lundi 3 novembre 2008

La Presse Canadienne: La France vote Obama

La Presse Canadienne: La France vote Obama
PARIS — Si les Français votaient le 4 novembre, c'est un raz-de-marée qui porterait Barack Obama à la Maison blanche. Pour la première fois depuis le conflit autour de la guerre en Irak en 2003, le candidat démocrate semble en position de réconcilier la France avec l'Amérique, même si son éventuelle victoire pourrait signifier aussi quelques désillusions.
Curieusement, Barack Obama fait recette quel que soit le bord politique. Quand le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre s'affiche avec un T-shirt à l'effigie du candidat démocrate, le Parti socialiste s'interroge gravement sur la question de savoir qui pourrait être "l'Obama français". Le MoDem, lui, organise une "nuit démocrate" le 4 novembre pour vivre en direct l'élection d'un "président démocrate".
Lors de la brève visite de Barack Obama à Paris l'été dernier, des centaines de personnes s'étaient massées le long de son parcours pour l'acclamer. Le contraste était saisissant dans un pays qui avait pris l'habitude d'accueillir George W. Bush avec des manifestations hostiles.
Un peu vite assimilé par les Français à l'actuel président américain, le républicain John McCain ne fait, lui, guère recette: 5% seulement des Français lui accorderaient leur vote, contre 69% au sénateur de l'Illinois, selon une série d'études coordonnées par le quotidien La Presse de Montréal rendue publique le 17 octobre.
A en croire un sondage publié dans le Journal du Dimanche, 80% des Français seraient même prêts à voter pour un président noir à l'Elysée, alors qu'un seul député noir a été élu en 2007 en France métropolitaine. George Pau-Langevin, élue dans le 20e arrondissement de Paris, est l'unique représentante de la "diversité" à l'Assemblée nationale.
Se mettant au diapason de l'enthousiasme collectif pour Barack Obama, Nicolas Sarkozy avait laissé entendre le 25 juillet dernier que son coeur penchait vers le candidat noir. "Si c'est (Barack Obama qui est élu), la France sera très heureuse. Si c'est un autre, la France sera l'amie des Etats-Unis d'Amérique", avait-il fort peu diplomatiquement expliqué en recevant le candidat démocrate.
Si le président français a reçu à deux reprises John McCain à l'Elysée, une victoire de Barack Obama viendrait conforter son choix d'un rapprochement avec les Etats-Unis, amorcé dès 2007 et pas toujours bien compris dans l'Hexagone. Il deviendrait plus facile de proclamer "j'aime l'Amérique" avec Barack Obama à la Maison blanche qu'avec George W. Bush ou John McCain.
Dans la même logique, un retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN, que Nicolas Sarkozy pourrait confirmer lors du 60e anniversaire de l'Alliance en 2009, serait peut-être moins impopulaire dans une France devenue -au moins le temps d'une lune de miel-américanophile.
Pourtant, quel que soit le vainqueur le 4 novembre, un bouleversement de la politique étrangère américaine paraît peu probable. "Obama, comme McCain, défendra les intérêts de son pays, qui ne seront pas exactement les nôtres", résume l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin dans le Journal du Dimanche. Et "les positions sur l'OTAN et l'Europe (des deux candidats) sont très proches," avertissait récemment l'ambassadeur américain après de l'OTAN Kurt Volker.
Barack Obama souhaite collaborer avec la communauté internationale dans la lutte contre le changement climatique? John McCain aussi. Il veut fermer la prison de Guantanamo? John McCain aussi.
Et comme John McCain, Barack Obama entend presser les Européens de s'engager davantage en Afghanistan. S'il a rencontré une oreille attentive de Nicolas Sarkozy sur ce point, les Français, eux, restent majoritairement hostiles à l'engagement de leurs troupes dans ce pays.
Seulement voilà: contrairement à John McCain, Barack Obama était contre l'intervention américaine en Irak, qui a mis le feu aux poudres entre Paris et Washington en 2003, et il envisage ouvertement un retrait des "boys" aujourd'hui. De quoi faire succomber les Français à un nouveau rêve américain.
Ils devraient en tout cas être très vite fixés sur les positions du nouveau président. A peine élu, il lui faudra s'attaquer à la crise financière, alors qu'un sommet sur le sujet doit se tenir le 15 novembre à Washington.
Le dossier climatique s'imposera également très vite, les négociations sur l'après-Kyoto devant se tenir en 2009. Tout juste arrivé à la Maison blanche en 2000, George W. Bush avait refusé de ratifier l'accord sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, provoquant un tollé mondial.