ouest-france.fr - La galaxie Obama se met en place
« Le changement viendra à Washington, pas de Washington », répétait le candidat Obama, qui avait établi, à Chicago, son quartier général de campagne. Or, ce sont principalement des représentants de l'establishment que le président élu désigne comme futurs membres de son gouvernement : Robert Gates, maintenu à la Défense, Hillary Clinton, cooptée aux Affaires étrangères.L'équipe économique est composée principalement de disciples de Robert Rubin, ancien ministre de Bill Clinton, devenu héraut du système financier, lorsqu'il est entré à la direction de City Bank. La majorité des futurs ministres ont fait leurs études dans des universités d'élite, et la garde rapprochée d'Obama est composée d'anciens condisciples de la Harvard Law School.Des progressistes commencent à râler, d'autres cherchent à se convaincre que le pragmatisme est nécessaire face à la crise économique. Les premiers rappellent le New Deal, lorsque Roosevelt n'hésitait pas à rompre avec les recettes du passé pour faire face à la Grande Dépression. À quoi peut-on s'attendre ?Le nouveau Congrès ne se réunira pas avant le 6 janvier : Barack Obama lui a demandé d'avoir des projets prêts à être paraphés au lendemain de son installation, le 20 janvier.On aurait tort de regarder seulement le devant de la scène. En dehors des ministres, le Président nomme environ 1 000 sous-ministres (assistant, deputy et under-secretary). Ceux-ci doivent être confirmés par le Congrès. Ensuite, il nomme quelque 800 hauts fonctionnaires pour infléchir et assurer l'exécution des décisions de portée politique. Enfin, il nomme encore 1 500 fonctionnaires de rang moyen.L'état-major d'Obama aurait reçu déjà plus de 300 000 dossiers de candidats aux postes gouvernementaux (G.-W. Bush n'en avait reçu que 90 000). Cela s'explique : les républicains de Bush avaient fait campagne contre le « Big » Government. Ils avaient tenu leur parole, peuplant l'administration d'incompétents, externalisant jusqu'aux fonctions régaliennes et déréglementant autant que faire se peut l'économie. Ce faisant, ils ouvraient la porte aux intérêts privés se substituant au bien public.Le fait que tant de supporters d'Obama se proposent pour le service public est un signe d'une confiance nouvelle accordée au politique. Ce nouvel esprit n'est pas sans rappeler celui qui accompagna l'élection de John F. Kennedy.Le vrai choix n'est pas le pragmatisme ou la rupture ; il se situe entre le politique et l'antipolitique. Au-delà de mesures de sauvetage de l'un ou l'autre secteur, l'attitude calme et déterminée d'Obama fait réapparaître l'autorité perdue du politique. Il sait qu'il n'y a pas un seul bon et unique train de mesures qui sortira vite et sans douleurs le pays du marasme économique ou qui réparera le prestige américain à l'étranger. Le fondement de l'autorité retrouvée ne pourra être que la légitimité apportée par un gouvernement véritablement représentatif. Les 300 000 dossiers envoyés à Chicago et des milliers d'autres, qui viendront les rejoindre avant le 20 janvier, renforcent Obama dans sa détermination.Que vont faire les centaines de milliers qui n'auront pas la chance d'être nommés aux postes, à Washington, pour mettre en oeuvre le « changement » ? Ils le feront par d'autres voies. Ils sont à l'origine de la confiance retrouvée qui peut amorcer la sortie de la crise, politique et économique. Le candidat Obama avait raison : le changement ne viendra pas de Washington, la capitale.(*) Professeur à Stony Brook University New York. Auteur d'Aux origines de la pensée politique américaine (Hachette, Pluriel).
Dick Howard (*)
lundi 15 décembre 2008
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