mercredi 8 octobre 2008

Le débat entre McCain et “celui-là”: Obama avance sans forcer - Americana - Blog LeMonde.fr

Le débat entre McCain et “celui-là”: Obama avance sans forcer - Americana - Blog LeMonde.fr
Ceux qui attendaient un bain de boue, ou de sang, seront déçus.
Le deuxième débat présidentiel n’a pas produit ni moment choc, ni révélation… ni mouvement dans l’électorat? John McCain devait créer l’événement; il ne l’a pas fait: Barack Obama sort dès lors renforcé de cette deuxième rencontre.
Le forum a livré son lot de moments un peu étranges - quand John McCain pointe l’index vers son rival et l’appelle “that one”, “celui-là”, ou quand l’animateur se plaint d’être “the hired hand”, “le petit personnel” - mais les questions du public, finalement peu différentes de celles de la presse, ont surtout permis aux deux candidats de résumer les points forts de leurs programmes.
Premières questions sur l’économie: le jour même le Dow avait encore chuté, le président Bush incitait à la patience en regrettant de ne pouvoir résoudre la situation “d’un claquement de doigts” et on avait appris quelques détails croustillants au Congrès sur la semaine de luxe des dirigeants d’AIG dans un palace californien… juste après avoir été sauvés de la banqueroute grâce à 85 milliards des contribuables.
Barack Obama n’a naturellement pas raté les grands patrons, pas plus que le “verdict final” sur la politique économique des huit dernières années. John McCain a tenté de faire l’événement très tôt dans le débat en proposant une nouvelle mesure sur les emprunts hypothécaires - mais de façon tellement bâclée que l’effet en a été complètement émoussé. Les attaques, dans ce premier chapitre, sont rapides. Dix minutes à peine depuis le début de la discussion et Barack Obama place la phrase de John McCain, “les éléments fondamentaux de l’économie sont sains”. Dix minutes plus tard, le candidat républicain dégaine les “earmarks” et en particulier le subside pour le planétarium de Chicago demandé par son rival.
Politique fiscale, énergétique, priorités… on est en terrain familier. La dernière demi-heure, avec une question de transition sur l’impact de la situation économique sur le rôle de l’Amérique dans le monde, est consacrée aux questions internationales (Afghanistan, Pakistan, Russie - et si l’Iran attaquait Israël, ni l’un ni l’autre “n’attendrait” les Nations Unies pour agir).
Parfois, un propos surprend (John McCain affirme que la réforme des retraites sera “facile”. Vraiment?). Une accusation se perd (il compare Barack Obama à Herbert Hoover). Une comparaison dérape un peu (John McCain, l’homme aux 13 voitures, est-il bien avisé de parler de ceux qui bénéficient d’une assurance-santé “Cadillac plaqué or”?). Une formule banale paraît soudain malencontreuse (”pas d’apprentissage sur le tas, mon ami”… de la part de l’homme qui a choisi Sarah Palin comme colistière?)
Barack Obama cherche ses mots et même si les Américains se sont habitués à sa diction et ses “yo” en guise de “heu”, cela lui donne l’air d’hésiter. Avantage: il prend le temps de structurer clairement son raisonnement. McCain paraît lier toutes les questions à l’énergie; Obama n’est pas en reste sur le sujet mais rattache plus volontiers les questions à l’emploi. Il plaisante peu. Au mieux il retourne une plaisanterie de McCain contre lui: le fameux “Bomb, bomb Iran” que son rival avait chanté sur l’air de “Barbara Ann” (bien, mais cela a déjà servi au premier débat; il va falloir renouveler le stock). Le contact passe avec le public. Il bouge mieux sur le plateau mais surtout il a trouvé le ton juste: sans condescendance et en prise avec la réalité quotidienne des Américains. C’est le doublé gagnant: “présidentiel” et proche des gens.
Les premiers sondages express confirment la bonne performance du candidat démocrate.
Selon CNN , Barack Obama a “gagné” le débat (54% contre 30% à McCain). Il est vu plus favorablement après ce forum (60% d’opinions favorables avant, 64% après) alors que John McCain stagne (à 51%).
Selon le sondage d’électeurs indécis réalisé pour CBS , il a aussi “gagné”, par une marge plus faible (39%, contre 27% à McCain; 35% estiment que c’est un ex-aequo). Obama est jugé plus clair (60% contre 30% à McCain) tandis que McCain l’emporte au chapitre de l’agressivité (63% pensent qu’il a plus “attaqué” que son rival - 17% pensent qu’Obama a été plus agressif).