Obama annonce clairement la direction politique qu’il va suivre - Info Marché - Investir.fr
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Quand, au mois de janvier dernier, une journaliste de CBS a demandé à celui qui n’était à l’époque que candidat à la candidature de quel livre il voudrait disposer dans le Bureau ovale s’il était élu président, Barack Obama a répondu aussitôt : Team of Rivals (« une équipe de rivaux »). Ce best-seller américain de 2005 raconte comment Abraham Lincoln a choisi de s’entourer de conseillers plus éduqués, plus expérimentés qu’il ne l’était lui-même et qui, parfois, ne faisaient pas mystère du fait qu’ils convoitaient son poste.
Ce que l’on sait jusqu’à présent des options du quarante-quatrième président des Etats-Unis laisse à penser qu’il ne s’agissait pas d’une parole en l’air. Hillary Clinton n’a pas été officiellement choisie comme secrétaire d’Etat, mais l’équipe d’Obama n’a pas caché que, si elle avait été invitée à rencontrer celui-ci à Chicago, c’était bien pour débattre de cette hypothèse. Ce sont les récentes activités de Bill qui ont suscité des hésitations. Depuis huit ans, ce dernier s’est livré à toutes sortes d’activités, certaines philanthropiques, d’autres moins. L’ancien chef de la Maison-Blanche a été contraint de prendre des engagements vis-à-vis de l’équipe de son successeur.
Obama tient, avant tout, à ce qu’aucun soupçon ne vienne entacher sa mandature. Outre Hillary Clinton, Obama entend s’entourer d’autres politiques ayant une forte personnalité, comme Larry Summers, au Trésor, mais aussi d’hommes et de femmes qui représentent un large éventail politique. Le nom de Robert Gates, dernier ministre de la Défense de George W. Bush, est fréquemment cité. Et le premier choix officiellement annoncé fut celui d’Eric Holder au poste d’attorney general, autrement dit de ministre de la Justice. Holder sera le premier Africain-Américain à cette fonction.
Au Congrès, Obama vient cette semaine de montrer qu’il refusait de se laisser entraîner à des règlements de comptes. C’est ainsi que Joseph Lieberman, l’ex-colistier d’Al Gore qui avait soutenu cette année John McCain, ne s’est pas vu retirer la présidence de la Commission de la sécurité intérieure au Sénat.
Evidemment, si le président élu se comporte de cette façon, ce n’est pas par bonté d’ me, mais parce qu’il sait que, fondamentalement, l’électorat américain reste plutôt conservateur. Les sondages sortie des urnes ont montré qu’un tiers des électeurs s’identifiaient de la sorte et seulement un cinquième comme libéraux, ce qui signifie « de gauche » aux Etats-Unis.
Or Obama entend bien appliquer son programme. Et rapidement. Pour cela, il a besoin de s’assurer au moins la neutralité, voire la sympathie de quelques éléments influents du camp républicain. Car le début de sa présidence sera marqué par la mise en œuvre rapide de plusieurs éléments essentiels de sa politique.
L’objectif premier d’Obama est de restaurer le prestige de l’Amérique, sérieusement mis à mal par les huit années de présidence Bush. D’ores et déjà, il a annoncé que l’une de ses premières décisions serait de fermer le camp de Guantanamo. « Je vais m’assurer que l’on ne torture plus dans ce pays », a-t-il déclaré dans une interview à CBS. Et aussi : « Aussitôt entré à la Maison-Blanche, je réunirai les chefs d’Etat major et mon Conseil national de sécurité pour décider des modalités du retrait de nos troupes d’Irak. » Un autre virage par rapport à la politique précédente est notifié sans la moindre ambiguïté : s’engager « v igoureusement » sur la question du changement climatique.
Enfin, avec Obama, la théorie keynésienne est de retour : « Nous ne devrions pas nous préoccuper du déficit budgétaire de l’année prochaine ; ni même de celle d’après. L’important est d’éviter une grave récession . » Que, trois semaines après son élection, un futur président ait aussi clairement annoncé la couleur est sans précédent dans l’histoire américaine de l’après-guerre. Il ne reste plus à Obama qu’à éviter de se tromper.
Les investisseurs professionnels paniquent, les particuliers pas
C e week-end, au Palais des congrès de la porte Maillot, à Paris, va se tenir le salon Actionaria. C’est un rendez-vous traditionnel, mais, cette année, l’ambiance va être particulière. Les actionnaires sont en effet marqués par la crise : en un an, l’indice Cac 40 a perdu 46 %. Une baisse qui est la moyenne de ce que les postes consacrés aux actions au sein des portefeuilles ont encaissé.
La mesure de la crise est prise. Depuis 1945, seulement deux années se sont soldées sur une baisse des actions françaises supérieure à 30 %. Nous étions en 1974 (choc pétrolier) et en 2002 (éclatement de la bulle Internet).
A ce stade, il n’est plus question de nier l’entrée des économies dans une période très difficile. La Bourse n’est qu’un des thermomètres qui indiquent la gravité de la situation que les déséquilibres mondiaux et les excès des marchés des crédits ont provoquée. Chacun sait qu’il faut se préparer à des ajustements qui seront douloureux.
Face au retournement, face à l’anticipation sinon d’une récession durable, en tout cas d’une période longue de croissance faible, quel est le discours des entreprises ?
Paradoxalement, les patrons qui vont venir ce week-end rencontrer leurs actionnaires ne font pas, dans l’ensemble, preuve d’une inquiétude excessive. La rédaction en rencontre beaucoup chaque semaine. Ils constatent une année 2008 qui sera finalement correcte, voire bonne en termes d’activité et de bénéfices. Bien sûr, la déb cle des banques, la baisse de l’immobilier et de la construction, l’effondrement du marché automobile justifient les chutes boursières. Mais les patrons d’autres secteurs sont finalement sereins et les investisseurs semblent craindre la crise plus qu’eux-mêmes.
Cette sérénité ne conduit pas les sociétés à faire preuve d’optimisme pour l’exercice 2009. Mais c’est plutôt le manque de visibilité qui est avoué par les responsables, plutôt que l’annonce de baisses de profits et, en conséquence, de dividendes.
Ce manque de visibilité pour l’année prochaine rend difficile la réalisation des budgets prévisionnels, encore davantage la communication aux investisseurs d’estimations fiables. Le rendez-vous est fixé au premier trimestre, au moment où les résultats 2008 (souvent bons) seront publiés. Alors, les patrons devront s’engager plus sur leurs objectifs.
On sait que la tendance ne pourra être bonne. Cette crise a éclaté alors que la rentabilité des entreprises atteignait des niveaux records qui ne pourront être révisés qu’à la baisse. On sait aussi que les ajustements de coûts vont toujours moins vite que la baisse des chiffres d’affaires. S’ajoute à cela une nécessité de consentir des hausses de salaires après des années d’inflation, au moment où les hausses de tarifs passeront mal.Tout cela explique et justifie a posteriori la baisse hors norme des actions. La question n’est pourtant pas là. Il faut déterminer à quel point les mauvaises nouvelles sont dans les cours, peut-être même de façon excessive.
C’est le sentiment qu’ont beaucoup d’actionnaires individuels. Vous nous interrogez plus sur les possibilités de réinvestissement que sur celles de vente. Dans le rendez-vous que les patrons ont avec vous, vous avez peut-être plus à leur apprendre qu’on ne le croit. Face à la panique qui dicte aux gérants professionnels des réactions souvent irrationnelles, votre attitude est sans doute plus sage. Le rebond pourrait être brutal, à la hauteur des excès de craintes de pyromanes.
Agir sur les causes et non sur les effets
Les déboires du capitalisme ultralibéral ne déroulent pas nécessairement le tapis rouge pour un retour triomphant d’un socialisme pur et dur. Seules les franges extrêmes du spectre politique peuvent se permettre de prôner la destruction puis la refondation des modes de fonctionnement de l’économie de marché. Le congrès de Reims en est la modeste illustration locale, le coup de barre à gauche s’y avérant plus symbolique que réel. La vitesse avec laquelle la confiance se détériore appelle à un consensus le plus large possible entre partis de gouvernement et entre Etats sur le diagnostic et les décisions à prendre d’urgence. On ne peut plus s’accommoder de mesures ambiguës visant à préserver des intérêts catégoriels ou corporatistes, financiers d’abord, industriels ensuite. Un plan de relance ne sera efficace que s’il traite les problèmes à la source, une fois ceux-ci admis par tous. Il gaspillera en vain les ressources s’il se contente d’en traiter les effets à mesure qu’ils se diffusent.
L’immobilier américain est typique de la mauvaise gestion de la crise. En dépit des signaux d’alerte sur l’insolvabilité croissante des acquéreurs, rien n’a été fait pour endiguer le développement des subprimes. Les défauts se sont multipliés, polluant un montant énorme d’actifs. Le plan Paulson a réinventé le tonneau des Danaïdes en proposant de racheter les titres toxiques. Il faut enfin admettre qu’une large fraction des emprunteurs récents n’avait pas les moyens d’accéder à la propriété et en tirer la seule conséquence viable : socialiser ces logements en reprenant sur comptes publics les emprunts correspondants, puis renégocier collectivement les conditions de ces emprunts, leur titrisation n’étant nullement un obstacle incontournable, contrairement aux idées reçues.
Trop demander à la politique monétaire est une autre idée pernicieuse. La baisse des taux courts a ses limites en cas de déflation : une fois à zéro, on est démuni, comme cela risque bientôt de se produire au Japon ou aux Etats-Unis. Selon des propositions hétérodoxes, les autorités devraient peser sur les taux d’intérêt longs pour contrer le durcissement des conditions de financement. Mais, en agissant ainsi, on ôterait le seul outil de reconstitution des fonds propres dont disposent les banques lors des récessions, à savoir la transformation. Si l’on s’engage dans cette voie, il faudra en tirer les conséquences et recapitaliser bien plus massivement les banques. Autant les nationaliser tout de suite, mettre fin à la concertation molle qui provoque la défiance des entreprises, reconstituer ainsi leurs capacités de prêts et piloter ouvertement l’encadrement du crédit. Le surcroît de dette publique en résultant pourrait atteindre 10 % des PIB nationaux, mais avec un actif en contrepartie. Sinon, les programmes d’urgence sectoriels iront en se multipliant, faute de crédit, et seront autant de pertes nettes pour les Etats. Or, l’automobile n’est pas la sidérurgie, l’électronique grand public n’a pas vocation à être subventionnée par des baisses d’impôts… La priorité est à l’investissement productif qui permettra au secteur privé de racheter d’ici à une décennie les actifs bancaires nationalisés.
*Economiste
lundi 24 novembre 2008
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