des étudiants africains, inscrits à l’Université de Genève au moment du coup d’Etat contre K. Nkrumah, abandonnèrent leurs études pour ne plus jamais les reprendre.
« L’avenir de l’Afrique dépend des Africains », a dit B. Obama lors de son discours d’Accra. Dont acte ! C’est justement ce que proclamaient K. Nkrumah (avant que la CIA ne lui fit mordre la poussière) et tous les nationalistes africains depuis près d’un demi-siècle dont certains moururent, assassinés. C’est exactement ce que dit aujourd’hui la colère des peuples, confrontée à la docilité et à la boulimie prédatrice d’une partie importante des élites africaines (en phase avec les brigands internationaux de tout poil : cf. le film documentaire Katanga Business). A la chute de K. Nkrumah, un journaliste américain, correspondant aux Nations unies écrit : « Il y a une lutte énorme qui s’instaure en ce moment sur le continent africain pour empêcher les pays africains d’avoir accès… au contrôle de leurs ressources naturelles et de leur richesses matérielles…
Ce deuxième et dernier niveau de l’indépendance est le plus important niveau parce que sans ce contrôle de l’économie et des ressources naturelles d’un pays, le contrôle politique est plutôt inconséquent. » Ces lignes, qui datent de mars 1966, pourraient être écrites aujourd’hui. Le leader ghanéen est probablement, avec Nelson Mandela (qui, on l’oublie trop souvent en ces temps d’icônisation, fut emprisonné pour avoir pris les armes contre un régime raciste, bête et très méchant !), la seule figure africaine inscrite en bonne place dans la mémoire culturelle afro-américaine. En réalité - chronologiquement du moins - ce n’est pas B. Obama qui a choisi le Ghana, c’est l’histoire africaine du Ghana qui a rattrapé B. Obama.
L’autre jour, la télévision a diffusé l’hommage rendu à une star, calcinée à mi-vie par les flammes de la gloire. De Bessie Smith à Miles Davis en passant par Charlie Parker, ceux qui mirent en musique les mots salvateurs ont dû regarder, avec l’assemblée des vivants, les images d’un Michael Jackson, emportant sous ses semelles les vents de l’immortalité. A des milliers de kilomètres d’Accra et de Dakar, Pathé Diagne, le Sénégalais qui connaît le mieux cette période des grandes rencontres entre Africains et Africains-Américains, qui les a vécues dans ses réelles intensités aussi bien à la UCLA, Harvard ou Cornell où il enseignait alors qu’avec les musiciens de jazz, regardait son téléviseur, les yeux légèrement embués, fixant, immobile, les performances post-mortem de ce fils prodigue.
Le troisième fils, celui de K. Nkrumah, aujourd’hui médecin à Accra, doit bien s’interroger, entre deux coups de bistouri, sur les retournements effarants de l’histoire…
Mangoné NIANG
Le plus grand continent du monde après l’Asie tant en surface qu’en population, l’Afrique (20 % des terres émergées sur la surface terrestre) recèle des matières premières récemment évaluées à près de 46.200 milliards de dollars (cf. Les Afriques, 78, 2009). Ces matières premières constituent une part seulement du trésor qui gît sous nos pieds ; par ailleurs, il n’est pas tenu compte de ses autres richesses comme les terres agricoles, les fleuves, les forêts, etc. ou – ce qu’on ne pourra jamais chiffrer et qui est inépuisable – la vitalité de sa population, sa créativité artistique, etc. Faut-il y intégrer ce que valent les Africains à travers l’immigration choisie ? Si l’on aligne les seuls dons de la nature, rien, a priori ne peut expliquer que ce continent potentiellement si riche reste encore sous-développée. Vraiment rien ? Ce n’est pas ce que raconte le droit d’inventaire…
Homme de ruptures, B. Obama, en venant en Afrique dès le premier semestre de son mandat, remet notre continent sur l’agenda international alors que celui-ci était relégué jusqu’ici aux dernières semaines du deuxième mandat des présidents américains. Au lieu d’une tournée sur plusieurs pays, qu’il promet de faire plus tard, il choisit, retour des pays de l’Est de l’Europe et du G8, d’aller dans un seul pays africain, le Ghana. Du même coup, il donne l’impression de renouer avec le fil coupé dès l’origine des indépendances africaines dont on fêtera bientôt le cinquantenaire. C’est sur ce bout de terre atlantique que repose, selon son souhait et pour l’éternité, un des plus grands pionniers de la renaissance afro-américaine et africaine : William Edward Burghartdt Du Bois (1868 – 1963), diplômé de Harvard et premier Noir titulaire d’un doctorat en 1895, théoricien du panafricanisme et concepteur du projet de l’Encyclopedia Africana ; à ses côtés, un autre Africain-Américain, George Padmore, conseiller politique de Nkrumah, auteur de « Panafricanisme ou Communisme ? ». Premier pays indépendant d’Afrique en Mars 1957, le Ghana – qui prit le nom d’un ancien Empire non situé sur son territoire – porte, plus qu’aucun autre pays africain, une grande partie de la conscience combattante et constructive d’une Afrique qui se voulait libre et souveraine. C’est donc une visite à toute l’Afrique.
Certes, il dit lui-même que son choix s’est porté sur ce pays en raison de sa stabilité politique et son exemplarité démocratique. On ne peut que le croire ; on aimerait tant que, dans l’entreprise de pacification des esprits qu’il imprime depuis qu’il est juché sur l’observatoire le pus élevé du monde au sein des relations entre les nations (déterminées, comme tout le monde le sait, par le conflit d’intérêts, la croyance ou la domination), qu’il réussisse son pari et puisse remettre sur ses pieds un monde qui, manifestement, marche par la tête. Il a fait un pèlerinage au fort de Cape Coast, un véritable lieu de mémoire marqué par l’esclavage et la longue infériorisation des Noirs.
Homme de discours, il s’est adressé enfin aux parlementaires ghanéens et, à travers eux, à l’ensemble de la classe politique africaine. Ce que pourtant cette visite ne semble pas dire, mais qui se donne à voir autant dans les perceptions que dans la courte durée ou même les mots intériosés, c’est l’hommage à la mémoire d’un des plus dignes fils de l’Afrique : Nkwame Nkrumah (1909 – 1972).
Premier président du Ghana indépendant, il fut le théoricien et l’un des plus ardents partisans de l’Unité de l’Afrique (ne vous y fiez pas : tous ceux qui faisaient ces derniers jours la danse du ventre à Syrte ne l’ont pas lu et certains d’entre eux pensent qu’il était gardien de nuit dans un garage du New Jersey ou de Kumasi !…) ; en outre, bien que les Etats-Unis et l’Afrique eurent des échanges marqués par la violence de l’esclavage (c’est en 1619 que les colonies nord-américaines reçurent leur premier contingent d’esclaves) et par celle de la guerre froide (lors du voyage de B. Clinton en Afrique en 1998, ainsi que l’ont relevé les chroniqueurs contemporains, celui-ci exprimera les regrets des Etats-Unis concernant leur rôle dans le commerce de l’esclavage, le soutien à des régimes répressifs et corrompus durant la guerre froide et la lenteur à reconnaître l’existence d’un génocide au Rwanda), on peut considérer K. Nkrumah comme l’inventeur, après les indépendances, de la politique africaine des Etats-Unis. « Dès qu’il s’agit de valoriser un projet touchant la Gold Coast, le modèle « Nkrumah » est tout de suite convoqué. Si le département d’Etat bénéficie d’un meilleur traitement en Gold Coast, c’est grâce à Nkrumah. Si Nkrumak est jugé amical, sincère et avisé par un officier américain, c’est grâce à l’Amérique », écrit l’historienne C. Laronce dans le remarquable ouvrage qu’elle a consacré aux rapports fascinants et compliqués entre Nkrumah, le panafricanisme et les Etats-Unis.
Parti comme étudiant aux Etats-Unis en Octobre 1935 dans le sillage de Nnamdi Azikiwe (qui deviendra plus tard Président de la Fédération du Nigeria), celui qui allait devenir le leader du panafricanisme ouvrit véritablement les portes des Africains voyageant volontairement aux Etats-Unis et contribua, dans le même mouvement, à jeter les bases de la politique américaine en Afrique. Son charisme incontestable, sa vaste culture et sa simplicité, étonnante pour un dirigeant politique « …ce ne sont pas les hauteurs auxquelles on accède qui comptent, mais bien les profondeurs d’où l’on vient », se donne-t-il comme credo), ébranlèrent bien des certitudes parmi les dirigeants américains de l’époque, à commencer par le premier d’entre eux, J. F. Kennedy, qui, avec sa femme Jackie, aimait recevoir à la Maison Blanche cet Africain secret et visionnaire.
Ce chrétien séduit par les idées issues des Lumières et du… marxisme, accroché au principe de liberté, semblait venir d’une planète inconnue et démontrait, bien avant la lettre, qu’un autre monde était possible. Il jeta des passerelles durables entre les Africains et les Africains-Américains. Il comprit, avant les autorités américaines, qu’une Afrique indépendante avec ses représentants, drapés sous leurs boubous bariolés dans les couloirs de la Maison Blanche et traînant savate le long de Pennsylvania Avenue, pouvaient poser de sérieuses difficultés à un pays encore soumis à la ségrégation raciale. Les Américains ouvrirent les portes de leurs Universités aux Africains, accordèrent des bourses en masse à des étudiants, et parmi ceux qui, par la suite, en bénéficièrent, un jeune berger kenyan, rêvassant (déjà, d’un monde meilleur ?) au milieu de son troupeau : le père de l’actuel Président des Etats-Unis.
Le rêve de K. Nkrumah, c’est aussi le rêve du père de B. Obama. Dans l’almanach 1939 de l’Université Lincoln où K. Nkrumah fit ses études avant d’y enseigner, il est noté : « l’Afrique est le plus cher de ses rêves » ; « Nkrumah était un homme habité par un rêve. Pour réaliser ce rêve, il savait qu’il avait besoin des pouvoirs qu’un savoir éclectique confère. Pour Nkrumah, étudier était toujours une expérience préméditée », écrit le président de la même université. Il faisait plus que de rêver de l’Afrique, il mettait l’Afrique au cœur de son éblouissement onirique, il était habité par l’Afrique. Devenu Président, il poursuivra infatigablement son rêve sans vraiment se rendre compte qu’il le posait sur les réalités nues et plombées de la guerre froide.
A l’exemple de la plupart des nationalistes africains, il sera lui aussi victime du refus têtu de comprendre la distinction radicale que l’Occident opère depuis toujours entre le discours éthique et la pratique politique, comme si lumières et obscurités n’étaient pas les sœurs jumelles au fondement des cultures et des civilisations humaines. Au lendemain de l’assassinat de Patrice Lumumba en février 1961 jusqu’au coup d’état militaire qui fit voler en éclats son régime en février 1966 alors qu’il était en voyage hors du Ghana, sa tête sera quasiment mise à prix (il aura échappé à pas moins de trois attentats !). La chute de K. Nkrumah fut vécu par les Africains soucieux de liberté comme un traumatisme. J. Ziegler racontera plus tard, dans un de ses livres, que des étudiants africains, inscrits à l’Université de Genève au moment du coup d’Etat contre K. Nkrumah, abandonnèrent leurs études pour ne plus jamais les reprendre.
« L’avenir de l’Afrique dépend des Africains », a dit B. Obama lors de son discours d’Accra. Dont acte ! C’est justement ce que proclamaient K. Nkrumah (avant que la CIA ne lui fit mordre la poussière) et tous les nationalistes africains depuis près d’un demi-siècle dont certains moururent, assassinés. C’est exactement ce que dit aujourd’hui la colère des peuples, confrontée à la docilité et à la boulimie prédatrice d’une partie importante des élites africaines (en phase avec les brigands internationaux de tout poil : cf. le film documentaire Katanga Business). A la chute de K. Nkrumah, un journaliste américain, correspondant aux Nations unies écrit : « Il y a une lutte énorme qui s’instaure en ce moment sur le continent africain pour empêcher les pays africains d’avoir accès… au contrôle de leurs ressources naturelles et de leur richesses matérielles…
Ce deuxième et dernier niveau de l’indépendance est le plus important niveau parce que sans ce contrôle de l’économie et des ressources naturelles d’un pays, le contrôle politique est plutôt inconséquent. » Ces lignes, qui datent de mars 1966, pourraient être écrites aujourd’hui. Le leader ghanéen est probablement, avec Nelson Mandela (qui, on l’oublie trop souvent en ces temps d’icônisation, fut emprisonné pour avoir pris les armes contre un régime raciste, bête et très méchant !), la seule figure africaine inscrite en bonne place dans la mémoire culturelle afro-américaine. En réalité - chronologiquement du moins - ce n’est pas B. Obama qui a choisi le Ghana, c’est l’histoire africaine du Ghana qui a rattrapé B. Obama.
L’autre jour, la télévision a diffusé l’hommage rendu à une star, calcinée à mi-vie par les flammes de la gloire. De Bessie Smith à Miles Davis en passant par Charlie Parker, ceux qui mirent en musique les mots salvateurs ont dû regarder, avec l’assemblée des vivants, les images d’un Michael Jackson, emportant sous ses semelles les vents de l’immortalité. A des milliers de kilomètres d’Accra et de Dakar, Pathé Diagne, le Sénégalais qui connaît le mieux cette période des grandes rencontres entre Africains et Africains-Américains, qui les a vécues dans ses réelles intensités aussi bien à la UCLA, Harvard ou Cornell où il enseignait alors qu’avec les musiciens de jazz, regardait son téléviseur, les yeux légèrement embués, fixant, immobile, les performances post-mortem de ce fils prodigue.
Le troisième fils, celui de K. Nkrumah, aujourd’hui médecin à Accra, doit bien s’interroger, entre deux coups de bistouri, sur les retournements effarants de l’histoire…
Mangoné NIANG
Vidéo du discours du président américain Barack Obama devant le parlement du Ghana le 11 Juillet 2009 | Afrique Avenir
Obama renvoie les Africains à leurs responsabilités - l'Humanite
Obama renvoie les Africains à leurs responsabilités - l'Humanite
Obama renvoie les Africains à leurs responsabilités
Devant le Parlement ghanéen, le président américain évacue le rôle joué par les grandes puissances en Afrique et appelle le continent à se prendre en main en luttant contre la corruption.
« Le XXIe siècle sera forgé par ce qui se passe, non seulement à Rome, Moscou ou Washington, mais aussi à Accra », capitale du Ghana. Tel est l’un des SMS qu’ont reçus des milliers d’Africains sur leur mobile. C’est là un extrait du discours du président des États-Unis Barack Obama devant le Parlement ghanéen, à l’occasion de son premier voyage en Afrique. Au cours de sa visite de vingt-quatre heures, il s’est également rendu à Cape Coast, lieu de départ vers l’Amérique pour des millions d’esclaves. « Cette visite rappelle la capacité de l’être humain à faire le mal absolu », s’est-il ému, utilisant les mêmes termes que lors de sa visite du camp nazi d’extermination de Buchenwald le mois dernier.
PLUTÔT À LA QUÊTE DE RESSOURCES
Le discours de Barack Obama place les Africains devant leurs propres responsabilités. « Il est vrai qu’une carte coloniale qui n’avait guère de sens a contribué à susciter des conflits, et l’Occident a souvent traité avec l’Afrique avec condescendance, à la quête de ressources plutôt qu’en partenaire. Cependant, l’Occident n’est pas responsable de la destruction de l’économie zimbabwéenne au cours des dix dernières années », a-t-il ainsi énoncé. Le président a appelé à la lutte contre la corruption : « Comment voulez-vous qu’on investisse dans des pays où le gouvernement prend des commissions sous la table de 20% ? » Détournant son slogan de campagne en « Yes, you can », « oui, vous pouvez », il leur délivre le message : « Vous assumez la responsabilité de votre avenir ». Les États-Unis seront là pour accompagner les changements, en partenaires. Revenant du G20 de Rome avec la décision des grands d’octroyer 20 milliards de dollars à la « sécurité alimentaire », il a ainsi annoncé à Accra une hausse de l’aide au développement et des investissements dans les « systèmes de santé publique ». Barack Obama appelle au développement de la démocratie, raison pour laquelle il a choisi comme premier voyage en Afrique le Ghana, qui a connu diverses alternances. Le progrès de la bonne gouvernance « ne possède sans doute pas l’aspect dramatique des luttes de libération du XXe siècle, mais (…) il sera, en fin de compte, plus significatif ». À la manière du discours de Nicolas Sarkozy devant les étudiants de l’université de Dakar le 26 juillet 2007, il fait des maux du continent un problème avant tout interne. Si Tim Hurithi, de l’Institut des études de sécurité, organisation sud-africaine, apprécie le discours de Barack Obama qui appelle à travailler « main dans la main », il regrette un discours « louable mais (…) court et (qui comprend) un certain nombre d’omissions, comme le rôle des États-Unis dans la guerre froide ». Mettre en avant les défis du développement de la démocratie ou de la lutte contre la corruption n’est pas nouveau dans la bouche d’un dirigeant du Nord. Déjà en 1990 à La Baule François Mitterrand avait fixé ces objectifs, mais avait pris en compte dans son discours le poids de la « dette » et du « colonialisme des affaires », renvoyés par les présidents actuels de la France et des États-Unis à des choses du passé.
UNE STRATÉGIE SUBTILE
« Le voyage du président Barack Obama au Ghana les 10 et 11 juillet est une stratégie subtile de la Maison- Blanche concernant le pétrole, afin de sécuriser une autre source d’énergie sur le continent africain », se réjouissait d’ailleurs Patrick Morris dans un communiqué de son entreprise Gold Star Ressources, qui explore les champs pétrolifères en Afrique de l’Ouest. 15 % des importations de pétrole américaines proviennent de cette région. Une part qui pourrait grimper à 25 % d’ici à 2020.
Gaël De Santis
Obama renvoie les Africains à leurs responsabilités
Devant le Parlement ghanéen, le président américain évacue le rôle joué par les grandes puissances en Afrique et appelle le continent à se prendre en main en luttant contre la corruption.
« Le XXIe siècle sera forgé par ce qui se passe, non seulement à Rome, Moscou ou Washington, mais aussi à Accra », capitale du Ghana. Tel est l’un des SMS qu’ont reçus des milliers d’Africains sur leur mobile. C’est là un extrait du discours du président des États-Unis Barack Obama devant le Parlement ghanéen, à l’occasion de son premier voyage en Afrique. Au cours de sa visite de vingt-quatre heures, il s’est également rendu à Cape Coast, lieu de départ vers l’Amérique pour des millions d’esclaves. « Cette visite rappelle la capacité de l’être humain à faire le mal absolu », s’est-il ému, utilisant les mêmes termes que lors de sa visite du camp nazi d’extermination de Buchenwald le mois dernier.
PLUTÔT À LA QUÊTE DE RESSOURCES
Le discours de Barack Obama place les Africains devant leurs propres responsabilités. « Il est vrai qu’une carte coloniale qui n’avait guère de sens a contribué à susciter des conflits, et l’Occident a souvent traité avec l’Afrique avec condescendance, à la quête de ressources plutôt qu’en partenaire. Cependant, l’Occident n’est pas responsable de la destruction de l’économie zimbabwéenne au cours des dix dernières années », a-t-il ainsi énoncé. Le président a appelé à la lutte contre la corruption : « Comment voulez-vous qu’on investisse dans des pays où le gouvernement prend des commissions sous la table de 20% ? » Détournant son slogan de campagne en « Yes, you can », « oui, vous pouvez », il leur délivre le message : « Vous assumez la responsabilité de votre avenir ». Les États-Unis seront là pour accompagner les changements, en partenaires. Revenant du G20 de Rome avec la décision des grands d’octroyer 20 milliards de dollars à la « sécurité alimentaire », il a ainsi annoncé à Accra une hausse de l’aide au développement et des investissements dans les « systèmes de santé publique ». Barack Obama appelle au développement de la démocratie, raison pour laquelle il a choisi comme premier voyage en Afrique le Ghana, qui a connu diverses alternances. Le progrès de la bonne gouvernance « ne possède sans doute pas l’aspect dramatique des luttes de libération du XXe siècle, mais (…) il sera, en fin de compte, plus significatif ». À la manière du discours de Nicolas Sarkozy devant les étudiants de l’université de Dakar le 26 juillet 2007, il fait des maux du continent un problème avant tout interne. Si Tim Hurithi, de l’Institut des études de sécurité, organisation sud-africaine, apprécie le discours de Barack Obama qui appelle à travailler « main dans la main », il regrette un discours « louable mais (…) court et (qui comprend) un certain nombre d’omissions, comme le rôle des États-Unis dans la guerre froide ». Mettre en avant les défis du développement de la démocratie ou de la lutte contre la corruption n’est pas nouveau dans la bouche d’un dirigeant du Nord. Déjà en 1990 à La Baule François Mitterrand avait fixé ces objectifs, mais avait pris en compte dans son discours le poids de la « dette » et du « colonialisme des affaires », renvoyés par les présidents actuels de la France et des États-Unis à des choses du passé.
UNE STRATÉGIE SUBTILE
« Le voyage du président Barack Obama au Ghana les 10 et 11 juillet est une stratégie subtile de la Maison- Blanche concernant le pétrole, afin de sécuriser une autre source d’énergie sur le continent africain », se réjouissait d’ailleurs Patrick Morris dans un communiqué de son entreprise Gold Star Ressources, qui explore les champs pétrolifères en Afrique de l’Ouest. 15 % des importations de pétrole américaines proviennent de cette région. Une part qui pourrait grimper à 25 % d’ici à 2020.
Gaël De Santis
Serena Williams chez les Obama
Serena Williams chez les Obama , Culture - Information NouvelObs.com
15.07.2009 08:09
Avant de partir pour le Missouri où il devait donner le coup d'envoi d'un match de baseball, le président américain Barack Obama a reçu Serena Williams à la Maison Blanche, mardi.
"C'était hallucinant", a déclaré la championne de Wimbledon. "J'adore le président Obama; il a une présence incroyable et même temps, il semble si naturel. Et il a remarqué mes chaussures. Je pense que la vraie histoire du jour a été qu'il a aimé mes chaussures".
Pour cette visite présidentielle, la joueuse de tennis a tenu à porter des talons hauts de 13 centimètres.
"Il (Obama) s'est demandé si c'était vraiment nécessaire que je porte des talons hauts. Et quelque part, il avait raison. Parce que pour moi c'était la mission de tous les dangers mais j'ai tenu à les porter", a souligné Williams.
Serena Williams a également rencontré le reste de la famille Obama dont la Première dame sous le charme de laquelle elle est tombée. "J'ignorais qu'elle avait une personnalité aussi fascinante. Elle m'a fait craquer et rire. Je savais qu'elle était une grande dame mais à présent je comprends vraiment l'importance de cette Première dame pour les Etats-Unis. Et les enfants sont tout simplement trop mignons et gentils. Tout comme le chien".
15.07.2009 08:09
Avant de partir pour le Missouri où il devait donner le coup d'envoi d'un match de baseball, le président américain Barack Obama a reçu Serena Williams à la Maison Blanche, mardi.
"C'était hallucinant", a déclaré la championne de Wimbledon. "J'adore le président Obama; il a une présence incroyable et même temps, il semble si naturel. Et il a remarqué mes chaussures. Je pense que la vraie histoire du jour a été qu'il a aimé mes chaussures".
Pour cette visite présidentielle, la joueuse de tennis a tenu à porter des talons hauts de 13 centimètres.
"Il (Obama) s'est demandé si c'était vraiment nécessaire que je porte des talons hauts. Et quelque part, il avait raison. Parce que pour moi c'était la mission de tous les dangers mais j'ai tenu à les porter", a souligné Williams.
Serena Williams a également rencontré le reste de la famille Obama dont la Première dame sous le charme de laquelle elle est tombée. "J'ignorais qu'elle avait une personnalité aussi fascinante. Elle m'a fait craquer et rire. Je savais qu'elle était une grande dame mais à présent je comprends vraiment l'importance de cette Première dame pour les Etats-Unis. Et les enfants sont tout simplement trop mignons et gentils. Tout comme le chien".
mardi 14 juillet 2009
Obama en Afrique: le tsunami affectif
Abidjan.net Obama en Afrique: le tsunami affectif
Slate.fr - Un coup de maître au Ghana, en forme de rêve américain. «Yes he can». Barack Obama a encore réussi un coup de maître avec sa visite au Ghana le 11 juin. Son premier retour en Afrique en tant que Président des Etats-Unis. Le premier voyage sur le continent noir d'un chef d'Etat américain noir. A cette occasion, il a fait preuve d'une popularité sans égale. En Afrique, il y a longtemps que les autocollants Ben Laden ont laissé place à ceux à la gloire de ce «fils du continent».En choisissant d'effectuer au Ghana son premier voyage sur le continent Barack Obama a envoyé un message clair aux Africains. Dans ses relations avec le continent l'Amérique va donner une prime à la démocratie. En ce domaine, le Ghana est en effet l'une des plus belles réussites de l'Afrique. Ce pays a connu deux alternances démocratiques en dix ans. Il est dirigé par John Attah Mills, un professeur de droit.Une visite habileVoisin de la turbulente Côte d'Ivoire le Ghana connaît un développement économique régulier. Une importante classe moyenne s'est développée ces dernières années, alors même que le Ghana n'est pas le pays le mieux doté du continent en matières premières. Accra a bien davantage investi dans la matière grise. Sa jeunesse est l'une des mieux formées du continent. Les médecins et infirmières ghanéens sont très présents en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Au point même d'y être plus nombreux qu'au Ghana, ce qui n'empêche pas ce pays de se développer.Le choix du Ghana est d'autant plus habile qu'il évite à Barack Obama d'avoir à arbitrer entre les deux poids lourds du continent: l'Afrique du Sud et le Nigeria. Deux pays dont les relations sont tout sauf cordiales et qui se disputent le leadership continental.Deux pays alliés des Etats-Unis et qui ont déçu les espoirs placés en eux. Les derniers scrutins au Nigeria ont été des farces électorales. Quant à la démocratie sud-africaine, elle inquiète, en raison de la personnalité de son nouveau président, Jacob Zuma.La fin de la victimisationObama a tenu un discours des plus clairs, notamment à l'égard des dictatures qui continuent à dominer le paysage politique du continent: «L'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts, elle a besoin d'institutions fortes...L'aide, ce n'est pas une fin en soi. Le but de l'assistance étrangère doit être de créer les conditions pour qu'elle ne soit plus nécessaire». Il a également voulu en finir avec le discours de certains Africains qui se présentent comme les perpétuelles victimes de l'Occident: «Les maladies et les conflits ont ravagé plusieurs régions du continent africain... Certes, il est facile de pointer du doigt et de rejeter la responsabilité de ces problèmes sur d'autres. Il est vrai que les frontières coloniales qui n'avaient guère de sens ont contribué à susciter des conflits et l'Occident a souvent traité l'Afrique avec condescendance, en quête de ressources plutôt qu'à la recherche d'un partenaire. Cependant, l'Occident n'est pas responsable de la destruction de l'économie zimbabwéenne au cours des dix dernières années ni des guerres où des enfants sont enrôlés comme soldats».Lors de ses visites au Kenya -le pays de son père- , il avait tenu des discours particulièrement musclés dénonçant notamment l'incapacité du Kenya à se doter d'un «gouvernement transparent et fiable».Si un dirigeant français ou britannique tenait ce genre de discours, il serait immédiatement accusé de néo-colonialisme. Barack Obama a un triple avantage: il est immensément populaire. Il est considéré comme un enfant du pays. Et il dirige une Nation qui n'a pas de passé colonial.Comme nous l'a déclaré l'écrivain djiboutien Abdourahman Waberi, la visite d'Obama provoque un «tsunami affectif». D'autant, ajoute Waberi qu'il a aussi dénoncé «l'idée désastreuse selon laquelle le but de la politique serait de capter la plus grosse part du gâteau au bénéfice de sa famille et de sa tribu».Le rêve américain loin devant le rêve françaisObama n'incarne pas simplement le fils de l'Afrique qui a réalisé les rêves de son père. Il symbolise aussi pour les Africains le rêve américain qui n'a rien perdu de sa force sur le continent noir. Bien au contraire. L'idée qu'un fils d'Africain puisse devenir le Président de la première puissance mondiale tout simplement parce qu'il est très talentueux est d'autant plus séduisante qu'elle va à l'encontre de tout ce que voient les Africains à longueur de journée. «Dans nos pays, les gens brillants intègres et travailleurs sont le plus souvent écartés des fonctions importantes. Quant ils ne sont pas simplement éliminés physiquement parce qu'ils dérangent des mafias bien en place au cœur du pouvoir», souligne l'écrivain nigérian Steve Ugwu.Ce n'est pas un hasard si le drapeau américain flotte un peu partout en Afrique. Même sur les pirogues des pêcheurs de Saint Louis au Sénégal ou de Cotonou au Bénin, la bannière étoilée défie les vents violents de l'océan Atlantique.Les images de télévision et de cinéma venues d'Amérique envoient un message fort à l'Afrique. Celle d'un pays où des noirs peuvent réussir par leur travail et leur talent. Les séries made in Hollywood montrent depuis longtemps déjà des Présidents américains noirs.Beaucoup de jeunes Africains francophones l'avouent bien volontiers, l'Amérique a remplacé de longue date la France dans leurs cœurs. Un étudiant béninois qui rêve d'une Green card m'a récemment déclaré: «La France est perçue comme un pays fermé qui ne veut pas s'ouvrir aux autres alors que l'Amérique fait figure de terre de tous les possibles. L'Obamania n'est pas prêt de faiblir».Pierre Malet
Slate.fr - Un coup de maître au Ghana, en forme de rêve américain. «Yes he can». Barack Obama a encore réussi un coup de maître avec sa visite au Ghana le 11 juin. Son premier retour en Afrique en tant que Président des Etats-Unis. Le premier voyage sur le continent noir d'un chef d'Etat américain noir. A cette occasion, il a fait preuve d'une popularité sans égale. En Afrique, il y a longtemps que les autocollants Ben Laden ont laissé place à ceux à la gloire de ce «fils du continent».En choisissant d'effectuer au Ghana son premier voyage sur le continent Barack Obama a envoyé un message clair aux Africains. Dans ses relations avec le continent l'Amérique va donner une prime à la démocratie. En ce domaine, le Ghana est en effet l'une des plus belles réussites de l'Afrique. Ce pays a connu deux alternances démocratiques en dix ans. Il est dirigé par John Attah Mills, un professeur de droit.Une visite habileVoisin de la turbulente Côte d'Ivoire le Ghana connaît un développement économique régulier. Une importante classe moyenne s'est développée ces dernières années, alors même que le Ghana n'est pas le pays le mieux doté du continent en matières premières. Accra a bien davantage investi dans la matière grise. Sa jeunesse est l'une des mieux formées du continent. Les médecins et infirmières ghanéens sont très présents en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Au point même d'y être plus nombreux qu'au Ghana, ce qui n'empêche pas ce pays de se développer.Le choix du Ghana est d'autant plus habile qu'il évite à Barack Obama d'avoir à arbitrer entre les deux poids lourds du continent: l'Afrique du Sud et le Nigeria. Deux pays dont les relations sont tout sauf cordiales et qui se disputent le leadership continental.Deux pays alliés des Etats-Unis et qui ont déçu les espoirs placés en eux. Les derniers scrutins au Nigeria ont été des farces électorales. Quant à la démocratie sud-africaine, elle inquiète, en raison de la personnalité de son nouveau président, Jacob Zuma.La fin de la victimisationObama a tenu un discours des plus clairs, notamment à l'égard des dictatures qui continuent à dominer le paysage politique du continent: «L'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts, elle a besoin d'institutions fortes...L'aide, ce n'est pas une fin en soi. Le but de l'assistance étrangère doit être de créer les conditions pour qu'elle ne soit plus nécessaire». Il a également voulu en finir avec le discours de certains Africains qui se présentent comme les perpétuelles victimes de l'Occident: «Les maladies et les conflits ont ravagé plusieurs régions du continent africain... Certes, il est facile de pointer du doigt et de rejeter la responsabilité de ces problèmes sur d'autres. Il est vrai que les frontières coloniales qui n'avaient guère de sens ont contribué à susciter des conflits et l'Occident a souvent traité l'Afrique avec condescendance, en quête de ressources plutôt qu'à la recherche d'un partenaire. Cependant, l'Occident n'est pas responsable de la destruction de l'économie zimbabwéenne au cours des dix dernières années ni des guerres où des enfants sont enrôlés comme soldats».Lors de ses visites au Kenya -le pays de son père- , il avait tenu des discours particulièrement musclés dénonçant notamment l'incapacité du Kenya à se doter d'un «gouvernement transparent et fiable».Si un dirigeant français ou britannique tenait ce genre de discours, il serait immédiatement accusé de néo-colonialisme. Barack Obama a un triple avantage: il est immensément populaire. Il est considéré comme un enfant du pays. Et il dirige une Nation qui n'a pas de passé colonial.Comme nous l'a déclaré l'écrivain djiboutien Abdourahman Waberi, la visite d'Obama provoque un «tsunami affectif». D'autant, ajoute Waberi qu'il a aussi dénoncé «l'idée désastreuse selon laquelle le but de la politique serait de capter la plus grosse part du gâteau au bénéfice de sa famille et de sa tribu».Le rêve américain loin devant le rêve françaisObama n'incarne pas simplement le fils de l'Afrique qui a réalisé les rêves de son père. Il symbolise aussi pour les Africains le rêve américain qui n'a rien perdu de sa force sur le continent noir. Bien au contraire. L'idée qu'un fils d'Africain puisse devenir le Président de la première puissance mondiale tout simplement parce qu'il est très talentueux est d'autant plus séduisante qu'elle va à l'encontre de tout ce que voient les Africains à longueur de journée. «Dans nos pays, les gens brillants intègres et travailleurs sont le plus souvent écartés des fonctions importantes. Quant ils ne sont pas simplement éliminés physiquement parce qu'ils dérangent des mafias bien en place au cœur du pouvoir», souligne l'écrivain nigérian Steve Ugwu.Ce n'est pas un hasard si le drapeau américain flotte un peu partout en Afrique. Même sur les pirogues des pêcheurs de Saint Louis au Sénégal ou de Cotonou au Bénin, la bannière étoilée défie les vents violents de l'océan Atlantique.Les images de télévision et de cinéma venues d'Amérique envoient un message fort à l'Afrique. Celle d'un pays où des noirs peuvent réussir par leur travail et leur talent. Les séries made in Hollywood montrent depuis longtemps déjà des Présidents américains noirs.Beaucoup de jeunes Africains francophones l'avouent bien volontiers, l'Amérique a remplacé de longue date la France dans leurs cœurs. Un étudiant béninois qui rêve d'une Green card m'a récemment déclaré: «La France est perçue comme un pays fermé qui ne veut pas s'ouvrir aux autres alors que l'Amérique fait figure de terre de tous les possibles. L'Obamania n'est pas prêt de faiblir».Pierre Malet
Le regard d'Obama sur l'Afrique
André Larocque : Le regard d'Obama sur l'Afrique Éditoriaux
André LarocqueLe Droit
L'espoir. Simplement l'espoir.
L'espoir de jours meilleurs. L'espoir que la population de l'Afrique, ce continent mal aimé, ce continent de tous les maux, puisse enfin avoir voix au chapitre. L'espoir d'un développement respectueux. L'espoir que la paix succède aux conflits et que les efforts communs permettent d'endiguer ces maladies qui minent son avenir.
C'est le message à la fois intense mais réaliste qu'a livré ce week-end le président américain Barack Obama, lors de sa première visite officielle en Afrique. De passage au Ghana, une des rares démocraties africaines, Obama a lancé un vibrant appel à l'Afrique pour qu'elle prenne sa destinée en main.
Inspiré par sa récente campagne présidentielle au cours de laquelle il a su convaincre des millions d'Américains de lui faire confiance, Barack Obama a insisté avec justesse, intensité et conviction sur l'importance pour l'Afrique de combattre les pratiques antidémocratiques, les conflits et la maladie.
Mais plus encore, il a su faire confiance aux Africains.
Mais la route vers des jours meilleurs sera longue et parsemée d'embûches.
De grands défis
La croissance démographique sera fulgurante en Afrique dont la population devrait doubler d'ici 40 ans pour atteindre deux milliards de personnes. Le continent comptera alors 22% de la population mondiale.
Cette démographie galopante se traduira par des défis majeurs en matière d'économie, de santé, d'éducation et de gouvernance. La lutte au sida exigera à elle seule des efforts constants pour tenter de relever l'espérance de vie dans ces pays en voie de développement.
La barre est haute et l'Afrique n'y parviendra pas seule. L'appui des pays industrialisés et de l'Amérique est incontournable.
Malgré tant de défis, l'Afrique se doit de rêver du jour où la paix éliminera la guerre, où la démocratie vaincra le népotisme et la corruption, où la santé triomphera de la maladie et où la richesse ne sera pas uniquement le lot des pays développés.
Et ce rêve sera peut-être inspiré d'un discours prononcé au Ghana un certain samedi de juillet 2009 par le premier président noir des États-Unis, dont le sang de l'Afrique coule dans les veines.
André LarocqueLe Droit
L'espoir. Simplement l'espoir.
L'espoir de jours meilleurs. L'espoir que la population de l'Afrique, ce continent mal aimé, ce continent de tous les maux, puisse enfin avoir voix au chapitre. L'espoir d'un développement respectueux. L'espoir que la paix succède aux conflits et que les efforts communs permettent d'endiguer ces maladies qui minent son avenir.
C'est le message à la fois intense mais réaliste qu'a livré ce week-end le président américain Barack Obama, lors de sa première visite officielle en Afrique. De passage au Ghana, une des rares démocraties africaines, Obama a lancé un vibrant appel à l'Afrique pour qu'elle prenne sa destinée en main.
Inspiré par sa récente campagne présidentielle au cours de laquelle il a su convaincre des millions d'Américains de lui faire confiance, Barack Obama a insisté avec justesse, intensité et conviction sur l'importance pour l'Afrique de combattre les pratiques antidémocratiques, les conflits et la maladie.
Mais plus encore, il a su faire confiance aux Africains.
Mais la route vers des jours meilleurs sera longue et parsemée d'embûches.
De grands défis
La croissance démographique sera fulgurante en Afrique dont la population devrait doubler d'ici 40 ans pour atteindre deux milliards de personnes. Le continent comptera alors 22% de la population mondiale.
Cette démographie galopante se traduira par des défis majeurs en matière d'économie, de santé, d'éducation et de gouvernance. La lutte au sida exigera à elle seule des efforts constants pour tenter de relever l'espérance de vie dans ces pays en voie de développement.
La barre est haute et l'Afrique n'y parviendra pas seule. L'appui des pays industrialisés et de l'Amérique est incontournable.
Malgré tant de défis, l'Afrique se doit de rêver du jour où la paix éliminera la guerre, où la démocratie vaincra le népotisme et la corruption, où la santé triomphera de la maladie et où la richesse ne sera pas uniquement le lot des pays développés.
Et ce rêve sera peut-être inspiré d'un discours prononcé au Ghana un certain samedi de juillet 2009 par le premier président noir des États-Unis, dont le sang de l'Afrique coule dans les veines.
Le discours d’Obama au Ghana : quelles leçons pour l’Afrique ?
Grioo.com : Le discours d’Obama au Ghana : quelles leçons pour l’Afrique ?
Lucien Pambou revient sur les grandes thématiques développées par Barack Obama lors de son discours au Ghana
Le discours prononcé le samedi 11 juillet 2009 à Accra par Obama peut être considéré comme un acte fondateur pour l’Afrique à condition que les Africains se saisissent de ce discours pour transformer leur destin, destin qui est entravé par des pratiques anti démocratiques, les conflits, la corruption, la mauvaise gouvernance et l’absence de vision politique de la plupart des dirigeants africains qui se contentent de tendre la main, de recevoir l’aide publique au développement, de faire prospérer leur patrimoine personnel aux dépends de leurs pays et de leurs populations. Le discours d’Obama peut être articulé autour de quatre points essentiels que sont la responsabilité des Africains, l’Afrique dans le monde, la bonne gouvernance et la problématique de l’aide au développement. Sur ces quatre grands thèmes le discours d’Obama est clair, sans émotion et diablement rationnel en fonction de ce que doivent être les Africains dans le monde de demain. Les Africains qui sont habitués à être caressés dans le sens du poil en sont pour leurs frais avec Obama qui n’hésite pas à leur parler en tant qu’Africain ; Obama a rappelé dans son discours que son grand père était cuisinier pour les Britanniques au Kenya et que son père a grandi en élevant des chèvres dans un petit village avant d’aller aux Etats Unis.
Lucien Pambou revient sur les grandes thématiques développées par Barack Obama lors de son discours au Ghana
Le discours prononcé le samedi 11 juillet 2009 à Accra par Obama peut être considéré comme un acte fondateur pour l’Afrique à condition que les Africains se saisissent de ce discours pour transformer leur destin, destin qui est entravé par des pratiques anti démocratiques, les conflits, la corruption, la mauvaise gouvernance et l’absence de vision politique de la plupart des dirigeants africains qui se contentent de tendre la main, de recevoir l’aide publique au développement, de faire prospérer leur patrimoine personnel aux dépends de leurs pays et de leurs populations. Le discours d’Obama peut être articulé autour de quatre points essentiels que sont la responsabilité des Africains, l’Afrique dans le monde, la bonne gouvernance et la problématique de l’aide au développement. Sur ces quatre grands thèmes le discours d’Obama est clair, sans émotion et diablement rationnel en fonction de ce que doivent être les Africains dans le monde de demain. Les Africains qui sont habitués à être caressés dans le sens du poil en sont pour leurs frais avec Obama qui n’hésite pas à leur parler en tant qu’Africain ; Obama a rappelé dans son discours que son grand père était cuisinier pour les Britanniques au Kenya et que son père a grandi en élevant des chèvres dans un petit village avant d’aller aux Etats Unis.
Obama appelle l'Afrique à sa responsabilité
Obama appelle l'Afrique à sa responsabilité Revue de Presse Deutsche Welle 13.07.2009
Les journaux allemands s’intéressent à la visite Barack Obama au Ghana. La plupart des quotidiens saluent la franchise et le ton direct du président américain.
Un frère a le droit de dire la vérité, titre la Süddeutsche Zeitung. Les Ghanéens ont accueilli Barack Obama comme un modèle et un héros dont les racines se trouvent sur le continent africain. C'est justement ce qui a permis au président américain de faire passer aussi des messages critiques. Mais il a avant tout insufflé à l'Afrique une nouvelle confiance en soi.
Les journaux allemands s’intéressent à la visite Barack Obama au Ghana. La plupart des quotidiens saluent la franchise et le ton direct du président américain.
Un frère a le droit de dire la vérité, titre la Süddeutsche Zeitung. Les Ghanéens ont accueilli Barack Obama comme un modèle et un héros dont les racines se trouvent sur le continent africain. C'est justement ce qui a permis au président américain de faire passer aussi des messages critiques. Mais il a avant tout insufflé à l'Afrique une nouvelle confiance en soi.
Bildunterschrift: Rencontreentre le président américain et son homologue ghanéen John Atta Mills au palais présidentiel. Barack Obama n'est même pas resté 24 heures au Ghana, relève la Frankfurter Rundschau. En tant que fils d'un Kenyan, il aurait pu prendre plus de temps et faire l'honneur de sa visite à quelques autres pays africains. Mais le roi de la communication a su utiliser au mieux sa visite-éclair et avec son discours devant le parlement ghanéen, il a lancé un message entendu par l'ensemble du continent. Son contenu : l'Afrique est responsable d'elle-même et elle doit enfin être mieux dirigée, afin qu'on puisse aussi mieux aider le continent.
Le Caire, puis Accra : deux villes et deux grands discours qui pourraient, selon la Frankfurter Allgemeine Zeitung, avoir un jour dans l'histoire la même importance que le discours prononcé à Berlin par un prédécesseur de Barack Obama, Ronald Reagan, lorsqu'il avait demandé au président soviétique Mikhaïl Gorbatchev de faire tomber le Mur de Berlin. Dans la capitale du Ghana, pays qui a pris son indépendance en 1959 et qui fait partie des mieux dirigés du continent, Barack Obama s‘en est pris avec force au fatalisme très répandu en Afrique, qui voit partout l'œuvre de puissances occidentales malveillantes, une façon de se détourner de ses propres échecs. Les paroles prononcées par le président américain au Caire ont déjà trouvé un premier écho en Iran. Il serait étonnant que son appel à la fierté des Africains reste sans résonnance.
Pour le Handelsblatt, le président américain a bien fait de réduire dès le départ les grands espoirs placés en sa personne et de rappeler aux Africains qu'eux seuls tenaient en main l'avenir de leur continent. Contrairement à beaucoup de stars de rock et d'hommes politiques occidentaux, pour qui l'Afrique ne peut aller mieux que grâce à de nouveaux dons financiers, Barack Obama a compris depuis longtemps que la source de tous les maux du continent se trouvait ailleurs : dans ses élites corrompues et avides de pouvoir.
Aude Gensbittel
Obama et l’Afrique : dans le blanc des yeux
Jerôme Carlos - Article complet: Obama et l’Afrique : dans le blanc des yeux
Il aurait mérité d’être publié in extenso.
Le discours que Barack Obama, en visite au Ghana, a prononcé le week-end dernier, vaut d’être proposé à la réflexion de tous les Africains. Ce discours, par sa force de vérité, a appelé quelques rayons de soleil sur la grisaille d’aujourd’hui.Comme quoi on peut faire vrai, on peut être véridique sans heurter ses interlocuteurs ou sans faire dans la provocation. Personne ne dira, malgré la hardiesse du propos, que Barack Obama a foulé le sol ghanéen en donneur de leçon. Le jeune président ne s’était pas rendu à Accra, drapé de sa toge de professeur d’histoire, pour dresser un constat de faillite de l’Afrique et de l’endormissement pluriséculaire des Africains.
Nous avons extrait du discours du président américain trois idées fortes, converties en nos trois grandes stations réflexives dans la présente chronique du jour. Nous nous y arrêterons, mais pour repartir, assurés que nous adhérons à la déclaration de l’hôte du Ghana, au moment où il foulait le sol ghanéen : « Nous devons commencer par ce postulat simple : l’avenir de l’Afrique appartient aux Africains eux-mêmes. »
La première idée avancée à Accra par Barack Obama a trait à l’expérience démocratique que l’Afrique conduit en ce moment avec des fortunes diverses. (Citation) : « L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, elle a besoin d’institutions fortes ». (Fin de citation). Pour dire que l’ère des sauveurs et des messies, du reste autoproclamés, est révolue. L’Afrique qui gagne est celle qui se préoccupe d’assurer ses fondations institutionnelles. Ceci, grâce à des textes qui clarifient et balisent l’horizon proche et lointain. Des textes qui s’imposent à tous et que personne ne s’aviserait de changer au gré de son humeur, de ses intérêts, ou selon la couleur du ciel politique.
Ceci, grâce, également, à des structures solides et stables qui abritent et encadrent le jeu des différents corps de pouvoir ainsi contenus dans les limites de leur rôle, sans qu’ils aient à se marcher sur les pieds ou sans que l’un ne s’avise de marcher sur les platebandes de l’autre. Textes fondamentaux et structures fondatrices survivent aux hommes et aux femmes qui les ont conçus et mis en place. Les pères fondateurs des Etats-unis sont morts depuis longtemps. Mais la Constitution qu’ils ont donnée à leur pays a pris à peine quelques rides.
La deuxième idée forte avancée par Barack Obama à Accra a trait à la gouvernance globale de nos pays et de notre continent, sous l’angle de la responsabilité des Africains : (Citation) « L’Occident n’est pas responsable de la destruction de l’économie zimbabwéenne au cours de la dernière décennie ou encore des guerres où on enrôle les enfants dans les rangs des combattants » (Fin de citation).
Le pendant naturel de toute liberté est la responsabilité. Elle ne se délègue pas, dans un mouvement de fuite en avant. Elle s’assume entièrement, complètement. Tout le reste n’est qu’alibi pour refuser la confrontation brutale, le face-à-face de vérité avec la réalité. Tout le reste n’est qu’excuse, une manière de se dédouaner à bon compte, une manière de culpabiliser autrui dans l’idée que « l’enfer, c’est les autres ».
N’est-ce pas trop facile et finalement malhonnête que les Africains en soient encore à évaluer leur retard, à apprécier leur piétinement sur les chemins de leur développement à l’aune des traumatismes subis à l’époque de la traite négrière ou à celle des blessures physiques et morales infligées par le système colonial ? Entendons-nous bien : la traite négrière, la colonisation, voire le néo-colonialisme sont des réalités indiscutables. Mais qu’avons-nous fait de nos indépendances ? Savons-nous affirmer notre capacité à choisir par nous-mêmes et pour nous-mêmes ? A qui imputer la corruption qui sévit, chez nous, à l’état endémique ? Qui rendre responsable de nos élections truquées, de nos constitutions tripatouillées ? Et notre jeunesse sacrifiée, c’est le colonisateur d’hier qui est revenu l’encager, après avoir détruit ses rêves et réduit en cendres ses utopies ? Et notre environnement qui fout le camp, sous nos yeux, qui porte la responsabilité de ce sacrilège, celui de violer ainsi l’ordre naturel des choses ?
La troisième et dernière idée avancée par Barack Obama à Accra est de convaincre les Africains, d’ici et d’ailleurs, qu’aucune fatalité ne pèse sur eux et sur leur continent. (Citation) « Vous pouvez vaincre la maladie, mettre fin aux conflits, changer fondamentalement les choses. Vous pouvez faire çà. Oui, vous le pouvez » (Yes, you can ) (Fin de citation) Pour dire que nous avons, nous Africains, à l‘image de tous les autres peuples de la terre, en nous et en nos mains, les clés de notre développement indépendant. S’il en est ainsi, alors, que personne ne se plaigne s’il retarde à l’horloge des temps ; que personne n’insulte Dieu en lui réclamant les grâces dont il nous a déjà comblés. Redisons-le pour nous en convaincre définitivement : « Yes, we can ».
Jérôme Carlos
La chronique du jour du 14 juillet 2009
Il aurait mérité d’être publié in extenso.
Le discours que Barack Obama, en visite au Ghana, a prononcé le week-end dernier, vaut d’être proposé à la réflexion de tous les Africains. Ce discours, par sa force de vérité, a appelé quelques rayons de soleil sur la grisaille d’aujourd’hui.Comme quoi on peut faire vrai, on peut être véridique sans heurter ses interlocuteurs ou sans faire dans la provocation. Personne ne dira, malgré la hardiesse du propos, que Barack Obama a foulé le sol ghanéen en donneur de leçon. Le jeune président ne s’était pas rendu à Accra, drapé de sa toge de professeur d’histoire, pour dresser un constat de faillite de l’Afrique et de l’endormissement pluriséculaire des Africains.
Nous avons extrait du discours du président américain trois idées fortes, converties en nos trois grandes stations réflexives dans la présente chronique du jour. Nous nous y arrêterons, mais pour repartir, assurés que nous adhérons à la déclaration de l’hôte du Ghana, au moment où il foulait le sol ghanéen : « Nous devons commencer par ce postulat simple : l’avenir de l’Afrique appartient aux Africains eux-mêmes. »
La première idée avancée à Accra par Barack Obama a trait à l’expérience démocratique que l’Afrique conduit en ce moment avec des fortunes diverses. (Citation) : « L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, elle a besoin d’institutions fortes ». (Fin de citation). Pour dire que l’ère des sauveurs et des messies, du reste autoproclamés, est révolue. L’Afrique qui gagne est celle qui se préoccupe d’assurer ses fondations institutionnelles. Ceci, grâce à des textes qui clarifient et balisent l’horizon proche et lointain. Des textes qui s’imposent à tous et que personne ne s’aviserait de changer au gré de son humeur, de ses intérêts, ou selon la couleur du ciel politique.
Ceci, grâce, également, à des structures solides et stables qui abritent et encadrent le jeu des différents corps de pouvoir ainsi contenus dans les limites de leur rôle, sans qu’ils aient à se marcher sur les pieds ou sans que l’un ne s’avise de marcher sur les platebandes de l’autre. Textes fondamentaux et structures fondatrices survivent aux hommes et aux femmes qui les ont conçus et mis en place. Les pères fondateurs des Etats-unis sont morts depuis longtemps. Mais la Constitution qu’ils ont donnée à leur pays a pris à peine quelques rides.
La deuxième idée forte avancée par Barack Obama à Accra a trait à la gouvernance globale de nos pays et de notre continent, sous l’angle de la responsabilité des Africains : (Citation) « L’Occident n’est pas responsable de la destruction de l’économie zimbabwéenne au cours de la dernière décennie ou encore des guerres où on enrôle les enfants dans les rangs des combattants » (Fin de citation).
Le pendant naturel de toute liberté est la responsabilité. Elle ne se délègue pas, dans un mouvement de fuite en avant. Elle s’assume entièrement, complètement. Tout le reste n’est qu’alibi pour refuser la confrontation brutale, le face-à-face de vérité avec la réalité. Tout le reste n’est qu’excuse, une manière de se dédouaner à bon compte, une manière de culpabiliser autrui dans l’idée que « l’enfer, c’est les autres ».
N’est-ce pas trop facile et finalement malhonnête que les Africains en soient encore à évaluer leur retard, à apprécier leur piétinement sur les chemins de leur développement à l’aune des traumatismes subis à l’époque de la traite négrière ou à celle des blessures physiques et morales infligées par le système colonial ? Entendons-nous bien : la traite négrière, la colonisation, voire le néo-colonialisme sont des réalités indiscutables. Mais qu’avons-nous fait de nos indépendances ? Savons-nous affirmer notre capacité à choisir par nous-mêmes et pour nous-mêmes ? A qui imputer la corruption qui sévit, chez nous, à l’état endémique ? Qui rendre responsable de nos élections truquées, de nos constitutions tripatouillées ? Et notre jeunesse sacrifiée, c’est le colonisateur d’hier qui est revenu l’encager, après avoir détruit ses rêves et réduit en cendres ses utopies ? Et notre environnement qui fout le camp, sous nos yeux, qui porte la responsabilité de ce sacrilège, celui de violer ainsi l’ordre naturel des choses ?
La troisième et dernière idée avancée par Barack Obama à Accra est de convaincre les Africains, d’ici et d’ailleurs, qu’aucune fatalité ne pèse sur eux et sur leur continent. (Citation) « Vous pouvez vaincre la maladie, mettre fin aux conflits, changer fondamentalement les choses. Vous pouvez faire çà. Oui, vous le pouvez » (Yes, you can ) (Fin de citation) Pour dire que nous avons, nous Africains, à l‘image de tous les autres peuples de la terre, en nous et en nos mains, les clés de notre développement indépendant. S’il en est ainsi, alors, que personne ne se plaigne s’il retarde à l’horloge des temps ; que personne n’insulte Dieu en lui réclamant les grâces dont il nous a déjà comblés. Redisons-le pour nous en convaincre définitivement : « Yes, we can ».
Jérôme Carlos
La chronique du jour du 14 juillet 2009
Abidjan.net | Depuis le Ghana: Barack Obama parle à l’Afrique et aux Africains
Abidjan.net Depuis le Ghana: Barack Obama parle à l’Afrique et aux Africains
Notre Voie - 14/7/2009
Le président américain Barack Obama a effectué une visite de 24 heures au Ghana où il a prononcé un mémorable discours, le samedi 11 juillet, devant les représentants du peuple, à Accra. Un discours que nous reproduisons intégralement ici. Dans cette adresse le 44è président des Etats-Unis a exhorté l’Afrique à promouvoir la démocratie et la bonne gouvernance.Le président : (Son d'une trompette.) Ça me plaît ! Merci, merci. Je pense que notre Congrès a besoin d'une de ces trompettes. J'aime bien le son, cela me rappelle Louis Armstrong.Bon après-midi à tous. C'est un grand honneur pour moi d'être à Accra et de parler aux représentants du peuple ghanéen. Je suis très reconnaissant de l'accueil que j'ai reçu, tout comme le sont Michelle, Malia et Sasha Obama. L'histoire ghanéenne est riche, les liens entre nos deux pays sont forts, et je suis fier que ce soit ma première visite en Afrique subsaharienne en qualité de président des États-Unis d'Amérique.Je voudrais remercier la présidente et tous les membres de la Chambre des représentants de nous accueillir aujourd'hui. Je voudrais remercier le président Mills pour ses qualités extraordinaires de direction. Aux anciens présidents - Jerry Rawlings, l'ancien président Kufuor - au vice-président, au président de la Cour suprême, je vous remercie tous pour votre hospitalité extraordinaire et pour les merveilleuses institutions que vous avez bâties au Ghana.Je vous parle à la fin d'un long voyage. Je l'ai commencé en Russie par une réunion au sommet entre deux grandes puissances. Je me suis rendu en Italie pour la réunion des grandes puissances économiques du monde. Et me voici, enfin, au Ghana, pour une simple raison : le XXIe siècle sera influencé par ce qui se passera non seulement à Rome ou à Moscou ou à Washington, mais aussi à Accra.C'est la simple vérité d'une époque où nos connexions font disparaître les frontières entre les peuples. Votre prospérité peut accroître la prospérité des États-Unis. Votre santé et votre sécurité peuvent contribuer à la santé et à la sécurité du monde. Et la force de votre démocratie peut contribuer à la progression des droits de l'homme pour tous les peuples.Je ne considère donc pas les pays et les peuples d'Afrique comme un monde à part ; je considère l'Afrique comme une partie fondamentale de notre monde interconnecté, comme un partenaire des États-Unis en faveur de l'avenir que nous souhaitons pour tous nos enfants. Ce partenariat doit se fonder sur la responsabilité mutuelle et sur le respect mutuel : c'est ce dont je tiens à vous parler aujourd'hui.Nous devons partir du principe qu'il revient aux Africains de décider de l'avenir de l'Afrique.Je dis cela en étant pleinement conscient du passé tragique qui hante parfois cette partie du monde. Après tout, j'ai du sang africain dans les veines, et l'histoire de ma famille englobe aussi bien les tragédies que les triomphes de l'histoire de l'Afrique dans son ensemble.Certains d'entre vous savent que mon grand-père était cuisinier chez des Britanniques au Kénya, et bien qu'il fût un ancien respecté dans son village, ses employeurs l'ont appelé « boy » pendant la plus grande partie de sa vie. Il était à la périphérie des luttes en faveur de la libération du Kénya, mais il a quand même été incarcéré brièvement pendant la période de répression. Durant sa vie, le colonialisme n'était pas simplement la création de frontières artificielles ou de termes de l'échange inéquitables ; c'était quelque chose que l'on éprouvait dans sa vie personnelle jour après jour, année après année.Mon père a grandi dans un tout petit village où il gardait des chèvres, à une distance impossible des universités américaines où il irait faire des études. Il est devenu adulte à un moment de promesse extraordinaire pour l'Afrique. Les luttes de la génération de son propre père ont donné naissance à de nouveaux États, en commençant ici au Ghana. Les Africains s'éduquaient et s'affirmaient d'une nouvelle façon. L'histoire était en marche.Toutefois, malgré les progrès obtenus - et il y a eu des progrès considérables dans certaines parties de l'Afrique - nous savons aussi que cette promesse est encore loin de se réaliser. Des pays tels que le Kénya, dont le revenu par habitant était supérieur à celui de la Corée du Sud lorsque je suis né, ont été fortement distancés. Les maladies et les conflits ont ravagé plusieurs régions du continent africain.Dans de nombreux pays, l'espoir de la génération de mon père a cédé la place au cynisme, voire au désespoir. Certes, il est facile de pointer du doigt et de rejeter la responsabilité de ces problèmes sur d'autres. Il est vrai qu'une carte coloniale qui n'avait guère de sens a contribué à susciter des conflits, et l'Occident a souvent traité avec l'Afrique avec condescendance, à la quête de ressources plutôt qu'en partenaire. Cependant, l'Occident n'est pas responsable de la destruction de l'économie zimbabwéenne au cours des dix dernières années, ni des guerres où des enfants sont enrôlés comme soldats. Durant la vie de mon père, ce sont en partie le tribalisme et le népotisme dans un Kénya indépendant qui, pendant longtemps, ont fait dérailler sa carrière, et nous savons que cette forme de corruption est toujours un fait quotidien de la vie d'un trop grand nombre de personnes.Or, nous savons que ce n'est pas là toute l'histoire. Ici au Ghana, vous nous montrez un aspect de l'Afrique qui est trop souvent négligé par un monde qui ne voit que les tragédies ou la nécessité d'une aide charitable. Le peuple ghanéen a travaillé dur pour consolider la démocratie, au moyen de passages pacifiques répétés du pouvoir, même à la suite d'élections très serrées. Et à cet égard, je voudrais dire que la minorité mérite tout autant de louanges que la majorité. Grâce à une meilleure gouvernance et au rôle de la société civile naissante, l'économie ghanéenne a enregistré un taux de croissance impressionnant.Ce progrès ne possède sans doute pas l'aspect dramatique des luttes de libération du XXe siècle, mais que personne ne s'y trompe : il sera, en fin de compte, plus significatif. Car de même qu'il est important de se soustraire au contrôle d'une autre nation, il est encore plus important de se forger sa propre nation.C'est pourquoi je suis convaincu que la période actuelle est tout aussi prometteuse pour le Ghana et pour l'Afrique que celle pendant laquelle mon père est devenu adulte et que de nouveaux États sont apparus. C'est une nouvelle période de grande promesse. Seulement cette fois-ci, nous avons appris que ce ne seront pas de grandes personnalités telles que Nkrumah et Kenyatta qui décideront du destin de l'Afrique. Ce sera vous, les hommes et les femmes du Parlement ghanéen et le peuple que vous représentez. Ce seront les jeunes, débordant de talent, d'énergie et d'espoir, qui pourront revendiquer l'avenir que tant de personnes des générations précédentes n'ont jamais réalisé.Maintenant, pour réaliser cette promesse, nous devons tout d'abord reconnaître une vérité fondamentale à laquelle vous avez donné vie au Ghana, à savoir que le développement dépend de la bonne gouvernance. C'est l'ingrédient qui fait défaut dans beaucoup trop de pays depuis bien trop longtemps. C'est le changement qui peut déverrouiller les potentialités de l'Afrique. Enfin, c'est une responsabilité dont seuls les Africains peuvent s'acquitter.Quant aux États-Unis et au reste de l'Occident, notre engagement ne doit pas se mesurer uniquement à l'aune des dollars que nous dépensons. Je me suis engagé à augmenter fortement notre aide à l'étranger, ce qui correspond à l'intérêt de l'Afrique et à celui des États-Unis. Toutefois, le véritable signe de réussite n'est pas de savoir si nous sommes une source d'aide perpétuelle qui aide les gens à survivre tant bien que mal, mais si nous sommes des partenaires dans la création des capacités nécessaires pour un changement transformateur.Cette responsabilité mutuelle doit être le fondement de notre partenariat. Aujourd'hui, je parlerai tout particulièrement de quatre domaines qui sont essentiels pour l'avenir de l'Afrique et de tous les pays en développement : la démocratie, les possibilités économiques, la santé et le règlement pacifique des conflits.Premièrement, nous devons soutenir les démocraties puissantes et durables.Comme je l'ai dit au Caire, chaque nation façonne la démocratie à sa manière, conformément à ses traditions. Mais l'histoire prononce un verdict clair : les gouvernements qui respectent la volonté de leur peuple, qui gouvernent par le consentement et non par la coercition, sont plus prospères, plus stables et plus florissants que ceux qui ne le font pas.Il ne s'agit pas seulement d'organiser des élections - il faut voir ce qui se passe entre les scrutins. La répression revêt de nombreuses formes et trop de pays, même ceux qui tiennent des élections, sont en proie à des problèmes qui condamnent leur peuple à la pauvreté. Aucun pays ne peut créer de richesse si ses dirigeants exploitent l'économie pour s'enrichir personnellement, ou si des policiers peuvent être achetés par des trafiquants de drogue. Aucune entreprise ne veut investir dans un pays où le gouvernement se taille au départ une part de 20 %, ou dans lequel le chef de l'autorité portuaire est corrompu. Personne ne veut vivre dans une société où la règle de droit cède la place à la loi du plus fort et à la corruption. Ce n'est pas de la démocratie, c'est de la tyrannie, même si de temps en temps on y sème une élection ça et là, et il est temps que ce style de gouvernement disparaisse.En ce XXIe siècle, des institutions capables, fiables et transparentes sont la clé du succès - des parlements puissants et des forces de police honnêtes ; des juges et des journalistes indépendants ; un secteur privé et une société civile florissants, ainsi qu'une presse indépendante. Tels sont les éléments qui donnent vie à la démocratie, parce que c'est ce qui compte dans la vie quotidienne des gens.Les Ghanéens ont, à maintes reprises, préféré le droit constitutionnel à l'autocratie, et ont fait preuve d'un esprit démocratique qui permet à leur énergie de se manifester. Nous le voyons dans les dirigeants qui acceptent la défaite gracieusement - le fait que les concurrents du président Mills se tenaient là à ses côtés lorsque je suis descendu de l'avion en dit long sur le Ghana - et dans les vainqueurs qui résistent aux appels à l'exercice de leur pouvoir contre l'opposition de manière injuste. Nous voyons cet esprit se manifester dans les journalistes courageux comme Anas Aremeyaw Anas, qui a risqué sa vie pour relater la vérité. Nous le voyons dans des policiers comme Patience Quaye, qui a contribué à faire traduire en justice le premier trafiquant d'êtres humains au Ghana. Nous le voyons dans les jeunes qui s'élèvent contre le népotisme et qui participent à la vie politique.Dans toute l'Afrique, nous avons vu de multiples exemples de gens qui prennent leur destinée en main et qui opèrent des changements à partir de la base. Nous l'avons vu au Kénya, où la société civile et le secteur privé se sont unis pour aider à stopper la violence postélectorale. Nous l'avons vu en Afrique du Sud, où plus des trois quarts des citoyens ont voté dans la dernière élection, la quatrième depuis la fin de l'apartheid. Nous l'avons vu au Zimbabwé, où le Réseau de soutien au vote a bravé la brutale répression pour faire valoir le principe selon lequel le droit de vote d'un citoyen est sacré.Alors ne vous y trompez pas : l'histoire est du côté de ces courageux Africains, et non dans le camp de ceux qui se servent de coups d'État ou qui modifient les constitutions pour rester au pouvoir. L'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts, mais de fortes institutions.L'Amérique ne cherchera pas à imposer un système quelconque de gouvernement à aucune autre nation. La vérité essentielle de la démocratie est que chaque nation détermine elle-même son destin. Ce que fera l'Amérique, en revanche, ce sera d'accroître son aide aux personnes et aux institutions responsables, en mettant l'accent sur l'appui à la bonne gouvernance : aux parlements, qui maîtrisent les abus de pouvoir et s'assurent que les voix de l'opposition peuvent s'exprimer ; à la règle de droit, qui garantit l'égalité de tous devant la justice ; à la participation civile, afin que les jeunes soient actifs dans la vie politique ; et à des solutions concrètes à la corruption telles que l'expertise comptable, l'automatisation des services, le renforcement des lignes d'appel d'urgence, la protection de ceux qui dénoncent les abus afin de promouvoir la transparence, et la responsabilité.Et cette aide, nous la fournissons. J'ai demandé à mon gouvernement d'accorder davantage d'attention à la corruption dans notre rapport sur les droits de l'homme. Tous les gens devraient avoir le droit de démarrer une entreprise ou d'obtenir une éducation sans avoir à verser de pots-de-vin. Nous avons le devoir de soutenir ceux qui agissent de façon responsable et d'isoler ceux qui ne le font pas, et c'est exactement ce que fera l'Amérique.Cela nous conduit directement à notre deuxième domaine de coopération - le soutien à un développement qui offre des débouchés aux gens.Avec une meilleure gouvernance, je ne doute pas que l'Afrique tiendra sa promesse de créer une plus vaste base pour la prospérité. Témoin en est le succès extraordinaire d'Africains dans mon propre pays d'Amérique. Ils se portent très bien. Ils ont donc le talent et ils possèdent l'esprit d'entreprise - la question est de savoir comment s'assurer qu'ils réussissent ici dans leur pays d'origine. Ce continent est riche en ressources naturelles. Et que ce soient des chefs d'entreprises spécialisées dans la téléphonie portable ou des petits agriculteurs, les Africains ont montré leur capacité et leur volonté de créer leurs propres possibilités. Mais il faut également rompre avec de vieilles habitudes. La dépendance vis-à-vis des matières premières - ou d'un seul produit d'exportation - a tendance à concentrer la richesse au sein d'une minorité, laissant la majorité vulnérable à la récession.Au Ghana, par exemple, le pétrole crée de magnifiques possibilités, et vous vous êtes préparés à ces nouveaux revenus de façon responsable. Mais comme le savent de nombreux Ghanéens, le pétrole ne peut pas simplement remplacer le cacao. De la Corée du Sud à Singapour, l'histoire montre que les pays réussissent lorsqu'ils investissent dans la société et dans leur infrastructure ; lorsqu'ils multiplient les industries d'exportation, se dotent d'une main-d'œuvre qualifiée et font de la place aux petites et moyennes entreprises créatrices d'emplois.Alors que les Africains se rapprochent de cette promesse, l'Amérique va leur tendre la main de façon plus responsable. En réduisant les sommes qui vont aux consultants occidentaux et au gouvernement, nous voulons mettre plus de ressources entre les mains de ceux qui en ont besoin, tout en apprenant aux gens à faire plus pour eux-mêmes. C'est pourquoi notre initiative de 3,5 milliards de dollars en faveur de la sécurité alimentaire est axée sur de nouvelles méthodes et technologies agricoles, et non pas sur la simple expédition de biens et services américains vers l'Afrique. L'aide n'est pas une fin en soi. L'objectif de l'aide à l'étranger doit être de créer les conditions dans lesquelles elle ne sera plus nécessaire. Non seulement je veux voir les Ghanéens autosuffisants sur le plan alimentaire, je veux vous voir exporter des produits alimentaires à d'autres pays et gagner de l'argent. Cela, vous le pouvez.Certes, l'Amérique peut faire plus pour promouvoir le commerce et les investissements. Les pays riches doivent réellement ouvrir leurs portes aux biens et services de l'Afrique d'une manière significative. Ce sera d'ailleurs un des engagements de mon gouvernement. Et là où il y a une bonne gouvernance, nous pouvons étendre la prospérité par le truchement de partenariats entre les secteurs public et privé qui investiront dans l'amélioration des routes et des réseaux électriques ; de programmes de formation qui apprendront aux gens comment développer leur entreprise ; et de services financiers non seulement pour les villes mais pour les régions pauvres et les zones rurales. Cela aussi dans notre propre intérêt - parce que si les gens se sortent de la pauvreté et que de la richesse se crée en Afrique, il s'ensuit que de nouveaux marchés s'ouvriront pour nos propres produits. Tout le monde y gagne.Un secteur qui représente à la fois un danger indéniable et une promesse extraordinaire est celui de l'énergie. L'Afrique émet moins de gaz à effet de serre que toute autre région du monde, mais elle est la plus menacée par le changement climatique. Une planète qui se réchauffe propagera les maladies, réduira les ressources en eau, épuisera les récoltes, et créera les conditions favorables à plus de famine et plus de conflits. Nous avons tous - en particulier le monde développé - le devoir de ralentir ces tendances, en réduisant les effets du changement climatique et en changeant la façon dont nous utilisons l'énergie. Mais nous pouvons également coopérer avec les Africains pour transformer cette crise en occasion de progrès. Ensemble, nous pouvons coopérer en faveur de notre planète et de la prospérité, et aider les pays à accroître leur accès à l'énergie tout en sautant, en contournant les phases les plus polluantes du développement. Pensez-y : dans l'ensemble de l'Afrique, il existe de l'énergie éolienne et solaire en abondance, ainsi que de l'énergie géothermique et des biocarburants. De la vallée du Rift aux déserts de l'Afrique du Nord ; de la côte de l'Afrique de l'Ouest aux récoltes de l'Afrique du Sud - les dons inépuisables que procure la nature à l'Afrique peuvent lui permettre de créer sa propre énergie et d'exporter de l'énergie propre et rentable à l'étranger.Il ne s'agit pas seulement de chiffres de croissance sur un bilan comptable. Il s'agit de savoir si un jeune doté d'une éducation peut trouver un emploi qui lui permettra de nourrir sa famille ; si un agriculteur peut amener ses produits au marché ; ou si un homme d'affaires armé d'une bonne idée peut démarrer une entreprise. Il s'agit de la dignité du travail. Il s'agit d'une chance que doivent pouvoir saisir les Africains au XXIe siècle.De même que la gouvernance est une condition essentielle du progrès économique, elle revêt également une importance cruciale dans le troisième domaine que je voudrais à présent aborder, l'amélioration de la santé publique.Ces dernières années, des progrès énormes ont été accomplis dans certaines parties de l'Afrique. Les gens sont beaucoup plus nombreux à vivre avec le VIH/sida de manière productive et à obtenir les médicaments qu'il leur faut. Je viens de visiter une merveilleuse clinique, un hôpital spécialisé dans la santé maternelle. Mais trop d'Africains périssent toujours de maladies qui ne devraient pas les tuer. Lorsque des enfants meurent d'une piqûre de moustique et que des mères succombent lors d'un accouchement, nous savons qu'il reste des progrès à faire.Or du fait des incitations, souvent fournies par les pays donateurs, beaucoup de médecins et d'infirmiers africains s'en vont à l'étranger, ou travaillent à des programmes qui luttent contre une maladie unique. Cette situation crée des lacunes en matière de soins primaires et de prévention de base. Par ailleurs, il appartient à tout un chacun de faire sa part. Il faut faire des choix responsables de nature à prévenir la propagation de la maladie et à promouvoir la santé publique dans la collectivité et dans le pays. Ainsi, d'un bout à l'autre de l'Afrique, nous voyons des exemples de gens qui s'attaquent à ces problèmes. Au Nigeria, des chrétiens et des musulmans ont mis en place un programme interconfessionnel de lutte contre le paludisme qui est un modèle de coopération. Ici au Ghana et dans toute l'Afrique, nous observons des idées novatrices visant à combler les lacunes du système de santé, par exemple des initiatives d'échanges d'informations médicales par Internet qui permettent à des médecins exerçant dans de grandes villes d'aider ceux des petites agglomérations.Les États-Unis appuieront ces efforts dans le cadre d'une stratégie de santé exhaustive et mondiale. Car au XXIe siècle, nous sommes appelés à agir selon notre conscience mais aussi dans notre intérêt commun. Lorsqu'un enfant meurt à Accra d'une maladie évitable, cela nous diminue partout. Lorsque dans un coin quelconque du monde on néglige de s'attaquer à une maladie, nous savons qu'elle peut se propager à travers les océans et d'un continent à l'autre.C'est pourquoi mon gouvernement s'est engagé à consacrer 63 milliards de dollars à relever ces défis - 63 milliards de dollars. En nous fondant sur les solides efforts du président Bush, nous poursuivrons la lutte contre le VIH/sida. Nous ne cesserons de chercher à enrayer la mortalité due au paludisme et à la tuberculose et nous travaillerons à éradiquer la polio. Il ne s'agit d'ailleurs pas de s'attaquer aux maladies isolément : nous investirons dans des systèmes de santé publique à même de prévenir la maladie et de promouvoir le bien-être, en mettant l'accent sur la santé maternelle et infantile.En même temps que nous unissons nos efforts en faveur d'une meilleure santé, nous devons également stopper la destruction causée non pas par la maladie, mais par les êtres humains. C'est pourquoi le dernier domaine que je vais aborder se rapporte aux conflits.Soyons bien clairs : l'Afrique ne correspond pas à la caricature grossière d'un continent perpétuellement en guerre. Mais si l'on est honnête, pour beaucoup trop d'Africains, le conflit fait partie de la vie ; il est aussi constant que le soleil. On se bat pour des territoires et on se bat pour des ressources. Et il est toujours trop facile à des individus sans conscience d'entraîner des communautés entières dans des guerres entre religions et entre tribus.Tous ces conflits pèsent sur l'Afrique comme un véritable boulet. Nous sommes tous répartis selon nos identités diverses, de tribu et d'ethnie, de religion et de nationalité. Mais se définir par son opposition à une personne d'une autre tribu, ou qui vénère un prophète différent, cela n'a aucune place au XXIe siècle. La diversité de l'Afrique devrait être source de force et non facteur de division. Nous sommes tous enfants de Dieu. Nous partageons tous des aspirations communes : vivre dans la paix et dans la sécurité ; avoir accès à l'éducation et à la possibilité de réussir ; aimer notre famille, notre communauté et notre foi. Voilà notre humanité commune.C'est la raison pour laquelle nous devons nous élever contre l'inhumanité parmi nous. Il n'est jamais justifiable - jamais justifiable - de cibler des innocents au nom d'une idéologie. C'est un arrêt de mort, pour toute société, que de forcer des enfants à tuer dans une guerre. C'est une marque suprême de criminalité et de lâcheté que de condamner des femmes à l'ignominie continuelle et systémique du viol. Nous devons rendre témoignage de la valeur de chaque enfant au Darfour et de la dignité de chaque femme au Congo. Aucune religion, aucune culture ne doit excuser les atrocités qui leur sont infligées. Nous devons tous rechercher la paix et la sécurité nécessaires au progrès.On voit d'ailleurs des Africains se mobiliser pour cet avenir. Ici aussi, au Ghana, nous vous voyons contribuer à montrer la voie. Soyez fiers, Ghanéens, de vos contributions au maintien de la paix au Congo, au Libéria ou encore au Liban, ainsi que de votre résistance au fléau du trafic de stupéfiants. Nous nous félicitons des mesures que prennent des organisations telles que l'Union africaine et la CEDEAO en vue de mieux régler les conflits, de maintenir la paix et de soutenir ceux qui sont dans le besoin. Et nous encourageons la vision d'un cadre sécuritaire régional puissant, capable de mobiliser une force efficace et transnationale lorsque cela s'avère nécessaire.Il incombe aux États-Unis de travailler avec vous en tant que partenaire à promouvoir cette vision, non seulement par des paroles mais aussi par des appuis qui renforcent les capacités de l'Afrique. Lorsqu'il y a génocide au Darfour ou des terroristes en Somalie, ce ne sont pas simplement des problèmes africains : ce sont des défis mondiaux à la sécurité, exigeant une riposte mondiale.C'est pourquoi nous sommes prêts à agir en partenariat, tant par la diplomatie que par l'assistance technique et l'appui logistique, et que nous soutiendrons les efforts visant à contraindre les criminels de guerre à rendre des comptes. En outre, je tiens à le dire clairement : notre Commandement pour l'Afrique ne vise pas à prendre pied sur le continent, mais à relever ces défis communs afin de renforcer la sécurité des États-Unis, de l'Afrique et du reste du monde.À Moscou, j'ai parlé de la nécessité d'un système international où les droits universels des êtres humains soient respectés et où les violations de ces droits soient combattues. Ceci doit inclure un engagement à soutenir ceux qui règlent les conflits pacifiquement, à sanctionner et à arrêter ceux qui ne le font pas, et à aider ceux qui ont souffert. Mais en fin de compte, ce seront des démocraties dynamiques telles que le Botswana et le Ghana qui diminueront les causes de conflit et élargiront les frontières de la paix et de la prospérité.Comme je l'ai déjà dit, l'avenir de l'Afrique appartient aux Africains. Les peuples d'Afrique sont prêts à revendiquer cet avenir. Dans mon pays, les Afro-Américains - dont un grand nombre d'immigrés récents - réussissent dans tous les secteurs de la société. Cela, nous l'avons accompli en dépit d'un passé difficile et nous avons puisé notre force dans notre héritage africain. Avec de puissantes institutions et une ferme volonté, je sais que les Africains peuvent réaliser leurs rêves à Nairobi et à Lagos, à Kigali et à Kinshasa, à Harare et ici-même à Accra.Vous savez, il y a cinquante-deux ans, les yeux du monde étaient rivés sur le Ghana. Et un jeune prédicateur du nom de Martin Luther King est venu ici, à Accra, pour voir amener les couleurs de l'Union Jack et hisser le drapeau du Ghana. Cet événement précédait la Marche sur Washington et l'aboutissement du mouvement des droits civiques dans mon pays. On a demandé à Martin Luther King quel sentiment lui avait inspiré la vue de la naissance d'une nation, et il a répondu : « Cela renforce ma conviction que la justice finit toujours par triompher. »Aujourd'hui, ce triomphe doit être, une fois de plus, renouvelé, et c'est vous qui le devrez le faire. Ici, je m'adresse particulièrement aux jeunes, à travers toute l'Afrique et ici-même au Ghana. Dans des endroits comme le Ghana, vous représentez plus de la moitié de la population.Et voici ce que vous devez savoir : le monde sera ce que vous en ferez. Vous avez le pouvoir de responsabiliser vos dirigeants et de bâtir des institutions qui servent le peuple. Vous pouvez servir vos communautés et mettre votre énergie et votre savoir à contribution pour créer de nouvelles richesses ainsi que de nouvelles connexions avec le monde. Vous pouvez conquérir la maladie, mettre fin aux conflits et réaliser le changement à partir de la base. Vous pouvez faire tout cela. Oui, vous le pouvez. Car en ce moment précis, l'histoire est en marche.Mais ces choses ne pourront se faire que si vous saisissez la responsabilité de votre avenir. Ce ne sera pas facile. Cela exigera du temps et des efforts. Il y aura des souffrances et des revers. Mais je puis vous promettre ceci : l'Amérique vous accompagnera tout le long du chemin, en tant que partenaire ; en tant qu'amie. Cependant, le progrès ne viendra de nulle part ailleurs, il doit découler des décisions que vous prendrez, des actions que vous engagerez et de l'espoir que vous porterez dans votre cœur.Ghana, la liberté est votre héritage. À présent, c'est à vous que revient la responsabilité de bâtir sur cette fondation de liberté. Si vous le faites, nous pourrons, bien des années plus tard, nous remémorer des lieux comme Accra et nous dire que c'est à ce moment-là que la promesse s'est réalisée, que la prospérité s'est forgée, que la douleur a été surmontée et qu'une nouvelle ère de progrès a débuté. Ce moment peut être celui où nous verrons, une fois de plus, triompher la justice. Oui, nous le pouvons. Merci beaucoup. Que Dieu vous bénisse.Je vous remercie.
Source : La Maison-Blanche
Bureau du secrétaire de presse
Le 11 juillet 2009
Notre Voie - 14/7/2009
Le président américain Barack Obama a effectué une visite de 24 heures au Ghana où il a prononcé un mémorable discours, le samedi 11 juillet, devant les représentants du peuple, à Accra. Un discours que nous reproduisons intégralement ici. Dans cette adresse le 44è président des Etats-Unis a exhorté l’Afrique à promouvoir la démocratie et la bonne gouvernance.Le président : (Son d'une trompette.) Ça me plaît ! Merci, merci. Je pense que notre Congrès a besoin d'une de ces trompettes. J'aime bien le son, cela me rappelle Louis Armstrong.Bon après-midi à tous. C'est un grand honneur pour moi d'être à Accra et de parler aux représentants du peuple ghanéen. Je suis très reconnaissant de l'accueil que j'ai reçu, tout comme le sont Michelle, Malia et Sasha Obama. L'histoire ghanéenne est riche, les liens entre nos deux pays sont forts, et je suis fier que ce soit ma première visite en Afrique subsaharienne en qualité de président des États-Unis d'Amérique.Je voudrais remercier la présidente et tous les membres de la Chambre des représentants de nous accueillir aujourd'hui. Je voudrais remercier le président Mills pour ses qualités extraordinaires de direction. Aux anciens présidents - Jerry Rawlings, l'ancien président Kufuor - au vice-président, au président de la Cour suprême, je vous remercie tous pour votre hospitalité extraordinaire et pour les merveilleuses institutions que vous avez bâties au Ghana.Je vous parle à la fin d'un long voyage. Je l'ai commencé en Russie par une réunion au sommet entre deux grandes puissances. Je me suis rendu en Italie pour la réunion des grandes puissances économiques du monde. Et me voici, enfin, au Ghana, pour une simple raison : le XXIe siècle sera influencé par ce qui se passera non seulement à Rome ou à Moscou ou à Washington, mais aussi à Accra.C'est la simple vérité d'une époque où nos connexions font disparaître les frontières entre les peuples. Votre prospérité peut accroître la prospérité des États-Unis. Votre santé et votre sécurité peuvent contribuer à la santé et à la sécurité du monde. Et la force de votre démocratie peut contribuer à la progression des droits de l'homme pour tous les peuples.Je ne considère donc pas les pays et les peuples d'Afrique comme un monde à part ; je considère l'Afrique comme une partie fondamentale de notre monde interconnecté, comme un partenaire des États-Unis en faveur de l'avenir que nous souhaitons pour tous nos enfants. Ce partenariat doit se fonder sur la responsabilité mutuelle et sur le respect mutuel : c'est ce dont je tiens à vous parler aujourd'hui.Nous devons partir du principe qu'il revient aux Africains de décider de l'avenir de l'Afrique.Je dis cela en étant pleinement conscient du passé tragique qui hante parfois cette partie du monde. Après tout, j'ai du sang africain dans les veines, et l'histoire de ma famille englobe aussi bien les tragédies que les triomphes de l'histoire de l'Afrique dans son ensemble.Certains d'entre vous savent que mon grand-père était cuisinier chez des Britanniques au Kénya, et bien qu'il fût un ancien respecté dans son village, ses employeurs l'ont appelé « boy » pendant la plus grande partie de sa vie. Il était à la périphérie des luttes en faveur de la libération du Kénya, mais il a quand même été incarcéré brièvement pendant la période de répression. Durant sa vie, le colonialisme n'était pas simplement la création de frontières artificielles ou de termes de l'échange inéquitables ; c'était quelque chose que l'on éprouvait dans sa vie personnelle jour après jour, année après année.Mon père a grandi dans un tout petit village où il gardait des chèvres, à une distance impossible des universités américaines où il irait faire des études. Il est devenu adulte à un moment de promesse extraordinaire pour l'Afrique. Les luttes de la génération de son propre père ont donné naissance à de nouveaux États, en commençant ici au Ghana. Les Africains s'éduquaient et s'affirmaient d'une nouvelle façon. L'histoire était en marche.Toutefois, malgré les progrès obtenus - et il y a eu des progrès considérables dans certaines parties de l'Afrique - nous savons aussi que cette promesse est encore loin de se réaliser. Des pays tels que le Kénya, dont le revenu par habitant était supérieur à celui de la Corée du Sud lorsque je suis né, ont été fortement distancés. Les maladies et les conflits ont ravagé plusieurs régions du continent africain.Dans de nombreux pays, l'espoir de la génération de mon père a cédé la place au cynisme, voire au désespoir. Certes, il est facile de pointer du doigt et de rejeter la responsabilité de ces problèmes sur d'autres. Il est vrai qu'une carte coloniale qui n'avait guère de sens a contribué à susciter des conflits, et l'Occident a souvent traité avec l'Afrique avec condescendance, à la quête de ressources plutôt qu'en partenaire. Cependant, l'Occident n'est pas responsable de la destruction de l'économie zimbabwéenne au cours des dix dernières années, ni des guerres où des enfants sont enrôlés comme soldats. Durant la vie de mon père, ce sont en partie le tribalisme et le népotisme dans un Kénya indépendant qui, pendant longtemps, ont fait dérailler sa carrière, et nous savons que cette forme de corruption est toujours un fait quotidien de la vie d'un trop grand nombre de personnes.Or, nous savons que ce n'est pas là toute l'histoire. Ici au Ghana, vous nous montrez un aspect de l'Afrique qui est trop souvent négligé par un monde qui ne voit que les tragédies ou la nécessité d'une aide charitable. Le peuple ghanéen a travaillé dur pour consolider la démocratie, au moyen de passages pacifiques répétés du pouvoir, même à la suite d'élections très serrées. Et à cet égard, je voudrais dire que la minorité mérite tout autant de louanges que la majorité. Grâce à une meilleure gouvernance et au rôle de la société civile naissante, l'économie ghanéenne a enregistré un taux de croissance impressionnant.Ce progrès ne possède sans doute pas l'aspect dramatique des luttes de libération du XXe siècle, mais que personne ne s'y trompe : il sera, en fin de compte, plus significatif. Car de même qu'il est important de se soustraire au contrôle d'une autre nation, il est encore plus important de se forger sa propre nation.C'est pourquoi je suis convaincu que la période actuelle est tout aussi prometteuse pour le Ghana et pour l'Afrique que celle pendant laquelle mon père est devenu adulte et que de nouveaux États sont apparus. C'est une nouvelle période de grande promesse. Seulement cette fois-ci, nous avons appris que ce ne seront pas de grandes personnalités telles que Nkrumah et Kenyatta qui décideront du destin de l'Afrique. Ce sera vous, les hommes et les femmes du Parlement ghanéen et le peuple que vous représentez. Ce seront les jeunes, débordant de talent, d'énergie et d'espoir, qui pourront revendiquer l'avenir que tant de personnes des générations précédentes n'ont jamais réalisé.Maintenant, pour réaliser cette promesse, nous devons tout d'abord reconnaître une vérité fondamentale à laquelle vous avez donné vie au Ghana, à savoir que le développement dépend de la bonne gouvernance. C'est l'ingrédient qui fait défaut dans beaucoup trop de pays depuis bien trop longtemps. C'est le changement qui peut déverrouiller les potentialités de l'Afrique. Enfin, c'est une responsabilité dont seuls les Africains peuvent s'acquitter.Quant aux États-Unis et au reste de l'Occident, notre engagement ne doit pas se mesurer uniquement à l'aune des dollars que nous dépensons. Je me suis engagé à augmenter fortement notre aide à l'étranger, ce qui correspond à l'intérêt de l'Afrique et à celui des États-Unis. Toutefois, le véritable signe de réussite n'est pas de savoir si nous sommes une source d'aide perpétuelle qui aide les gens à survivre tant bien que mal, mais si nous sommes des partenaires dans la création des capacités nécessaires pour un changement transformateur.Cette responsabilité mutuelle doit être le fondement de notre partenariat. Aujourd'hui, je parlerai tout particulièrement de quatre domaines qui sont essentiels pour l'avenir de l'Afrique et de tous les pays en développement : la démocratie, les possibilités économiques, la santé et le règlement pacifique des conflits.Premièrement, nous devons soutenir les démocraties puissantes et durables.Comme je l'ai dit au Caire, chaque nation façonne la démocratie à sa manière, conformément à ses traditions. Mais l'histoire prononce un verdict clair : les gouvernements qui respectent la volonté de leur peuple, qui gouvernent par le consentement et non par la coercition, sont plus prospères, plus stables et plus florissants que ceux qui ne le font pas.Il ne s'agit pas seulement d'organiser des élections - il faut voir ce qui se passe entre les scrutins. La répression revêt de nombreuses formes et trop de pays, même ceux qui tiennent des élections, sont en proie à des problèmes qui condamnent leur peuple à la pauvreté. Aucun pays ne peut créer de richesse si ses dirigeants exploitent l'économie pour s'enrichir personnellement, ou si des policiers peuvent être achetés par des trafiquants de drogue. Aucune entreprise ne veut investir dans un pays où le gouvernement se taille au départ une part de 20 %, ou dans lequel le chef de l'autorité portuaire est corrompu. Personne ne veut vivre dans une société où la règle de droit cède la place à la loi du plus fort et à la corruption. Ce n'est pas de la démocratie, c'est de la tyrannie, même si de temps en temps on y sème une élection ça et là, et il est temps que ce style de gouvernement disparaisse.En ce XXIe siècle, des institutions capables, fiables et transparentes sont la clé du succès - des parlements puissants et des forces de police honnêtes ; des juges et des journalistes indépendants ; un secteur privé et une société civile florissants, ainsi qu'une presse indépendante. Tels sont les éléments qui donnent vie à la démocratie, parce que c'est ce qui compte dans la vie quotidienne des gens.Les Ghanéens ont, à maintes reprises, préféré le droit constitutionnel à l'autocratie, et ont fait preuve d'un esprit démocratique qui permet à leur énergie de se manifester. Nous le voyons dans les dirigeants qui acceptent la défaite gracieusement - le fait que les concurrents du président Mills se tenaient là à ses côtés lorsque je suis descendu de l'avion en dit long sur le Ghana - et dans les vainqueurs qui résistent aux appels à l'exercice de leur pouvoir contre l'opposition de manière injuste. Nous voyons cet esprit se manifester dans les journalistes courageux comme Anas Aremeyaw Anas, qui a risqué sa vie pour relater la vérité. Nous le voyons dans des policiers comme Patience Quaye, qui a contribué à faire traduire en justice le premier trafiquant d'êtres humains au Ghana. Nous le voyons dans les jeunes qui s'élèvent contre le népotisme et qui participent à la vie politique.Dans toute l'Afrique, nous avons vu de multiples exemples de gens qui prennent leur destinée en main et qui opèrent des changements à partir de la base. Nous l'avons vu au Kénya, où la société civile et le secteur privé se sont unis pour aider à stopper la violence postélectorale. Nous l'avons vu en Afrique du Sud, où plus des trois quarts des citoyens ont voté dans la dernière élection, la quatrième depuis la fin de l'apartheid. Nous l'avons vu au Zimbabwé, où le Réseau de soutien au vote a bravé la brutale répression pour faire valoir le principe selon lequel le droit de vote d'un citoyen est sacré.Alors ne vous y trompez pas : l'histoire est du côté de ces courageux Africains, et non dans le camp de ceux qui se servent de coups d'État ou qui modifient les constitutions pour rester au pouvoir. L'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts, mais de fortes institutions.L'Amérique ne cherchera pas à imposer un système quelconque de gouvernement à aucune autre nation. La vérité essentielle de la démocratie est que chaque nation détermine elle-même son destin. Ce que fera l'Amérique, en revanche, ce sera d'accroître son aide aux personnes et aux institutions responsables, en mettant l'accent sur l'appui à la bonne gouvernance : aux parlements, qui maîtrisent les abus de pouvoir et s'assurent que les voix de l'opposition peuvent s'exprimer ; à la règle de droit, qui garantit l'égalité de tous devant la justice ; à la participation civile, afin que les jeunes soient actifs dans la vie politique ; et à des solutions concrètes à la corruption telles que l'expertise comptable, l'automatisation des services, le renforcement des lignes d'appel d'urgence, la protection de ceux qui dénoncent les abus afin de promouvoir la transparence, et la responsabilité.Et cette aide, nous la fournissons. J'ai demandé à mon gouvernement d'accorder davantage d'attention à la corruption dans notre rapport sur les droits de l'homme. Tous les gens devraient avoir le droit de démarrer une entreprise ou d'obtenir une éducation sans avoir à verser de pots-de-vin. Nous avons le devoir de soutenir ceux qui agissent de façon responsable et d'isoler ceux qui ne le font pas, et c'est exactement ce que fera l'Amérique.Cela nous conduit directement à notre deuxième domaine de coopération - le soutien à un développement qui offre des débouchés aux gens.Avec une meilleure gouvernance, je ne doute pas que l'Afrique tiendra sa promesse de créer une plus vaste base pour la prospérité. Témoin en est le succès extraordinaire d'Africains dans mon propre pays d'Amérique. Ils se portent très bien. Ils ont donc le talent et ils possèdent l'esprit d'entreprise - la question est de savoir comment s'assurer qu'ils réussissent ici dans leur pays d'origine. Ce continent est riche en ressources naturelles. Et que ce soient des chefs d'entreprises spécialisées dans la téléphonie portable ou des petits agriculteurs, les Africains ont montré leur capacité et leur volonté de créer leurs propres possibilités. Mais il faut également rompre avec de vieilles habitudes. La dépendance vis-à-vis des matières premières - ou d'un seul produit d'exportation - a tendance à concentrer la richesse au sein d'une minorité, laissant la majorité vulnérable à la récession.Au Ghana, par exemple, le pétrole crée de magnifiques possibilités, et vous vous êtes préparés à ces nouveaux revenus de façon responsable. Mais comme le savent de nombreux Ghanéens, le pétrole ne peut pas simplement remplacer le cacao. De la Corée du Sud à Singapour, l'histoire montre que les pays réussissent lorsqu'ils investissent dans la société et dans leur infrastructure ; lorsqu'ils multiplient les industries d'exportation, se dotent d'une main-d'œuvre qualifiée et font de la place aux petites et moyennes entreprises créatrices d'emplois.Alors que les Africains se rapprochent de cette promesse, l'Amérique va leur tendre la main de façon plus responsable. En réduisant les sommes qui vont aux consultants occidentaux et au gouvernement, nous voulons mettre plus de ressources entre les mains de ceux qui en ont besoin, tout en apprenant aux gens à faire plus pour eux-mêmes. C'est pourquoi notre initiative de 3,5 milliards de dollars en faveur de la sécurité alimentaire est axée sur de nouvelles méthodes et technologies agricoles, et non pas sur la simple expédition de biens et services américains vers l'Afrique. L'aide n'est pas une fin en soi. L'objectif de l'aide à l'étranger doit être de créer les conditions dans lesquelles elle ne sera plus nécessaire. Non seulement je veux voir les Ghanéens autosuffisants sur le plan alimentaire, je veux vous voir exporter des produits alimentaires à d'autres pays et gagner de l'argent. Cela, vous le pouvez.Certes, l'Amérique peut faire plus pour promouvoir le commerce et les investissements. Les pays riches doivent réellement ouvrir leurs portes aux biens et services de l'Afrique d'une manière significative. Ce sera d'ailleurs un des engagements de mon gouvernement. Et là où il y a une bonne gouvernance, nous pouvons étendre la prospérité par le truchement de partenariats entre les secteurs public et privé qui investiront dans l'amélioration des routes et des réseaux électriques ; de programmes de formation qui apprendront aux gens comment développer leur entreprise ; et de services financiers non seulement pour les villes mais pour les régions pauvres et les zones rurales. Cela aussi dans notre propre intérêt - parce que si les gens se sortent de la pauvreté et que de la richesse se crée en Afrique, il s'ensuit que de nouveaux marchés s'ouvriront pour nos propres produits. Tout le monde y gagne.Un secteur qui représente à la fois un danger indéniable et une promesse extraordinaire est celui de l'énergie. L'Afrique émet moins de gaz à effet de serre que toute autre région du monde, mais elle est la plus menacée par le changement climatique. Une planète qui se réchauffe propagera les maladies, réduira les ressources en eau, épuisera les récoltes, et créera les conditions favorables à plus de famine et plus de conflits. Nous avons tous - en particulier le monde développé - le devoir de ralentir ces tendances, en réduisant les effets du changement climatique et en changeant la façon dont nous utilisons l'énergie. Mais nous pouvons également coopérer avec les Africains pour transformer cette crise en occasion de progrès. Ensemble, nous pouvons coopérer en faveur de notre planète et de la prospérité, et aider les pays à accroître leur accès à l'énergie tout en sautant, en contournant les phases les plus polluantes du développement. Pensez-y : dans l'ensemble de l'Afrique, il existe de l'énergie éolienne et solaire en abondance, ainsi que de l'énergie géothermique et des biocarburants. De la vallée du Rift aux déserts de l'Afrique du Nord ; de la côte de l'Afrique de l'Ouest aux récoltes de l'Afrique du Sud - les dons inépuisables que procure la nature à l'Afrique peuvent lui permettre de créer sa propre énergie et d'exporter de l'énergie propre et rentable à l'étranger.Il ne s'agit pas seulement de chiffres de croissance sur un bilan comptable. Il s'agit de savoir si un jeune doté d'une éducation peut trouver un emploi qui lui permettra de nourrir sa famille ; si un agriculteur peut amener ses produits au marché ; ou si un homme d'affaires armé d'une bonne idée peut démarrer une entreprise. Il s'agit de la dignité du travail. Il s'agit d'une chance que doivent pouvoir saisir les Africains au XXIe siècle.De même que la gouvernance est une condition essentielle du progrès économique, elle revêt également une importance cruciale dans le troisième domaine que je voudrais à présent aborder, l'amélioration de la santé publique.Ces dernières années, des progrès énormes ont été accomplis dans certaines parties de l'Afrique. Les gens sont beaucoup plus nombreux à vivre avec le VIH/sida de manière productive et à obtenir les médicaments qu'il leur faut. Je viens de visiter une merveilleuse clinique, un hôpital spécialisé dans la santé maternelle. Mais trop d'Africains périssent toujours de maladies qui ne devraient pas les tuer. Lorsque des enfants meurent d'une piqûre de moustique et que des mères succombent lors d'un accouchement, nous savons qu'il reste des progrès à faire.Or du fait des incitations, souvent fournies par les pays donateurs, beaucoup de médecins et d'infirmiers africains s'en vont à l'étranger, ou travaillent à des programmes qui luttent contre une maladie unique. Cette situation crée des lacunes en matière de soins primaires et de prévention de base. Par ailleurs, il appartient à tout un chacun de faire sa part. Il faut faire des choix responsables de nature à prévenir la propagation de la maladie et à promouvoir la santé publique dans la collectivité et dans le pays. Ainsi, d'un bout à l'autre de l'Afrique, nous voyons des exemples de gens qui s'attaquent à ces problèmes. Au Nigeria, des chrétiens et des musulmans ont mis en place un programme interconfessionnel de lutte contre le paludisme qui est un modèle de coopération. Ici au Ghana et dans toute l'Afrique, nous observons des idées novatrices visant à combler les lacunes du système de santé, par exemple des initiatives d'échanges d'informations médicales par Internet qui permettent à des médecins exerçant dans de grandes villes d'aider ceux des petites agglomérations.Les États-Unis appuieront ces efforts dans le cadre d'une stratégie de santé exhaustive et mondiale. Car au XXIe siècle, nous sommes appelés à agir selon notre conscience mais aussi dans notre intérêt commun. Lorsqu'un enfant meurt à Accra d'une maladie évitable, cela nous diminue partout. Lorsque dans un coin quelconque du monde on néglige de s'attaquer à une maladie, nous savons qu'elle peut se propager à travers les océans et d'un continent à l'autre.C'est pourquoi mon gouvernement s'est engagé à consacrer 63 milliards de dollars à relever ces défis - 63 milliards de dollars. En nous fondant sur les solides efforts du président Bush, nous poursuivrons la lutte contre le VIH/sida. Nous ne cesserons de chercher à enrayer la mortalité due au paludisme et à la tuberculose et nous travaillerons à éradiquer la polio. Il ne s'agit d'ailleurs pas de s'attaquer aux maladies isolément : nous investirons dans des systèmes de santé publique à même de prévenir la maladie et de promouvoir le bien-être, en mettant l'accent sur la santé maternelle et infantile.En même temps que nous unissons nos efforts en faveur d'une meilleure santé, nous devons également stopper la destruction causée non pas par la maladie, mais par les êtres humains. C'est pourquoi le dernier domaine que je vais aborder se rapporte aux conflits.Soyons bien clairs : l'Afrique ne correspond pas à la caricature grossière d'un continent perpétuellement en guerre. Mais si l'on est honnête, pour beaucoup trop d'Africains, le conflit fait partie de la vie ; il est aussi constant que le soleil. On se bat pour des territoires et on se bat pour des ressources. Et il est toujours trop facile à des individus sans conscience d'entraîner des communautés entières dans des guerres entre religions et entre tribus.Tous ces conflits pèsent sur l'Afrique comme un véritable boulet. Nous sommes tous répartis selon nos identités diverses, de tribu et d'ethnie, de religion et de nationalité. Mais se définir par son opposition à une personne d'une autre tribu, ou qui vénère un prophète différent, cela n'a aucune place au XXIe siècle. La diversité de l'Afrique devrait être source de force et non facteur de division. Nous sommes tous enfants de Dieu. Nous partageons tous des aspirations communes : vivre dans la paix et dans la sécurité ; avoir accès à l'éducation et à la possibilité de réussir ; aimer notre famille, notre communauté et notre foi. Voilà notre humanité commune.C'est la raison pour laquelle nous devons nous élever contre l'inhumanité parmi nous. Il n'est jamais justifiable - jamais justifiable - de cibler des innocents au nom d'une idéologie. C'est un arrêt de mort, pour toute société, que de forcer des enfants à tuer dans une guerre. C'est une marque suprême de criminalité et de lâcheté que de condamner des femmes à l'ignominie continuelle et systémique du viol. Nous devons rendre témoignage de la valeur de chaque enfant au Darfour et de la dignité de chaque femme au Congo. Aucune religion, aucune culture ne doit excuser les atrocités qui leur sont infligées. Nous devons tous rechercher la paix et la sécurité nécessaires au progrès.On voit d'ailleurs des Africains se mobiliser pour cet avenir. Ici aussi, au Ghana, nous vous voyons contribuer à montrer la voie. Soyez fiers, Ghanéens, de vos contributions au maintien de la paix au Congo, au Libéria ou encore au Liban, ainsi que de votre résistance au fléau du trafic de stupéfiants. Nous nous félicitons des mesures que prennent des organisations telles que l'Union africaine et la CEDEAO en vue de mieux régler les conflits, de maintenir la paix et de soutenir ceux qui sont dans le besoin. Et nous encourageons la vision d'un cadre sécuritaire régional puissant, capable de mobiliser une force efficace et transnationale lorsque cela s'avère nécessaire.Il incombe aux États-Unis de travailler avec vous en tant que partenaire à promouvoir cette vision, non seulement par des paroles mais aussi par des appuis qui renforcent les capacités de l'Afrique. Lorsqu'il y a génocide au Darfour ou des terroristes en Somalie, ce ne sont pas simplement des problèmes africains : ce sont des défis mondiaux à la sécurité, exigeant une riposte mondiale.C'est pourquoi nous sommes prêts à agir en partenariat, tant par la diplomatie que par l'assistance technique et l'appui logistique, et que nous soutiendrons les efforts visant à contraindre les criminels de guerre à rendre des comptes. En outre, je tiens à le dire clairement : notre Commandement pour l'Afrique ne vise pas à prendre pied sur le continent, mais à relever ces défis communs afin de renforcer la sécurité des États-Unis, de l'Afrique et du reste du monde.À Moscou, j'ai parlé de la nécessité d'un système international où les droits universels des êtres humains soient respectés et où les violations de ces droits soient combattues. Ceci doit inclure un engagement à soutenir ceux qui règlent les conflits pacifiquement, à sanctionner et à arrêter ceux qui ne le font pas, et à aider ceux qui ont souffert. Mais en fin de compte, ce seront des démocraties dynamiques telles que le Botswana et le Ghana qui diminueront les causes de conflit et élargiront les frontières de la paix et de la prospérité.Comme je l'ai déjà dit, l'avenir de l'Afrique appartient aux Africains. Les peuples d'Afrique sont prêts à revendiquer cet avenir. Dans mon pays, les Afro-Américains - dont un grand nombre d'immigrés récents - réussissent dans tous les secteurs de la société. Cela, nous l'avons accompli en dépit d'un passé difficile et nous avons puisé notre force dans notre héritage africain. Avec de puissantes institutions et une ferme volonté, je sais que les Africains peuvent réaliser leurs rêves à Nairobi et à Lagos, à Kigali et à Kinshasa, à Harare et ici-même à Accra.Vous savez, il y a cinquante-deux ans, les yeux du monde étaient rivés sur le Ghana. Et un jeune prédicateur du nom de Martin Luther King est venu ici, à Accra, pour voir amener les couleurs de l'Union Jack et hisser le drapeau du Ghana. Cet événement précédait la Marche sur Washington et l'aboutissement du mouvement des droits civiques dans mon pays. On a demandé à Martin Luther King quel sentiment lui avait inspiré la vue de la naissance d'une nation, et il a répondu : « Cela renforce ma conviction que la justice finit toujours par triompher. »Aujourd'hui, ce triomphe doit être, une fois de plus, renouvelé, et c'est vous qui le devrez le faire. Ici, je m'adresse particulièrement aux jeunes, à travers toute l'Afrique et ici-même au Ghana. Dans des endroits comme le Ghana, vous représentez plus de la moitié de la population.Et voici ce que vous devez savoir : le monde sera ce que vous en ferez. Vous avez le pouvoir de responsabiliser vos dirigeants et de bâtir des institutions qui servent le peuple. Vous pouvez servir vos communautés et mettre votre énergie et votre savoir à contribution pour créer de nouvelles richesses ainsi que de nouvelles connexions avec le monde. Vous pouvez conquérir la maladie, mettre fin aux conflits et réaliser le changement à partir de la base. Vous pouvez faire tout cela. Oui, vous le pouvez. Car en ce moment précis, l'histoire est en marche.Mais ces choses ne pourront se faire que si vous saisissez la responsabilité de votre avenir. Ce ne sera pas facile. Cela exigera du temps et des efforts. Il y aura des souffrances et des revers. Mais je puis vous promettre ceci : l'Amérique vous accompagnera tout le long du chemin, en tant que partenaire ; en tant qu'amie. Cependant, le progrès ne viendra de nulle part ailleurs, il doit découler des décisions que vous prendrez, des actions que vous engagerez et de l'espoir que vous porterez dans votre cœur.Ghana, la liberté est votre héritage. À présent, c'est à vous que revient la responsabilité de bâtir sur cette fondation de liberté. Si vous le faites, nous pourrons, bien des années plus tard, nous remémorer des lieux comme Accra et nous dire que c'est à ce moment-là que la promesse s'est réalisée, que la prospérité s'est forgée, que la douleur a été surmontée et qu'une nouvelle ère de progrès a débuté. Ce moment peut être celui où nous verrons, une fois de plus, triompher la justice. Oui, nous le pouvons. Merci beaucoup. Que Dieu vous bénisse.Je vous remercie.
Source : La Maison-Blanche
Bureau du secrétaire de presse
Le 11 juillet 2009
Obama et l’Afrique
Lequotidien.sn - Quotidien national sénégalais - Obama et l’Afrique
14-07-2009
Un noir à la Maison blanche. Le premier Président de couleur dans l’histoire des Etats-Unis. Le rêve américain «the american dream» prend cette fois un individu dont les origines modestes ne pouvaient présager une telle destinée.De l’Afrique où il est originaire par son père (Kenya), on s’attend naturellement à ce que les relations avec le vieux continent changent de façon significative. Normal, puisque désormais, l’homme le plus puissant du monde est des leurs.Mais voilà, depuis qu’il est à la Maison blanche, les choses n’ont pas vraiment changé pour des Africains qui dans leur quotidien ne voient pas de différence entre Bush le blanc et Obama le noir. En matière d’immigration, à l’ambassade des Usa les demandeurs de visa n’ont pas vu le vent du changement attendu.Les affairistes africains qui se sont empressés d’essayer d’avoir une porte d’entrée à la Maison blanche dans «leurs réseaux» ont vite fait de déchanter face à cette nouvelle administration qui, pour l’essentiel reflète de plus en plus la prise en charge des problèmes internes : l’Amérique d’abord.L’Agoa et le Millénium challenge sont un acquis et vont pour le moment servir de base d’aide aux pays africains, mais il ne faut pas se faire d’illusions à propos d’une autre forme d’aide providentielle. Il n’y aura jamais un plan Marshall pour l’Afrique «Washington is not going to fix Africa». L’Afrique de la calebasse ne fait pas honneur au leader politique noir qui affirme que l’homme doit se prendre en charge tout comme les Nations à une échelle collective.La leçon que Obama donne aux jeunes dirigeants de l’Afrique est que l’espoir est toujours permis pour concrétiser n’importe quel idéal, n’importe quelle ambition. La gestion de la précarité économique de l’Afrique par des politiciens d’une autre génération ne doit pas tuer le rêve que chaque individu doit posséder en soi.Il y a un rêve américain «the american dream», mais il y a aussi le rêve sénégalais, le rêve humain tout court. Dans ce chapitre au moins, Obama aura servi l’Afrique.
Cheikh Touré
14-07-2009
Un noir à la Maison blanche. Le premier Président de couleur dans l’histoire des Etats-Unis. Le rêve américain «the american dream» prend cette fois un individu dont les origines modestes ne pouvaient présager une telle destinée.De l’Afrique où il est originaire par son père (Kenya), on s’attend naturellement à ce que les relations avec le vieux continent changent de façon significative. Normal, puisque désormais, l’homme le plus puissant du monde est des leurs.Mais voilà, depuis qu’il est à la Maison blanche, les choses n’ont pas vraiment changé pour des Africains qui dans leur quotidien ne voient pas de différence entre Bush le blanc et Obama le noir. En matière d’immigration, à l’ambassade des Usa les demandeurs de visa n’ont pas vu le vent du changement attendu.Les affairistes africains qui se sont empressés d’essayer d’avoir une porte d’entrée à la Maison blanche dans «leurs réseaux» ont vite fait de déchanter face à cette nouvelle administration qui, pour l’essentiel reflète de plus en plus la prise en charge des problèmes internes : l’Amérique d’abord.L’Agoa et le Millénium challenge sont un acquis et vont pour le moment servir de base d’aide aux pays africains, mais il ne faut pas se faire d’illusions à propos d’une autre forme d’aide providentielle. Il n’y aura jamais un plan Marshall pour l’Afrique «Washington is not going to fix Africa». L’Afrique de la calebasse ne fait pas honneur au leader politique noir qui affirme que l’homme doit se prendre en charge tout comme les Nations à une échelle collective.La leçon que Obama donne aux jeunes dirigeants de l’Afrique est que l’espoir est toujours permis pour concrétiser n’importe quel idéal, n’importe quelle ambition. La gestion de la précarité économique de l’Afrique par des politiciens d’une autre génération ne doit pas tuer le rêve que chaque individu doit posséder en soi.Il y a un rêve américain «the american dream», mais il y a aussi le rêve sénégalais, le rêve humain tout court. Dans ce chapitre au moins, Obama aura servi l’Afrique.
Cheikh Touré
Afrique : le "yes, you can" d'Obama résonne à travers le continent
AFP: Afrique : le "yes, you can" d'Obama résonne à travers le continent
De Thomas MORFIN avec les bureaux de l'AFP en Afrique
ABIDJAN (AFP) — L'appel à la responsabilité lancé par Barack Obama à l'Afrique a résonné lundi à travers le continent, certains trouvant dans son "yes, you can" (oui, vous le pouvez) un appui pour réclamer plus de démocratie et une meilleure gouvernance.
Au discours prononcé samedi devant le Parlement ghanéen par le président américain a répondu, du Sénégal au Mozambique, une même exhortation aux changements politiques et économiques.
Le discours d'Accra "résonne comme une vraie déclaration de guerre contre les dysfonctionnements qui paralysent l'Afrique depuis cinq siècles", affirme Guy Parfait Songue, professeur de sciences politiques à l'université de Douala.
"C'est celui d'un homme engagé et déterminé à bousculer les réalités qui sont celles du continent, notamment la corruption, l'absence de pratiques démocratiques et l'irrespect des droits de l'Homme", dit-il à l'AFP.
Au Ghana, petit pays érigé en modèle de démocratie, le premier président noir des Etats-Unis a invité les Africains à "assumer la responsabilité de (leur) avenir", promettant le soutien de son pays sur le chemin des réformes.
En demandant au continent de lutter contre le sous-développement plutôt que d'en rejeter la faute sur le colonialisme, "Obama a lancé à l'Afrique un défi que nous devrions prendre un sérieux", estime Emmanuel Akwetey, directeur de l'Institut ghanéen pour la gouvernance démocratique (IDEG).
Le parcours personnel de Barack Obama, fils d'un immigrant kényan, lui donne à l'évidence une légitimité particulière pour évoquer sans détours les plaies du continent.
"Il n'y a pas mieux placé qu'Obama, dans les veines duquel +coule le sang africain+, pour +cracher+ ces vérités aux Africains", souligne le quotidien gratuit marocain Au fait.
Le président français Nicolas Sarkozy avait dit "à peu près" la même chose en 2007 à Dakar, mais prononcé par un "Blanc, français de surcroît", ce message "ne pouvait pas passer", avance le journaliste et écrivain ivoirien Venance Konan, dans le quotidien indépendant L'Inter.
M. Sarkozy avait subi une tempête de protestations - à l'exception notable de l'ex-chef de l'Etat sud-africain Thabo Mbeki - pour avoir déclaré que "l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire".
En mettant le continent "face à ses responsabilités", le président américain "a répondu aux attentes placées en lui par des millions d'Africains", s'enthousiasme le journaliste sénégalais Adama Gaye, dans le quotidien privé Walf Fadjri.
Au Zimbabwe, ravagé par des années de règne de Robert Mugabe, le parti de l'opposant Morgan Tsvangirai, devenu Premier ministre, a d'ailleurs dit trouver une "inspiration" dans le discours d'Accra.
Aussi admiré soit-il, le locataire de la Maison blanche est toutefois attendu au tournant.
"Nous saluons l'engagement de Barack Obama à être aux côtés des Africains qui oeuvrent pour le bien-être du continent, mais nous attendons la matérialisation de ce soutien. C'est une attente urgente et immédiate", insiste Hilaire Kamga, porte-parole de la plate-forme de la société civile pour la démocratie au Cameroun.
De son côté, le quotidien mozambicain O Pais juge qu'"Obama doit travailler directement avec le continent pour garantir" des élections "en accord avec les principes démocratiques".
Faute de quoi, avertit le journal, "la démocratie deviendra insignifiante et l'instabilité inévitable, menaçant la sécurité" de l'Afrique comme celle des Etats-Unis.
De Thomas MORFIN avec les bureaux de l'AFP en Afrique
ABIDJAN (AFP) — L'appel à la responsabilité lancé par Barack Obama à l'Afrique a résonné lundi à travers le continent, certains trouvant dans son "yes, you can" (oui, vous le pouvez) un appui pour réclamer plus de démocratie et une meilleure gouvernance.
Au discours prononcé samedi devant le Parlement ghanéen par le président américain a répondu, du Sénégal au Mozambique, une même exhortation aux changements politiques et économiques.
Le discours d'Accra "résonne comme une vraie déclaration de guerre contre les dysfonctionnements qui paralysent l'Afrique depuis cinq siècles", affirme Guy Parfait Songue, professeur de sciences politiques à l'université de Douala.
"C'est celui d'un homme engagé et déterminé à bousculer les réalités qui sont celles du continent, notamment la corruption, l'absence de pratiques démocratiques et l'irrespect des droits de l'Homme", dit-il à l'AFP.
Au Ghana, petit pays érigé en modèle de démocratie, le premier président noir des Etats-Unis a invité les Africains à "assumer la responsabilité de (leur) avenir", promettant le soutien de son pays sur le chemin des réformes.
En demandant au continent de lutter contre le sous-développement plutôt que d'en rejeter la faute sur le colonialisme, "Obama a lancé à l'Afrique un défi que nous devrions prendre un sérieux", estime Emmanuel Akwetey, directeur de l'Institut ghanéen pour la gouvernance démocratique (IDEG).
Le parcours personnel de Barack Obama, fils d'un immigrant kényan, lui donne à l'évidence une légitimité particulière pour évoquer sans détours les plaies du continent.
"Il n'y a pas mieux placé qu'Obama, dans les veines duquel +coule le sang africain+, pour +cracher+ ces vérités aux Africains", souligne le quotidien gratuit marocain Au fait.
Le président français Nicolas Sarkozy avait dit "à peu près" la même chose en 2007 à Dakar, mais prononcé par un "Blanc, français de surcroît", ce message "ne pouvait pas passer", avance le journaliste et écrivain ivoirien Venance Konan, dans le quotidien indépendant L'Inter.
M. Sarkozy avait subi une tempête de protestations - à l'exception notable de l'ex-chef de l'Etat sud-africain Thabo Mbeki - pour avoir déclaré que "l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire".
En mettant le continent "face à ses responsabilités", le président américain "a répondu aux attentes placées en lui par des millions d'Africains", s'enthousiasme le journaliste sénégalais Adama Gaye, dans le quotidien privé Walf Fadjri.
Au Zimbabwe, ravagé par des années de règne de Robert Mugabe, le parti de l'opposant Morgan Tsvangirai, devenu Premier ministre, a d'ailleurs dit trouver une "inspiration" dans le discours d'Accra.
Aussi admiré soit-il, le locataire de la Maison blanche est toutefois attendu au tournant.
"Nous saluons l'engagement de Barack Obama à être aux côtés des Africains qui oeuvrent pour le bien-être du continent, mais nous attendons la matérialisation de ce soutien. C'est une attente urgente et immédiate", insiste Hilaire Kamga, porte-parole de la plate-forme de la société civile pour la démocratie au Cameroun.
De son côté, le quotidien mozambicain O Pais juge qu'"Obama doit travailler directement avec le continent pour garantir" des élections "en accord avec les principes démocratiques".
Faute de quoi, avertit le journal, "la démocratie deviendra insignifiante et l'instabilité inévitable, menaçant la sécurité" de l'Afrique comme celle des Etats-Unis.
La "philosophie" diplomatique de Barack Obama - Afrique - Le Monde.fr
La "philosophie" diplomatique de Barack Obama - Afrique - Le Monde.fr
WASHINGTON CORRESPONDANTE
Ses conseillers parlent moins d'une doctrine Obama que d'une "philosophie". Avec le discours d'Accra, prononcé samedi 11 juillet au Ghana, devant un Parlement turbulent, parfois facétieux, opinant bruyamment comme à Londres à la Chambre des communes, Barack Obama a conclu une série de discours exposant les grands principes de sa politique étrangère.
Les quatre interventions
5 avril. Barack Obama prononce à Prague, en République tchèque, un discours consacré au désarmement nucléaire.
5 juin. En tournée au Moyen-Orient et en Europe, le président américain s'exprime sur l'islam à l'université du Caire, en Egypte, et détaille la politique que Washington entend conduire dans la région.
7 juillet. Devant les étudiants de la Nouvelle Ecole économique, à Moscou, en Russie, M. Obama plaide pour une remise à zéro des relations américano-russes.
11 juillet. Le président des Etats-Unis prononce un discours devant le Parlement du Ghana, à Accra, invitant les Africains à prendre leurs responsabilités.
Sur le même sujet
Décryptage La diplomatie Obama, entre moralisme et réalisme
Eclairage A Accra, football et spectacle de rues concurrencent le discours d'Obama
Document "L'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts, mais de fortes institutions"
Les faits Obama : l'Afrique doit prendre ses responsabilités
Compte rendu Les principaux points du discours d'Obama
Blog Obama couleur Ghana
Reportage A Cape Coast, au Ghana, "nous avons le sentiment d'accueillir l'un des nôtres"
De ces quatre rendez-vous - Prague, Le Caire, Moscou, Accra -, il ressort le portrait d'un moraliste qui, de l'Afrique au monde arabe, met chacun au pied de ses responsabilités. Pour le président américain, "le leadership moral est plus puissant que n'importe quelle arme". Et aussi celui d'un réaliste ancré dans l'idée que la souveraineté des Etats est la "clé de voûte" de l'ordre international.
Quand il a pris ses fonctions, le 21 janvier, les analystes prédisaient que l'économie accaparerait Barack Obama, qu'il devrait déléguer la politique étrangère au vice-président, Joe Biden, et à sa secrétaire d'Etat, Hillary Clinton. Erreur. M. Obama a montré qu'il entendait tout mener de front. Sous la pression d'un calendrier multilatéral chargé, il a enchaîné les sommets (G20, OTAN, G8).
En quittant celui du G8 réuni à L'Aquila (Italie), vendredi, il s'est plaint de la multiplication des sommets, phénomène qu'il a attribué au mauvais fonctionnement de l'ONU, qui devrait être le lieu des consultations. "Je suis un grand partisan des Nations unies, mais elles doivent être réformées et revitalisées et je l'ai dit au secrétaire général."
A chaque déplacement outre-Atlantique, le président a tenu à faire une étape dans un "petit" pays pour souligner que "le monde est interconnecté" et que les problèmes du XXIe siècle se régleront aussi à Prague ou à Accra. Ces Etats jouent, selon lui, un rôle "pivot" dans les relations internationales. "La révolution de Velours (qui a provoqué la chute du régime communiste en Tchécoslovaquie en 1989) nous a appris que des manifestations pacifiques pouvaient ébranler les fondations d'un Empire et mettre à nu la vacuité d'une idéologie", avait-il dit, le 5 avril, devant le château de Prague.
A chaque fois, il tient à s'adresser aux jeunes, pour les convaincre que le changement est entre leurs mains : "Quel ordre mondial remplacera la guerre froide ?"
A Moscou, le 7 juillet, les étudiants de la Nouvelle Ecole d'économie ont écouté sans réaction. "L'avenir n'appartient pas à ceux qui massent des armées sur un champ de bataille ou qui enterrent des missiles ; l'avenir appartient aux jeunes qui seront armés d'une éducation et d'une imagination créatrice", a-t-il affirmé.
Pour le président américain, la coopération doit remplacer les éternels affrontements : "En 2009, une grande puissance ne prouve pas sa puissance en dominant ou en diabolisant d'autres pays. La recherche du pouvoir n'est plus un jeu de somme nulle : le progrès doit être partagé."
A l'université du Caire, le 4 juin, M. Obama avait parlé des tensions entre les civilisations. "C'est le discours sur lequel il a le plus travaillé personnellement", dit Ben Rhodes, son speechwriter. Pour l'étape du Ghana, M. Obama a repris ses idées sur la corruption, développées à la lumière de l'exemple de son père, écarté du gouvernement kényan à cause de ses idées et de son clan.
Le seul discours dans lequel il ait fait des propositions concrètes est celui de Prague sur la non-prolifération. Il suit ce sujet depuis plus de vingt ans. Dès 1983, dans un texte publié par le magazine de l'université de Columbia et retrouvé récemment par le New York Times, il développait sa philosophie : "Casser la mentalité de guerre." Il plaidait déjà pour le désarmement.
Sur les droits de l'homme, la Maison Blanche considère qu'il suffit à M. Obama de parler en termes globaux. Le président ne veut pas laisser l'impression que les Etats-Unis donnent des leçons, après une période où le reste de la planète a pu voir qu'ils ne sont pas irréprochables.
Contrairement à son prédecesseur, George Bush, il a choisi de n'aborder les questions qu'en termes très généraux de "droits universels" et de ne pas admonester les gouvernements sur des points particuliers. "L'Amérique ne cherchera pas à imposer un système quelconque de gouvernement à une autre nation, a-t-il dit. La souveraineté des Etats est un principe intangible."
De Moscou au Caire, M. Obama n'a pas abordé de front la question des libertés pour l'opposition. A Moscou, Mike McFaul, le conseiller pour la Russie, a précisé que la Maison Blanche avait conduit en janvier une évaluation de la politique russe, et qu'elle était arrivée à la conclusion que "secouer notre doigt autour du monde n'avait pas tellement bien marché dans le passé". Le conseiller a fait le "parallèle" avec la réaction à la répression, en Iran, des manifestations contre la présidentielle du 12 juin. Les opposants sont prévenus, autrement dit, que M. Obama n'a pas l'intention de mentionner des cas individuels, pour éviter de leur nuire.
Le président américain a insisté plusieurs fois sur le nécessaire respect de la souveraineté des Etats. Interrogé sur le concept de "responsabilité de protéger", il a répondu d'une manière limitant nettement ce devoir d'ingérence. "Le seuil à partir duquel une intervention internationale est justifiée doit être très élevé. Il faut qu'il y ait une forte indignation internationale. Cela n'est pas toujours facile de décider", a-t-il déclaré. Il a demandé à son administration de réfléchir à la mise en place de normes internationales et de pressions (économiques, diplomatiques...) sur les pays qui ne respectent pas les "valeurs universelles" envers leurs citoyens.
Corine Lesnes
Article paru dans l'édition du 14.07.09.
WASHINGTON CORRESPONDANTE
Ses conseillers parlent moins d'une doctrine Obama que d'une "philosophie". Avec le discours d'Accra, prononcé samedi 11 juillet au Ghana, devant un Parlement turbulent, parfois facétieux, opinant bruyamment comme à Londres à la Chambre des communes, Barack Obama a conclu une série de discours exposant les grands principes de sa politique étrangère.
Les quatre interventions
5 avril. Barack Obama prononce à Prague, en République tchèque, un discours consacré au désarmement nucléaire.
5 juin. En tournée au Moyen-Orient et en Europe, le président américain s'exprime sur l'islam à l'université du Caire, en Egypte, et détaille la politique que Washington entend conduire dans la région.
7 juillet. Devant les étudiants de la Nouvelle Ecole économique, à Moscou, en Russie, M. Obama plaide pour une remise à zéro des relations américano-russes.
11 juillet. Le président des Etats-Unis prononce un discours devant le Parlement du Ghana, à Accra, invitant les Africains à prendre leurs responsabilités.
Sur le même sujet
Décryptage La diplomatie Obama, entre moralisme et réalisme
Eclairage A Accra, football et spectacle de rues concurrencent le discours d'Obama
Document "L'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts, mais de fortes institutions"
Les faits Obama : l'Afrique doit prendre ses responsabilités
Compte rendu Les principaux points du discours d'Obama
Blog Obama couleur Ghana
Reportage A Cape Coast, au Ghana, "nous avons le sentiment d'accueillir l'un des nôtres"
De ces quatre rendez-vous - Prague, Le Caire, Moscou, Accra -, il ressort le portrait d'un moraliste qui, de l'Afrique au monde arabe, met chacun au pied de ses responsabilités. Pour le président américain, "le leadership moral est plus puissant que n'importe quelle arme". Et aussi celui d'un réaliste ancré dans l'idée que la souveraineté des Etats est la "clé de voûte" de l'ordre international.
Quand il a pris ses fonctions, le 21 janvier, les analystes prédisaient que l'économie accaparerait Barack Obama, qu'il devrait déléguer la politique étrangère au vice-président, Joe Biden, et à sa secrétaire d'Etat, Hillary Clinton. Erreur. M. Obama a montré qu'il entendait tout mener de front. Sous la pression d'un calendrier multilatéral chargé, il a enchaîné les sommets (G20, OTAN, G8).
En quittant celui du G8 réuni à L'Aquila (Italie), vendredi, il s'est plaint de la multiplication des sommets, phénomène qu'il a attribué au mauvais fonctionnement de l'ONU, qui devrait être le lieu des consultations. "Je suis un grand partisan des Nations unies, mais elles doivent être réformées et revitalisées et je l'ai dit au secrétaire général."
A chaque déplacement outre-Atlantique, le président a tenu à faire une étape dans un "petit" pays pour souligner que "le monde est interconnecté" et que les problèmes du XXIe siècle se régleront aussi à Prague ou à Accra. Ces Etats jouent, selon lui, un rôle "pivot" dans les relations internationales. "La révolution de Velours (qui a provoqué la chute du régime communiste en Tchécoslovaquie en 1989) nous a appris que des manifestations pacifiques pouvaient ébranler les fondations d'un Empire et mettre à nu la vacuité d'une idéologie", avait-il dit, le 5 avril, devant le château de Prague.
A chaque fois, il tient à s'adresser aux jeunes, pour les convaincre que le changement est entre leurs mains : "Quel ordre mondial remplacera la guerre froide ?"
A Moscou, le 7 juillet, les étudiants de la Nouvelle Ecole d'économie ont écouté sans réaction. "L'avenir n'appartient pas à ceux qui massent des armées sur un champ de bataille ou qui enterrent des missiles ; l'avenir appartient aux jeunes qui seront armés d'une éducation et d'une imagination créatrice", a-t-il affirmé.
Pour le président américain, la coopération doit remplacer les éternels affrontements : "En 2009, une grande puissance ne prouve pas sa puissance en dominant ou en diabolisant d'autres pays. La recherche du pouvoir n'est plus un jeu de somme nulle : le progrès doit être partagé."
A l'université du Caire, le 4 juin, M. Obama avait parlé des tensions entre les civilisations. "C'est le discours sur lequel il a le plus travaillé personnellement", dit Ben Rhodes, son speechwriter. Pour l'étape du Ghana, M. Obama a repris ses idées sur la corruption, développées à la lumière de l'exemple de son père, écarté du gouvernement kényan à cause de ses idées et de son clan.
Le seul discours dans lequel il ait fait des propositions concrètes est celui de Prague sur la non-prolifération. Il suit ce sujet depuis plus de vingt ans. Dès 1983, dans un texte publié par le magazine de l'université de Columbia et retrouvé récemment par le New York Times, il développait sa philosophie : "Casser la mentalité de guerre." Il plaidait déjà pour le désarmement.
Sur les droits de l'homme, la Maison Blanche considère qu'il suffit à M. Obama de parler en termes globaux. Le président ne veut pas laisser l'impression que les Etats-Unis donnent des leçons, après une période où le reste de la planète a pu voir qu'ils ne sont pas irréprochables.
Contrairement à son prédecesseur, George Bush, il a choisi de n'aborder les questions qu'en termes très généraux de "droits universels" et de ne pas admonester les gouvernements sur des points particuliers. "L'Amérique ne cherchera pas à imposer un système quelconque de gouvernement à une autre nation, a-t-il dit. La souveraineté des Etats est un principe intangible."
De Moscou au Caire, M. Obama n'a pas abordé de front la question des libertés pour l'opposition. A Moscou, Mike McFaul, le conseiller pour la Russie, a précisé que la Maison Blanche avait conduit en janvier une évaluation de la politique russe, et qu'elle était arrivée à la conclusion que "secouer notre doigt autour du monde n'avait pas tellement bien marché dans le passé". Le conseiller a fait le "parallèle" avec la réaction à la répression, en Iran, des manifestations contre la présidentielle du 12 juin. Les opposants sont prévenus, autrement dit, que M. Obama n'a pas l'intention de mentionner des cas individuels, pour éviter de leur nuire.
Le président américain a insisté plusieurs fois sur le nécessaire respect de la souveraineté des Etats. Interrogé sur le concept de "responsabilité de protéger", il a répondu d'une manière limitant nettement ce devoir d'ingérence. "Le seuil à partir duquel une intervention internationale est justifiée doit être très élevé. Il faut qu'il y ait une forte indignation internationale. Cela n'est pas toujours facile de décider", a-t-il déclaré. Il a demandé à son administration de réfléchir à la mise en place de normes internationales et de pressions (économiques, diplomatiques...) sur les pays qui ne respectent pas les "valeurs universelles" envers leurs citoyens.
Corine Lesnes
Article paru dans l'édition du 14.07.09.
Chapeau, Barack
Chapeau, Barackin Walf Fadjri
Le discours sur l’Afrique prononcé par Barack Obama, avant-hier, devant le Parlement ghanéen est de ceux qui doivent être archivés pour la postérité en tant que source d’inspiration pour ceux qui veulent être des forces de transformation positive d'un continent n'ayant jamais eu une vraie chance de s'émanciper. En la mettant face à ses propres responsabilités, qu’elle doit assumer, pour se tirer d’affaire, ou, ignorer, au risque d’amplifier sa marginalisation, il a répondu aux attentes placées en lui par des millions d’Africains. Tous n’en peuvent plus d’attendre que s’opère la rupture, toujours rêvée, pour que ce continent cesse enfin d’être cette cicatrice sur la conscience humaine, dont parlait, crûment, Tony Blair, l’ancien Premier ministre britannique, dans un autre discours mémorable, en 2001.
Le fait que le premier président américain ayant vraiment du sang africain dans ses veines, n’ait pas pris de gants pour mettre le doigt sur les vrais maux du continent, n’est pas la seule explication de la puissance de son intervention face aux députés ghanéens. Son propos n’est d’ailleurs pas inédit : des Africains de diverses générations, aussi bien des hommes politiques que de simples citoyens, n’ont cessé de tenir un langage identique. La différence : leurs voix se perdaient dans le vide face au refus de leurs destinataires d’en tenir compte ; cette fois-ci, venant de l’homme le plus puissant de la planète, le débat monte, pour ainsi dire, en gammes.
Il était grand temps. Au nom d’une simple évidence : jamais, l’Afrique ne peut compétir dans un monde de plus en plus complexe et désormais propulsé dans de nouvelles batailles technologiques, commerciales, économiques, encore moins s’affirmer à l’intérieur de ses frontières tant qu’elle ne se sera pas débarrassée des boulets qu’elle traîne. Avec comme principaux fautifs : les dirigeants publics et acteurs sociaux, économiques et religieux plus soucieux du court-termisme, du confort sans effort et de l’argent facile. Se mobiliser pour sortir leur continent des maux en tous genres qui l’accablent ne figure pas dans leur agenda véritable.
En rappelant comment des pays, comme la Corée du Sud, qui étaient à égalité, voire à la traîne, avec ceux du continent en termes économiques, il y a juste une trentaine d’années, ont changé leurs destinées par volontarisme, patriotisme et vision, Barack Obama a donc fait mouche. Il a amplement raison de dire que le développement africain sera le fait de l’Afrique et de ses fils, ou ne sera pas. Ne serait-ce que pour ce rappel lumineux, il mérite un fabuleux coup de chapeau. Surtout qu’il a aussi fait appel aux forces vives du continent, ses jeunes, qu’il a sommés de prendre en mains leur destin. Tout aussi symbolique dans son propos est le message d’espoir qu’il a envoyé aux ‘whistleblowers’ (les vigiles de la bonne gouvernance, de la démocratie et des libertés), souvent seuls dans leur combat contre des puissances étatiques d’autant plus tyranniques qu’elles savent s’envelopper d’une fausse adhésion à la démocratie et au respect des droits de l’homme.
Pour avoir débusqué le stratagème que déploient les acteurs publics, vrais prédateurs, Obama prouve qu’il n’est pas dupe. Il prouve ainsi sa connaissance du continent. Il sait que partout, à travers l’Afrique, les puissances publiques se distinguent par leur boulimie de biens matériels, tout en fermant les espaces de liberté et de dissension, du moins en se montrant rétives à toute volonté de transformation profonde des réalités africaines. Ce n'est pas étonnant que nulle part sur le continent, elles ne sont encore perçues comme des arbitres, régulateurs, neutres. Elles se posent en forces de destruction massive qui ont jeté leur dévolu sur les ressources de leurs pays, pour les aliéner à leur propre profit.
Pour avoir montré qu’il a tout compris, le président Obama, j’ai eu envie de dire Obamerci, a su utiliser son talent oratoire, sans pareil, pour identifier les causes du mal africain. Les symptômes de ce mal sont nombreux, mais ceux-ci sont incontestables : mauvaise gouvernance, corruption, refus de la méritocratie, multiplicité des conflits, fausse démocratie, mainmise sur les opportunités au profit d’une minorité. Sans oublier la marginalisation des talents, comme le défunt père de l’actuel président américain : Obama Senior était formé dans les plus prestigieuses institutions universitaires américaines, mais il finira sa vie presque en clochard, parce que rejeté dans une société politique kenyane rongée, hier comme aujourd’hui, comme ailleurs en Afrique, par le népotisme et les forces obscures articulées autour de la défense des identités claniques, ethniques ou confessionnelles. Ces germes négativement plantés dans le corps social africain sont hélas le fait de ceux des fils du continent chargés, pourtant, de l’orienter vers la voie du développement.
Les imputer d'abord aux acteurs extérieurs est bien tentant. Ceux qui veulent s'en prendre au prêche d'Obama ne s'en sont pas privés, en rappelant que son discours n'a pas été partout bien accueilli. Les plus négatifs se sont empressés, à peu de frais, de souligner quelques silences et non-dits l’ayant ponctué, et qu'ils considèrent susceptibles de semer le doute quant à la portée du message du président des Etats-Unis. Il y a, ainsi, de quoi s’inquiéter de son silence sur le rôle des multinationales occidentales et autres opérateurs véreux qui viennent des pays développés pour être les complices des prédateurs en place dans les lieux de pouvoir du continent. Tout aussi coupables, sous le parapluie de leurs Etats respectifs, sont les banques occidentales qui servent encore de refuges aux ressources financières des pays africains détournées et planquées dans des paradis fiscaux, mais aussi dans des capitales occidentales. La rédemption africaine qu'appelle Obama de ses vœux passe aussi par la lutte contre la corruption : à la condition de ne pas hésiter à pratiquer ce que les Américains appellent le ‘naming and shaming’. En d’autres termes, la dénonciation, voire la mise en quarantaine des coupables qui sont largement connus, est indispensable pour que des résultats tangibles soient atteints. Sans quoi, les biens mal acquis des prédateurs africains, pourtant aisément traçables, pourraient finir dans les coffres de ces banques si ce n'est dans les budgets des pays occidentaux.
Vouloir vraiment aider l’Afrique, comme semble l'affirmer Obama, c’est aussi éviter cette précipitation troublante qui pousse à ranger aux oubliettes les conséquences négatives de la colonisation. Le chef de l’Exécutif américain a quelque peu tort de vouloir tourner définitivement la page du legs colonial. Elle est pourtant toujours là, à travers les comportements néo-coloniaux évidents, imputables, aujourd’hui, à des acteurs économiques étrangers traditionnels, et qui, si l’on n’y prend garde, dès à présent, pourraient préfigurer l’action des nouvelles puissances émergentes qui font maintenant la cour au continent.
Ne nous voilons donc pas la face sur la réalité de cet héritage colonial, ni sur le poids de l'esclavage dans le subconscient africain. Ni aussi sur les autres obstacles, qui entravent toujours le chemin du développement africain. Notamment dans les négociations commerciales, hier au sein du Gatt, aujourd’hui dans les instances de l’Organisation mondiale du commerce où l'Afrique pèche par absence de capacité de négociation ou de positionnement. Elle ne peut donc pas s'ouvrir les marchés extérieurs de ses partenaires au développement.
Au même titre, l’ambivalence, revendiquée, dans un passé encore récent, par un monde occidental qu’incarne au premier chef l’Amérique, est toujours pratiquée par de nombreux dirigeants et pays occidentaux. Comme au bon vieux temps de la guerre froide, quand ils s’étaient alliés avec les dictateurs de tous poils, en leur concédant toutes sortes d’entorses à la démocratie pluraliste.
Beaucoup d’entre eux n’hésitent pas à se coltiner avec des dictateurs, revêtus du manteau d’une démocratie dévoyée, en les invitant à leurs agapes, surtout aux réunions du G8. Ils continuent de les recevoir dans leurs palais, de l’Elysée à la Maison Blanche. Ou maintiennent des canaux de communication avec eux à travers des hommes douteux qui se revendiquent du foccartisme ou qui pensent, Outre Atlantique, que le combat contre le terrorisme ou la quête du pétrole africain valent toutes les renonciations. Même le rôle de ces multiples africanistes, souvent des lobbystes vivant des prébendes données par des dirigeants africains experts en détournements de conscience, n’est pas sans poser problème dans la relation du continent avec ses partenaires extérieurs. Il n’est jusque dans l’attraction, la captation, des élites africaines, qui ne pèse négativement sur l'avenir du continent. Au nom d’un flux cyniquement encouragé d’une immigration choisie ou à la carte.
Quid des aides et dons détournés ? C'est un autre sujet de préoccupation africaine et, à ce propos, Obama gagnerait à mettre en œuvre sa nouvelle doctrine envers l’Afrique, en s’assurant que les 20 milliards de dollars, promis par le G8, et destinés au développement agricole du continent, ne finissent pas dans les poches des prédateurs ayant déjà fait main basse sur les terres de leurs pays. A moins qu’ils ne passent dans celles des consultants et autres fonctionnaires internationaux qui, au sein de nombreuses institutions africaines, sont passés maîtres dans l'art du double langage, tant ils sont prolixes dans l’exaltation de la transparence tout en étant des membres actifs de cet axe des prédateurs qui sévit en Afrique.
La vigilance du président américain doit également s’exercer en direction des institutions internationales extra-africaines, qui ne peuvent être exonérées de leurs responsabilités dans le maintien de l’Afrique dans un statut enfantin. Qu’Obama n’ait pas parlé de la nécessité d’une réforme, qui ne soit pas de façade, des institutions multilatérales, financières ou politiques, dont l’échec est retentissant, ou, mieux, du devoir de leur demander de laisser l’Afrique aux Africains, traduit aussi une méconnaissance des raisons additionnelles aux blocages qui la plombent. Continuer de laisser les Nations unies seriner sur tous les toits que le combat pour ‘l’atteinte’ des Objectifs du millénaire est une priorité africaine, c’est détourner les Africains des enjeux politiques fondamentaux à résoudre, d’abord, comme étape vers la résolution de ces objectifs par les Africains eux-mêmes.
On ne peut non plus manquer de souligner que les institutions dites de Bretton Woods, Banque mondiale et Fmi, même en revenant sur le continent sous une couverture plus attractive, plus relations publiques, en mettant en avant un visage social, ne doivent pas être les forces sur lesquelles l’Afrique doit s’appuyer : elles ne sont là que pour faire leur business, gagner au change et maintenir leur bureaucratie. Un devoir d’humilité s’impose à elles. Leur échec, partout, sur le front du combat pour le développement est trop flagrant pour ne plus mériter d'être commenté…
En dernier ressort, Obama avait toutes les raisons de tenir son discours d’hier, avec le souci, manifeste, de reconquérir les cœurs et esprits de nombreux Africains qui commençaient à se détourner d’une Amérique plus portée sur le hard power, en gros la mécanique militaire, que sur le smart power, celui qui fait appel à l’intelligence et à la vérité. Le risque était de voir les Etats-Unis, pratiquement au bord d’une banqueroute financière, mais surtout morale, ne plus être en mesure de défendre ici leurs intérêts géo-économiques. Or le temps presse : un rééquilibrage des forces économiques planétaires est en cours. Il se traduit par la percée d’un groupe de pays naguère considérés comme de seconde zone, à savoir la Chine, l’Inde ou encore le Brésil, pour ne citer que ceux-là. Par leur poids grandissant dans la marche des affaires, surtout économiques, ils offrent à l'Afrique d'autres possibilités que les dictateurs sont pressés de saisir pour ne pas avoir à trop se compliquer la vie avec le discours démocratique, version Obama. C'est donc dire que tout puissant qu'il a été, son discours africain n’a pas pris suffisamment en compte certaines causes exogènes du sous-développement africain - sans pour autant nier celles liées à l’action des forces internes qui, dans la plupart des pays africains, et pas seulement au Zimbabwe, sont le levier le plus puissant du mal africain.
Sans doute, Obama devra-t-il affiner son analyse du continent. Mais, pour l’heure, ne gâchons pas notre joie. Car le pavé qu’il a jeté dans la mare est rafraîchissant. Il pourrait être l’amorce d’un big bang qui pourrait changer le rapport de l’Afrique avec son pays et, au-delà, avec le reste du monde. En cela, même si Sarkozy, dans son discours de Dakar, avait été un peu maladroit, Obama, l'Africain, lui, a redonné de la vigueur... Et on ne peut sur le fond que se féliciter de ce qu’un nouveau discours, plus cru, véridique, critiquable ou non, commence à émerger concernant un continent longtemps traité avec des pincettes par ses partenaires extérieurs, comme tétanisés par les pouvoirs en place.
C’est parce qu’il faut entendre un tel discours, qui fait parfois mal, que, pour ma part, j’avais refusé de faire partie des contributeurs du livre contre Sarkozy quand son initiateur m’avait sollicité dans ce sens. Féliciter Obama, qui a tenu compte de ce que certains, comme l’auteur de ces lignes*, l’ont invité à faire par rapport à l'Afrique, dès son arrivée au pouvoir, ne relève que de l’ordre normal des choses. Dans l’espoir que le discours d’Accra annonce l’aube d’une ère vraiment nouvelle. Comme naguère Jean Paul II, au début de son pontificat, il y a déjà une trentaine d'années, avait su galvaniser les peuples d'Europe de l'Est, alors sous le joug soviétique, en les invitant à ne pas avoir peur, le discours d'avant-hier d'Obama est une invite à l'action africaine pour changer le cours du destin du continent ayant les plus grandes richesses naturelles, fort aujourd'hui d'un milliard d'habitants, et qui donc doit compter. A la suite du Yes We Can ayant secoué les Etats-Unis, il n'est pas illusoire de reprendre un vibrant Yes, we shall - Oui Nous Ferons - au nom de l'Afrique, pour conclure…
Adama GAYE Journaliste adamagaye@hotmail.com *In Afrique: Un Mémo critique pour Obama – par Adama Gaye, Wal Fadjri, 26 Novembre 2008.
Le discours sur l’Afrique prononcé par Barack Obama, avant-hier, devant le Parlement ghanéen est de ceux qui doivent être archivés pour la postérité en tant que source d’inspiration pour ceux qui veulent être des forces de transformation positive d'un continent n'ayant jamais eu une vraie chance de s'émanciper. En la mettant face à ses propres responsabilités, qu’elle doit assumer, pour se tirer d’affaire, ou, ignorer, au risque d’amplifier sa marginalisation, il a répondu aux attentes placées en lui par des millions d’Africains. Tous n’en peuvent plus d’attendre que s’opère la rupture, toujours rêvée, pour que ce continent cesse enfin d’être cette cicatrice sur la conscience humaine, dont parlait, crûment, Tony Blair, l’ancien Premier ministre britannique, dans un autre discours mémorable, en 2001.
Le fait que le premier président américain ayant vraiment du sang africain dans ses veines, n’ait pas pris de gants pour mettre le doigt sur les vrais maux du continent, n’est pas la seule explication de la puissance de son intervention face aux députés ghanéens. Son propos n’est d’ailleurs pas inédit : des Africains de diverses générations, aussi bien des hommes politiques que de simples citoyens, n’ont cessé de tenir un langage identique. La différence : leurs voix se perdaient dans le vide face au refus de leurs destinataires d’en tenir compte ; cette fois-ci, venant de l’homme le plus puissant de la planète, le débat monte, pour ainsi dire, en gammes.
Il était grand temps. Au nom d’une simple évidence : jamais, l’Afrique ne peut compétir dans un monde de plus en plus complexe et désormais propulsé dans de nouvelles batailles technologiques, commerciales, économiques, encore moins s’affirmer à l’intérieur de ses frontières tant qu’elle ne se sera pas débarrassée des boulets qu’elle traîne. Avec comme principaux fautifs : les dirigeants publics et acteurs sociaux, économiques et religieux plus soucieux du court-termisme, du confort sans effort et de l’argent facile. Se mobiliser pour sortir leur continent des maux en tous genres qui l’accablent ne figure pas dans leur agenda véritable.
En rappelant comment des pays, comme la Corée du Sud, qui étaient à égalité, voire à la traîne, avec ceux du continent en termes économiques, il y a juste une trentaine d’années, ont changé leurs destinées par volontarisme, patriotisme et vision, Barack Obama a donc fait mouche. Il a amplement raison de dire que le développement africain sera le fait de l’Afrique et de ses fils, ou ne sera pas. Ne serait-ce que pour ce rappel lumineux, il mérite un fabuleux coup de chapeau. Surtout qu’il a aussi fait appel aux forces vives du continent, ses jeunes, qu’il a sommés de prendre en mains leur destin. Tout aussi symbolique dans son propos est le message d’espoir qu’il a envoyé aux ‘whistleblowers’ (les vigiles de la bonne gouvernance, de la démocratie et des libertés), souvent seuls dans leur combat contre des puissances étatiques d’autant plus tyranniques qu’elles savent s’envelopper d’une fausse adhésion à la démocratie et au respect des droits de l’homme.
Pour avoir débusqué le stratagème que déploient les acteurs publics, vrais prédateurs, Obama prouve qu’il n’est pas dupe. Il prouve ainsi sa connaissance du continent. Il sait que partout, à travers l’Afrique, les puissances publiques se distinguent par leur boulimie de biens matériels, tout en fermant les espaces de liberté et de dissension, du moins en se montrant rétives à toute volonté de transformation profonde des réalités africaines. Ce n'est pas étonnant que nulle part sur le continent, elles ne sont encore perçues comme des arbitres, régulateurs, neutres. Elles se posent en forces de destruction massive qui ont jeté leur dévolu sur les ressources de leurs pays, pour les aliéner à leur propre profit.
Pour avoir montré qu’il a tout compris, le président Obama, j’ai eu envie de dire Obamerci, a su utiliser son talent oratoire, sans pareil, pour identifier les causes du mal africain. Les symptômes de ce mal sont nombreux, mais ceux-ci sont incontestables : mauvaise gouvernance, corruption, refus de la méritocratie, multiplicité des conflits, fausse démocratie, mainmise sur les opportunités au profit d’une minorité. Sans oublier la marginalisation des talents, comme le défunt père de l’actuel président américain : Obama Senior était formé dans les plus prestigieuses institutions universitaires américaines, mais il finira sa vie presque en clochard, parce que rejeté dans une société politique kenyane rongée, hier comme aujourd’hui, comme ailleurs en Afrique, par le népotisme et les forces obscures articulées autour de la défense des identités claniques, ethniques ou confessionnelles. Ces germes négativement plantés dans le corps social africain sont hélas le fait de ceux des fils du continent chargés, pourtant, de l’orienter vers la voie du développement.
Les imputer d'abord aux acteurs extérieurs est bien tentant. Ceux qui veulent s'en prendre au prêche d'Obama ne s'en sont pas privés, en rappelant que son discours n'a pas été partout bien accueilli. Les plus négatifs se sont empressés, à peu de frais, de souligner quelques silences et non-dits l’ayant ponctué, et qu'ils considèrent susceptibles de semer le doute quant à la portée du message du président des Etats-Unis. Il y a, ainsi, de quoi s’inquiéter de son silence sur le rôle des multinationales occidentales et autres opérateurs véreux qui viennent des pays développés pour être les complices des prédateurs en place dans les lieux de pouvoir du continent. Tout aussi coupables, sous le parapluie de leurs Etats respectifs, sont les banques occidentales qui servent encore de refuges aux ressources financières des pays africains détournées et planquées dans des paradis fiscaux, mais aussi dans des capitales occidentales. La rédemption africaine qu'appelle Obama de ses vœux passe aussi par la lutte contre la corruption : à la condition de ne pas hésiter à pratiquer ce que les Américains appellent le ‘naming and shaming’. En d’autres termes, la dénonciation, voire la mise en quarantaine des coupables qui sont largement connus, est indispensable pour que des résultats tangibles soient atteints. Sans quoi, les biens mal acquis des prédateurs africains, pourtant aisément traçables, pourraient finir dans les coffres de ces banques si ce n'est dans les budgets des pays occidentaux.
Vouloir vraiment aider l’Afrique, comme semble l'affirmer Obama, c’est aussi éviter cette précipitation troublante qui pousse à ranger aux oubliettes les conséquences négatives de la colonisation. Le chef de l’Exécutif américain a quelque peu tort de vouloir tourner définitivement la page du legs colonial. Elle est pourtant toujours là, à travers les comportements néo-coloniaux évidents, imputables, aujourd’hui, à des acteurs économiques étrangers traditionnels, et qui, si l’on n’y prend garde, dès à présent, pourraient préfigurer l’action des nouvelles puissances émergentes qui font maintenant la cour au continent.
Ne nous voilons donc pas la face sur la réalité de cet héritage colonial, ni sur le poids de l'esclavage dans le subconscient africain. Ni aussi sur les autres obstacles, qui entravent toujours le chemin du développement africain. Notamment dans les négociations commerciales, hier au sein du Gatt, aujourd’hui dans les instances de l’Organisation mondiale du commerce où l'Afrique pèche par absence de capacité de négociation ou de positionnement. Elle ne peut donc pas s'ouvrir les marchés extérieurs de ses partenaires au développement.
Au même titre, l’ambivalence, revendiquée, dans un passé encore récent, par un monde occidental qu’incarne au premier chef l’Amérique, est toujours pratiquée par de nombreux dirigeants et pays occidentaux. Comme au bon vieux temps de la guerre froide, quand ils s’étaient alliés avec les dictateurs de tous poils, en leur concédant toutes sortes d’entorses à la démocratie pluraliste.
Beaucoup d’entre eux n’hésitent pas à se coltiner avec des dictateurs, revêtus du manteau d’une démocratie dévoyée, en les invitant à leurs agapes, surtout aux réunions du G8. Ils continuent de les recevoir dans leurs palais, de l’Elysée à la Maison Blanche. Ou maintiennent des canaux de communication avec eux à travers des hommes douteux qui se revendiquent du foccartisme ou qui pensent, Outre Atlantique, que le combat contre le terrorisme ou la quête du pétrole africain valent toutes les renonciations. Même le rôle de ces multiples africanistes, souvent des lobbystes vivant des prébendes données par des dirigeants africains experts en détournements de conscience, n’est pas sans poser problème dans la relation du continent avec ses partenaires extérieurs. Il n’est jusque dans l’attraction, la captation, des élites africaines, qui ne pèse négativement sur l'avenir du continent. Au nom d’un flux cyniquement encouragé d’une immigration choisie ou à la carte.
Quid des aides et dons détournés ? C'est un autre sujet de préoccupation africaine et, à ce propos, Obama gagnerait à mettre en œuvre sa nouvelle doctrine envers l’Afrique, en s’assurant que les 20 milliards de dollars, promis par le G8, et destinés au développement agricole du continent, ne finissent pas dans les poches des prédateurs ayant déjà fait main basse sur les terres de leurs pays. A moins qu’ils ne passent dans celles des consultants et autres fonctionnaires internationaux qui, au sein de nombreuses institutions africaines, sont passés maîtres dans l'art du double langage, tant ils sont prolixes dans l’exaltation de la transparence tout en étant des membres actifs de cet axe des prédateurs qui sévit en Afrique.
La vigilance du président américain doit également s’exercer en direction des institutions internationales extra-africaines, qui ne peuvent être exonérées de leurs responsabilités dans le maintien de l’Afrique dans un statut enfantin. Qu’Obama n’ait pas parlé de la nécessité d’une réforme, qui ne soit pas de façade, des institutions multilatérales, financières ou politiques, dont l’échec est retentissant, ou, mieux, du devoir de leur demander de laisser l’Afrique aux Africains, traduit aussi une méconnaissance des raisons additionnelles aux blocages qui la plombent. Continuer de laisser les Nations unies seriner sur tous les toits que le combat pour ‘l’atteinte’ des Objectifs du millénaire est une priorité africaine, c’est détourner les Africains des enjeux politiques fondamentaux à résoudre, d’abord, comme étape vers la résolution de ces objectifs par les Africains eux-mêmes.
On ne peut non plus manquer de souligner que les institutions dites de Bretton Woods, Banque mondiale et Fmi, même en revenant sur le continent sous une couverture plus attractive, plus relations publiques, en mettant en avant un visage social, ne doivent pas être les forces sur lesquelles l’Afrique doit s’appuyer : elles ne sont là que pour faire leur business, gagner au change et maintenir leur bureaucratie. Un devoir d’humilité s’impose à elles. Leur échec, partout, sur le front du combat pour le développement est trop flagrant pour ne plus mériter d'être commenté…
En dernier ressort, Obama avait toutes les raisons de tenir son discours d’hier, avec le souci, manifeste, de reconquérir les cœurs et esprits de nombreux Africains qui commençaient à se détourner d’une Amérique plus portée sur le hard power, en gros la mécanique militaire, que sur le smart power, celui qui fait appel à l’intelligence et à la vérité. Le risque était de voir les Etats-Unis, pratiquement au bord d’une banqueroute financière, mais surtout morale, ne plus être en mesure de défendre ici leurs intérêts géo-économiques. Or le temps presse : un rééquilibrage des forces économiques planétaires est en cours. Il se traduit par la percée d’un groupe de pays naguère considérés comme de seconde zone, à savoir la Chine, l’Inde ou encore le Brésil, pour ne citer que ceux-là. Par leur poids grandissant dans la marche des affaires, surtout économiques, ils offrent à l'Afrique d'autres possibilités que les dictateurs sont pressés de saisir pour ne pas avoir à trop se compliquer la vie avec le discours démocratique, version Obama. C'est donc dire que tout puissant qu'il a été, son discours africain n’a pas pris suffisamment en compte certaines causes exogènes du sous-développement africain - sans pour autant nier celles liées à l’action des forces internes qui, dans la plupart des pays africains, et pas seulement au Zimbabwe, sont le levier le plus puissant du mal africain.
Sans doute, Obama devra-t-il affiner son analyse du continent. Mais, pour l’heure, ne gâchons pas notre joie. Car le pavé qu’il a jeté dans la mare est rafraîchissant. Il pourrait être l’amorce d’un big bang qui pourrait changer le rapport de l’Afrique avec son pays et, au-delà, avec le reste du monde. En cela, même si Sarkozy, dans son discours de Dakar, avait été un peu maladroit, Obama, l'Africain, lui, a redonné de la vigueur... Et on ne peut sur le fond que se féliciter de ce qu’un nouveau discours, plus cru, véridique, critiquable ou non, commence à émerger concernant un continent longtemps traité avec des pincettes par ses partenaires extérieurs, comme tétanisés par les pouvoirs en place.
C’est parce qu’il faut entendre un tel discours, qui fait parfois mal, que, pour ma part, j’avais refusé de faire partie des contributeurs du livre contre Sarkozy quand son initiateur m’avait sollicité dans ce sens. Féliciter Obama, qui a tenu compte de ce que certains, comme l’auteur de ces lignes*, l’ont invité à faire par rapport à l'Afrique, dès son arrivée au pouvoir, ne relève que de l’ordre normal des choses. Dans l’espoir que le discours d’Accra annonce l’aube d’une ère vraiment nouvelle. Comme naguère Jean Paul II, au début de son pontificat, il y a déjà une trentaine d'années, avait su galvaniser les peuples d'Europe de l'Est, alors sous le joug soviétique, en les invitant à ne pas avoir peur, le discours d'avant-hier d'Obama est une invite à l'action africaine pour changer le cours du destin du continent ayant les plus grandes richesses naturelles, fort aujourd'hui d'un milliard d'habitants, et qui donc doit compter. A la suite du Yes We Can ayant secoué les Etats-Unis, il n'est pas illusoire de reprendre un vibrant Yes, we shall - Oui Nous Ferons - au nom de l'Afrique, pour conclure…
Adama GAYE Journaliste adamagaye@hotmail.com *In Afrique: Un Mémo critique pour Obama – par Adama Gaye, Wal Fadjri, 26 Novembre 2008.
OBAMA AU GHANA Derrière le grand discours…
Lequotidien.sn - Quotidien national sénégalais - FILIGRANE - Derrière le grand discours…
Partout où il passe, le président des Etats-Unis d’Amérique élu en novembre 2008 en impose par sa lucidité, la maîtrise de ses idées, la clarté des choix qu’il propose et défend dans leur diversité. Au Caire, il avait pris le tempo du monde musulman dans une retentissante adresse qui, malheureusement, n’est jamais allée au bout de sa logique, raison d’Etat oblige. A Accra, ce 11 juillet, Barack Obama a pour la première fois signifié aux Africains, de bouche à oreille, qu’il est un Américain tout juste heureux d’avoir ces racines africaines qui font sa «spécificité» par rapport à certains de ses compatriotes de race blanche. Pour le reste, c’est la realpolitik. Car, en choisissant le Ghana et non le Kenya, pays de ses ancêtres, pour sa première visite en Afrique noire, le Président américain lance un signal fort à tous les chefs d’Etat du continent : il ne donnera aucune connotation ethnico-affective à l’action des Etats-Unis. Bonne gouvernance contre corruption, exercice satisfaisant de la démocratie contre autocratie, garantie des libertés individuelles et collectives contre répression, implication des sociétés civiles dans le processus d’édification d’Etats modèles contre patrimonialisation, justice équitable contre tyrannie des gouvernants, et, surtout, stabilité politique contre apprentis-sorciers adeptes des coups d’Etat et des tripatouillages de Constitutions, telles sont les lignes de démarcation que Barack Obama a dessinées à l’endroit de ceux qui veulent s’entendre (ou pas) avec l’hyper-puissance mondiale. C’est un encouragement fantastique, une légitimation politique supplémentaire dans l’escarcelle de tous les militants des droits humains et de la démocratie qui luttent de partout pour un monde plus juste et plus sain.Mais derrière ces incantations de grande envergure, il y a la réalité de l’existant. Le Ghana est chouchouté pour diverses raisons. L’une d’elles est d’ordre stratégique, car ce pays d’Afrique de l’Ouest est devenu un maillon essentiel du dispositif sécuritaire que les Etats-Unis ont tissé à partir du Golfe de Guinée. Depuis les années 2002-2003, cette région a été élevée par l’administration du Président Georges Bush en «zone d’intérêt vital», car des études prospectives américaines ont alerté qu’à l’horizon 2020 (c’est-à-dire dans 10 ans, c’est-à-dire…demain), les Etats-Unis devraient importer 25% (1/4 quand même !) de leurs besoins en hydrocarbures (pétrole et gaz) de l’Afrique, dont une grande part proviendrait justement du Golfe de Guinée. Et selon une note du Centre belge d’études et de recherches de l’enseignement militaire supérieur (Cerems, «Enjeux pétroliers en Afrique», septembre 2005), la création annoncée par Georges Bush en 2003 d’une base militaire américaine à Sao-Tomé-Et-Principe vise pertinemment à «sécuriser» l’accès et l’exploitation des hydrocarbures de cette région. Cet usage immodéré de l’instrument militaire combiné à l’assistance politique qui décourage au maximum les coups d’Etat là où les Américains investissent, est en vigueur également dans la Corne de l’Afrique. Contraints de quitter cette zone stratégique du continent qui donne accès à la fois à la Mer Rouge et au Golfe, les Etats-Unis y sont revenus après les événements du 11 septembre 2001, une fois passés les traumatismes causés par les attentats meurtriers d’août 1998 contre leurs ambassades de Nairobi et Dar Es Salam. Ici, ce sont des accords avec les régimes proaméricains d’Erythrée et d’Ethiopie, mais aussi avec Djibouti, zone d’influence traditionnelle française, et le Yémen, de l’autre côté de la Mer Rouge, qui ont permis de mettre en place le «Combined Joint Task Force Horn of Africa» (Force conjointe pour la Corne de l’Afrique) comme instrument d’une politique de «sécurité préventive» contre les terrorismes de toutes natures. Conclusion d’experts : les Américains assurent désormais le contrôle stratégique de la route maritime où passe 1/4 de la production pétrolière mondiale.Pour à peu près les mêmes fins, le même dispositif a été construit autour des pays du Sahara occidental à travers le programme Pan sahel (Mauritanie, Mali, Niger), autour des routes de l’or noir qui passent par le Tchad, le Cameroun ou le Soudan, jusqu’au Maghreb où la coopération militaire avec l’Algérie et le Maroc, notamment, semble de grande envergure. L’échec de l’installation du commandement Africom sur le continent explique bien toutes ces offensives pour prendre pied sur le continent.Le Ghana est donc une tête de pont régionale dans le processus de construction d’une influence politique américaine durable partout où les intérêts des entreprises américaines sont à couteaux tirés avec ceux d’autres puissances émergentes comme la Chine. Or, Barack Obama, très souvent, est obligé de travailler sur des schémas laissés en héritage par Georges Bush et relatifs à la préservation des intérêts stratégiques des Etats-Unis. Dans ce cas précis, il joue la partition dévolue à chaque Président américain dans le quadrillage militaire de l’Afrique. Faut-il rappeler que le Ghana s’apprête à sortir de terre son premier baril de pétrole pour des quantités jugées énormes et d’excellente qualité ?Le Président Barack Obama est sans doute plein de bonne volonté, mais face aux leçons qu’il a infligées aux putschistes de tout acabit qui sévissent en Afrique et dégradent son image, que répond-il à ceux qui, preuves à l’appui, ont jugé que le coup d’Etat constitutionnel d’inspiration droitière survenu au Honduras aurait été commandité par les Etats-Unis afin de mettre un terme à la bolivarisation détonnante de l’Amérique Latine ? «L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, elle a besoin d’institutions fortes», a dit Obama devant les parlementaires ghanéens. Nous faudrait-il des marionnettes qui n’entreront jamais effectivement dans l’Histoire pour que les immenses richesses de ce continent meurtri par des guerres souvent financées de l’extérieur soient éternellement pillées par les grandes puissances et leurs satellites locaux ? Un mystère, ce Obama !
Par Momar DIENG
Partout où il passe, le président des Etats-Unis d’Amérique élu en novembre 2008 en impose par sa lucidité, la maîtrise de ses idées, la clarté des choix qu’il propose et défend dans leur diversité. Au Caire, il avait pris le tempo du monde musulman dans une retentissante adresse qui, malheureusement, n’est jamais allée au bout de sa logique, raison d’Etat oblige. A Accra, ce 11 juillet, Barack Obama a pour la première fois signifié aux Africains, de bouche à oreille, qu’il est un Américain tout juste heureux d’avoir ces racines africaines qui font sa «spécificité» par rapport à certains de ses compatriotes de race blanche. Pour le reste, c’est la realpolitik. Car, en choisissant le Ghana et non le Kenya, pays de ses ancêtres, pour sa première visite en Afrique noire, le Président américain lance un signal fort à tous les chefs d’Etat du continent : il ne donnera aucune connotation ethnico-affective à l’action des Etats-Unis. Bonne gouvernance contre corruption, exercice satisfaisant de la démocratie contre autocratie, garantie des libertés individuelles et collectives contre répression, implication des sociétés civiles dans le processus d’édification d’Etats modèles contre patrimonialisation, justice équitable contre tyrannie des gouvernants, et, surtout, stabilité politique contre apprentis-sorciers adeptes des coups d’Etat et des tripatouillages de Constitutions, telles sont les lignes de démarcation que Barack Obama a dessinées à l’endroit de ceux qui veulent s’entendre (ou pas) avec l’hyper-puissance mondiale. C’est un encouragement fantastique, une légitimation politique supplémentaire dans l’escarcelle de tous les militants des droits humains et de la démocratie qui luttent de partout pour un monde plus juste et plus sain.Mais derrière ces incantations de grande envergure, il y a la réalité de l’existant. Le Ghana est chouchouté pour diverses raisons. L’une d’elles est d’ordre stratégique, car ce pays d’Afrique de l’Ouest est devenu un maillon essentiel du dispositif sécuritaire que les Etats-Unis ont tissé à partir du Golfe de Guinée. Depuis les années 2002-2003, cette région a été élevée par l’administration du Président Georges Bush en «zone d’intérêt vital», car des études prospectives américaines ont alerté qu’à l’horizon 2020 (c’est-à-dire dans 10 ans, c’est-à-dire…demain), les Etats-Unis devraient importer 25% (1/4 quand même !) de leurs besoins en hydrocarbures (pétrole et gaz) de l’Afrique, dont une grande part proviendrait justement du Golfe de Guinée. Et selon une note du Centre belge d’études et de recherches de l’enseignement militaire supérieur (Cerems, «Enjeux pétroliers en Afrique», septembre 2005), la création annoncée par Georges Bush en 2003 d’une base militaire américaine à Sao-Tomé-Et-Principe vise pertinemment à «sécuriser» l’accès et l’exploitation des hydrocarbures de cette région. Cet usage immodéré de l’instrument militaire combiné à l’assistance politique qui décourage au maximum les coups d’Etat là où les Américains investissent, est en vigueur également dans la Corne de l’Afrique. Contraints de quitter cette zone stratégique du continent qui donne accès à la fois à la Mer Rouge et au Golfe, les Etats-Unis y sont revenus après les événements du 11 septembre 2001, une fois passés les traumatismes causés par les attentats meurtriers d’août 1998 contre leurs ambassades de Nairobi et Dar Es Salam. Ici, ce sont des accords avec les régimes proaméricains d’Erythrée et d’Ethiopie, mais aussi avec Djibouti, zone d’influence traditionnelle française, et le Yémen, de l’autre côté de la Mer Rouge, qui ont permis de mettre en place le «Combined Joint Task Force Horn of Africa» (Force conjointe pour la Corne de l’Afrique) comme instrument d’une politique de «sécurité préventive» contre les terrorismes de toutes natures. Conclusion d’experts : les Américains assurent désormais le contrôle stratégique de la route maritime où passe 1/4 de la production pétrolière mondiale.Pour à peu près les mêmes fins, le même dispositif a été construit autour des pays du Sahara occidental à travers le programme Pan sahel (Mauritanie, Mali, Niger), autour des routes de l’or noir qui passent par le Tchad, le Cameroun ou le Soudan, jusqu’au Maghreb où la coopération militaire avec l’Algérie et le Maroc, notamment, semble de grande envergure. L’échec de l’installation du commandement Africom sur le continent explique bien toutes ces offensives pour prendre pied sur le continent.Le Ghana est donc une tête de pont régionale dans le processus de construction d’une influence politique américaine durable partout où les intérêts des entreprises américaines sont à couteaux tirés avec ceux d’autres puissances émergentes comme la Chine. Or, Barack Obama, très souvent, est obligé de travailler sur des schémas laissés en héritage par Georges Bush et relatifs à la préservation des intérêts stratégiques des Etats-Unis. Dans ce cas précis, il joue la partition dévolue à chaque Président américain dans le quadrillage militaire de l’Afrique. Faut-il rappeler que le Ghana s’apprête à sortir de terre son premier baril de pétrole pour des quantités jugées énormes et d’excellente qualité ?Le Président Barack Obama est sans doute plein de bonne volonté, mais face aux leçons qu’il a infligées aux putschistes de tout acabit qui sévissent en Afrique et dégradent son image, que répond-il à ceux qui, preuves à l’appui, ont jugé que le coup d’Etat constitutionnel d’inspiration droitière survenu au Honduras aurait été commandité par les Etats-Unis afin de mettre un terme à la bolivarisation détonnante de l’Amérique Latine ? «L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, elle a besoin d’institutions fortes», a dit Obama devant les parlementaires ghanéens. Nous faudrait-il des marionnettes qui n’entreront jamais effectivement dans l’Histoire pour que les immenses richesses de ce continent meurtri par des guerres souvent financées de l’extérieur soient éternellement pillées par les grandes puissances et leurs satellites locaux ? Un mystère, ce Obama !
Par Momar DIENG
« Africa, yes, you can »
« Africa, yes, you can » - - la-Croix.com
« L’Occident n’est pas responsable de la destruction de l’économie zimbabwéenne au cours des dix dernières années, ni des guerres où des enfants sont enrôlés comme soldats. » Imagine-t-on un chef d’État européen tenir un tel propos à la tribune d’un Parlement africain et recueillir au final une ovation, comme ce fut le cas pour Barack Obama, samedi, à Accra ? Nicolas Sarkozy peut témoigner de la difficulté de l’exercice, lui dont le discours sur l’Afrique prononcé à l’université de Dakar en juillet 2007 suscita la controverse : un propos malheureux sur « l’homme africain (qui) n’est pas assez entré dans l’histoire » éclipsa tout le reste du texte, notamment une condamnation très dure de la traite négrière, « crime contre l’humanité », et de la colonisation qui « fut une grande faute ».
Ce sont bien sûr ses propres origines africaines qui ont permis à Barack Obama de tenir un discours sans complaisance dans la capitale ghanéenne. Les difficultés actuelles du continent noir, il les a mesurées dans sa propre famille, rappelant que « le tribalisme et le népotisme » ont longtemps bloqué la carrière de son père dans l’administration kényane. Il a récusé aussi toutes les propensions victimaires auxquelles pourraient se laisser aller les Africains en soulignant qu’aux États-Unis, « les Afro-Américains réussissent dans tous les secteurs de la société (…) en dépit d’un passé difficile ».
Il faut se réjouir que Barack Obama ait usé de la liberté de parole que lui donne sa propre histoire. Cela peut encourager les Africains à prendre enfin leurs difficultés à bras-le-corps et à construire une véritable démocratie. « Yes, you can », « Oui, vous le pouvez », a lancé le président américain, s’appuyant sur le slogan de sa campagne électorale. Attention cependant : il serait déplorable que ce langage de vérité serve, un tant soit peu, à légitimer le désengagement des pays riches à l’égard de l’Afrique. Le G8 de L’Aquila a pris des engagements solennels, notamment en matière de lutte contre la faim. Il faut, cette fois, qu’ils soient tenus.
Guillaume Goubert
« L’Occident n’est pas responsable de la destruction de l’économie zimbabwéenne au cours des dix dernières années, ni des guerres où des enfants sont enrôlés comme soldats. » Imagine-t-on un chef d’État européen tenir un tel propos à la tribune d’un Parlement africain et recueillir au final une ovation, comme ce fut le cas pour Barack Obama, samedi, à Accra ? Nicolas Sarkozy peut témoigner de la difficulté de l’exercice, lui dont le discours sur l’Afrique prononcé à l’université de Dakar en juillet 2007 suscita la controverse : un propos malheureux sur « l’homme africain (qui) n’est pas assez entré dans l’histoire » éclipsa tout le reste du texte, notamment une condamnation très dure de la traite négrière, « crime contre l’humanité », et de la colonisation qui « fut une grande faute ».
Ce sont bien sûr ses propres origines africaines qui ont permis à Barack Obama de tenir un discours sans complaisance dans la capitale ghanéenne. Les difficultés actuelles du continent noir, il les a mesurées dans sa propre famille, rappelant que « le tribalisme et le népotisme » ont longtemps bloqué la carrière de son père dans l’administration kényane. Il a récusé aussi toutes les propensions victimaires auxquelles pourraient se laisser aller les Africains en soulignant qu’aux États-Unis, « les Afro-Américains réussissent dans tous les secteurs de la société (…) en dépit d’un passé difficile ».
Il faut se réjouir que Barack Obama ait usé de la liberté de parole que lui donne sa propre histoire. Cela peut encourager les Africains à prendre enfin leurs difficultés à bras-le-corps et à construire une véritable démocratie. « Yes, you can », « Oui, vous le pouvez », a lancé le président américain, s’appuyant sur le slogan de sa campagne électorale. Attention cependant : il serait déplorable que ce langage de vérité serve, un tant soit peu, à légitimer le désengagement des pays riches à l’égard de l’Afrique. Le G8 de L’Aquila a pris des engagements solennels, notamment en matière de lutte contre la faim. Il faut, cette fois, qu’ils soient tenus.
Guillaume Goubert
La fierté et l'espoir des Ghanéens après la visite d'Obama
AFP: La fierté et l'espoir des Ghanéens après la visite d'Obama
De Thomas MORFIN – ACCRA (AFP) — "Il peut faire quelque chose pour nous": au "bar de la Terre promise", à Accra, on regardait à la télévision Barack Obama quitter le Ghana samedi en fin d'après-midi, au terme d'une visite qui a soulevé dans le pays une grande fierté, mais aussi l'espoir immense d'un sort meilleur.
Sur la terrasse de ce "spot" installé dans le quartier populaire d'Osu (sud-est), Gyamfuah, cheveux ras et yeux pétillants, n'y va pas par quatre chemins quand il s'agit du premier président noir des Etats-Unis.
"Je l'aime autant qu'il nous aime. C'est mon frère!", lance la fillette de 12 ans dans un éclat de rire.
A Osu comme, plus à l'ouest, au marché Makola, le plus vaste de la capitale, chacun dit sa joie d'avoir pu dire "akwaba" (bienvenue) au fils d'un Kényan, à l'occasion de sa première visite présidentielle en Afrique subsaharienne. "Oh, je suis fier!", lâche Yaya, le regard soudain embué.
"Il aurait pu commencer par aller au Kénya voir sa famille, mais il a choisi le Ghana", insiste le vieil homme qui veille sur le parking du parc Rawlings, du nom de l'ancien putschiste et ex-chef de l'Etat ghanéen Jerry Rawlings.
Sur les banderoles et sur les pagnes, dans les publicités et sur les badges, toute la ville déclare encore sa flamme au locataire de la Maison blanche. Mais par sa venue, Barack Obama a aussi fait naître des attentes à la mesure des difficultés vécues par la population.
"Il peut faire quelque chose pour nous", tranche Gyamfuah. "Nous avons besoin d'aide: il n'y a pas d'argent, pas de travail, et pas d'ordinateurs dans notre école", énumère la gamine.
Assise à côté d'autres femmes sur un trottoir où elle propose une poignée de légumes, Gladys compte aussi sur un secours américain. "On ne peut pas nourrir nos enfants, on n'a pas d'argent pour aller à l'hôpital", se plaint-elle. "La vie est de plus en plus difficile".
T-shirt sur le dos à l'effigie de la star du jour et de son homologue ghanéen John Atta-Mills, Ebenezer, un garçon de 14 ans, pense aussi qu'Obama "peut aider notre pays" et lui fournir les "produits" dont il manque. Le président américain "a des projets pour le Ghana", appuie Koffi, vendeur de souvenirs.
"Il a le pouvoir d'aider le Ghana parce que l'Amérique est un grand pays", estime ce rasta de 30 ans, guitare sous le bras. Certains préfèrent toutefois se montrer plus prudents. "Je ne sais pas s'il peut" venir en aide au Ghana, lâche Davis, une dame qui traverse le marché boueux d'un pas pressé.
En écho au discours d'Obama devant le Parlement ghanéen, elle juge surtout que les Africains doivent "arrêter de dépendre des autres" et "prendre leurs responsabilités pour ne pas rester toujours en bas". "On n'attend pas d'aide de l'Amérique. On peut régler nos propres problèmes", renchérit Bernice sur un ton énergique.
Pour cette coiffeuse d'une quarantaine d'années, Barack Obama "veut que les gens sachent que l'Afrique a quelque chose à offrir au monde". Or, "tout le monde peut apprendre du Ghana" et de sa "transition" politique pacifique, fait-elle valoir. Et puis, souligne-t-elle, "grâce à Dieu, nous avons du pétrole dans le pays, alors bientôt nous n'aurons plus besoin d'aide!"
De Thomas MORFIN – ACCRA (AFP) — "Il peut faire quelque chose pour nous": au "bar de la Terre promise", à Accra, on regardait à la télévision Barack Obama quitter le Ghana samedi en fin d'après-midi, au terme d'une visite qui a soulevé dans le pays une grande fierté, mais aussi l'espoir immense d'un sort meilleur.
Sur la terrasse de ce "spot" installé dans le quartier populaire d'Osu (sud-est), Gyamfuah, cheveux ras et yeux pétillants, n'y va pas par quatre chemins quand il s'agit du premier président noir des Etats-Unis.
"Je l'aime autant qu'il nous aime. C'est mon frère!", lance la fillette de 12 ans dans un éclat de rire.
A Osu comme, plus à l'ouest, au marché Makola, le plus vaste de la capitale, chacun dit sa joie d'avoir pu dire "akwaba" (bienvenue) au fils d'un Kényan, à l'occasion de sa première visite présidentielle en Afrique subsaharienne. "Oh, je suis fier!", lâche Yaya, le regard soudain embué.
"Il aurait pu commencer par aller au Kénya voir sa famille, mais il a choisi le Ghana", insiste le vieil homme qui veille sur le parking du parc Rawlings, du nom de l'ancien putschiste et ex-chef de l'Etat ghanéen Jerry Rawlings.
Sur les banderoles et sur les pagnes, dans les publicités et sur les badges, toute la ville déclare encore sa flamme au locataire de la Maison blanche. Mais par sa venue, Barack Obama a aussi fait naître des attentes à la mesure des difficultés vécues par la population.
"Il peut faire quelque chose pour nous", tranche Gyamfuah. "Nous avons besoin d'aide: il n'y a pas d'argent, pas de travail, et pas d'ordinateurs dans notre école", énumère la gamine.
Assise à côté d'autres femmes sur un trottoir où elle propose une poignée de légumes, Gladys compte aussi sur un secours américain. "On ne peut pas nourrir nos enfants, on n'a pas d'argent pour aller à l'hôpital", se plaint-elle. "La vie est de plus en plus difficile".
T-shirt sur le dos à l'effigie de la star du jour et de son homologue ghanéen John Atta-Mills, Ebenezer, un garçon de 14 ans, pense aussi qu'Obama "peut aider notre pays" et lui fournir les "produits" dont il manque. Le président américain "a des projets pour le Ghana", appuie Koffi, vendeur de souvenirs.
"Il a le pouvoir d'aider le Ghana parce que l'Amérique est un grand pays", estime ce rasta de 30 ans, guitare sous le bras. Certains préfèrent toutefois se montrer plus prudents. "Je ne sais pas s'il peut" venir en aide au Ghana, lâche Davis, une dame qui traverse le marché boueux d'un pas pressé.
En écho au discours d'Obama devant le Parlement ghanéen, elle juge surtout que les Africains doivent "arrêter de dépendre des autres" et "prendre leurs responsabilités pour ne pas rester toujours en bas". "On n'attend pas d'aide de l'Amérique. On peut régler nos propres problèmes", renchérit Bernice sur un ton énergique.
Pour cette coiffeuse d'une quarantaine d'années, Barack Obama "veut que les gens sachent que l'Afrique a quelque chose à offrir au monde". Or, "tout le monde peut apprendre du Ghana" et de sa "transition" politique pacifique, fait-elle valoir. Et puis, souligne-t-elle, "grâce à Dieu, nous avons du pétrole dans le pays, alors bientôt nous n'aurons plus besoin d'aide!"
Obama aux Africains : « Yes you can... »
ouest-france.fr - Obama aux Africains : « Yes you can... »
Hier, au Ghana, le premier président noir des États-Unis a appelé l'Afrique à prendre en main son propre destin, en l'assurant du soutien américain.
A la faveur de sa première visite de président en Afrique noire, Barack Obama a invité les Africains à ne plus invoquer le colonialisme pour expliquer les guerres, la maladie, le sous-développement, les pratiques antidémocratiques sur un continent plein de « promesses ».« Vous pouvez vaincre la maladie, mettre fin aux conflits, changer les choses. Oui, vous le pouvez », a-t-il dit à Accra, la capitale, réactualisant son célèbre slogan de campagne. « Mais cela n'est possible que si vous assumez la responsabilité de votre avenir. Cela réclamera du temps et des efforts. Je vous promets ceci : l'Amérique sera à vos côtés, en tant que partenaire, en tant qu'amie », a-t-il dit. Sa venue a suscité beaucoup de ferveur. Des centaines de personnes s'étaient massées autour du palais présidentiel, où il était reçu avant de se rendre au Parlement.Fils d'un Kényan émigré aux Etats-Unis, Obama a rappelé que « le sang de l'Afrique » coulait dans ses veines. Il sait le mal que le colonialisme a fait à l'Afrique. Mais, a-t-il souligné, « l'Occident n'est pas responsable de la ruine de l'économie zimbabwéenne au cours de la dernière décennie, ni des guerres où on enrôle les enfants ».Barack Obama a choisi le Ghana comme le rare exemple en Afrique de transition démocratique et de réussite économique. Il a appelé les Africains à adopter des règles de bonne gouvernance et à mettre fin aux changements brutaux de régimes. Le soutien américain en dépendra. Après avoir visité un hôpital d'Accra aidé par les Etats-Unis, Barack Obama et son épouse Michelle, elle-même descendante d'esclave, se sont rendus au fort esclavagiste de Cape Coast, témoignage de la traite négrière.
Hier, au Ghana, le premier président noir des États-Unis a appelé l'Afrique à prendre en main son propre destin, en l'assurant du soutien américain.
A la faveur de sa première visite de président en Afrique noire, Barack Obama a invité les Africains à ne plus invoquer le colonialisme pour expliquer les guerres, la maladie, le sous-développement, les pratiques antidémocratiques sur un continent plein de « promesses ».« Vous pouvez vaincre la maladie, mettre fin aux conflits, changer les choses. Oui, vous le pouvez », a-t-il dit à Accra, la capitale, réactualisant son célèbre slogan de campagne. « Mais cela n'est possible que si vous assumez la responsabilité de votre avenir. Cela réclamera du temps et des efforts. Je vous promets ceci : l'Amérique sera à vos côtés, en tant que partenaire, en tant qu'amie », a-t-il dit. Sa venue a suscité beaucoup de ferveur. Des centaines de personnes s'étaient massées autour du palais présidentiel, où il était reçu avant de se rendre au Parlement.Fils d'un Kényan émigré aux Etats-Unis, Obama a rappelé que « le sang de l'Afrique » coulait dans ses veines. Il sait le mal que le colonialisme a fait à l'Afrique. Mais, a-t-il souligné, « l'Occident n'est pas responsable de la ruine de l'économie zimbabwéenne au cours de la dernière décennie, ni des guerres où on enrôle les enfants ».Barack Obama a choisi le Ghana comme le rare exemple en Afrique de transition démocratique et de réussite économique. Il a appelé les Africains à adopter des règles de bonne gouvernance et à mettre fin aux changements brutaux de régimes. Le soutien américain en dépendra. Après avoir visité un hôpital d'Accra aidé par les Etats-Unis, Barack Obama et son épouse Michelle, elle-même descendante d'esclave, se sont rendus au fort esclavagiste de Cape Coast, témoignage de la traite négrière.
Obama à Accra: Même discours que Sarkozy mais un accueil très différent : Patrick Lozès
Obama à Accra: Même discours que Sarkozy mais un accueil très différent : Patrick Lozès
Obama à Accra: Même discours que Sarkozy mais un accueil très différent
Il est "facile de montrer les autres du doigt, de rejeter la faute sur les autres"
" L'Occident n'est pas responsable de la destruction de l'économie zimbabwéenne au cours de la dernière décennie, ou encore des guerres où on enrôle les enfants dans les rangs des combattants".
" Vous avez le pouvoir de demander des comptes à vos dirigeants, de construire des institutions pour servir le peuple. Vous pouvez vaincre la maladie, mettre fin aux conflits, changer fondamentalement les choses. Vous pouvez faire ça. Oui, vous le pouvez" ("yes, you can)" "Mais cela n'est possible que si, vous tous, vous assumez la responsabilité de votre avenir"
"Le développement dépend de la bonne gouvernance. C'est un ingrédient qui a fait défaut pendant beaucoup trop longtemps, dans beaucoup trop d'endroits"Voilà quelques-unes des phrases prononcées par Barack Obama, le premier président noir des Etats-Unis lors de sa première visite en Afrique noire.
Le couplet sur l’homme africain et l’histoire mis à part, ce discours rappelle étrangement par son ton et par ses mots, celui prononcé par Nicolas Sarkozy à Dakar.Et pourtant, et pourtant, quelle différence entre l’accueil réservé au discours de Dakar et l’accueil triomphal réservé au discours d'Accra !Il faut avoir le courage de dire que cette grande différence d'accueil entre les deux discours n’est pas justifiée.
En d’autres mots, le discours de Dakar de Sarkozy, s'il avait été prononcé par Barack Obama, aurait-il reçu le même accueil ?
Interrogeons-nous donc sur les raisons d’une telle différence de traitement.
La présence de l’Afrique et des personnes qui ont une histoire avec l’Afrique est tout aussi forte aux Etats-Unis qu’en France.
Les relations de la France avec l’Afrique ont des racines historiques tout aussi complexes que celles qui existent entre les Etats-Unis et l’Afrique.
Et pourtant, les Etats-unis réussissent à avoir avec l’Afrique des relations apaisées alors que la France entretient encore, des rapports empreints de schizophrénie avec le continent noir.Depuis son accession au pouvoir, Nicolas Sarkozy n’a pas encore trouvé le juste rythme pour s’adresser à l’Afrique, aux afro-français ou aux Noirs de France.
Depuis le discours de Dakar, beaucoup attendent un geste du Président Sarkozy. Puisse-t-il le faire en 2010 à l’occasion de la célébration du 50e anniversaire de l'indépendance de quatorze ex-colonies françaises.Ce serait une bonne occasion de faire évoluer les relations entre la France et l'Afrique subsaharienne pour parvenir à une relation sereine.Les Noirs de France et les français qui connaissent bien ce continent me semblent prêts à s’investir fortement pour ces relations nouvelles.
Obama à Accra: Même discours que Sarkozy mais un accueil très différent
Il est "facile de montrer les autres du doigt, de rejeter la faute sur les autres"
" L'Occident n'est pas responsable de la destruction de l'économie zimbabwéenne au cours de la dernière décennie, ou encore des guerres où on enrôle les enfants dans les rangs des combattants".
" Vous avez le pouvoir de demander des comptes à vos dirigeants, de construire des institutions pour servir le peuple. Vous pouvez vaincre la maladie, mettre fin aux conflits, changer fondamentalement les choses. Vous pouvez faire ça. Oui, vous le pouvez" ("yes, you can)" "Mais cela n'est possible que si, vous tous, vous assumez la responsabilité de votre avenir"
"Le développement dépend de la bonne gouvernance. C'est un ingrédient qui a fait défaut pendant beaucoup trop longtemps, dans beaucoup trop d'endroits"Voilà quelques-unes des phrases prononcées par Barack Obama, le premier président noir des Etats-Unis lors de sa première visite en Afrique noire.
Le couplet sur l’homme africain et l’histoire mis à part, ce discours rappelle étrangement par son ton et par ses mots, celui prononcé par Nicolas Sarkozy à Dakar.Et pourtant, et pourtant, quelle différence entre l’accueil réservé au discours de Dakar et l’accueil triomphal réservé au discours d'Accra !Il faut avoir le courage de dire que cette grande différence d'accueil entre les deux discours n’est pas justifiée.
En d’autres mots, le discours de Dakar de Sarkozy, s'il avait été prononcé par Barack Obama, aurait-il reçu le même accueil ?
Interrogeons-nous donc sur les raisons d’une telle différence de traitement.
La présence de l’Afrique et des personnes qui ont une histoire avec l’Afrique est tout aussi forte aux Etats-Unis qu’en France.
Les relations de la France avec l’Afrique ont des racines historiques tout aussi complexes que celles qui existent entre les Etats-Unis et l’Afrique.
Et pourtant, les Etats-unis réussissent à avoir avec l’Afrique des relations apaisées alors que la France entretient encore, des rapports empreints de schizophrénie avec le continent noir.Depuis son accession au pouvoir, Nicolas Sarkozy n’a pas encore trouvé le juste rythme pour s’adresser à l’Afrique, aux afro-français ou aux Noirs de France.
Depuis le discours de Dakar, beaucoup attendent un geste du Président Sarkozy. Puisse-t-il le faire en 2010 à l’occasion de la célébration du 50e anniversaire de l'indépendance de quatorze ex-colonies françaises.Ce serait une bonne occasion de faire évoluer les relations entre la France et l'Afrique subsaharienne pour parvenir à une relation sereine.Les Noirs de France et les français qui connaissent bien ce continent me semblent prêts à s’investir fortement pour ces relations nouvelles.
L'Afrique de Barack Obama face à celle de Nicolas Sarkozy
L'Afrique de Barack Obama face à celle de Nicolas Sarkozy, par Philippe Bernard - Opinions - Le Monde.fr
LE MONDE 13.07.09 14h25 • Mis à jour le 13.07.09 14h25
Il avait suffi d'un discours, à Dakar, en juillet 2007, pour que Nicolas Sarkozy s'aliène une grande partie des élites africaines. Il a suffi d'un autre discours, à Barack Obama, le 11 juillet à Accra, pour conquérir les coeurs du continent noir. A première vue pourtant, les messages des deux présidents de puissances concurrentes en Afrique paraissent inspirés par la même rhétorique de la responsabilité : "L'Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur, avait déclaré M. Sarkozy : la colonisation n'est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux, (...), du fanatisme, de la corruption."
Pour M. Obama, "il est facile de pointer la responsabilité des autres sur ces problèmes (de l'Afrique) (...). Mais l'Occident n'est pas responsable (...) des guerres où des enfants sont enrôlés comme combattants." Les deux chefs d'Etat proclament le même souci d'intégrer l'Afrique au monde : "Votre sort est d'abord entre vos mains", avait dit M. Sarkozy, là où M. Obama a proclamé : "Le futur de l'Afrique est l'affaire des Africains." Enfin, même promesse de soutien à l'égard des Africains qui s'engageront sur la "bonne voie" : "L'Amérique sera à vos côtés à chaque étape du chemin, comme partenaire, comme amie", s'est engagé M. Obama. "Si vous choisissez la démocratie, la liberté, la justice et le droit, alors la France s'associera à vous pour les construire", avait promis M. Sarkozy, posant Paris en "ami indéfectible" de l'Afrique.
Il est tentant de voir dans le contraste entre les sifflets suscités à Dakar et les applaudissements d'Accra l'effet pervers d'une forme de "politiquement correct", voire d'un certain racisme, qui permettrait à M. Obama de se faire mieux entendre grâce à l'invocation de son "sang africain" et de son père kényan. La manière dont les Africains s'identifient au nouveau président américain et se sentent réhabilités par la fierté qu'il personnifie est manifeste. A l'évidence, "Obama l'Africain" peut délivrer des messages désagréables qui sont inacceptables dans la bouche d'un Blanc. M. Obama peut ainsi affirmer que "pour de trop nombreux Africains, le conflit fait partie de la vie, de façon aussi permanente que le soleil". Alors que la proclamation dakaroise de M. Sarkozy, selon laquelle "l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire", est devenue, à son corps défendant, une sorte de référence en matière de mépris postcolonial. En outre, l'insistance du premier président américain noir à mettre en avant - entre autres - les responsabilités africaines met en lumière le caractère incongru et politicien des "excuses" qu'a cru bon de formuler tardivement Ségolène Royal à propos du discours de Dakar.
L'on pourrait aussi réduire le clivage entre Dakar et Accra à des différences de style : M. Sarkozy a gratifié l'Afrique d'une dissertation anthropologique sur "l'homme africain" et de sentences définitives et grandiloquentes ciselées par son conseiller Henri Guaino ; M. Obama a adressé au continent un message direct de vérité, de confiance et d'espoir rédigé avec ses tripes, sans condescendance.
Mais les différences de forme reflètent des histoires et des réalités actuelles différentes, qui sont autant de distinctions de fond. A Accra, M. Obama n'a pas fait la leçon à l'Afrique ; il lui a proposé quatre pistes pour avancer sur la gouvernance, l'économie, la santé et la résolution des conflits. Il a mis en avant des principes simples et des projets concrets. "L'histoire n'est pas du côté de ceux qui changent les Constitutions pour rester au pouvoir", a-t-il affirmé. Il a annoncé son soutien au développement de l'énergie éolienne et solaire en Afrique. Concernant l'aide, il a annoncé la réduction des budgets engloutis par "les consultants occidentaux et l'administration" au bénéfice des compétences locales. M. Obama a annoncé 63 milliards de dollars pour lutter contre le sida et éradiquer le paludisme, la tuberculose et la polio.
La France qui, en colonisant, a prétendu diffuser ses lumières, continue de prodiguer ses conseils au nom de son "amour de l'Afrique". Pragmatiques, les Anglo-Saxons, qui n'ont jamais caché leurs intentions mercantiles, appellent les Africains actuels à se lever pour négocier et entreprendre avec eux. Un demi-siècle après les indépendances, sans s'appesantir sur le passé, M. Obama a appelé l'Afrique à se mobiliser pour tenir enfin "les promesses" auxquelles avait cru en vain son père.
Les Africains savent parfaitement que Washington s'intéresse à leur pétrole et à toutes leurs matières premières ; les plus instruits n'ignorent pas la longue liste des régimes tyranniques longtemps soutenus par les Américains pendant la guerre froide. Mais si le discours américain apparaît autrement plus crédible aux Africains que celui de la France, c'est d'abord parce que les Etats-Unis restent largement ouverts à l'immigration africaine. C'est enfin que M. Obama tient un discours clair. "Aucun pays ne crée de richesse si ses dirigeants exploitent l'économie pour leur enrichissement personnel", a-t-il asséné en appelant à "la fin de ce genre de gouvernance". Au lendemain du discours de Dakar, M. Sarkozy avait rendu au Gabon une "visite d'amitié" à Omar Bongo, mort en juin, archétype de l'indéboulonnable président couvert par la France.
Courriel : bernard@lemonde.fr.
Philippe Bernard (Service International)
Article paru dans l'édition du 14.07.09
LE MONDE 13.07.09 14h25 • Mis à jour le 13.07.09 14h25
Il avait suffi d'un discours, à Dakar, en juillet 2007, pour que Nicolas Sarkozy s'aliène une grande partie des élites africaines. Il a suffi d'un autre discours, à Barack Obama, le 11 juillet à Accra, pour conquérir les coeurs du continent noir. A première vue pourtant, les messages des deux présidents de puissances concurrentes en Afrique paraissent inspirés par la même rhétorique de la responsabilité : "L'Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur, avait déclaré M. Sarkozy : la colonisation n'est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux, (...), du fanatisme, de la corruption."
Pour M. Obama, "il est facile de pointer la responsabilité des autres sur ces problèmes (de l'Afrique) (...). Mais l'Occident n'est pas responsable (...) des guerres où des enfants sont enrôlés comme combattants." Les deux chefs d'Etat proclament le même souci d'intégrer l'Afrique au monde : "Votre sort est d'abord entre vos mains", avait dit M. Sarkozy, là où M. Obama a proclamé : "Le futur de l'Afrique est l'affaire des Africains." Enfin, même promesse de soutien à l'égard des Africains qui s'engageront sur la "bonne voie" : "L'Amérique sera à vos côtés à chaque étape du chemin, comme partenaire, comme amie", s'est engagé M. Obama. "Si vous choisissez la démocratie, la liberté, la justice et le droit, alors la France s'associera à vous pour les construire", avait promis M. Sarkozy, posant Paris en "ami indéfectible" de l'Afrique.
Il est tentant de voir dans le contraste entre les sifflets suscités à Dakar et les applaudissements d'Accra l'effet pervers d'une forme de "politiquement correct", voire d'un certain racisme, qui permettrait à M. Obama de se faire mieux entendre grâce à l'invocation de son "sang africain" et de son père kényan. La manière dont les Africains s'identifient au nouveau président américain et se sentent réhabilités par la fierté qu'il personnifie est manifeste. A l'évidence, "Obama l'Africain" peut délivrer des messages désagréables qui sont inacceptables dans la bouche d'un Blanc. M. Obama peut ainsi affirmer que "pour de trop nombreux Africains, le conflit fait partie de la vie, de façon aussi permanente que le soleil". Alors que la proclamation dakaroise de M. Sarkozy, selon laquelle "l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire", est devenue, à son corps défendant, une sorte de référence en matière de mépris postcolonial. En outre, l'insistance du premier président américain noir à mettre en avant - entre autres - les responsabilités africaines met en lumière le caractère incongru et politicien des "excuses" qu'a cru bon de formuler tardivement Ségolène Royal à propos du discours de Dakar.
L'on pourrait aussi réduire le clivage entre Dakar et Accra à des différences de style : M. Sarkozy a gratifié l'Afrique d'une dissertation anthropologique sur "l'homme africain" et de sentences définitives et grandiloquentes ciselées par son conseiller Henri Guaino ; M. Obama a adressé au continent un message direct de vérité, de confiance et d'espoir rédigé avec ses tripes, sans condescendance.
Mais les différences de forme reflètent des histoires et des réalités actuelles différentes, qui sont autant de distinctions de fond. A Accra, M. Obama n'a pas fait la leçon à l'Afrique ; il lui a proposé quatre pistes pour avancer sur la gouvernance, l'économie, la santé et la résolution des conflits. Il a mis en avant des principes simples et des projets concrets. "L'histoire n'est pas du côté de ceux qui changent les Constitutions pour rester au pouvoir", a-t-il affirmé. Il a annoncé son soutien au développement de l'énergie éolienne et solaire en Afrique. Concernant l'aide, il a annoncé la réduction des budgets engloutis par "les consultants occidentaux et l'administration" au bénéfice des compétences locales. M. Obama a annoncé 63 milliards de dollars pour lutter contre le sida et éradiquer le paludisme, la tuberculose et la polio.
La France qui, en colonisant, a prétendu diffuser ses lumières, continue de prodiguer ses conseils au nom de son "amour de l'Afrique". Pragmatiques, les Anglo-Saxons, qui n'ont jamais caché leurs intentions mercantiles, appellent les Africains actuels à se lever pour négocier et entreprendre avec eux. Un demi-siècle après les indépendances, sans s'appesantir sur le passé, M. Obama a appelé l'Afrique à se mobiliser pour tenir enfin "les promesses" auxquelles avait cru en vain son père.
Les Africains savent parfaitement que Washington s'intéresse à leur pétrole et à toutes leurs matières premières ; les plus instruits n'ignorent pas la longue liste des régimes tyranniques longtemps soutenus par les Américains pendant la guerre froide. Mais si le discours américain apparaît autrement plus crédible aux Africains que celui de la France, c'est d'abord parce que les Etats-Unis restent largement ouverts à l'immigration africaine. C'est enfin que M. Obama tient un discours clair. "Aucun pays ne crée de richesse si ses dirigeants exploitent l'économie pour leur enrichissement personnel", a-t-il asséné en appelant à "la fin de ce genre de gouvernance". Au lendemain du discours de Dakar, M. Sarkozy avait rendu au Gabon une "visite d'amitié" à Omar Bongo, mort en juin, archétype de l'indéboulonnable président couvert par la France.
Courriel : bernard@lemonde.fr.
Philippe Bernard (Service International)
Article paru dans l'édition du 14.07.09
Barack Obama à Accra : un discours de responsabilisation des Africains
Barack Obama à Accra : un discours de responsabilisation des Africains « Kinshasa Blog
Pas d’annonce spectaculaire, mais des mots justes pour amener les Africains à prendre leur destin en main. C’est ce que l’on peut retenir du discours du président Barack Obama samedi 11 juillet à Accra au Ghana. “L’avenir de l’Afrique appartient aux Africains. Les peuples d’Afrique sont prêts à revendiquer cet avenir. (…) Avec de puissantes institutions et une ferme volonté, je sais que les Africains peuvent réaliser leurs rêves à Nairobi et à Lagos, à Kigali et à Kinshasa, à Harare et ici même à Accra“, a déclaré le président Obama.Pour sa première visite en Afrique, le premier président noir de l’histoire des Etats-Unis d’Amérique s’est donc voulu pédagogue. Le choix même porté sur le Ghana pour cette première rencontre avec le continent de son père est significatif. Au Ghana, l’alternance au pouvoir se fait par des voies démocratiques depuis de nombreuses années. La victoire d’un candidat de l’opposition à l’élection présidentielle n’y est pas considérée comme un miracle ni un crime de lèse-majesté. D’où sans doute la stabilité non seulement politique, mais également économique qu’affiche ce pays. Barack Obama à Accra, c’est un peu une prime à la démocratie qu’a voulu offrir le président américain à ce pays d’Afrique de l’Ouest.Cette prime, le président américain ne l’a assorti d’aucune annonce fracassante. S’il a promis de continuer à financer à hauteur de 63 milliards de dollars, des programmes liés à la lutte contre le sida, la tuberculose, le paludisme et la poliomyélite notamment ou encore les 3,5 milliards de dollars pour l’aide à l’agriculture, Barack Obama s’est voulu réaliste. On peut le comprendre. Au moment où son pays essaie de sortir d’une crise économique on ne peut plus sérieuse, l’Amérique n’a pas beaucoup de marge de manœuvres. Le partenariat Amérique-Afrique, il veut le placer sous le signe du respect. “Je ne considère pas les pays et les peuples d’Afrique comme un monde à part ; je considère l’Afrique comme une partie fondamentale de notre monde interconnecté, comme un partenaire des États-Unis en faveur de l’avenir que nous souhaitons pour tous nos enfants. Ce partenariat doit se fonder sur la responsabilité mutuelle et sur le respect mutuel“, a dit le président Obama.Il a exhorté les Africains à ne pas rejeter sur les autres, leurs propres échecs. “Il est vrai qu’une carte coloniale qui n’avait guère de sens a contribué à susciter des conflits, et l’Occident a souvent traité avec l’Afrique avec condescendance, à la quête de ressources plutôt qu’en partenaire. Cependant, l’Occident n’est pas responsable de la destruction de l’économie zimbabwéenne au cours des dix dernières années, ni des guerres où des enfants sont enrôlés comme soldats“, a-t-il souligné à ce sujet. Et d’ajouter: “le développement dépend de la bonne gouvernance. C’est l’ingrédient qui fait défaut dans beaucoup trop de pays depuis bien trop longtemps. C’est le changement qui peut déverrouiller les potentialités de l’Afrique. Enfin, c’est une responsabilité dont seuls les Africains peuvent s’acquitter“.S’il a voulu éviter de donner des leçons, Barack Obama n’a pas moins donné quelques repères, qui sont autant de recommandations pour des dirigeants un peu sourds d’oreille. Cette phrase en dit long: “Les gouvernements qui respectent la volonté de leur peuple, qui gouvernent par le consentement et non par la coercition, sont plus prospères, plus stables et plus florissants que ceux qui ne le font pas. Il ne s’agit pas seulement d’organiser des élections – il faut voir ce qui se passe entre les scrutins. La répression revêt de nombreuses formes et trop de pays, même ceux qui tiennent des élections, sont en proie à des problèmes qui condamnent leur peuple à la pauvreté“, a-t-il dit.Malgré la volonté de ne pas effaroucher certains, Barack Obama ne pouvait se taire devant tant de tripatouillage en matière d’élections. D’où cette phrase: “Ne vous y trompez pas : l’histoire est du côté de ces courageux Africains, et non dans le camp de ceux qui se servent de coups d’État ou qui modifient les constitutions pour rester au pouvoir. L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais de fortes institutions“. Des présidents comme Mamadou Tandja du Niger doivent se sentir mal dans leurs souliers. Eux, ne peuvent rien attendre des Etats-Unis. Par contre, les bons élèves auront droit à quelque chose. “Ce que fera l’Amérique, en revanche, ce sera d’accroître son aide aux personnes et aux institutions responsables, en mettant l
Pas d’annonce spectaculaire, mais des mots justes pour amener les Africains à prendre leur destin en main. C’est ce que l’on peut retenir du discours du président Barack Obama samedi 11 juillet à Accra au Ghana. “L’avenir de l’Afrique appartient aux Africains. Les peuples d’Afrique sont prêts à revendiquer cet avenir. (…) Avec de puissantes institutions et une ferme volonté, je sais que les Africains peuvent réaliser leurs rêves à Nairobi et à Lagos, à Kigali et à Kinshasa, à Harare et ici même à Accra“, a déclaré le président Obama.Pour sa première visite en Afrique, le premier président noir de l’histoire des Etats-Unis d’Amérique s’est donc voulu pédagogue. Le choix même porté sur le Ghana pour cette première rencontre avec le continent de son père est significatif. Au Ghana, l’alternance au pouvoir se fait par des voies démocratiques depuis de nombreuses années. La victoire d’un candidat de l’opposition à l’élection présidentielle n’y est pas considérée comme un miracle ni un crime de lèse-majesté. D’où sans doute la stabilité non seulement politique, mais également économique qu’affiche ce pays. Barack Obama à Accra, c’est un peu une prime à la démocratie qu’a voulu offrir le président américain à ce pays d’Afrique de l’Ouest.Cette prime, le président américain ne l’a assorti d’aucune annonce fracassante. S’il a promis de continuer à financer à hauteur de 63 milliards de dollars, des programmes liés à la lutte contre le sida, la tuberculose, le paludisme et la poliomyélite notamment ou encore les 3,5 milliards de dollars pour l’aide à l’agriculture, Barack Obama s’est voulu réaliste. On peut le comprendre. Au moment où son pays essaie de sortir d’une crise économique on ne peut plus sérieuse, l’Amérique n’a pas beaucoup de marge de manœuvres. Le partenariat Amérique-Afrique, il veut le placer sous le signe du respect. “Je ne considère pas les pays et les peuples d’Afrique comme un monde à part ; je considère l’Afrique comme une partie fondamentale de notre monde interconnecté, comme un partenaire des États-Unis en faveur de l’avenir que nous souhaitons pour tous nos enfants. Ce partenariat doit se fonder sur la responsabilité mutuelle et sur le respect mutuel“, a dit le président Obama.Il a exhorté les Africains à ne pas rejeter sur les autres, leurs propres échecs. “Il est vrai qu’une carte coloniale qui n’avait guère de sens a contribué à susciter des conflits, et l’Occident a souvent traité avec l’Afrique avec condescendance, à la quête de ressources plutôt qu’en partenaire. Cependant, l’Occident n’est pas responsable de la destruction de l’économie zimbabwéenne au cours des dix dernières années, ni des guerres où des enfants sont enrôlés comme soldats“, a-t-il souligné à ce sujet. Et d’ajouter: “le développement dépend de la bonne gouvernance. C’est l’ingrédient qui fait défaut dans beaucoup trop de pays depuis bien trop longtemps. C’est le changement qui peut déverrouiller les potentialités de l’Afrique. Enfin, c’est une responsabilité dont seuls les Africains peuvent s’acquitter“.S’il a voulu éviter de donner des leçons, Barack Obama n’a pas moins donné quelques repères, qui sont autant de recommandations pour des dirigeants un peu sourds d’oreille. Cette phrase en dit long: “Les gouvernements qui respectent la volonté de leur peuple, qui gouvernent par le consentement et non par la coercition, sont plus prospères, plus stables et plus florissants que ceux qui ne le font pas. Il ne s’agit pas seulement d’organiser des élections – il faut voir ce qui se passe entre les scrutins. La répression revêt de nombreuses formes et trop de pays, même ceux qui tiennent des élections, sont en proie à des problèmes qui condamnent leur peuple à la pauvreté“, a-t-il dit.Malgré la volonté de ne pas effaroucher certains, Barack Obama ne pouvait se taire devant tant de tripatouillage en matière d’élections. D’où cette phrase: “Ne vous y trompez pas : l’histoire est du côté de ces courageux Africains, et non dans le camp de ceux qui se servent de coups d’État ou qui modifient les constitutions pour rester au pouvoir. L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais de fortes institutions“. Des présidents comme Mamadou Tandja du Niger doivent se sentir mal dans leurs souliers. Eux, ne peuvent rien attendre des Etats-Unis. Par contre, les bons élèves auront droit à quelque chose. “Ce que fera l’Amérique, en revanche, ce sera d’accroître son aide aux personnes et aux institutions responsables, en mettant l