Barack Obama, sauf si... - LeCourant.info, en prise directe avec l'info
mercredi 8 octobre 2008, par Walid Berrissoul
Elections US. Dopé par la crise financière, le candidat démocrate devance son adversaire républicain dans toutes les enquêtes d’opinion. Une avance qui ne cesse de se renforcer, à moins d’un mois de l’élection. Mais la prudence reste de mise.
Barack Obama 2 - John McCain 0. A J-27, le candidat démocrate est sorti vainqueur du second débat présidentiel organisé mardi soir, à Nashville (Tennessee). Ni bourdes, ni coup d’éclat d’un côté comme de l’autre ont émaillé ce débat. Match nul...donc, avantage Obama, car, ce soir-là, le défi était pour John McCain. Le candidat républicain, distancé dans les sondages et dans plusieurs Etats-clés, avait besoin de s’imposer clairement pour renverser la vapeur. "McCain était meilleur que lors du premier débat, mais pas suffisamment", concède un commentateur républicain, interrogé sur le plateau de la chaîne CNN juste après le débat. Et de fait, les différents sondages réalisés "à chaud" arrivent tous au même constat : Barack Obama est sorti vainqueur du débat. D’après l’enquête CNN/Opinion Research Corporation, pour 54% des personnes interrogées, le sénateur de l’Illinois est considéré comme le grand gagnant de cette deuxième rencontre, contre 30% pour John McCain.
Ca se passe comme ça, désormais, dans la course à la Maison-Blanche. Longtemps mis en difficulté par la stratégie de campagne républicaine, suscitant les inquiétudes de son propre camp, qui ne conçoit pas de perdre à nouveau la présidence après huit années d’administatration Bush, Barack Obama a fini par s’imposer comme le vrai favori de cette élection. Depuis deux semaines, le candidat démocrate est en tête de tous les sondages d’intentions de vote, avec une avance allant de quatre à une dizaine de points selon les instituts. Mieux encore : dans la bataille des Etats-clés, le candidat démocrate pousse son avantage, tandis que John McCain se replie sur les bastions "rouges", renonçant par exemple à faire campagne dans le Michigan. Barack Obama serait en tête dans l’Ohio, faiseur de roi parmi les faiseurs de roi - aucun candidat républicain à l’élection présidentielle ne l’a emporté sans avoir gagné dans cet Etat du Midwest.
"C’est l’économie, idiot !" is back.
Lors du premier débat présidentiel, le 26 septembre dernier, les deux candidats étaient encore au coude-à-coude, Barack Obama reprenait tout juste des couleurs, après un mois d’août plutôt favorable à son adversaire, crise Russo-géorgienne oblige. La raison de ce retournement spectaculaire ? "L’économie, idiot !", répondent en choeur tous les commentateurs, comme un revival de la victoire de Bill Clinton en 1992 ("It’s the economy, stupid !" était le slogan officieux de la campagne Clinton). Revenue en force dans l’actualité et dans l’opinion publique, la crise financière joue très clairement en faveur du candidat Obama, et les Républicains ont beau essayer, ils ne parviennent pas à déplacer la campagne sur d’autres thèmes, comme les questions de société ou la politique étrangère. Le débat de mardi soir était d’ailleurs censé laisser une large place aux questions diplomatiques, mais il n’en fut question qu’au bout d’une heure de débat, lors du dernier tiers de la confrontation, avec cette transition : "Est-ce que la crise économique va empêcher les Etats-Unis d’être les pacificateurs du monde ?"
A moins d’un événement majeur, l’élection américaine ne se jouera pas à Bagdad, Kaboul ou Tbilissi, mais à Wall Street. Avec la chute irrésistible du Dow Jones, qui a encore perdu 500 points mardi - 1 300 points depuis le premier débat présidentiel, le 26 septembre -, les Américains réalisent avec amertume que le vote du plan Paulson, censé stabiliser le système financier, ne suffira pas à enrayer la spirale. Dans ce contexte, notamment auprès des électeurs indépendants, Barack Obama apparaît comme le mieux placé pour faire face à une crise dont plus personne n’est dupe sur la durée. Ainsi, selon un sondage CBS, 34% des électeurs affirment se sentir rassurés par les propositions de M. Obama pour régler la crise tandis que 25% des électeurs font plutôt confiance au sénateur de l’Arizona pour la résoudre.
Un "handicap racial" de 6% des voix
De son côté, John McCain semble avoir clairement décidé de faire de cette élection un référendum sur la personne de Barack Obama. Si le candidat républicain lui-même n’a finalement pas ressorti les dossiers embarrassants sur les fréquentations du sénateur démocrate, sa co-listière Sarah Palin y est allé franchement, accusant carrément Barack Obama de copiner avec les terroristes, faisant référence à ses liens avec William Ayers, l’ex-dirigeant d’une organisation qui avait commis des attentats au début des années 1970. "Ça ne doit pas beaucoup vous intéresser d’entendre des politiciens qui ne font qu’accuser leurs adversaires" a répliqué le candidat démocrate, mardi, prenant à témoin le public sélectionné pour échanger avec les candidats lors du "Town Hall Meeting" de Nashville. Va-tout désespéré d’une campagne républicaine aux abois ? Méfiance...A quatre semaines de l’élection, d’autres facteurs, plus implicites, moins avouables, et donc plus insaisissables peuvent jouer à la marge, pour peu que les attaques républicaines réactivent les a priori sur la couleur de peau d’Obama, ses origines musulmanes ou encore son élitisme "gauchiste". Plusieurs études citées par le New York Times chiffrent, par exemple, le "handicap racial" d’Obama par un manque à gagner de 6% des voix. Un "pourcentage significatif, mais pas insurmontable", affirme Nicholas D. Kristof. L’éditorialiste avertit sur le "racisme inconsient" des électeurs Américains, mais veut espérer : en 1960, dit-il, l’opinion avait réussi à vaincre ses préjugés contre les Catholiques, en portant l’un des leurs à la Maison-Blanche. Il s’agissait de John Fitzgerald Kennedy.
Walid Berrissoul
mercredi 8 octobre 2008
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