Obama au Caire : visionnaire et indistinct - Trends.be
Est-il possible, après le discours du Caire, de mieux décoder le message complexe de Barack Obama ? Trop tôt encore, me semble-t-il. La prise de parole dans la capitale du premier des Etats arabes représente une étape importante dans la volonté du président des Etats-Unis d'améliorer l'image de son pays dans le monde musulman.
Symbolique donc que sa venue en Egypte - non pas comme d'autres visiteurs illustres à Charm el-Cheikh sur la mer Rouge - mais au c£ur du Caire (mégapole de 18 millions d'habitants), au sein de l'université, devant une assistance de plusieurs milliers d'auditeurs. Une allocution traduite et télévisée à travers le monde. Commençant son speech par « Salam aleikum », parlant du «saint Coran», mentionnant le prophète Mahomet, défendant l'idée que nul système ne peut être imposé de l'extérieur, il a rendu hommage à l'université de Al-Azhar qui a ouvert la voie à la Renaissance et aux Lumières, à l'islam qui - par ses paroles et ses actes - montre la possibilité de la tolérance religieuse et de l'égalité raciale (il constitue une part de la culture des Etats-Unis avec ses 1.200 mosquées) et a défendu le droit à garantir aux femmes de porter le hijab. Discours conceptuel brillant, certes, mais néanmoins dénué de propositions concrètes. Alors que l'Irak demeure plein d'incertitudes et que le sentiment d'enlisement prévaut en Afghanistan, on attendait surtout le président des Etats-Unis sur les fronts de la Palestine et de l'Iran.
Gel des implantations
Dans l'éternel conflit entre Israéliens et Palestiniens, l'initiative ne peut en effet venir que de Washington puisque l'Europe, d'une façon générale, peine à définir une politique étrangère et qu'elle se trouve de surcroît paralysée par un passé sanglant, singulièrement en Allemagne et en Pologne. Bien sûr, Barack Obama ne pouvait être moins-disant que G.W. Bush et devait afficher son soutien à la coexistence de deux Etats. Enfin, voici quelques jours, la secrétaire d'Etat Hillary Clinton précisa la nouvelle conception américaine au sujet des implantations juives, à savoir, le démantèlement des colonies sauvages mais aussi l'opposition au développement des colonies existantes sous prétexte de croissance naturelle.
Taisons donc pour l'instant que le Hamas, vainqueur d'élections régulières, demeure sur la liste des organisations terroristes, que le mur et les check-points pèsent toujours lourdement, qu'il n'est nullement question de Jérusalem ni du sort des réfugiés. Et accrochons-nous au problème du gel des implantations.
Qu'a dit jusqu'ici précisément Barack Obama, sinon qu'il ne s'enfermera pas dans un calendrier artificiel de résolution du conflit et que, de toute évidence, M. Netanyahou doit régler ces questions au sein de son gouvernement. Logique à première vue puisque Israël n'est nullement le 51e Etat des Etats-Unis mais dispose d'un gouvernement souverain qui reflète le choix parfaitement démocratique de ses électeurs. Argument toutefois spécieux dès lors qu'il s'agit non de décider en lieu et place de Tel-Aviv mais d'opérer sur elle des pressions majeures.
Caroline Pailhe, dans une contribution toute récente au GRIP, ne vient-elle pas de rappeler «qu'Israël reçoit davantage de fonds publics américains pour s'armer que toute l'aide bilatérale destinée à l'Amérique latine et aux Caraïbes, et près du double que toute l'Afrique subsaharienne» ? On croit rêver : sept millions d'habitants encaissent deux fois plus d'argent que l'ensemble de l'Afrique noire !
Barack Obama va-t-il revenir sur la décision de l'administration Bush d'octroyer une hausse de l'aide militaire à Tel-Aviv de 25 % entre 2008 et 2018 ? Les Etats-Unis persisteront-ils à mettre systématiquement leur veto au Conseil de sécurité dès lors qu'ils estiment que les intérêts d'Israël sont lésés ? Maintiendront-ils leurs garanties à des emprunts émis par Tel-Aviv ou l'interrompront-ils comme Bush senior l'avait fait un temps ? Dans l'attente des pressions du seul pays pouvant aisément les exercer, ne préjugeons pas.
L'Iran, fracture entre l'Occident et le monde musulman
Sur l'Iran, peut-être importait-il à Obama de ne pas se montrer trop précis avant les résultats de l'élection présidentielle du 12 juin. Néanmoins, l'opposition à la Perse demeure l'autre grande fracture entre l'Occident et le monde musulman. Toutefois, la Maison- Blanche n'arrêtera pas le programme nucléaire iranien tandis que la seule puissance nucléaire du Moyen-Orient est Israël.
Que fait concrètement le président américain pour annuler le programme secret, de centaines de millions de dollars, arrêté pendant le second mandat de G.W. Bush, pour déstabiliser la république islamique ?
Après 30 ans de rupture entre son pays et Téhéran, Barack Obama ne demeure-t-il pas fort loin de la démarche audacieuse qu'accomplit Nixon dans les années 1970 pour se rapprocher de la Chine ? Est-il insensé d'entamer une réorientation stratégique globale de la politique de Washington qui pourrait donner satisfaction aux Américains en plusieurs matières et laisserait l'Iran dans une situation nucléaire semblable à celle du Japon ? Plutôt que de caricaturer Téhéran dans le rôle d'un opposant fanatique, ne convient-il pas de se souvenir de la coopération que celle-ci apporta après le 11 septembre 2001 dans la lutte contre les Talibans et al-Quaïda ?
En un mot, élu il y a sept mois, le président Obama peut-il, au-delà d'une vision plus harmonieuse des relations avec le monde musulman, préparer les voies et moyens de son action, persuadé sans le moindre doute qu'un politique ne peut se cantonner dans le registre incantatoire ?
vendredi 19 juin 2009
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