vendredi 10 juillet 2009

Barack Obama en Afrique noire, une visite très attendue, par Philippe Bernard - Opinions - Le Monde.fr

Barack Obama en Afrique noire, une visite très attendue, par Philippe Bernard - Opinions - Le Monde.fr
LE MONDE 10.07.09 13h08 • Mis à jour le 10.07.09 13h08
arack Obama n'est pas africain. Pourtant, jamais aucun président américain n'a personnifié à ce point la fierté et l'espoir d'un renouveau sur le continent noir. "Bienvenue à l'éminent fils de l'Afrique ! Bienvenue à la maison !", proclame une commentatrice de la télévision du Ghana, où il doit prononcer, samedi 11 juillet, un discours sur l'Afrique.
Sur aucun continent probablement, son ascension puis son élection n'ont suscité un tel degré d'enthousiasme. Revanche contre le mépris de l'homme noir et donc de l'Africain, le triomphe du sénateur Obama a été perçu aussi comme le symbole d'une immense espérance démocratique pour l'Afrique elle-même. Qu'un politicien inconnu, au pedigree minoritaire, puisse, à la surprise générale, être réellement choisi par les électeurs, voilà qui ne risque guère de survenir dans la plupart des pays d'Afrique.
Transparente, libre, l'élection américaine a résonné comme une opération de réhabilitation planétaire des Noirs et, de Dakar à Nairobi, comme un appel au réveil d'une confiance en soi souvent érodée. Alors que le continent vit à l'heure des coups d'Etat, des présidents à vie et des guerres ethniques, le vent d'Amérique est porteur d'audace démocratique et d'ouverture politique. A cet égard, le choix du Ghana, qui a connu, en décembre, sa deuxième alternance pacifique en huit ans, est limpide. M. Obama a opté pour ce petit pays d'Afrique de l'Ouest comme unique étape en Afrique. Le Ghana a été préféré au Kenya, pays de naissance de son père, où la dernière élection a donné lieu à un sanglant conflit ethnique, et au Nigeria, où la corruption transforme la manne pétrolière en malédiction.
La corruption, le tribalisme, le sénateur Obama avait précisément choisi ces thèmes pour le vigoureux discours qu'il avait prononcé en août 2006 à l'université de Nairobi (Kenya). Se présentant comme "votre ami, votre allié, votre frère", le futur président avait pointé "l'incapacité du Kenya à se doter d'un gouvernement transparent et fiable" et désigné la corruption comme "un des combats majeurs de notre époque". Le retard de l'Afrique ne s'explique pas seulement par la colonisation, avait-il asséné, avant de mettre en cause "l'idée désastreuse selon laquelle le but de la politique serait de capter la plus grosse part du gâteau au bénéfice de sa famille ou de sa tribu". Un message qu'aucun politicien blanc occidental n'oserait délivrer. Mais que bien des Africains acceptent, voire approuvent dans la bouche de leur nouveau héros américain.
Au-delà des mots, il reste à savoir ce que le président américain fera de l'immense courant de sympathie qu'il suscite en Afrique et de cette capacité à énoncer des vérités gênantes pour une multitude de gouvernants en place.
C'est là qu'intervient l'ambiguïté du personnage largement perçu sur le continent noir, à tort, comme "Obama l'Africain". Car si l'histoire familiale du président américain lui permet de saisir mieux qu'aucun de ses prédécesseurs la complexité de la culture africaine et, peut-être, d'être écouté, M. Obama est avant tout un pur produit de l'Amérique. Dans son livre Les Rêves de mon père (Presses de la Cité, 2008), il laisse entendre qu'il ne s'est jamais senti autant américain qu'au retour de son premier voyage au Kenya, sur les traces de son père.
Son souci de ne surtout pas apparaître comme le président des Noirs américains devrait le conduire à une grande prudence et à une certaine continuité en matière de politique africaine. D'autant que le continent noir est probablement celui où son prédécesseur, George W. Bush, s'est révélé le moins impopulaire, renforçant les budgets de la lutte contre le sida et créant un vaste programme d'aide lié à la bonne gouvernance. Par contraste, la politique africaine du démocrate Bill Clinton, échouant en Somalie, niant longtemps le génocide rwandais et prétendant promouvoir de nouveaux dirigeants vertueux qui se sont souvent révélés être des tyrans, n'a guère laissé de brillants souvenirs.
Aujourd'hui, alors que les Etats-Unis affrontent deux guerres et une crise économique, l'Afrique n'apparaît nullement parmi les priorités de la Maison Blanche et les budgets d'aide ont peu de chance d'être réévalués. Après tout, le continent noir ne représente que 2 % du commerce extérieur américain et, depuis la fin de la guerre froide, l'Afrique n'est plus un continent aussi stratégique. Les premiers actes de M. Obama semblent indiquer que, enclin à la confiance envers l'ONU, il pourrait s'en remettre à elle pour intervenir au Darfour et dans l'est du Congo-Kinshasa.
L'Afrique est désormais au coeur de deux autres enjeux centraux pour les Américains : terrain d'entraînement pour le terrorisme islamiste (Sahara, Somalie), elle fournit aussi 20 % du pétrole consommé aux Etats-Unis. Les programmes américains d'instruction militaire dispensés dans les pays riverains du Sahara et les bonnes relations avec les producteurs d'or noir continueront de figurer parmi les priorités. Dans un contexte où la Chine se pose en alternative aux Occidentaux sans exiger la moindre contrepartie démocratique, les gouvernants du continent pourraient se montrer moins réceptifs aux pressions du président américain, en dépit de son image d'"Africain".
Courriel : bernard@lemonde.fr.

Philippe Bernard (Service International)
Article paru dans l'édition du 11.07.09

jeudi 9 juillet 2009

GHANA : La visite d'Obama fait des jaloux dans certains pays africains

GHANA : La visite d'Obama fait des jaloux dans certains pays africains, actualité Monde : Le Point
Dans une Afrique où les crises politiques se succèdent, l'arrivée de Barack Obama vendredi au Ghana, petit pays érigé en modèle de démocratie, fait des déçus et des jaloux, renvoyant les États à leurs manquements et les citoyens à leur désenchantement.
Patrie du père de M. Obama, le Kenya n'en finit pas de remâcher sa frustration de ne pas accueillir, à l'occasion de sa première visite en Afrique subsaharienne, le premier Noir élu président des États-Unis.
"Une rebuffade", a tranché The Nation. A l'image du principal quotidien du pays, les commentateurs kényans estiment que le successeur de George W. Bush a préféré ne pas frayer avec un gouvernement né de la crise post-électorale qui a ensanglanté le pays début 2008, et critiqué pour son inefficacité.
Affront supplémentaire pour Nairobi, le président de la Tanzanie voisine, Jakaya Kikwete, a été le premier chef d'Etat africain reçu par le nouveau numéro un américain à la Maison blanche.
"S'il veut en apprendre sur l'Afrique", Barack Obama "devrait venir ici", regrette en écho Paul Maruma, à Johannesburg. "Déçu", ce vigile de 39 ans invoque le rôle de l'Afrique du Sud, poids lourd du continent, dans la gestion des crises, et la figure légendaire du premier président post-apartheid, Nelson Mandela.
Les Nigérians n'ont pas été moins vexés que M. Obama fasse l'impasse sur leur pays, qui aime à se décrire en "géant de l'Afrique" et "plus grande nation noire du monde" aux 140 millions d'habitants.
Mais les élections d'avril 2007, là aussi violentes et jugées largement frauduleuses, y compris par Washington, sont passées par là.
Cependant, certains se font une raison et pointent les manquements de leur propre pays.
S'il peut faire valoir sa puissance économique et sa contribution aux missions de paix dans le monde, le Nigeria "est à la traîne en matière de démocratie", admet l'écrivain et activiste Shehu Sani.
Tonalité proche au Cameroun: en choisissant Douala, M. Obama "se serait mis en porte-à-faux" avec ses appels au respect de l'Etat de droit et à la bonne gouvernance, avance l'ancien responsable étudiant Okalla Ebode.
Confiant éprouver pour le nouveau président des États-Unis une "admiration" largement partagée sur le continent, notamment chez les jeunes, il l'exhorte à "soutenir les ONG de défense des droits de l'Homme" et à "frapper du poing sur la table" face aux "dictatures".
Au Liberia, le gouvernement ne se dit quant à lui "absolument pas" déçu que M. Obama n'ait pas opté pour cette nation en reconstruction après des années de guerre civile, malgré les liens qui l'unissent aux États-Unis, dont venaient les esclaves qui fondèrent le pays au XIXe siècle.
"Sa visite au Ghana est une visite dans la région", se persuade la ministre de l'Information Laurence Bropleh.
Beau joueur, le président ivoirien Laurent Gbagbo a profité récemment du déplacement annoncé du locataire de la Maison blanche pour rendre hommage au Ghana voisin, souvent considéré comme "jumeau" de la Côte d'Ivoire en raison de sa géographie, de son économie et de son peuplement.
"Ce n'est pas un hasard" si M. Obama a jeté son dévolu sur ce pays devenu après des épreuves "stable et démocratique", a-t-il affirmé.
Mais le diplomate et historien ivoirien Jean Vincent Zinsou retient surtout la propre "instabilité" de son pays, coupé en deux depuis un coup d'État manqué en 2002 et où l'élection présidentielle, attendue fin novembre, a été reportée plusieurs fois depuis la fin du mandat de M. Gbagbo en 2005.
Pour lui, le choix du Ghana "fait mal".

ENTRETIEN - Barack Obama, à la veille de sa visite au Ghana

Lequotidien.sn - Quotidien national sénégalais - ENTRETIEN - Barack Obama, à la veille de sa visite au Ghana
Les excuses à la corruption et à la mauvaise gouvernance entravent le développement de l’Afrique
Barack Obama va effectuer sa première visite en Afrique subsaharienne en tant que Président des Etats-Unis, après son voyage en Russie et en Italie où il prendra part au sommet des pays industrialisés connus sous le nom de G8. A la veille de sa visite en Afrique, Charles Cobb, Jr, Reed Kramer et Tami Hultman de AllAfrica sont allés à la Maison Blanche recueillir son point de vue sur l’Afrique. L’interview s’est déroulée dans la «Blue Room». Les questions ont été posées par Charles Cobb.
allAfrica.com
Nous avons demandé aux visiteurs de notre site, allAfrica.com, ce qui les intéresserait de votre politique. Comme vous pourriez l’imaginer, les réponses sont partout les mêmes : la résolution des conflits, les questions de développement, le commerce, etc. Mais nous avons avec eux une question d’actualité commune : Qu’est-ce qui vous a amené à choisir le Ghana pour votre première visite en Afrique subsaharienne ?Une des raisons est que le Ghana a organisé avec succès deux élections qui ont permis une alternance pacifique, même si ces élections ont été serrées. Je pense que le nouveau président, le Président Mills, a montré son engagement à respecter l’Etat de droit, le genre d’engagements démocratiques qui assurent la stabilité d’un pays. Et je pense qu’il y a un lien direct entre la gouvernance et la prospérité. Les pays qui sont bien gouvernés, qui sont stables, où les dirigeants savent qu’ils sont comptables devant le peuple et que les institutions sont plus fortes que toute personne, sont sur la voie de faire des résultats pour leur peuple. C’est cela que nous voulons mettre en exergue.J’imagine que vous aimeriez voir beaucoup plus de «Ghana» en Afrique et je présume que votre politique est d’encourager cela.Absolument !Comment ?Une partie de ma politique est de magnifier les modèles couronnés de succès. Ainsi, en nous rendant au Ghana, nous espérons valoriser l’efficacité de la gouvernance que le pays a mise en place.Nous ne nous attendons pas à ce que tous les pays fassent ce genre de transition de la même manière et au même moment, mais nous voyons des progrès en termes de démocratie, de transparence, de respect de l’Etat de droit, de protection des droits de la propriété et de lutte contre la corruption. Nous voyons des progrès depuis plusieurs années bien que dans certains cas, nous assistons à des reculs. Concernant le Kenya, le pays de mon père, je suis préoccupé par le fait que les partis politiques ne semblent pas aller dans le sens d’une réconciliation définitive qui aiderait le pays à avancer. Cependant, le Kenya ne fait pas figure d’exception en termes de crises pré-électorales ou post-électorales comme celles qu’il a vécues récemment.Nous voulons simplement faire en sorte que les gens ne pensent pas qu’il s’agit-là de notions abstraites que nous essayons d’imposer à l’Afrique. Il y a une conséquence très pratique et pragmatique sur l’instabilité et la corruption s’il arrive que les gens ne puissent pas nourrir leurs familles, éduquer leurs enfants et nous pensons que l’Afrique est à la fois un continent de promesses et de défis extraordinaires. Nous ne serons pas capables de tenir ces promesses sans une meilleure gouvernance.Avez-vous des priorités en termes de pays ou de régions ? Par exemple, l’Afrique de l’Ouest est extrêmement importante concernant le pétrole et l’Afrique de l’Est reste une préoccupation stratégique pour les Etats-Unis ?Je pense que le continent tout entier est important. N’oubliez pas que même si je vais visiter le Ghana au cours de ce premier voyage, j’ai déjà reçu (le Premier ministre) Tsvangirai du Zimbabwe dans le Bureau ovale. J’ai également reçu dans mon bureau (le Président) Kikwete de la Tanzanie. Et chaque fois, j’essaie de délivrer le même message. Vous avez vu le très bon travail que le gouvernement de la Tanzanie fait en se concentrant sur les services concrets qu’il rend à la population. Partout où les gens veulent se prendre en charge, nous voulons être là-bas comme partenaires. Je pense que nous avons en Afrique un leadership très fort qui est prêt à aller de l’avant et nous voulons être à ses côtés.Sur le front économique, cela signifie l’ouverture de meilleures opportunités commerciales. Cela veut dire que nous ne sommes pas seulement intéressés à l’aide étrangère, mais aussi au moyen de renforcer la capacité de développement intérieur de ces pays et nous voulons travailler dans un contexte multilatéral en cherchant également à renforcer les relations bilatérales avec beaucoup de ces pays.Mais comme vous l’avez souligné, nous pensons que ce continent est important pour des raisons de stratégie, de sécurité nationale, économiques et d’environnement. Et à part la raison que nous avons évoquée, bien que cette fois-ci nous n’irons que dans un seul pays, je pense vraiment qu’il est raisonnable de lier le voyage au Ghana à celui que je vais effectuer auparavant pour le G8. Pendant le sommet du G8, en Italie, nous rencontrerons un certain nombre de représentants de pays africains, avant cela à une réunion en Russie, pour montrer que l’Afrique est directement intégrée dans l’approche globale de notre politique étrangère. Ce n’est pas un fait isolé que de se rendre en Afrique tous les six mois pour voir comment les choses évoluent, mais il faut plutôt une grande discussion permanente sur les moyens de relever ces défis internationaux.L’aide au développement sera sans doute un aspect important de votre politique africaine. Main­tenant, l’aide au développement est réduite, soit en ce qui concerne les Etats-Unis soit de façon générale, dans ce sens que les pays ont des approches différentes. Maintenant, vous, plus que tout autre Président, vous êtes associé l’utilisation des Nou­vel­les technologies, et je ne peux m’­empêcher de penser que vous allez faire recours à la technologie à pour apporter de la cohérence, si vous voulez comme pour savoir comment fonctionne l’aide, où elle va, etc. Voyez-vous, je pense que vous soulevez là un point très important et même simplement au sein du gouvernement américain, nos politiques d’aide ont été réparties entre plusieurs agences, différentes théories soutenues par différentes personnes en fonction des administrations qui ont été au pouvoir à un certain moment. Il sera très important d’essayer de créer quelque chose de solide et de ciblée en fondant nos politiques sur ce qui marche et non sur des positions idéologies passées.La technologie peut jouer un rôle important dans la rationalisation de notre aide aux pays en nous permettant de savoir comment cette aide est utilisée et si elle arrive aux personnes censées en bénéficier. L’une de mes préoccupations concernant notre politique d’aide globale est que les consultants et les administrations occidentaux prennent un grand pourcentage de cette aide. De mon point de vue, nous devrions minimiser notre empreinte et maximaliser la capacité des gens à se prendre en charge eux-mêmes. Ainsi, je pense qu’il est important d’utiliser l’Internet, les logiciels, la technologie moderne pour améliorer les systèmes d’administration.Il y a quelques instants, vous avez mentionné l’importance de l’investissement et pas seulement de l’aide. Quel est l’équilibre entre l’aide et l’investissement ? Beaucoup de sociétés obtiennent un retour sur investissement plus grand en Afrique que sur toute autre partie du monde. Cela mérite-t-il qu’on y mette l’accent davantage ? Selon vous, quelle sorte d’équilibre existe-t-il dans l’aide au développement ?J’aimerai souligner deux points. Premièrement, on ne peut pas obtenir de l’investissement sans une bonne gouvernance. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous le mettons en exergue. Encore une fois, c’est une approche très pratique et réaliste de notre façon de voir les améliorations dans la vie quotidienne des populations africaines. Si les hauts fonctionnaires demandent des commissions de 10, 15, 25 %, les sociétés ne voudront pas investir là-bas. C’est le point numéro un.Deuxièmement, je pense que quand mon père quittait le Kenya pour les Etats-Unis, au début des années 60, le Pib du Kenya n’égalait pas celui de la Corée du Sud. En réalité, celui du Kenya était supérieur. Que s’est-il passé pendant cette période de 50 ans ? Ce que nous avons vu, c’est que la Corée a su combiner l’investissement étranger à l’intégration à l’économie mondiale avec une stratégie raisonnable de certaines industries pour promouvoir l’exportation, accorder une grande importance à l’éducation pour avoir une main-d’œuvre qualifiée tout en insistant sur le fait que l’investissement soit accompagné d’un transfert de technologie qui a permis aux industries locales de prospérer.Ainsi, nous avons des modèles qui viennent de là-bas. Nous savons ce que cela pourrait prendre. Ce que nous n’avons pas vu, c’est une application constante et rigoureuse sur le temps en Afrique et je pense que maintenant le temps est venu de commencer.Cela est-il un échec de la politique américaine ou un échec de la gouvernance en Afrique ?Je voudrais dire que la communauté internationale n’a été aussi stratégique qu’elle devrait l’être, mais en définitive, je crois fermement que les Africains sont responsables de l’Afrique.Je pense que ce qui a entravé le développement de l’Afri­que est en partie lié au fait que pendant plusieurs années, nous avons trouvé des excuses à la corruption et à la mauvaise gouvernance, que cela était d’une certaine manière la conséquence du néo-colonialisme, que l’Occident était op­pressant ou le racisme. Je ne crois pas aux excuses.Je devrais dire que je connais probablement l’histoire de l’Afrique autant que toutes les personnes qui ont occupé mes fonctions. Je peux vous donner un chapitre et un discours sur la manière dont les cartes coloniales qui ont été dessinées ont aidé à encourager les conflits et les termes du commerce illégal issus du colonialisme.Maintenant, le fait est que nous sommes en 2009. L’Oc­cident et les Etats-Unis ne sont pas responsables de ce qui est arrivé à l’économie du Zim­babwe au cours des 15 ou 20 dernières années. Ils ne sont pas non plus responsables de certaines politiques désastreuses que nous voyons ailleurs en Afrique. Je crois qu’il est important pour les dirigeants africains d’assumer leurs responsabilités et d’être tenus pour responsables.Et je pense que le peuple africain comprend cela. Le problème est qu’il n’a pas seulement toujours l’occasion d’organiser et de donner son avis sur les moyens de parvenir à de meilleurs résultats.Dans les derniers instants de notre entretien, bien que vous veniez à peine de prendre fonction, je me sens obligé de vous poser une question sur votre héritage. (Rires). La voici : quand vous aurez quitté la Présidence quelle marque aimeriez-vous que votre politique laisse sur l’Afrique ? Que pensez-vous qu’elle sera ?A la fin de mon mandat, j’aimerai être capable de dire que les Etats-Unis ont été un partenaire efficace des pays africains dans le domaine de la création d’institutions politiques, civiles et économiques qui ont permis d’améliorer le niveau de vie et une plus grande sécurité pour le peuple africain, que nous les avons mis sur une trajectoire qui les insère dans l’économie mondiale et qu’une jeune personne qui grandit à Johannesburg, Lagos, Nairobi ou au Djibouti puisse se dire : je peux rester ici en Afrique, je peux rester dans mon pays et y réussir et que mon pays et mon peuple seront plus forts à travers mon succès.Ce serait un bon héritage. Je ne m’attends pas à ce que nous y arrivions dans quatre ou huit ans, mais je pense que nous pouvons nous engouffrer dans cette voie. Et les Etats-Unis sont un partenaire crucial dans ce processus.

Etats-Unis d'Afrique, quelle direction ?, par Jean-Philippe Rémy

Etats-Unis d'Afrique, quelle direction ?, par Jean-Philippe Rémy - Opinions - Le Monde.fr
Chronique
LE MONDE 09.07.09 15h13
Un jour, une nuit, un pays - le Ghana -, et puis s'en ira. Barack Obama, pour son premier voyage en Afrique les 10 et 11 juillet, n'a pas eu l'intention de s'éterniser, ni surtout de donner une dimension personnelle à son arrivée comme premier président noir des Etats-Unis sur la terre ayant porté la moitié de ses ancêtres. Lesquels, du reste, vivaient plutôt à l'est du continent, au Kenya, qu'à l'ouest, où se trouve le Ghana. Mais quand il s'agit d'origines, l'unité africaine surgit plus spontanément entre les hommes qu'entre les dirigeants des cinquante-trois Etats membres de l'Union africaine supposés leur donner un cadre politique.
Un seul pays pour un retour symbolique en terre d'Afrique, c'est tout de même bien peu. En comparaison, voici le nombre de nations soigneusement visitées par le président chinois, Hu Jintao, en deux voyages seulement : treize. Sans compter les déplacements de son ministre des affaires étrangères. La Chine, c'est entendu, a fait de l'Afrique une terre à investir. De son côté, Barack Obama ferait-il de la rétention d'africanité ?
Dans son discours d'investiture, le 20 janvier, à Washington, il avait mis en garde certains dirigeants du continent : "Ceux qui veulent prendre le pouvoir par la corruption et la répression de la dissidence sont du mauvais côté de l'Histoire." Au Kenya, où le père du président américain est né, a grandi et a mené une carrière globalement frustrante, on a vite compris le message. Et, depuis mai, on savait qu'il n'y aurait pas d'Air Force One à espérer à l'aéroport international de Nairobi.
Quel dommage ! Un passage de Barack Obama chez vous, tous les dirigeants de la planète le savent, cela allonge d'un bon mètre symbolique votre stature et votre cote de popularité. C'est peut-être fou, mais c'est ainsi. Il se trouve qu'il y a bien peu de raisons de faire bénéficier ces temps-ci les dirigeants kényans de ce bienfait. Le pays se remet vaille que vaille de la crise postélectorale de l'année passée, sans rassurer sur la capacité de sa classe politique à préparer un avenir moins sombre.
Pour les racines présidentielles, on verra donc plus tard. L'étape africaine d'Obama se fait au Ghana, modèle d'espoir pour le continent et destination privilégiée de la communauté noire américaine revenant sur les traces d'ancêtres emmenés par les négriers. L'ex-Côte de l'Or est aussi le premier pays du continent à avoir accédé à l'indépendance après la colonisation. C'était en 1957, sous la houlette de Kwame Nkrumah, un des grands hommes du panafricanisme, ensemble de théories destinées à édifier l'unité de l'Afrique en lui donnant un cadre politique, mission théoriquement portée aujourd'hui par l'Union africaine (UA).
Depuis, Mouammar Kadhafi, le dirigeant libyen, qui en est le président pour un an, et auquel les ressources en gaz et pétrole de son pays valent d'être invité à planter sa tente et à multiplier les provocations dans des villes comme Rome ou Paris, a repris le flambeau du grand prédécesseur Nkrumah, en adaptant le propos. Le Guide tente de créer, à marche forcée, des Etats-Unis d'Afrique dont il se voit le chef naturel. En guise de démonstration préalable, ou pour sacrifier à un irrépressible penchant à l'excentricité dont on ignore s'il relève de la pure fantaisie, d'une volonté de brouiller et d'embrouiller, voire d'une pathologie originale, Mouammar Kadhafi s'est fait couronner "roi des rois" traditionnels d'Afrique au sommet de l'Union africaine de février. Costume fantaisie, aréopage de souverains traditionnels dûment "cadeautés", maquillage appuyé et teinture aile de corbeau compris.
Les chefs d'Etat africains, qui se sont étranglés en découvrant la farce, n'ont pas eu voix au chapitre. Au sommet suivant, qui vient de s'achever, le Guide de la Jamahariya recevait chez lui à Syrte, et a poussé à la création d'un nouvel organe exécutif qui, déjà, révulse des pays-clés du continent, comme le Nigeria ou l'Afrique du Sud. Pendant le sommet, il n'a, par voie de conséquence, pas été question sérieusement du thème d'origine, pourtant fort justement choisi : "Investir dans l'agriculture pour réaliser la croissance économique et la sécurité alimentaire."
Les dissidents n'ont pas plus eu l'occasion de s'exprimer sur la question du rejet de la Cour pénale internationale. Dans la nuit, sans discussion, selon les témoins présents, un texte a été adopté pour annoncer que l'Union africaine avait décidé de ne "plus coopérer" avec la juridiction internationale. Et d'offrir accueil, soutien et amitié au président soudanais, Omar Al-Bachir, poursuivi pour crimes contre l'humanité au Darfour.
Pourquoi ce divorce avec la CPI ? Tous les responsables actuellement poursuivis sont africains. Ce qui est sans doute une erreur, mais n'enlève rien à leurs torts. Et offre à Mouammar Kadhafi la chance de proclamer que l'institution a pour but secret la "recolonisation" du continent. Pourtant, trente pays africains ont ratifié les statuts de la CPI. Depuis le sommet, un seul d'entre eux a brisé la loi d'obligatoire solidarité. Le Botswana, qui tire le meilleur de ses ressources de ses diamants (pas de diamants du sang au Botswana) et de sa démocratie, s'est permis de dire non à la loi du silence imposée par le "roi des rois" d'Afrique et ses pétrodollars. Et promis d'arrêter Omar Al-Bachir s'il en avait le pouvoir, conformément au mandat d'arrêt international qui l'exige.
Courriel : jpremy@lemonde.fr.

Jean-Philippe Rémy
Article paru dans l'édition du 10.07.09

"La promesse de l'Amérique" de Barack Obama traduits par Alain Chardonnens : Swiss Society of American History

"La promesse de l'Amérique" de Barack Obama traduits par Alain Chardonnens : Swiss Society of American History
Sept discours traduits par l'historien suisse Alain Chardonnens
L'art de la rhétorique est de retour à la Maison-Blanche
Critique du politologue Emmanuel Auber concernant l'ouvrage de Barack Obama "La promesse de l'Amérique. Ses plus grands discours", discours réunis, traduits et présentés par Alain Chardonnens, Paris, Buchet-Chastel, 2009.
Il est toujours mieux de revenir aux textes que s’en tenir aux commentaires. Ce petit livre est un recueil de sept discours prononcés par Barack Obama pendant la campagne présidentielle de 2008 et avant sa prise de fonction effective en 2009. L’ouvrage est signé Obama mais pourrait aussi bien l’être par le binôme Obama/Favreau. Jon Favreau, jeune diplômé en sciences politiques de moins de trente ans, était le speechwriter attitré d’Obama durant la campagne ; il supervise désormais l’équipe de rédacteurs des discours du Président.
Il est dommage que le recueil ne soit pas bilingue. Il n’offre qu’une version en français des textes. La traduction a été assurée, d’une part, par un enseignant à l’université de Fribourg, Alain Chardonnens, pour les discours du candidat, d’autre part, par le département d’Etat des Etats-Unis pour les deux discours post-élection et pour celui sur « l’Amérique et la question raciale » dont la portée équivaudrait pour certains au I have a dream de King. Préalablement à chaque discours, en quelques pages concises, Alain Chardonnens présente le contexte, analyse brièvement le contenu du discours et met en exergue les phrases les plus frappantes. Justifiant l’ouvrage, il précise avec justesse dans l’introduction : « Outre les circonstances socio-économiques, politiques et militaires, l’une des raisons de la victoire d’Obama réside dans la personnalité et les convictions de cet avocat, que reflètent pleinement ses discours ».
Sept discours bien choisis
Après le discours du 27 juillet 2004 devant la Convention démocrate de Boston (« Keynote address ») qui fit passer Obama de parfait inconnu à star en devenir, on revit, par le verbe, la campagne blitzkrieg de 2008. Le discours du 18 mars 2008 prononcé à Philadelphie, ville-symbole où furent rédigées la Déclaration d’Indépendance puis la Constitution fédérale, est consacré à la question raciale. Ce discours est un tour de force du « cabinet de guerre politique » du candidat pour couper court aux effets collatéraux des propos antiaméricains du pasteur noir Jeremiah Wright, longtemps intime du couple Obama. Par ce discours, Obama transforme une épreuve potentiellement dévastatrice pour son image en un discours visionnaire. Il y relie la question raciale à la question sociale et identifie les préoccupations communes aux Noirs et aux « petits Blancs » tout aussi lésés au cours du temps. Le 24 juillet 2008, près de la colonne de la Victoire à Berlin, le candidat en tournée européenne rappelle ce qui avait échappé aux néo-conservateurs : les Européens sont les alliés naturels des Etats-Unis. Dans son discours devant la Convention démocrate de Denver (28 août 2008) qui lui octroie l’investiture partisane, Obama se présente comme l’homme de la rupture avec la politique républicaine qui a discrédité la promesse du rêve américain fondée sur la réussite individuelle par le travail. Le parcours se termine par le court discours de la victoire (4 novembre 2008), au port d’attache du candidat, Chicago. Si ce discours est peut-être légèrement en-deça des autres, Obama y revient tout de même sur ses thèmes de campagne et appelle à l’esprit de service et de sacrifice.
Deux derniers discours du début 2009, cette fois-ci prononcés par le Président élu mais pas encore en fonction, donnent la tendance de la nouvelle administration. Dans celui prononcé le 8 janvier 2009 dans une université de Fairfax (Virginie) consacré au redressement économique par temps de crise, Obama dévoile les grandes lignes de son propre New Deal en faveur de l’énergie, de l’éducation, de la santé et des nouvelles infrastructures. Dans son discours d’intronisation du 20 janvier 2009, sur les marches du Capitole à Washington, il insiste sur ses priorités (l’économie et la sécurité) autour d’un thème central : la préservation de l’unité du peuple américain - les pro-européens déploreront l’absence de mention de l’Union européenne…
Les ressorts de la super-rhétorique obamanienne
D’aucuns soutiendront que les discours doivent être dits par l’orateur, comme une pièce de théâtre doit être jouée, pour être appréciés. On objectera que, d’un certain point de vue, lire des discours permet plus que la vidéo, car le papier autorise le retour au texte et l’annotation. Ce recueil est donc l’outil de base pour comprendre cette super-rhétorique de meeting. Disciple d’Aristote et de Cicéron, Obama apparaît comme un virtuose des figures qui aurait prêté une oreille attentive aux préceptes de Ted C. Sorensen : « Speaking from the heart, directly, not too complicated, relatively brief sentences, words that are clear to everyone » [La parole doit venir du plus profond de soi, sans trop de complexité, avec des phrases relativement courtes et des mots clairs pour tout le monde]. Si ce recueil est vite lu, c’est qu’un bon discours est bref. Mais ce qui est simple est dur à produire – demandez à Hemingway ou à Carver…
L’analyse du contexte des discours révèle le bon sens d’Obama : chaque lieu est choisi pour ancrer le candidat dans la géographie et l’histoire du pays. On se rappelle que Reagan aimait parler adossé à un symbole, que ce fût un drapeau américain flottant dans le vent ou un gros chêne bien solide. L’analyse de texte montre un tribun qui se sert de tous les registres (ethos, pathos, logos) sur un rythme souvent ternaire, joue avec le dialogisme et la narration (presque ad nauseam pour un lecteur français…), les anaphores et épiphores, les digressions et exhortations. La rhétorique peut être du grand art si elle évite l’emphase et si le message reste clair - il est ici limpide. L’analyse du contenu dévoile un mélange d’idéalisme et de pragmatisme (par la prise en compte des préoccupations concrètes des gens) suivi de l’annonce de solutions volontaires et ambitieuses. L’écho de ces paroles produit une ligne mélodique invariable suscitant l’espoir, appelant à l’effort collectif des citoyens mobilisés contre le déclin, à la responsabilité individuelle et à l’éthique des agents économiques pour préserver la compétitivité de l’Amérique dans un monde global, à la tolérance, notamment religieuse, à la réhabilitation du multilatéralisme… Tout cela ne forme-t-il pas une vision quand d’autres gèrent leur pays comme s’il s’agissait d’une collectivité territoriale ? Mais Alain Chardonnens n’a pas tort de terminer sa présentation par une prévention : « L’audace d’espérer, très mobilisatrice en 2008, sera-t-elle toujours aussi vive en 2012, année des prochaines élections présidentielles américaines ? ».

Barack Obama veut tourner la page de la Guerre froide à Moscou

Barack Obama veut tourner la page de la Guerre froide à Moscou

mardi 7 juillet 2009

Obama : «L'Amérique veut une Russie forte et pacifique»

Le Figaro - International : Obama : «L'Amérique veut une Russie forte et pacifique»

Le Président des Etats-Unis au Ghana - Barack Obama apporte l`audace et l`espoir à l`Afrique

Abidjan.net Le Président des Etats-Unis au Ghana - Barack Obama apporte l`audace et l`espoir à l`Afrique
Le Président des Etats-Unis, Barack Obama arrive bientôt au Ghana voisin. Cette visite en Afrique, après son triomphe au pays de l'oncle Sam, est un grand symbole.“S'il y a un enfant des quartiers sud de Chicago qui ne sait pas lire, cela compte pour moi, même si ce n'est pas mon enfant. S'il y a quelque part une personne âgée qui n'arrive pas à payer sa franchise sur les médicaments et choisir entre se soigner et payer son loyer, cela appauvrit ma vie, même si ce n'est pas ma grand-mère. " (1) L'auteur de ces mots pleins d'humanité, s'appelle Barack Obama, Président des Etats-Unis. Il sera à côté de la Côte d'Ivoire, au Ghana, en visite officielle, le 11 ou 12 juillet 2009. Le fils d'Afrique, après sa victoire à la présidentielle dans le pays le plus puissant du monde, revient sur le continent de ses aïeux, présenter le trophée à Kwame N'Kruma et autres. Les Etats-Unis, son pays, connaissent, en ce moment, de sérieux problèmes économiques et le taux de chômage ne cesse de grimper. Mais le ressort qui caractérise l'homme s'appelle “L'audace d'espérer”. Son passage dans tous les pays qui le reçoivent, notamment en Afrique où il arrive, est source d'espoir et un motif pour redoubler d'effort en tout domaine de production. Autant les pays occidentaux continuent de se l'arracher comme hôte, autant sa présence dans un pays africain, peut être vue comme une prime à la démocratie. Et le Ghana qui vient de renouveler ses dirigeants dans la discipline et la démocratie, ne surprend pas en s'offrant un Barack Obama, version Président des Etats-Unis. "Je suis le fils d'un noir du Kenya et d'une femme blanche du Kansas. J'ai été élevé avec l'aide d'un grand-père blanc, qui a survécu à la Dépression pour servir dans l'armée de Patton pendant la Seconde Guerre mondiale, et d'une grand-mère blanche qui était ouvrière à la chaîne dans une usine de bombardiers de Fort Leavenworth pendant que son mari était à l'étranger. J'ai fréquenté certaines des meilleures écoles d'Amérique et j'ai aussi vécu dans un des pays les plus pauvre du monde. Je suis marié à une Noire américaine qui porte en elle le sang d'esclaves ainsi que de propriétaires d'esclaves, un héritage que nous avons transmis à nos filles chéries. J'ai des frères, des sœurs, des nièces, des neveux, des oncles et des cousins, de toute race et de toute teinte, dispersés sur trois continents, et, tant que je vivrai, je n'oublierai jamais le fait que mon histoire n'est concevable dans aucun autre pays."(2) Un homme qui se présente de la sorte, dans son livre, ne peut être que fier de ses origines. Et son exemple doit servir à tous les peuples.
Germain Séhoué

Seneweb news : [ VIDEO ] Interview exclusive - Le président Barack Obama parle de l'Afrique

Seneweb news : [ VIDEO ] Interview exclusive - Le président Barack Obama parle de l'Afrique
Barack Obama va effectuer sa première visite en Afrique subsaharienne en tant que président des Etats-Unis, après son voyage en Russie et en Italie où il prendra part au sommet des pays industrialisés connus sous le nom de G8. A la veille de sa visite en Afrique, Charles Cobb, Jr., Reed Kramer etTami Hultman de AllAfrica sont allés à la Maison Blanche recueillir son point de vue sur l'Afrique. L'interview s'est déroulée dans la «Blue Room». Les questions ont été posées par Charles Cobb.
Nous avons demandé aux visiteurs de notre site, allAfrica.com, ce qui les intéresserait de votre politique. Comme vous pourriez l'imaginer, les réponses sont partout les mêmes : la résolution des conflits, les questions de développement, le commerce, etc. Mais nous avons avec eux une question d'actualité commune : Qu'est ce qui vous a amené à choisir le Ghana pour votre première visite en Afrique subsaharienne ?
Une des raisons est que le Ghana a organisé avec succès deux élections qui ont permis une alternance pacifique, même si ces élections ont été serrées. Je pense que le nouveau président, le président Mills, a montré son engagement à respecter l'état de droit, le genre d'engagements démocratiques qui assurent la stabilité d'un pays. Et je pense qu'il y a un lien direct entre la gouvernance et la prospérité. Les pays qui sont bien gouvernés, qui sont stables, où les dirigeants savent qu'ils sont comptables devant le peuple et que les institutions sont plus fortes que toute personne, sont sur la voie de faire des résultats pour leur peuple. C'est cela que nous voulons mettre en exergue.
J'imagine que vous aimeriez voir beaucoup plus de "Ghana" en Afrique et je présume que votre politique est d'encourager cela.
Absolument !
Comment ?
Une partie de ma politique est de magnifier les modèles couronnés de succès. Ainsi, en nous rendant au Ghana, nous espérons valoriser l'efficacité de la gouvernance que le pays a mise en place.
Nous ne nous attendons pas à ce que tous les pays fassent ce genre de transitions de la même manière et au même moment, mais nous voyons des progrès en terme de démocratie, de transparence, de respect de l'état de droit, de protection des droits de la propriété et de lutte contre la corruption. Nous voyons des progrès depuis plusieurs années bien que dans certains cas nous assistons à des reculs. Concernant le Kenya, le pays de mon père, je suis préoccupé par le fait que les partis politiques ne semblent pas aller dans le sens d'une réconciliation définitive qui aiderait le pays à avancer. Cependant, le Kenya ne fait pas figure d'exception en terme de crises pré-électorales ou post-électorales comme celles qu'il a vécues récemment.
Nous voulons simplement faire en sorte que les gens ne pensent qu'il s'agit-là de notions abstraites que nous essayons d'imposer à l'Afrique. Il y a une conséquence très pratique et pragmatique sur l'instabilité et la corruption s'il arrive que les gens ne puissent pas nourrir leurs familles, éduquer leurs enfants et nous pensons que l'Afrique est à la fois un continent de promesses et de défis extraordinaires. Nous ne serons pas capables de tenir ces promesses sans une meilleure gouvernance.
Avez-vous des priorités en terme de pays ou de régions ? Par exemple, l'Afrique de l'Ouest est extrêmement importante concernant le pétrole et l'Afrique de l'Est reste une préoccupation stratégique pour les Etats-Unis ?
Je pense que le continent tout entier est important. N'oubliez pas que même si je vais visiter le Ghana au cours de ce premier voyage, j'ai déjà reçu (le Premier ministre) Tsvangirai du Zimbabwe dans le Bureau ovale. J'ai également reçu dans mon bureau (le président) Kikwete de la Tanzanie. Et chaque fois j'essaie de délivrer le même message. Vous avez vu le très bon travail que le gouvernement de la Tanzanie fait en se concentrant sur les services concrets qu'il rend à la population. Partout où les gens veulent se prendre en charge, nous voulons être là-bas comme partenaires. Je pense que nous avons en Afrique un leadership très fort qui est prêt à aller de l'avant et nous voulons être à ses côtés.
Sur le front économique, cela signifie l'ouverture de meilleures opportunités commerciales. Cela veut dire que nous ne sommes pas seulement intéressés à l'aide étrangère, mais aussi au moyen de renforcer la capacité de développement intérieur de ces pays et nous voulons travailler dans un contexte multilatéral en cherchant également à renforcer les relations bilatérales avec beaucoup de ces pays.
Mais comme vous l'avez souligné, nous pensons que ce continent est important pour des raisons de stratégie, de sécurité nationale, économiques et d'environnement. Et à part la raison que nous avons évoquée, bien que cette fois-ci nous n'irons que dans un seul pays, je pense vraiment qu'il est raisonnable de lier le voyage au Ghana à celui que je vais effectuer auparavant pour le G8. Pendant le sommet du G8, en Italie, nous rencontrerons un certain nombre de représentants de pays africains, avant cela à une réunion en Russie, pour montrer que l'Afrique est directement intégrée dans l'approche globale de notre politique étrangère. Ce n'est pas un fait isolé que de se rendre en Afrique tous les six mois pour voir comment les choses évoluent, mais il faut plutôt une grande discussion permanente sur les moyens de relever ces défis internationaux.
L'aide au développement sera sans doute un aspect important de votre politique africaine. Maintenant l'aide au développement est réduite, soit en ce qui concerne les Etats-Unis, soit de façon générale, dans ce sens que les pays ont des approches différentes. Maintenant, vous, plus que tout autre président, vous etes associé à l'utilisation des nouvelles technologies, et je ne peux m'empêcher de penser que vous allez faire recours à la technologie pour apporter de la cohérence, si vous voulez comme pour savoir comment fonctionne l'aide ou où elle va, etc.
Voyez-vous, Je pense que vous soulevez là un point très important et même simplement au sein du gouvernement américain, nos politiques d'aide ont été réparties entre plusieurs agences, différentes théories soutenues par différentes personnes en fonction des administrations qui ont été au pouvoir à un certain moment. Il sera très important d'essayer de créer quelque chose de solide et de ciblée en fondant nos politiques sur ce qui marche et non sur des positions idéologies passées.
La technologie peut jouer un rôle important dans la rationalisation de notre aide aux pays en nous permettant de savoir comment cette aide est utilisée et si elle arrive aux personnes sensées en bénéficier. L'une de mes préoccupations concernant notre politique d'aide globale est que les consultants et les administrations occidentaux prennent un grand pourcentage de cette aide. De mon point de vue, nous devrions minimiser notre empreinte et maximaliser la capacité des gens à se prendre en charge eux-mêmes. Ainsi, je pense qu'il est important d'utiliser l'Internet, les logiciels, la technologie moderne pour améliorer les systèmes d'administration.
Il y a quelques instants, vous avez mentionné l'importance de l'investissement et pas seulement de l'aide. Quel est l'équilibre entre l'aide et l'investissement ? Beaucoup de sociétés obtiennent un retour sur investissement plus grand en Afrique que toute autre partie du monde. Cela mérite-t-il qu'on y mette l'accent davantage ? Selon vous, quelle sorte d'équilibre existe-t-il dans l'aide au développement ?
J'aimerai souligner deux points. Premièrement, on ne peut pas obtenir de l'investissement sans une bonne gouvernance. C'est l'une des raisons pour lesquelles nous le mettons en exergue. Encore une fois, c'est une approche très pratique et réaliste de notre façon de voir les améliorations dans la vie quotidienne des populations africaines. Si les hauts fonctionnaires demandent des commissions de 10, 15, 25 pour cent, les sociétés ne voudront pas investir là-bas. C'est le point numéro un.
Deuxièmement, je pense que quand mon père quittait le Kenya pour les Etats-Unis, au début des années 60, le PIB du Kenya n'égalait pas celui de la Corée du Sud. En réalité, celui du Kenya était supérieur. Que s'est-il passé pendant cette période de 50 ans ? Ce que nous avons vu c'est que la Corée a su combiner l'investissement étranger à l'intégration à l'économie mondiale avec une stratégie raisonnable de certaines industries pour promouvoir l'exportation, accorder une grande importance à l'éducation pour avoir une main d'œuvre qualifiée tout en insistant sur le fait que l'investissement soit accompagné d'un transfert de technologie qui a permis aux industries locales de prospérer.
Ainsi nous avons des modèles qui viennent de là-bas. Nous savons ce que cela pourrait prendre. Ce que nous n'avons pas vu c'est une application constante et rigoureuse sur le temps en Afrique et je pense que maintenant le temps est venu de commencer.
Cela est-il un échec de la politique américaine ou un échec de la gouvernance en Afrique ?
Je voudrais dire que la communauté internationale n'a été aussi stratégique qu'elle devrait l'être, mais en définitive je crois ferment que les Africains sont responsables de l'Afrique.
Je pense que ce qui a entravé le développement de l'Afrique est en partie lié au fait que pendant plusieurs années nous avons trouvé des excuses à la corruption et à la mauvaise gouvernance, que cela était d'une certaine manière la conséquence du néo-colonialisme, que l'Occident était oppressant ou le racisme. Je ne crois pas aux excuses.
Je devrais dire que je connais probablement l'histoire de l'Afrique autant que toutes les personnes qui ont occupé mes fonctions. Je peux vous donner un chapitre et un discours sur la manière dont les cartes coloniales qui ont été dessinées ont aidé à encourager les conflits et les termes du commerce illégal issus du colonialisme.
Maintenant le fait est que nous sommes en 2009. L'Occident et les Etats-Unis ne sont pas responsables de ce qui est arrivé à l'économie du Zimbabwe au cours des 15 ou 20 dernières années. Ils ne sont pas non plus responsables de certaines politiques désastreuses que nous voyons ailleurs en Afrique. Je crois qu'il est important pour les dirigeants africains d'assumer leur responsabilité et d'être tenus pour responsables.
Et je pense que le peuple africain comprend cela. Le problème est qu'il n'a pas seulement toujours l'occasion d'organiser et de donner son avis sur les moyens de parvenir à de meilleurs résultats.
Dans les derniers instants de notre entretien, bien que vous venez à peine de prendre fonction, je me sens obligé de vous poser une question sur votre héritage. (Rire). La voici : quand vous aurez quitté la présidence quelle marque aimeriez-vous que votre politique laisse sur l'Afrique ? Que pensez-vous qu'elle sera ?
A la fin de mon mandat, j'aimerais être capable de dire que les Etats-Unis ont été un partenaire efficace des pays africains dans le domaine de la création d'institutions politiques, civiles et économiques qui ont permis d'améliorer le niveau de vie et une plus grande sécurité pour le peuple africain, que nous les avons mis sur une trajectoire qui les insère dans l'économie mondiale et qu'une jeune personne qui grandit à Johannesburg, Lagos, Nairobi ou au Djibouti puisse se dire : je peux rester ici en Afrique, je peux rester dans mon pays et y réussir et que mon pays et mon peuple seront plus forts à travers mon succès.
Ce serait un bon héritage. Je ne m'attends pas à ce que nous y arrivions dans quatre ou huit ans, mais je pense que nous pouvons nous engouffrer dans cette voie. Et les Etats-Unis sont un partenaire crucial dans ce processus.
J'ai besoin d'une autre heure ou plus. (Rire). Mais je vous remercie pour le temps que vous avez bien voulu nous accorder.
Merci beaucoup.

dimanche 5 juillet 2009

Le président Obama sur tous les fronts

ouest-france.fr - Le président Obama sur tous les fronts