lundi 5 janvier 2009

2009, année forcément Obama

2009, année forcément Obama
Dimanche, 04 Janvier 2009 10:00 Patrice Zehr
Une chose est sûre. Que Barack Obama réponde aux immenses attentes ou déçoive et échoue, l’année 2009 sera, l’année Obama.Comment se présente-t-elle ?
On peut penser que dans un premier temps, son immense popularité rétablisse dans son pays une confiance contagieuse mondialement. Quand on sait que la crise financière actuelle est devenue une crise de confiance, on ne fait plus, c’est le cas de l’écrire, crédit à personne, on peut espérer une amélioration notable et rapide. Cela ne veut pas dire que l’amélioration sera durable. Il faudrait aller au fond des choses et purger le système, sinon bien sûr cela recommencera. Cette embellie financière n’aura pas d’effet immédiat cependant sur la crise économique. Les choses vont mécaniquement s’aggraver. Mais si la confiance revient et si le plan Obama porte ses fruits tout au long de l’année, l’économie peut lentement se redresser et commencer une sortie des récessions mondiales.C’est l’hypothèse la plus optimiste, car tout dépend de nombreux facteurs pas seulement économiques.Dès son arrivée à la maison blanche, le Président américain peut se trouver confronté à une grave crise internationale. En effet le retour des touristes à Bethléem n’a pas empêché une aggravation de la crise entre Israël et le Hamas de gaza. Tout est prêt pour un affrontement sévère et même final. On peut prédire que l’élection israélienne va se jouer à Gaza. Voilà qui explique les sorties martiales de madame Livni qui ne veut pas être débordée sur sa droite, à quelques semaines du vote, par les faucons du likoud. Les Palestiniens de Gaza vont sans doute payer au prix fort le duel électoral Livni-Netanyahu. L’offensive israélienne prévisible s’est déclenchée le 27 décembre. Une frappe aérienne massive qui a fait dans les premières heures plus de 250 morts. Visées, les infrastructures du Hamas et les dirigeants de ce mouvement, ainsi que ses forces de police. Mais les bombardements ont frappé sans discernement des civils femmes et enfants. Les images du carnage ont fait le tour du monde. Les pays membres de la ligue arabe vont se réunir d’urgence en ce début d’année, mais la communauté internationale parait bien impuissante face à l’impunité israélienne. Ces événements dramatiques cependant ne pouvaient surprendre personne.Visé par une centaine de roquettes et d'obus en deux jours, Israël menace le jour de Noël le Hamas d'une offensive militaire. Les autorités israéliennes ont rejeté les appels à la retenue lancés par l'Egypte et ont appelé la population de la bande de Gaza à se désolidariser de ses dirigeants. "Nous n'accepterons pas une telle situation", a prévenu le ministre israélien de la Défense Ehud Barak. "Quiconque s'en prend aux citoyens et soldats d'Israël paiera le prix fort. "La ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni a elle aussi fait preuve de fermeté à l'égard du Hamas. En déplacement au Caire pour discuter d'une éventuelle reconduction de la trêve entre Israël et le Hamas, Mme Livni a rejeté les appels à la retenue lancés par son hôte, le Président Hosni Moubarak. "Trop, c'est trop", a-t-elle lancé. "Quand il y a tir, il y a réponse. N'importe quel Etat réagirait ainsi."La trêve de six mois en vigueur entre le Hamas et l'Etat hébreu a pris fin avec fracas. Les tirs palestiniens de roquettes et d'obus sur le territoire israélien ont repris peu après. Mme Livni a accepté l'invitation du Président égyptien mais elle n'était nullement d'humeur à parler cessez-le-feu dans un contexte électoral tendu et incertain. Aussi bien M. Barak que Mme Livni sont candidats au poste de Premier ministre lors des élections générales prévues le 10 février en Israël, tout comme Benjamin Netanyahu, partisan d'une action dure à l'encontre du Hamas et de la Bande de Gaza.Voilà donc une crise qui menace le début de la présidence Obama. Il va en hériter. Israël a voulu frapper avant qu’il ne rentre en fonction et dans une période électorale décisive pour l’ Etat hébreu, le Hamas lui aussi veut affirmer son pouvoir par rapport à l’ autorité palestinienne et lance un appel à une nouvelle intifada, notamment en Cisjordanie.En Afghanistan, la position du Président américain est claire. La vraie guerre contre le terrorisme islamique se joue là bas et aux frontières du Pakistan. L'arrivée de 20.000 à 30.000 renforts américains, l'été prochain en Afghanistan, pourrait être utile mais ne suffira pas à mater la rébellion, préviennent des responsables afghans, qui réclament surtout une stratégie américaine mieux adaptée. Le Président afghan Hamid Karzai, arrivé au pouvoir avec le soutien des Américains, a jugé que ces renforts ne seront utiles que s'ils sont envoyés "pour regagner les zones" abandonnées à la rébellion dans le sud et l'est du pays, notamment le long de la frontière pakistanaise. "Autrement, (envoyer plus de troupes) n'a pas de sens", a-t-il déclaré au quotidien américain Chicago Tribune.Au delà du nombre de troupes, un constat fait l'unanimité. La situation ne pourra s'améliorer que si les Etats-Unis atténuent la brutalité de leur stratégie militaire, jugée contre-productive et sans issue, et privilégient le dialogue politique.Les frappes aériennes et les fouilles de résidences de civils pendant la nuit retournent l'opinion publique afghane contre les soldats étrangers, affirme la Commission indépendante des droits de l'homme en Afghanistan. Selon le rapport publié à Kaboul, les opérations nocturnes impliquent souvent des « comportements abusifs » et des « introductions brutales », qui suscitent la colère envers les forces de la coalition.Le rapport révèle également que des militaires ont investi des maisons en pleine nuit sans raison apparente ni autorisation légale. Même s'il est difficile de vérifier tous les faits, la Commission estime que ces actes sont bel et bien commis, et avec une certaine régularité.Prenant acte des critiques de la Commission, le capitaine britannique Mark Windsor a affirmé, au nom de la coalition, que les militaires ont un travail à faire tout en admettant qu'ils doivent faire preuve de retenue. Pour sa part, le commandant des Forces canadiennes en Afghanistan, le brigadier-général Denis Thompson, a reconnu que des soldats canadiens avaient mené des raids nocturnes dans les résidences de présumés talibans. Il a insisté sur le fait que ces opérations ne visaient que des « ennemis », et non des civils. Voilà un discours qui est en tout point semblable à celui tenu pendant les guerres coloniales pour justifier des opérations armées impliquant des civils.En Irak, le retrait est amorcé mais s’annonce délicat. Le parlement a voté de justesse un texte autorisant les forces étrangères non américaines restées dans le pays. Les députés irakiens ont ouvert la voie, in extremis, au maintien jusqu'en juillet 2009 de la présence en Irak de troupes étrangères non américaines, en mandatant le gouvernement pour signer des accords avec cinq pays de la coalition, dont la Grande-Bretagne. Les Américains, qui constituent 95% de ces forces, ne sont pas concernés puisqu'ils ont déjà signé un accord avec Bagdad pour rester en Irak jusqu'à la fin 2011. Obama voudrait avancer ce calendrier. Mais il fallait un accord pour le reste de la coalition, largement dominé par les troupes britanniques (4.100 soldats).C'est par conséquent la fin d'une crise qui hypothéquait la présence de ces contingents après expiration du mandat de l'ONU.On attend donc, avec Obama surtout, un nouveau style et une nouvelle approche. Cela sera très important pour l’Afrique noire qui ne jure que par Obama. Il est sans doute le mieux placé pour faire avancer la démocratie sur ce continent où il a des racines kenyanes. Un noir président des USA, on peut imaginer l’impact de cette « révolution » De Dakar à Harare » Mais l’année s’y est terminée par un coup d’Etat militaire en guinée. Et bien sûr le putschiste, un capitaine jusqu’alors inconnu s’est présenté comme l’Obama guinéen, ce qui montre que l’utilisation de l’Obamania est sans limite pour certains. Le détournement d’image ne fait sans doute que commencer.Il est un point capital, lié c’est vrai aux élections israéliennes en partie, qui sera un test important. Que va faire Obama face à l’Iran ? Les informations sont contradictoires. On le dit partisan du dialogue, mais son entourage reste largement ouvert au « toutes options » qui inclut toujours la militaire.Que nous réserve par ailleurs 2009 ? Il est très difficile de le dire. Le recul économique des pays riches peut profiter aux pays émergents. Il faut cependant rester prudent. Le pétrole très peu cher peut provoquer des crises en Russie, affaiblir la finance arabe et les pays du golfe, freiner les projets du Brésil. On voit déjà Poutine prendre des mesures face à la fin du miracle russe et relancer la guerre des tarifs gaziers. Le retour de la Russie puissance est menacé par le baril à 40 dollarsUne récession longue en occident peut également t déstabiliser les croissances chinoises et indiennes et transformer en exclus les candidats notamment des campagnes qui se ruent vers les villes du boom économique. Il y a eu en Chine des émeutes paysannes et ouvrières et l’Inde est fragilisée par des tensions religieuses. Ces deux pays pourraient être tentés de faire oublier, par des gesticulations militaires, leurs problèmes.L'Inde a recommandé le vendredi 26 décembre à ses ressortissants de ne pas se rendre au Pakistan, tandis que le Premier ministre indien Manmohan Singh a réuni le même jour l'état-major inter-armé, dans un climat de tension entre les deux pays à la suite des attentats de Bombay. Le Pakistan a commencé le vendredi 26 décembre à déplacer des milliers de soldats de la frontière avec l'Afghanistan vers celle de l'Inde alors que la tension née des attentats de Mumbai (ex-Bombay) s'accroît entre les deux voisins et rivaux. Cette décision marque une nouvelle escalade dans le bras de fer en cours entre les deux puissances nucléaires, et risque d'affaiblir la lutte contre les talibans et membres d'Al-Qaïda dans les zones de la frontière pakistano-afghane.La Marine chinoise a entamé le même jour une mission historique "d'escorte anti piraterie" au large de la Somalie, la première des forces navales chinoises en plusieurs siècles qui pourrait déboucher sur des engagements militaires à l'étranger.Trois navires de la marine chinoise ont mis le cap sur les côtes somaliennes, au large desquelles les grandes puissances tentent d'enrayer, en vain pour le moment, la multiplication des actes de piraterie, et le Japon lui aussi en plein marasme économique a fait savoir qu'il envisageait d'envoyer également des navires de guerre dans la région. Si la Chine a vu son influence et son poids économique grossir au cours des dernières années, ce qui l'a conduite à s'impliquer davantage dans des opérations de maintien de la paix de par le monde, elle continue de limiter l'envoi de troupes à l'étranger en invoquant la règle de non-ingérence.Mais la mission en Somalie, qui vise à participer à l'effort international ainsi qu'à protéger ses ressources énergétiques, constitue pour Pékin une occasion d'accroître son rôle dans la sécurité du monde sans se heurter à l'hostilité de ses voisins et raviver les nombreux différends frontaliers. "Pour une armée, la participation à ce type d'opération n'offre pas seulement un gain d'expérience dans la lutte contre les pirates", a écrit cette semaine le général Jin Yinan, directeur de l'institut de stratégie à l'Université de la Défense nationale."Il s'agit davantage d'améliorer sa capacité à conduire des missions dans des mers lointaines", a-t-il ajouté dans un texte publié par le Study Times, une publication hebdomadaire du Parti communiste chinois.La Chine fait donc des exercices grandeur nature et à tirs réels. Ceci ne devrait pas trop plaire à Obama qui a promis de rétablir le leadership américain dans le monde. Il n’a pas précisé cependant lequel. Il ne pense pas forcément au militaire.Beaucoup pensent à un leadership moral très éloigné de celui préconisé par les faucons du pentagone. On voit Obama comme grand président américain de la lutte sociale et pour l’environnement. Les USA seront jugés lors de la conférence de Copenhague en décembre 2009 qui doit compléter le protocole de Kyoto. D’ ici là on saura bien sûr si 2009 aura vraiment été l’année Obama. L’année s’annonce chaude, on le voit, mais climatiquement, elle l’a déjà été terriblement. L’année 2008 se classe au 10ème rang des années les plus chaudes depuis 1850, selon le bilan intérimaire rendu public cette semaine par l'Organisation météorologique mondiale (OMM). La liste des catastrophes et des phénomènes climatiques exceptionnels est longue. La fonte de la banquise arctique a atteint son pic le 14 septembre 2008. Cette fonte est la deuxième en importance jamais observée par satellite depuis 1979. En 2008, la banquise ne couvrait plus que 4,6 millions de kilomètres carrés, contre 4,3 millions en 2006, l'année record pour la plus petite surface jamais observée. La banquise perd en moyenne 74 000 km2 par an depuis trente ans. Ces données ont été au centre des débats lors du récent congrès de l'American Geophysical Union (AGU) en raison du phénomène de l’amplification arctique", qui retient de plus en plus l'attention des chercheurs car le cercle vicieux qui en résulte pourrait faire perdre à l'humanité le contrôle du climat.2009 sera l’année polaire internationale car toutes les urgences ne sont pas économiques. Le problème des médias, c’est qu’ils ne traitent massivement qu’un sujet à la fois. Il y a un an, on ne parlait que d’écologie, on ne parle plus que d’économie.Le premier pari d’Obama serait, dit-on, de réconcilier les deux. L’administration Obama souhaite profiter de la crise pour investir dans des projets à valeur environnementale. Une opportunité qui dit-on ne se représentera pas, une chance historique. L’efficacité énergétique et le développement d’énergies renouvelables seraient les piliers de ce tournant vert américain. Les problèmes que connaissent les constructeurs automobiles américains constituent un incitatif majeur pour repenser la façon de fabriquer des voitures, de mettre au point les technologies pour réduire les pollutions Le candidat du changement politique pourrait devenir le président du changement économique ou s’y casser les dents. Mais 2009 c’est sûr n’aura d’yeux que pour Obama. Des yeux doux pour les uns, alors que les autres l’auront méchamment à l’œil.Il est certain que la nouvelle guerre de noël à Gaza va compliquer l’entrée du nouveau président sur la scène internationale. On ne sait pas grand-chose en fait de son positionnement vis-à-vis du conflit israélo–palestinien… Il ne peut plus rester dans le flou. Les événements bousculent son calendrier, l’année Obama ne commencera pas comme prévu