mercredi 14 janvier 2009

La Maison Noire de l’Afrique

La Maison Noire de l’Afrique CAMEROUNLINK.COM : UN PORTAIL POUR LE CAMEROUN
(CAMEROUN LINK-14.01.2009)
Disons-le tout de suite, il y a un an, avant l’épopée d’anthologie de Iowa et New Hampshire, à part peut-être l’intéressé lui-même, personne ne misait, ne serait-ce un centime, sur les chances de Barack Obama de remporter l’élection présidentielle des Etats-Unis d’Amérique, ce pays le plus puissant qui fait de facto son Président l’homme le plus puissant de la planète. Rien de moins. Et c’est probablement là cet indicateur tangible de l’ampleur des difficultés que devrait affronter un Afro-américain qui se dote de cette ambition d’emblée insensée voire folle aux yeux de majorité d’observateurs avertis, celle de se porter candidat à l’élection présidentielle de sa superpuissance de patrie. Un Noir, l’homme le plus puissant de la planète ! Une image plutôt invraisemblable dans l’imaginaire collectif. 24 heures chrono demeurerait alors sans égale autre que de la pure fiction, sortie tout droit de la légendaire fantasmagorie hollywoodienne ! Et pourtant ! Dégringolé de nulle part, de rien, comme c’est le cas de ceux que l’on désigne si vulgairement self-made-men, par une ascension politique plutôt d’une rare fulgurance, météorique, l’?inexpérimenté? Obama est venu à bout, d’abord du clan Clinton, l’un des plus puissants des Etats-Unis, et ensuite de McCain, l’un de ces héros de guerre emblématiques, tels que l’Amérique les aime. Et par de victoires à plate couture ! Excusez du peu. Les empoignades furent pourtant d’une rare intensité. Rien, et alors rien, n’a été épargné à l’intrus qu’il représentait… Mais au final, Barack Obama aura été bel et bien le meilleur. C’est bien le moins qu’il faille ici concéder, modestement. Sa victoire ne souffre en définitive d’aucune controverse. Au fait, comment pouvait-il en vérité gagner autrement ? Qu’on se le dise, dans un duel de si grand contraste, de si incompatible avec ce qui est bien considéré comme étant l’ordre mondial, il est rare de victoires étriquées qui se soldent en faveur des davids. Je ne suis pas à proprement parler un adepte de la violence, mais je ne trouve rien d’autre de mieux que la boxe professionnelle pour illustration. La boxe professionnelle a en effet ce côté intéressant, le seul d’ailleurs que je puis trouver en ce soi-disant sport — encore que grande aurait été ma surprise si l’humain, dans la splendeur de ses prouesses, n’avait eu cette présence d’esprit d’ériger les coups de poing au rang de discipline sportive —, c’est qu’elle offre très peu de place aux tripatouillages de verdicts, pour autant que le meilleur se détache nettement de son adversaire. Un coup de poing bien ajusté sur la tempe ou la mâchoire de ce dernier, et c’est terminé, on ne discute plus. Et l’arbitre, ou plutôt les juges, quelle que soit leur sensibilité, sont contraints de s’aligner sur le verdict du ring alors implacable. Mais il est bien de victoires en boxe, par centaines, qui ne surprennent plus. L’imaginaire collectif, encore tenace, voudrait que l’homme dit de couleur n’ait toujours pour atout que ses muscles, et rien d’autre ! Il n’est cependant des secteurs intellectuels qui n’abritent pas ses services et ce, depuis fort longtemps. Je pense notamment à ces autres stakhanovistes de recherches qui, dans l’anonymat des plus ténébreux, œuvrent eux aussi pour le progrès de la Science, sans jamais être conviés à Stockholm, fussent-ils en simples invités ? Combien sont-ils, ces communs de citoyens de par le monde qui savent qu’il est de ces inventions qui ont transformé radicalement leur quotidien et qui portent à jamais l’estampille de ceux-là dont on leur dit n’avoir rien inventé à ce jour ? Ils ne sont sans doute pas légion. Qu’on se le dise, l’élection de Barack Obama à la tête des Etats-Unis d’Amérique est surtout un pied de nez à ces doctrines plutôt en vogue dans ces pays dits civilisés du vieux continent. Et, reconnaissons-le, le mérite revient surtout au peuple américain qui a su transcender des clichés stéréotypés, même les plus tenaces et les plus corrosifs, pour reconnaître et accepter les qualités si exceptionnelles de cet homme, et le propulser ainsi au titre suprême de locataire de cette Maison qui jusqu’à lors, était prétendue à jamais hors de portée d’un Afro-américain. Mais l’Amérique n’a ni de DOMs ni de TOMs, plutôt les Etats-Unis d’Amérique. Nul doute que le peuple américain aura donné rien de moins qu’une leçon magistrale à la planète toute entière. Une belle leçon de tolérance et de courage. Et non sans faire des émules ! En politique notamment, c’est bien connu quand l’on se passe pour être à la hauteur d’un événement à contre courant de la tendance de chez-soi, cette tendance que l’on feint pourtant de ne pas admettre, quoique l’on se sait pertinemment dépassé par l’événement en lui-même, inédit et spectaculaire, alors la vieille recette voudrait que l’on fasse le dos rond de dindon, en espérant que passe la bourrasque venue d’ailleurs. D’abord l’on essaie d’usurper ce rôle d’avant-gardiste pour tenter subtilement de s’immiscer dans la mouvance de l’heure et s’arroger un tant soit peu, tout autant la paternité. Et si le stratagème de l’imposture venait à paraître par trop grossier face à un événement plutôt phénoménal, la manœuvre de diversion s’inscrit en ultime recours. Alors l’on bidouille quelques pseudo-mesures à grand renfort d’effets d’annonces tout en jurant devant l’éternel qu’il s’agit tout simplement d’un simple hasard de calendrier. Il s’agit surtout et contre vents et marées, de donner l’illusion que l’on est à la page. Résultat des courses ! Statut quo, dans les meilleurs des cas… Et c’est bien connu aussi, le ridicule ne tue pas. Heureusement d’ailleurs ! Cela aurait sans doute viré à une hécatombe… En tout cas, au terme d’une semaine pour le moins embarrassante, l’Europe diplomatique, alors contrainte à faire cuisine avec ce nouveau tout-puissant d’un genre nouveau, est sortie à la dérobée de sa soudaine confusion, au détour d’un subterfuge digne des légendaires numéros des plus illustres des illusionnistes : l’initiative d’une Conférence européenne sur l’intégration. Lieu projeté : Vichy. Excusez du peu… Et ce n’est peut-être pas un hasard si la France, bien en prise avec sa diversité à elle, dont sa minorité dite pudiquement visible, se sentant si brutalement coupable d’elle-même, et dans l’espoir désespéré de se ménager un tant soit peu bonne presse, a pu, dans la foulée et avec un rare empressement, dénicher un Préfet tout flambant neuf au côté d’une ministrette, mascottée, épisodiquement en disgrâce, graduellement acculée vers la sortie. Un Préfet au mérite, dit-on. A croire qu’après des décennies d’une politique dite d’intégration, l’on y put trouver qu’un seul Afro-français, compétent, apte donc à occuper ce petit poste de Préfet de la République ! Souhaitons donc bonne chance à Pierre N’Gahane, puisque c’est de lui dont il s’agit. Espérons que ce Préfet historique malgré lui, aura un peu plus de chance, qu’il ne verra pas son véhicule dynamité au petit matin, comme l’avait été en son temps, en 2004, celui d’Aïssa Dermouche, le tout premier Préfet d’origine maghrébine, au lendemain de sa nomination ?au mérite?. Ah, la France ! Ce pays ?de lumière? qui se veut surtout chantre et promoteur de droit de l’homme ! Ah, la France ! Elle qui en est encore à tergiverser sur les questions de quotas et autres CVs anonymes ! De subterfuges non dénués d’hypocrisie sinon de cynisme, en guise d’antidote contre une logique de discrimination d’une efficacité diabolique digne du goulag…. L’apparition trompe-l’œil de Harry Roselmack sur la première chaîne de télévision se voulait un événement en soi, digne d’acclamation et d’exaltation ! Mais je n’ose déjà en faire un rapprochement avec la réalité de cet autre ex-empire colonial qu’est la Grande Bretagne dont on connaît pourtant les piteux efforts en matière d’intégration… Cheick Diarra a excellé à la NASA. De projets phares, dont le célébrissime Mars Pathfinder, portent tout autant son estampille. Je n’ose imaginer le sort qui lui aurait été réservé, si, après ses études de physique et de mathématiques à Paris, ce dernier s’était obstiné à vouloir accrocher son étoile quelque part en Hexagone ; cet Hexagone dont on nous dit ami éternel de l’Afrique. Imaginez le sort qui serait celui de Barack Obama Français ! Encore faudrait-il déjà qu’il eût cette blonde, la belle de la France gauloise qui veuille bien s’offrir les avances d’un pur kényan, au crépuscule des années 50, au plus fort de la dramaturgie du tristement funeste Françafrique. Allez donc savoir… Les sondeurs assermentés prédisaient de scores soviétiques [en faveur de Barack Obama] s’il appartenait aux citoyens européens d’élire le remplaçant de Georges W. Bush. Quant à moi, j’aimerais surtout trouver ce pays européen dont l’un des grands partis traditionnels aurait investi Barack Obama au titre de candidat à la Magistrature suprême. Et, le cas échéant, voyons donc quel score cet homme ?au grand charisme?, ?intelligent? et Noir, alors investi, aurait-il obtenu ! Qu’il soit clair ici, l’Europe, à l’instar de la France, n’a que cure de sa minorité dite visible, enfin, à l’exception des footballeurs professionnels et autres sportifs apparentés du showbiz international. Une simple logique de la très classique loi de l’offre et de la demande, semble-t-il. Ceux-là, ils y seront toujours les bienvenus, enfin, pour peu qu’ils soient tout autant aptes à pouvoir faire fi de ces missiles sous forme de cris de singes, largués tout droit des gradins. The show must go on ! Quoiqu’il en soit, et c’est bien cela à présent l’essentiel, l’illustre Sarkozy se retrouvera souvent au côté de son ?copain? Obama, alors devenu l’homme le plus puissant de la planète. Eh oui ! Une image à laquelle il va falloir désormais s’accommoder, pour les quatre prochaines années, tout au moins. Mais l’Afrique n’a pas non plus de quoi pavoiser ! Loin s’en faut. Si l’Amérique Blanche a pu porter au pouvoir un Noir, je veux bien croire que la réciprocité pourrait être vraie en Afrique. Encore faut-il que la démocratie ait ici un sens. Au Kenya où la dernière élection présidentielle s’est tragiquement soldée à coup de machettes, lances et mitraillettes, et où sans vergogne la journée du 06 novembre dernier fut décrétée fériée et chômée pour saluer le sacre d’un digne enfant du pays, j’ai souvenance qu’il y a quelques années, un Blanc naturalisé d’origine britannique avait brigué la magistrature suprême. Et mal lui en avait pris ! Après avoir été traité de raciste et de petit colon, ce dernier avait été passé aux affres de rangers et matraques. Commotions, hématomes et bien d’autres effets caustiques des sévices tropicaux finirent par venir à bout de son engagement politique… En Afrique du sud, toute proportion gardée cependant, compte tenu du contexte historique de ce pays, l’écrasante hégémonie de l’ANC n’est probablement pas exempte de relent raciste, malgré tout. Au Zimbabwé, no comment !!! Son Excellence Barack Obama est donc le tout nouveau Président des Etats-Unis d’Amérique. Le monde entier a finalement vibré comme jamais par le passé pour cette victoire si historique. Et plus que tout autre continent, l’Afrique, le continent noir. Dans les ruelles et quartiers malfamés, l’effervescence aura été grande, la nuit toute blanche du super-mardi aura exhalé un air de triomphe. Barack Obama est afro-américain, et son père est d’ailleurs issu du Kenya. Et au Cameroun, l’on ne s’est pas non plus privé de revendiquer les origines du grand-père paternel du futur locataire de la Maison Blanche. Ce dernier aurait migré au Kenya à la veille de 1900, Obama est un nom d’origine boulou, dit-on. Un motif supplémentaire de fierté, légitime ! Pour tout dire, l’Afrique semblait comme unie en un seul pays, une toute jeune nation engagée pour l’élection de son premier Président de l’histoire, sans toutefois jouir d’un droit de vote, comme pour garantir la transparence de l’élection elle-même ! Croupissant non sans complicités actives et passives, sous des dictatures des plus sombres et des plus funestes, des plus pernicieuses et des plus nocives, des plus avilissantes et des plus compromettantes, les populations, tous à l’unisson, ont vibré comme un seul homme pour l’élection d’un Président qui ne sera jamais le sien ; un Président soit-il Noir et le plus puissant de la planète, mais dont le cadet des soucis, si tant est que cela en constitue un, sera l’avenir des bananeraies subsahariennes. Ainsi, dans la tourmente d’une crise financière dont on perçoit à peine les premiers ravages — et déjà dignes des avatars des plus puissants des cyclones —, le G20 s’est réuni pour ébaucher les pistes de solution, les directives, et comme toujours, pratiquement sans l’Afrique. Et pour cause, il s’agit ici des sept pays les plus industrialisés, ainsi que la Russie, auxquels se greffent ces pays dits émergeants, et ils sont donc au nombre de douze. L’Afrique, dans l’immensité de sa superficie et de sa démographie, n’en fait pratiquement pas partie. Mais l’Afrique a pourtant sans vergogne eu cette présence d’esprit de crier au scandale, dénonçant singulièrement ce qu’elle considère comme étant une discrimination. Contraire à la charte du très international ONU. Mais les jeux sont ainsi établis, avec elle mais sans elle ou plutôt, sans elle mais avec elle. Du pareil au même. Rien à faire pour elle. Sinon, elle, l’Afrique, attendra le GXX qui regrouperait à la fois les pays développés, les pays émergeants, mais aussi les pays immergeants. Et alors, en grande pompe, elle, l’Afrique, y sera conviée et pourra parader comme elle sait si bien le faire dans les couloirs du Foutoir à New-York, et alors elle pourra et sans aucun doute assurer ce rôle qui a toujours été le sien, ce rôle dont elle s’accommode si bien, ce rôle de prédilection et elle n’en connaît pas d’autre, cet unique rôle qui demeure sien : La figuration. Piteuse Afrique ! Elle qui n’a pas encore compris que dragons et tigres n’ont pas eu à crier sur les ondes ou à battre pavés pour se faire entendre et se faire respecter, elle qui n’a pas compris que les Occidentaux ne se sont pas soumis à ce supplice qu’est l’apprentissage de la langue chinoise par simple amour d’une langue aux lettres d’emblée bizarroïdes et dignes de réticence pour les adeptes du Latin. A l’évidence, il n’apparaît pas signe plus ostensible du respect de la Chine et des Chinois que l’apprentissage du chinois. L’engouement que suscite le chinois en Occident s’apparente fort bien à un tour de force réussi par un peuple qui, hier encore, pataugeait vulgairement dans l’immensité boueuse du Tiers-monde. Dans une dialectique de prédation et d’oppression qui a toujours prévalu entre les supposés civilisés et non-civilisés, avec intime conviction je reste à l’idée que les solutions à la problématique du racisme ne se trouvent ni en Europe ni en Amérique, et nulle part ailleurs qu’en Afrique. Aussi longtemps que l’Afrique se montrera si irresponsable et ridicule qu’elle le montre, aussi longtemps elle ne se sera pas déterminée par elle-même, aussi longtemps elle n’aura pas su relever ces défis cruciaux et fondamentaux de progrès et de développement qui conditionnent véritablement sa dignité et sa propre personnalité, aussi longtemps elle n’aura donc pas su imposer respect et crainte comme l’ont pu dragons et tigres — et bientôt varans et pandas —, le racisme vivra et coulera continuellement de jours heureux à tous les niveaux des strates sociales occidentales et sans exception. Tant que l’Afrique ne se départira pas de ses turpitudes, elle drainera toujours avec elle, à l’image de l’effet d’un aimant sur du métal, le mépris sinon, l’oppression des autres. Dans une dialectique de prédation et d’oppression, le respect se mérite ; il ne se quémande pas, mieux, il s’arrache. Et il n’y a pas mille et une voies pour se l’approprier. C’est bien en démontrant que l’on est capable de relever tout autant ces défis qui jalonnent les marches du progrès et de développement. L’évolution des sociétés obéit toujours à cette loi que je baptise ici, la Loi de Consistance. Et l’histoire nous apprend que ce ne sont ni les sportifs ni les arrivistes qui mènent un pays sur la voie du progrès et de développement, plutôt les intellectuels, les vrais, je veux dire ; eux les phares, qui sont épris d’une certaine Conscience instructive, qui en ont assurément le potentiel et qui assument inconditionnellement le devoir qui s’impose logiquement ou plutôt, naturellement à eux, celui d’être résolument au service de leurs peuples. En les éduquant et en les dotant cette armature morale et mentale, susceptible de leur garantir cette protection contre toute forme d’agression, endogène ou exogène, et quelles que soient la forme et l’allure sous lesquelles elle pourrait bien se camoufler. Et ici, collectivement, les Intellectuels ont, très probablement, définitivement échoué dans cet environnement désolé, où la dignité et le bon sens ont tous foutu le camp depuis des lustres. Une hirondelle, soit-elle la reine des hirondelles, ne fera jamais le printemps. L’élection de Barack Obama à la tête de la superpuissance Amérique n’apportera non plus la moindre solution à l’Afrique plutôt engluée dans ces tares rédhibitoires qui, telles des métastases, gangrènent inexorablement un continent dramatiquement à la dérive sinon, en perdition… Un Noir américain accède à la Maison Blanche, cette Maison qu’ont occupée en leurs temps ses illustres devanciers dont Lincoln, Roosevelt, Kennedy…. Mais sous le ciel des tropiques, l’heure reste encore tragiquement à la descente aux enfers. Hélas ! Dans l’insouciance des plus accablantes et dans la déraison des plus affligeantes et des plus funestes, sans perspective d’un lendemain pour le moins sensé.
Badiadji Horretowdo Expert http://www.camerounlink.com